Le couvre-feu sur Cizre entre décembre 2015 et février 2016 s’inscrit dans le cadre général du conflit kurde en Turquie qui oppose le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l’armée turque depuis 1984, et de la reprise du conflit en après un cessez-le-feu de 3 ans. Il a été précédé par un . La ville de Cizre est située dans la province de Şırnak au sud-est de la Turquie. Sa population, à majorité kurde, comptait environ en « A Cizre, « ville martyre » des Kurdes de Turquie », dans Le Monde, le 16 mars 2016..
Ce couvre-feu total s'est précisément déroulé du au . Les combats durant cette période ont donné lieu à un événement très controversé le , où environ 150 civils sont décédés dans des sous-sols de Cizre, ce qui a conduit plusieurs organismes nationaux et internationaux à enquêter ; le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a notamment été saisi.
Couvre-feu .
Plusieurs médias ont notamment réagi fin janvier à la suite d'une vidéo diffusée sur internet qui montre un cortège funèbre constitué de civils kurdes non armés et brandissant un drapeau blanc, et sur lequel l’armée turque fait feu. Selon le journal The Guardian, les faits se sont produits à Cizre vers le , et ont fait deux morts et neuf blessés. Le journaliste Refik Tekin, qui filmait la scène, a été blessé d’une balle dans la jambe, il a plus tard été accusé d’être membre d’une organisation terroriste. L’agence de presse Anadolu, qui depend du gouvernement turc, a qualifié l’incident d’affrontement entre les forces de sécurité et les terroristes, et elle a annoncé un bilan de trois terroristes « neutralisés » et neuf autres blessés. À la suite de cet évènement, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein, a appelé le les autorités turques « à respecter les droits fondamentaux des civils » et « à ouvrir sans délai une enquête sur le meurtre présumé d’un groupe de personnes non armées à la ville de Cizre » ; il a ajouté : « Filmer une atrocité n’est pas un crime, mais tirer sur des civils non armés en est certainement un »..
Au cours des semaines précédant le « massacre » du , il a été fait état de personnes blessées, coincées à l'intérieur de sous-sols à Cizre dans lesquels elles avaient trouvé refuge. L'organisation Amnesty International s’est alarmée le au sujet de « 23 personnes », dont certaines blessées qui « risquent fort de mourir », et a qualifié la situation de « très grave »« La Turquie s’abstient de répondre aux appels de personnes grièvement blessées, tandis que le nombre de morts augmente », déclaration d’Amnesty International, le 28 janvier 2016. Le quotidien Cumhuriyet a mis en ligne un enregistrement d’une communication téléphonique avec des personnes coincées dans les sous-sols. Selon d’autres témoignages, une vingtaine de personnes réfugiées dans un sous-sol ont été brûlés avec de l’essence par des membres des forces de sécurité turques, et ces dernières ont ensuite mis de la musique habituellement écoutée par les ultra-nationalistes partisans du MHP et des Loups gris.
Massacre des sous-sols de Cizre Les violences ont culminé le . Ce jour-là, environ sont décédées dans des sous-sols de Cizre. Il s’agirait de civils et beaucoup auraient été brûlés vifs. Selon les mêmes sources, des indices suggèrent qu’il s'agit de meurtres délibérés qui « ne peuvent pas être expliqués simplement par des combats ». Certaines victimes seraient des enfants âgés de neuf à dix ans, et de nombreux cadavres entièrement calcinés n'ont pas pu être identifiés.
Selon l’IPPN et l’, il y a eu au total non armées tuées par des militaires turcs, dont les corps ont été retrouvés dans trois sous-sols. Des sources kurdes font état d'un bilan identique.
La Turquie a qualifié ces accusations de « propagande terroriste sans fondement » faite dans le but de « recruter »..
Selon l’Organisation des Nations unies, plus d’une centaine de personnes auraient péri brûlées dans des sous-sols à Cizre, et la Turquie a refusé à une équipe de l’ONU de mener des recherches dans la région.
Il n’y a pas eu d’enquête et aucune autorité judiciaire n’a été autorisée à pénétrer dans les sous-sols. Aussi, après avoir retiré les restes des corps, les autorités turques ont décidé de raser les ruines et de remplir les sous-sols de gravats ; l’organisation Human Rights Watch craint qu’il s’agisse d’une tentative de dissimulation de preuves.
Couverture dans les médias : la Turquie fait régulièrement l’objet de vives critiques en raison de la censure, et des organisations internationales comme Reporters sans frontières ou Amnesty International dénoncent la répression opérée en Turquie à l’encontre des journalistes. En particulier, ceux qui critiquent la Turquie à propos du conflit kurde sont généralement accusés de « propagande pour une organisation terroriste », et ils risquent des poursuites judiciaires pouvant aller jusqu’à des peines d’emprisonnement. La population ne dispose donc pas d’information objective sur ce qui se passe dans les provinces kurdes. Par exemple, le quotidien Zaman avait publié des articles sur le massacre des sous-sols de Cizre, mais il n’est plus possible de se les procurer : les journalistes ont tous été remplacés le , juste après la levée du couvre-feu total, afin que le journal adopte une ligne éditoriale favorable au président Recep Tayyip Erdoğan. : Le site d’information a publié plusieurs articles sur le sujet, avec différents liens apportant des informations complémentaires. La Deutsche Welle a également fait plusieurs fois état des évènements. : le journal The Guardian a publié des articles sur le couvre-feu à partir d’. La BBC a également diffusé fin mai un reportage sur le massacre des sous-sols de Cizre.
Réactions : en , la Cour européenne des droits de l'homme a déclaré à l’unanimité que deux plaintes reçues concernant le massacre des sous-sols de Cizre étaient « irrecevables » car l’article 35-1 de cette cour stipule qu’elle ne peut être saisie qu’après épuisement des voies internes, or la Cour constitutionnelle de Turquie n'avait pas été saisieCommuniqué de presse du 7 février 2019 accessible sur la page des "fulltext":["turquie"} Arrêts de la CEDH concernant la Turquie]. Cette décision a été critiquée car les plaignants et la Cour européenne des droits de l’homme ont des avis divergents sur l’efficacité de la Cour constitutionnelle turque« La CEDH rejette la requête concernant les massacres dans les sous-sols de Cizre », par Kurdistan au féminin, le 7 février 2019.« La Cour européenne des droits de l'homme rejette la demande des victimes du couvre-feu de Cizre », sur le site de Centre de Stockholm pour la liberté, le 7 février 2019.. : le , les Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a exprimé son inquiétude face à la violence exercée envers les civils par les forces armées turques dans le sud-est de la Turquie, et en particulier à Cizre. Il s’est aussi dit préoccupé par le refus du gouvernement turc d’autoriser une équipe de l’ONU à enquêter.
Références
Annexes Liens
Massacre de Roboski
Liens externes Documentaire sur les crimes de guerre turcs, durant le siège de la ville kurde de Cizre, responsables du décès de centaines de civils (sous-titré en anglais) Cizre : les forces de sécurité turques tirent sans sommation sur des civils kurdes Les décès à Cizre laissent des questions sans réponse
Catégorie:Kurdistan turc Catégorie:Politique en Turquie Catégorie:Opération militaire impliquant la Turquie