Tukutuku rakiurae, unique représentant du genre Tukutuku, est une espèce de geckos de la famille des Diplodactylidae.
Cette espèce était nommée Hoplodactylus rakiurae jusqu'en 2011, elle est appelée en anglais ce qui peut se traduire en Gecko arlequin.
Le genre Tukutuku est monotypique alors que Hoplodactylus regroupait classiquement une dizaine d'espèces.
Cette espèce est endémique de l'île Stewart en Nouvelle-Zélande, elle est particulièrement adaptée à son climat frais. Elle fait partie des geckos ayant l'aire de répartition la plus méridionale du monde. Discrète et vivant dans des endroits peu accessibles à l'homme, elle reste assez peu connue de la communauté scientifique. Elle est protégée par des lois néo-zélandaises et des conventions internationales.
Description Morphologie est un gecko ayant une longueur museau-cloaque comprise entre 53 et , plus une queue de longueur équivalente ou inférieure, ce qui donne une longueur totale d'environ maximum à l'âge adulte. Le corps et les membres sont de proportions moyennes, ni très massifs ni très fins. La tête est courte et ovale, avec un front plat. La pupille est fendue et verticale, contrairement au tympan, qui est horizontal. Les doigts sont légèrement plus larges aux extrémités et possèdent à la fois des griffes et des . Les écailles de la tête sont de petite taille, exception faite des écailles supralabiales et du museau. Les écailles dorsales sont également petites tandis que les écailles ventrales et celles de la queue sont de dimensions plus importantes.
Couleurs et motifs
La couleur de fond de est généralement vert olive (tendant parfois vers le jaune), tandis que sa face dorsale présente des motifs complexes allant du marron à l'ambré. Sa capacité à changer de couleurs (grâce à ses chromatophores) est plus faible que celle d'autres geckos comme ceux du genre .
Les motifs de la tête sont bien marqués, avec notamment un V (dont la pointe est dirigée vers l'arrière de l'animal) apparaissant nettement entre les deux yeux. Ceux-ci sont dorés, tandis que la langue est de couleur indigo. Les motifs dorsaux forment un enchevêtrement complexe de trois lignes parallèles, allant de la tête au bout de la queue et jointes par des chevrons (dont la pointe est dirigée vers la tête) présentant différentes nuances de vert. La face ventrale est principalement de couleur blanche à lie-de-vin, avec des touches de noir et même de vert sous la queue. L'extrémité des pattes tend vers le jaune.
Dimorphisme sexuel Les mâles et les femelles se distinguent essentiellement par observation de la région du cloaque. Chez le mâle, on peut observer trois lignes de pores fémoraux ainsi que sept à dix lignes de pores préanaux tandis que l'on n'en observe que quelques-uns, épars, chez la femelle. Par ailleurs, la zone renfermant les hémipénis chez le mâle est proéminente et recouverte de larges écailles subhexagonales ou discoïdes.
Clés de détermination L'aire de répartition restreinte de ainsi que ses motifs dorsaux permettent normalement de l'identifier rapidement. Certains éléments propres à l'espèce permettent de l'identifier à coup sûr. Ainsi, sur chaque doigt, les sont regroupées en lamelles adhésives droites ou très légèrement incurvées. De plus, les écailles du dessus du museau doivent être significativement plus petites que l'ouverture du tympan et sont généralement de forme conique.
Éthologie et biologie
Généralités est doué d'autotomie : il est capable de se détacher de sa queue en cas de danger afin de s'en servir comme d'un leurre. Elle est ensuite capable de repousser.
Comportement Bien qu'il lui arrive de sortir de jour pour la thermorégulation, a principalement des mœurs nocturnes. Bien que peu de spécimens aient pu être observés dans la nature la nuit, l'observation de spécimens en captivité par Bruce W. Thomas a permis d'établir que le gecko arlequin sort généralement de sa cachette au crépuscule. Il peut être actif par des températures très fraîches ( par exemple), bien qu'il soit plus vif à des températures supérieures à .
est capable de vocaliser. Les mâles poussent souvent des pépiements en fin d'après-midi, lorsque la température est douce. Ces cris ont un lien avec l'activité de reproduction et la recherche de partenaire sexuel. Le gecko arlequin peut également pousser des cris aigus s'il est dérangé ou effrayé.
Alimentation vignette|upright=0.5| peut se nourrir de papillons locaux comme .
, comme les autres geckos de Nouvelle-Zélande, est omnivore . Il mange principalement des insectes nocturnes (comme des papillons de nuit, des mouches ou des wetas) et d'autres petits arthropodes, mais peut également se nourrir de baies de plantes comme celles du genre . Il est probable qu'il se nourrisse également de nectar de plantes comme le manuka ou des espèces du genre (en captivité, il accepte de manger du miel).
Reproduction et cycle de vie C'est un reptile vivipare. La femelle peut se reproduire tous les deux ou trois ans. Les jeunes naissent à la fin de l'été ou en automne et sont au nombre de un ou deux par gestation, ce qui est relativement peu par rapport aux autres espèces de geckos néo-zélandais. La gestation peut durer jusqu'à trois ans.
Les études montrent un taux de reproduction compris entre 0,34 et 0,63 jeune par femelle et par an selon les populations, ce qui est faible. Ce faible taux pourrait aggraver les menaces pesant sur l'espèce (voir infra).
L'espèce a une espérance de vie très longue, sans doute supérieure à 36 ans. Cette longévité est due au climat froid de son habitat et à son taux de reproduction très faible.
Interactions avec d'autres espèces vignette|gauche|150px| peut être parasité par sp. (ici en coloration de Gram).
Espèces sympatriques Les scincidés Oligosoma chloronoton, Oligosoma notosaurus et Oligosoma stenotis sont des espèces sympatriques du gecko arlequin. La présence d'autres lézards comme et sur l'île Stewart a également été attestée sans que des précisions soient apportées sur le recoupement éventuel de leurs aires de répartitions avec celle de .
Parasites Plusieurs parasites de sont connus. Un cas de parasitisme par le nématode Skrjabinodon poicilandri. a notamment été constaté Vickers, M. [C.] « ». Unpublished report, Ministry of Agriculture & Fisheries, Palmerston North, 1983, 3. Des infections bactériennes par ainsi que par ont également été observées. Enfin, un cas de stomatite mycosique létale a été recensé.
Répartition géographique Aire de répartition vignette|Aire de répartition de sur l'île Stewart.
Cette espèce est endémique du sud de l'île Stewart en Nouvelle-Zélande. Elle se trouve entre les latitudes 47°00' et 47°17' sud., au sud d'une ligne imaginaire allant du sud de Paterson Inlet au sud de Mason Bay. Cela en fait une des espèces de geckos ayant l'aire de répartition la plus au sud du monde., consulté le 19 avril 2011., consulté le 19 avril 2011.. Certains auteurs considèrent qu'elle pourrait également être présente dans l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande, notamment dans le Fiordland ou l'ouest de l'Otago ., mais aucune preuve ne semble avoir été apportée à ce jour. Au sein de son aire de répartition, peut être abondant dans certaines zones mais les populations sont généralement éparses Classification des espèces de reptiles néo-zélandais menacés..
Climat L'île Stewart bénéficie d'un climat tempéré relativement frais. Ainsi, les températures en janvier (correspondant à l'été dans l'hémisphère sud) montent rarement au-dessus de avec une moyenne de . En juillet (correspondant à l'hiver austral), la moyenne des températures est d'environ , les gelées étant rares Données climatiques sur Stewart Island données par un site Internet gouvernemental néo-zélandais, consulté le 28 février 2011.. Le vent d'ouest est par ailleurs souvent violent. Le climat du sud de l'île, où vit le gecko arlequin, est caractérisé par d'importantes précipitations, une hygrométrie élevée et une faible durée d'ensoleillement. Ces conditions climatiques relativement fraîches constituent un environnement qui pourrait paraître peu adapté à une espèce poïkilotherme comme .
Habitat vignette|Le feuillage du manuka constitue un habitat appréciable pour .
évolue du niveau de la mer à l'étage montagnard. Il habite principalement dans les strates herbacées, les fruticées et les zones humides. Il peut être également parfois trouvé dans les zones forestières ou rocailleuses , généralement à même le sol, consulté le 18 avril 2011 (rarement à plus de de haut), dans les carex ou les feuillages très denses comme ceux des fougères ou du manuka. Pour profiter des rayons du soleil en héliothermie, il utilise parfois des microhabitats découverts, à plusieurs mètres d'une cachette potentielle.
Taxinomie Étymologie vignette|gauche|150px|Les motifs traditionnels tukutuku (au centre) donnent leur nom au genre du gecko arlequin. Le nom binomial actuel de l'espèce, latinisé, fait référence à Rakiura, le nom de l'île Stewart en langue māori Tukutuku rakiurae sur le site Internet du DOC, consulté le 4 avril 2011. Le nom du genre, , fait quant à lui référence au motifs bariolés qui ornent sa peau, tukutuku désignant, en māori, des motifs traditionnels entrelacés utilisés pour l'ornementation des habitations La richesse de ses motifs et la variété de ses couleurs ont valu à son nom vernaculaire de « Gecko arlequin », en référence à Arlequin, le personnage de la Commedia dell'arte.
Évolution de la taxinomie Cette espèce a été découverte par hasard en 1969 au cours d'une étude d'entomologie réalisée par des chercheurs de l'université de Canterbury, mais ne fut décrite et nommée qu'en 1981 par Bruce W. Thomas. Auparavant, elle était désignée par le nom sp. « Stewart Island » . En 1997, des travaux de recherche en génétique suggèrent que , de même que , et , seraient plus proches des geckos du genre que du genre . Par la suite, elle est désignée comme « Genus A: » par Tony Jewell en 2008 mais est finalement réincorporée au genre dans l'atlas électronique des amphibiens et reptiles de Nouvelle-Zélande produit par le Department Of Conservation Modification de la taxonomie utilisée par le Department of Conservation (DOC) par rapport aux noms utilisés par T. Jewell en 2008 pour reprendre le nom de .
Plus récemment une étude menée en 2010 propose de séparer du genre pour en faire l'unique espèce d'un nouveau genre : . À ce jour, aucune sous-espèce de n'a été décrite. Il s'agit donc d'une espèce monotypique.
Classification phylogénétique
En 2010, une nouvelle étude basée sur l'analyse de deux gènes inclus dans l'ADN nucléaire et de deux gènes inclus dans l'ADN mitochondrial bouleverse cette classification :
et l'Homme Étude de l'espèce vignette|L'Île Stewart est majoritairement recouverte de forêt, ce qui la rend difficile à parcourir.
L'espèce ayant été découverte et décrite tardivement, les données actualisées concernant l'évolution du nombre de geckos arlequins sont plutôt pauvres et les tendances sur le long terme de l'évolution des populations sont mal connues. Une seule étude (McFarlane, 2007) s'attarde véritablement sur l'écologie de . Toutefois l'espèce, comme l'ensemble des geckos natifs de Nouvelle-Zélande, fait régulièrement l'objet d'études génétiques, ce qui permet de faire évoluer sa place dans la classification phylogénétique (Hitchmough, 1997, Chambers , 2001, Nielsen , 2007).
La difficulté d'accès à son aire de répartition (l'Île Stewart ne compte qu'une seule ville, Oban, située hors de l'aire de répartition, et seulement de routes pour de côtes .) peut expliquer ce faible nombre d'études scientifiques.
Menaces vignette|gauche|Le rat polynésien, espèce introduite en Nouvelle-Zélande, constitue une menace pour les reptiles endémiques.