Al-Bassa (), ou Ayn al-Bassa, aussi connu antérieurement sous le nom de Betzet () ou Bezeth, était un village du sous-district d'Acre en Palestine mandataire, situé près de la frontière libanaise, à d'Acre. Le village fut pris d'assaut par les troupes de la Haganah en et presque complètement rasé. Après un massacre, les habitants furent déplacés ou expulsés vers les pays voisins au cours du nettoyage ethnique de la Palestine ou Nakba.
Histoire Le site présente des traces de peuplement dès la préhistoire et l’âge du bronze. Un pichet en verre soufflé trouvé dans une tombe a été daté de . et des tessons de poterie mis au jour au cours des fouilles archéologiques témoignent d’une occupation continue pendant la période médiévale.
Croisades
Quelques mentions dans des documents permettent de recouvrer en partie son histoire. En 1189, il est utilisé comme campement de Croisés pendant une campagne militaireAbu Shama, RHC Or, IV, p. 406. et un écrit daté d’octobre enregistre la vente du village par le roi Amaury II de Jérusalem à l’Ordre teutonique. Aucun bâtiment de la période des croisades n’a cependant été trouvé à al-Bassa ; une croix, d’abord datée de cette époque, a ensuite été attribuée à l'ère byzantine. Al-Bassa est néanmoins le premier village listé comme faisant partie du domaine des Croisés pendant la trève entre les Croisés basés à Acre et le sultan mamelouk Al-Mansûr Sayf ad-Dîn Qala'ûn al-Alfi en ..
Empire ottoman
En 1596, al-Bassa fait partie de l’Empire ottoman : c’est un village de la nahié (sous-district) de Tibnine dans le sandjak de Safed, avec une population de 76 ménages et de 28 célibataires, tous indiqués sur les defter (registres fiscaux) de cette année-là comme étant musulmans. Le village paie des impôts sur ses cultures, celles du blé, des olives, de l’orge, du coton et des fruits, ainsi que sur des chèvres, des ruches et des pâturages, pour un total de aspres.
Au , al-Bassa est une zone de contestation entre Dahir al-Umar et les chefs du Jabal Amil (actuel sud-Liban), conduits par le cheikh et, sous son successeur, Djezzar Pacha, vers 1770, al-Bassa devient le centre administratif du nahié. En 1799, Napoléon Bonaparte le décrit dans une lettre comme un village de 600 habitants musulmans chiites.. Une carte de Pierre Jacotin, élaborée la même année lors de la campagne d’Égypte, montre d’ailleurs l’emplacement du village, sous le nom El Basa.
Plusieurs voyageurs s'arrêtent à al-Bassa au cours du et décrivent le village dans leurs récits. En 1851, Charles Van de Velde séjourne chez le cheikh Aisel Yusuf : . Après avoir souligné l'intérêt archéologique du lieu et les traces anciennes d'occupation, il note : .
En 1863, le village reçoit la visite de Henry Baker Tristram, qui le décrit comme un village chrétien : les principaux produits du district semblent être l'huile d'olive, les poils de chèvre et le tabac, ce dernier étant exporté en quelque quantité vers l'Égypte, via Acre. L'apiculture, également, n'est pas sans importance comme article d'industrie, et chaque maison possède un tas de ruches dans la cour, ..
À la fin du siècle, le village de Al-Bassa est décrit par Conder et Kitchener : construit en pierre, situé au bord d'une plaine, entouré de larges oliveraies, et de vergers de grenades, de figues et de pommes, il a alors environ .
Les Ottomans y ont construit en 1882 une école publique primaire de garçons et le village offre aussi une école secondaire privée, et une école publique primaire de filles.
Une liste de la population datant de 1887 environ montre qu’el Basseh a alors : un tiers sont musulmans et les deux tiers catholiques grecs (173)..
Palestine mandataire Les accords de frontières franco-britanniques de 1920 fixèrent de manière imprécise la frontière entre le Liban et la Palestine. La frontière passait alors tout près au nord de al-Bassa, laissant le village du côté palestinien, mais séparé de la plupart de ses terres. Cependant, le gouvernement français inclut al-Bassa dans un recensement libanais de 1921 et accorda la citoyenneté à ses résidents.. En même temps, une commission des frontières franco-britannique travaillait à déterminer une frontière précise, faisant au passage de nombreux ajustements. En , cette commission avait fixé une frontière qui confirmait que al-Bassa se trouvait en Palestine. Cela devint officiel en 1923. La citoyenneté des résidents fut changée en 1926, ceux-ci devenant palestiniens.
En 1922, les habitants de al-Bassa fondèrent un conseil local pour gérer leurs affaires communes. Le recensement de indiquait pour le village une population de 867 chrétiens, 366 musulmans sunnites, 150 musulmans chiites et 1 juif, soit en tout , dont 683 hommes et 701 femmes.. Les chrétiens étaient séparés en gréco-catholiques (721), orthodoxes (120), anglicans (17), catholiques arméniens (8), et un catholique romain. La principale activité économique était alors la récolte des olives. Lors du recensement de 1931, le village comptait 868 musulmans, 1076 chrétiens, et 4 Bahaïs, en tout 1948 ( et 901 femmes) répartis en 479 maisons..
En 1938, pendant la révolte arabe en Palestine, le village fut la scène d'un massacre commis par les soldats britanniques.. Le , quatre soldats des (RUR) furent tués à proximité du village, leur véhicule blindé roulant sur une mine. En représailles, l'armée britannique mit le feu au village. Peu de temps après, environ 50 Arabes furent rassemblés par les RUR, aidés par plusieurs membres des Royal Engineers. Les quelques habitants qui essayèrent de s'enfuir furent abattus. Ensuite, selon un témoignage britannique, les autres furent mis dans un bus qui fut contraint de rouler sur une mine placée par les soldats, ce qui détruisit le bus et tua beaucoup de ses occupants. Les habitants du village furent ensuite forcés à creuser une fosse et à y jeter les corps. Des témoignages arabes évoquent également de la torture et d'autres brutalités. Il y eut au total une vingtaine de morts.
Dans les années 1940, al-Bassa était l'un des villages plus importants et les plus développés du nord de la Palestine, couvrant une superficie de quelque dounams () de collines et de plaines, dont étaient irrigués. Centre commercial de la région, il offrait plus de soixante boutiques et onze cafés, dont quelques-uns le long de la route principale entre Haïfa et Beyrouth ; il possédait un système d'eau courante et supervisait chaque dimanche la tenue d'un marché de biens en gros. Une coopérative agricole rassemblait plus de 150 personnes et promouvait le développement agricole, tout en offrant des prêts aux fermiers locaux. Le village possédait une école élémentaire gérée par le gouvernement, un lycée national, une église orthodoxe, une église catholique et une mosquée. Il avait aussi 18 autres lieux de culte, considérés comme sacrés à la fois par les musulmans et les chrétiens. C'était aussi le seul village palestinien de Galilée disposant d'un collège chrétien.
Selon les statistiques de 1945, la population est estimée à , dont 1360 musulmans et 1590 chrétiens. Des dounams appartenant aux villageois, 614 étaient utilisés pour les citronniers et les bananes, pour d'autres plantations, dont pour les cultures céréalières, et 132 dounams étaient consacrés aux maisons et bâtiments.
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Selon le plan de partition de la Palestine de 1947, le village d'al-Bassa était situé dans le territoire alloué à l'État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.. . Le , al-Bassa fut pris d'assaut par les forces armées du Yichouv, pendant l'Opération Ben-Ami de la guerre israélo-arabe de 1948. Les défenseurs d'al-Bassa étaient des hommes de la milice locale. Après la prise du village, les forces du Palmah rassemblèrent les habitants dans l'église locale où ils abattirent plusieurs jeunes gens avant d'expulser les autres. Un témoin de l'expulsion dit qu'elle avait été précédée par l'exécution de cinq villageois dans l'église, un autre mentionna sept villageois abattus par les soldats hors de l'église. Le bilan dressé par S. A. Jawad recense 22 morts (cinq dans l’église, 14 en-dehors et trois hommes voulant revenir au village)Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 111..
Al-Bassa fut complètement détruit à l'exception de quelques maisons, d'une église et d'un lieu de culte musulman. Soixante des habitants chrétiens d'Al-Bassa furent emmenés par le Haganah à Mazra'a, où ils demeurèrent plus d'une année.. Globalement, 81 résidents d'al-Bassa devinrent citoyens israéliens, en tant que Palestiniens déplacés, sans droit à la terre, et finirent dans des endroits comme Nazareth.
La plupart des anciens résidents d'al-Bassa (environ 95%) furent poussés vers le nord, au Liban, se concentrant dans le camp de réfugiés de Dbaiyeh près de Jounieh, à l'est de Beyrouth. Avant et pendant la guerre du Liban, ce camp souffrit des dommages sévères et fut en grande partie détruit, bien qu'il ait une population de quelque , principalement des réfugiés chrétiens palestiniens. D'autres résidents d'al-Bassa et du camp de réfugiés du Liban se retrouvèrent à Lansing dans le Michigan, aux États-Unis, où ils établirent un village international et organisèrent des réunions annuelles, auxquelles assistent plus de 300 personnes.
Un camp de fermiers juifs et de membres du Notrim, édifié en 1938 tout près du village en lien avec la construction du , devint à terme un des forts Tegart. Par ailleurs, quelques-unes des structures publiques d'al-Bassa ont été préservées et se trouvent maintenant dans la localité israélienne de et du moshav de , construits au début des années 50 sur les ruines d'al-Bassa.
Architecture gauche|vignette|220px|L'église Saint-Georges à Al-Bassa, en 2023.
Lors d'une inspection en 1992, il fut constaté que, si la plupart des maisons d'al-Bassa avaient été détruites, quelques bâtiments historiques avaient survécu, dont deux églises, une mosquée et un maqâm.
La mosquée semble de construction assez moderne, probablement construite au début du . Elle est constituée d'une haute salle carrée avec un toit plat soutenu par des poutres de fer. Il y a un minaret cylindrique dans le coin nord-est. De grandes fenêtres ornent les quatre côtés et un mihrab le milieu du mur sud. En 1992, le bâtiment était utilisé comme étable.
210px|vignette|Le maqâm al-Khidr, en 2015. Le maqâm est situé à 20 mètres à l'est de la mosquée. Il est composé de deux parties : une cour entourée de mur et une salle de prières surmontée d'une coupole. Dans la cour se trouve un mihrab et une porte dans le mur à l'est conduit à la salle de prières principale. Des pendentifs jaillissant de quatre épais piliers soutiennent de larges arches et la coupole. À côté du mihrab, se trouve un simple minbar, fait de quatre marches de pierre.
Personnalités liées
Yusif Sayigh (1916-2004), économiste né à Al-Bassa, arrêté en mai 1948 à Jérusalem et emprisonné au camp de détention d'Ijlil (il avait 22 ans), témoin d'exécutions sommaires.
Sources
Notes
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . .
Voir aussi
Bibliographie complémentaire Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemarie Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2008. Sandrine Mansour-Mérien, L’histoire occultée des Palestiniens, 1947-1953, Paris, Éditions Privat, 2013
Liens externes
Le village dépeuplé d’Al-Bassa, Christian Media Center
Catégorie:Localité conquise par Israël durant la guerre israélo-arabe de 1948