Le mastaba de (Śšmnfr ), inventorié , est un tombeau de la civilisation égyptienne antique situé sur le plateau de Gizeh, dans la nécropole établie à l'ouest de la Grande pyramide.
La construction du tombeau de est datée du .., au cours de la , sous Djedkarê Isési .
Le tombeau a été découvert puis fouillé par Georg Steindorff à la fin des années 1900. La sépulture a ensuite fait l'objet de plusieurs campagnes de fouilles successivement conduites par Hermann Junker dans les années 1910 et 1920.
Situation
Le mastaba de est construit sur un escarpement de roches calcaires faisant partie du plateau de Gizeh, plateau délimité à l'ouest et à l'est par des oueds.
vignette|Vue aérienne du cimetière ouest du complexe funéraire de Khéops. Le tombeau de trouve son emplacement dans la partie nord de l'ensemble funéraire dit .. Le tombeau du dignitaire égyptien fait partie des vingt-cinq mastabas constituant les trois rangées du cimetière en échelon.. Le cimetière « en échelon », qui englobe les séries de tombeaux indexées aux numéros d'inventaires à , présente, à contrario des cimetières primitifs du complexe de Khéops, avec un plan quadrillé, un aménagement de sépultures . Cet ensemble funéraire, adjoint aux cimetières dits , est situé dans le cimetière ouest du complexe funéraire de Khéops.... Le cimetière à échelon est délimité par l'extrémité orientale des cimetières et , du côté ouest, et par de l'enceinte de la Grande pyramide, à l'est..
Le mastaba de est établi au point de coordonnées géographiques suivant : ... Le tombeau du vizir trouve son emplacement à l'est de la sépulture d'Hémiounou (). Il est mitoyen du mastaba de Seshemnefer ().
Sur son côté Sud, le mastaba de est relié à celui de Raouer . Un espace, une sorte de cour, de de long sur de large, vient séparer les deux tombeaux du côté Est.
Le mastaba du prêtre lecteur de , , situé au nord-est de celui du vizir, à une distance de , est construit le long de la même voie (, laquelle débute au niveau du mastaba de pour se terminer à celui du prêtre-lecteur Penmerou, axe parallèle à la face occidentale de la Grande Pyramide.
Historique Contexte historique Construction du cimetière en échelon Pour Hermann Junker, la construction du cimetière en échelon peut être assignée au début ou au milieu de la .. Sous la , la nécropole royale est transposée à Saqqarah et Junker associe le passage d'un plan hippodamien vers un plan échelonné à la disparition du statut de Gizeh en tant que nécropole de la résidence royale de Memphis.
George Andrew Reisner, en prenant appui sur l'apparition d'une chapelle intérieure pourvue de deux niches , considère quant à lui que l'édification du cimetière en échelon peut être attribuée au règne de Khéphren et que son utilisation peut être datée vers la fin de la , pendant et après le règne de Mykérinos.
Jean Sainte Fare Garnot attribue la construction du cimetière en échelon au règne de Khéphren. Sur l'époque d'érection de cette partie de la nécropole de Gizeh, l'égyptologue autrichien Peter Jánosi n'a pas de position déterminée : les tumuli constituant le cimetière « en échelon » peuvent être datés du règne de Khéphren ou de celui de Mykérinos.
Éléments prosopographiques de
vignette|gauche|redresse=1.3|Représentation de . vignette|redresse=1.3|La mère de Seshemnefer, en bas à gauche de la fausse porte ; Seshmenefer et son épouse à droite. L'étude prosopographique montre que . (issu de la translittération Śšmnfr ou Śšm-nfr ) a très probablement exercé la fonction de vizir. Il aurait précédé Senedjemib Inti.. Appartenant à une lignée de scribes , il aurait, à son tour, très probablement exercé cette fonction avant de devenir vizir. Pour Bernhard Grdseloff, Śšm-nfr , durant la période précédant son vizirat , aurait exercé une haute fonction au sein de la chancellerie royale.
a été servi par , prêtre-lecteur du temple de Mykérinos, mais le nom de ce dernier n'est pas mentionné au sein de la chambre funéraire du vizir.. Le tombeau du prêtre, inventorié , est daté de la dernière partie de la ..
poursuit la en faisant édifier son tombeau à proximité des siens, dans le cimetière ouest, et, à l'instar de Seshemnefer avant lui et de Seshemnefer après lui, se fait enterrer avec les restes de sa mère (Henutsen.).
En se basant sur la chronologie royale établie par Jürgen von Beckerath et en supposant que le vizir égyptien a eu une durée de vie d'environ soixante ans, Hartwig Altenmüller propose que ait vécu sous le règne de Niouserrê, puis sous ceux de Menkaouhor et de Djedkarê Isési.
Ingrid Gammer-Wallert donne une estimation des dates de vie de proches de celles proposées par Altenmüller. Gammer-Wallert évalue ainsi que le haut-magistrat de l'Égypte antique est né durant la souveraineté de Niouserrê (entre et avant notre ère) et est mort au cours du règne de Djedkarê Isési (entre et ).
Construction, datation et utilisation du tombeau De même que les autres tumuli du cimetière en échelon , celui du tombeau funéraire a été probablement érigé sous Khéphren ou Mykérinos.
La chapelle du tombeau de est l'une des six chambres cultuelles à décors du cimetière en échelon ayant permis d'identifier le noms de son propriétaire. La plupart des égyptologues s'accordent pour dater la construction de ces chapelles décorées à la . Toutefois, une datation plus précise n'est ni tranchée ni établie de manière unanime : un premier postulat place l'élévation de ces chapelles au début de la , entre après le règne de Khéops ; un second postulat place la construction des chapelles au cours des règnes de Néferirkarê Kakaï et de Niouserrê ; enfin un troisième postulat attribue la construction des chapelles entre après le règne de Khéops. Pour Nigel Strudwick, la chambre cultuelle de la sépulture de a été décorée en majeure partie avant que la personnalité égyptienne n'exerce la fonction de vizir.
L'achèvement de la construction du mastaba de ainsi que son utilisation sont généralement attribuées à la fin de la : soit au début ou au milieu du règne de Djedkarê Isési, comme l'ont proposé Junker, puis Klaus Baer, Bertha Porter et Rosalind Moss, Nigel Strudwick enfin Ingrid Gamer-Wallert ; soit à la fin du règne de Niouserrê, comme l'a suggéré Emma Brunner-Traut..
Bernhard Grdseloff date également le mastaba vers la fin de la , à l'instar de celui du prêtre-lecteur Penmerou. Grdseloff précise en outre que l'achèvement de l'édification du tombeau de correspond probablement au début de son vizirat.
Cependant, Michel Baud, en prenant appui sur les critères de datation de mastabas établis par Nadine Cherpion, estime que la date de construction et d'utilisation du tombeau de . Baud considère par ailleurs que la fin de la comme époque de construction du tombeau . À cet effet, l'égyptologue français, soulignant que d'une part que la liste des domaines mis en évidence au sein de la chambre cultuelle s'arrête à Néferirkarê Kakaï, et que d'autre part, compte tenu des critères iconographiques , les décorations qui ornent les murs de la sépulture ne peuvent dépasser le règne de Niouserrê, la construction du mastaba date beaucoup plus probablement du milieu de la ..
Pour autant, Hartwig Altenmüller place l'édification du mastaba de pour la fin de la . Altenmüller, en se basant d'une part sur les interconnexions familiales du vizir et celles de son père et de son grand-père, d'autre part sur la comparaison des scènes peintes sur des sépultures des Iymery et celles des , fonde le postulat que la construction de la tombe de est à dater pour la fin du règne de Djedkarê Isési.
Découverte et fouilles Premiers travaux dans le cimetière ouest Au milieu du , alors qu'il entreprend des travaux de fouilles dans le cimetière ouest de Gizeh, Mariette, sur l'une des parois en calcaire de la tombe de , identifie l'un des titres du dignitaire égyptien ainsi que les noms de son épouse (Hétep-Hérès) et de sa mère ()... Sur la paroi de calcaire, mesurant environ de long sur de haut et dont la partie centrale est flanquée de deux stèles , l'égyptologue français reconnaît également les cartouches propres aux domaines de Snéfrou, de Khéops, de Khéphren, d'Ouserkaf, de Sahourê et de Néferirkarê.
vignette|gauche|redresse=1.4|George Andrew Reisner et Georg Steindorff. vignette|redresse=0.8|Hermann Junker.
Au début du , les terrains de fouilles du cimetière de l'ouest sont partagés entre les s américaines, italiennes et allemandes..
En , sous l'égide du musée égyptologique de Turin, l'archéologue et égyptologue italien Ernesto Schiaparelli, obtient la concession de fouilles du cimetière est et de la partie sud du cimetière ouest. Cette zone de fouilles du cimetière ouest, située juste derrière le côté occidental de la pyramide de Khéops, est alors subdivisée en plusieurs parcelles. Après les travaux dirigés par Schiaparelli, la concession de la zone de fouilles revient à l'université Harvard et au musée des Beaux-Arts de Boston. La conduite des fouilles est confiée à l'égyptologue américain George Andrew Reisner.
Expédition Sieglin et travaux de Steindorff En 1905, Georg Steindorff, avec le soutien financier de , reçoit la concession de l'université de Leipzig dans le cimetière ouest, concession créée en 1903. Les travaux d'exploration de la zone de fouilles, conduits par Steindorff sont entrepris avec l'aide d'Uvo Hölscher.
Le mastaba est découvert par Steindorff en 1908, au cours d'une expédition en Égypte conduite par . Le tombeau fait l'objet d'une fouille, puis en 1909 et 1910... Le tombeau de se trouve alors dans une zone de concession germano-autrichienne. La campagne de fouille du tombeau de 1910, commencée en , nécessite une main-d'œuvre constituée d'environ soixante-dix hommes. Les blocs de l'édifice funéraire, chacun faisant un peu plus de cinquante centimètres de long, sont morcelés à la pioche, par fragment de vingt centimètres.
La chapelle (ou chambre des offrandes), découverte fortuitement et bien plutôt par Auguste Mariette, est fouillée par Steindorf et . Le nom du propriétaire du mastaba, dont les signes hiéroglyphiques apparaissent sur les bas-reliefs de la chapelle, est identifié vers la fin du mois de . Après le démantèlement du mastaba, les dalles sur lesquelles la fresque murale de la chapelle est transportée jusqu'au Landesmuseum Württemberg en 1911. Seules les plaques formant l'assise du revêtement des murs de la chapelle, dépourvues de bas-reliefs, sont laisées sur place, dans leur état d'origine. En , l'institut d'égyptologie de l'université de Tübingen rachète les vestiges du mastaba pour un montant s'élevant entre .
Travaux de Junker Le mastaba fait l'objet de fouilles systématiques à partir de 1912 par Hermann Junker. Durant cette période, Junker mène deux campagnes : la première en 1913-1914 et la seconde en 1926. L'égyptologue allemand réalise notamment les fouilles de l'entrée de la superstructure, de l'antichambre ainsi que du puits funéraire nord. En 1926, Junker concentre ses recherches sur les puits nord et sud et des chambres funéraires qui leur sont attenantes. Le tombeau est fouillé sur une profondeur de douze mètres. Dans la chambre funéraire desservie par le puits nord, ayant probablement fait l'objet d'un pillage, Junker et son équipe mettent au jour un sarcophage contenant les restes de la mère de Seshemnefer. Le cercueil, dont la dalle de recouvrement est retrouvée entr'ouverte et légèrement bombée, est accompagné d'un mobilier funéraire comprenant notamment une urne cinéraire. Dans le puits sud, les fouilleurs sortent partiellement une chambre funéraire aménagée à mi-hauteur du corridor. Des vases canopes et un appui-tête y sont notamment mis en évidence. Après avoir rédigé deux rapports préliminaires, l'un en 1914 et le second en 1926, Junker publie l'ensemble des résultats de ses fouilles dans une monographie parue en 1938.