Les événements de mai-, ou plus brièvement Mai 68, désignent une période durant laquelle se déroulent, en France un important mouvement social dans les entreprises, y compris en Loire-Atlantique, où démarre le la première grève chez Sud-Aviation, avec occupation de l’usine par les ouvriers et séquestration de l’équipe de direction, sur un site industriel déjà très mobilisé dès le . Dès le , Nantes avait connu la plus grande manifestation de son histoire, comme d'autres villes de Bretagne, sur le thème de l'emploi et du « vivre au pays ».
Avec les événements de 1968 en Normandie et à Toulouse ou encore ceux de la région lyonnaise, les grèves et manifestations à Nancy et Metz, les événements de Mai 68 à Nantes ont joué un rôle précurseur, selon les historiens, dans l'avènement de Mai 68, en particulier en février puis lors de la période de forte agitation du début du mois de mai. L'une des particularités de Mai 68 dans cette ville est la rencontre des étudiants, des ouvriers et même des paysans" Nantes hisse le drapeau rouge", par Sarah GUILBAUD dans Libéation du 15 février 2008 .
L'historiographie de Mai 68 a en effet rappelé à partir des années 1990 que la révolte étudiante avait eu lieu sur l'ensemble du territoire, en particulier dans les résidences universitaires de nombreuses villes de province, pour constituer le plus important mouvement social de l'histoire de France du .
Quand la grève générale est votée à l’Université de Nantes le mardi , elle est dopée par les revendications locales comme le rétablissement de la subvention de l’Association Générale des Étudiants de Nantes et le retrait des plaintes contre les étudiants liées à la manifestation du ., dans la foulée des violents événements du , qui avaient vu un millier de manifestants pour la mixité dans les résidences universitaires envahir le rectorat de la ville, après les occupations de résidences du mois de décembre.
La manifestation du , le lendemain, est l'une des plus importantes de France, avec , paysans et étudiants place de la Duchesse-Anne, malgré une pluie battante et un discours remarqué du syndicaliste paysan Bernard Lambert, figure locale. Elle est prévue depuis mars, par les organisations syndicales ouvrières et agricoles avec le slogan , qui exprime les inquiétudes de nombreux travailleurs concernant l’emploi, l’exode rural et le pouvoir d’achat.
Prémices Les revendications ouvrières et paysannes dès 1967 La situation sociale en 1967 est tendue avec de nombreuses grève dans la région de Nantes. Le à Redon, en Ille-et-Vilaine, une imposante mobilisation paysanne se conclut comme la précédente, en juin, par des affrontements violents contre les forces de l’ordre.
Les revendications paysannes trouvent écho auprès des syndicats ouvriers, avec une convergence d'intérêt pour l’industrialisation de l’Ouest, seule façon de « vivre et travailler au pays » sur fond d’exode rural. Fin 1967, les syndicats s’entendent sur l’organisation de manifestations communes dans toute la région Ouest pour le . Un front syndical régional paysan et ouvrier se met en place lors d’une réunion intersyndicale à Nantes le .
De nombreuses grèves sont par ailleurs organisées dans les usines entre 1966 et 1967. Par ailleurs, les modifications d’organisation de la Sécurité sociale en développent les oppositions. Le , pour protester contre la suppression de nombreuses bourses, les étudiants rejoignent les ouvriers qui, à l'appel de la CGT et la CFDT, manifestent pour l'emploi. Le lendemain soir, les jeunes gens perturbent le bal donné par l'administration dans une cité universitaire, où ils restent toute la nuit. Le , les étudiants occupent une cité de filles pour protester contre les discriminations du règlement intérieur interdisant aux filles de recevoir chez elles. En , les ouvriers nantais manifestent contre la réforme de la sécurité sociale, instituée par les ordonnances de 1967. Le 23, des étudiantes réoccupent une cité.
Revendications dans les résidences universitaires dès 1967 L'UNEF aux mains des anarchistes dès 1967 À Nantes, ce sont surtout les participations des étudiants de l'UNEF à des manifestations ouvrières organisées par la CGT et la CFDT qui retiennent l’attention, dès le lors de cortèges de rues. L’Association générale des étudiants de Nantes (AGEN), est dominée par des étudiants d’extrême gauche et les anarchistes, réunis autour de Yvon Chotard, président de l’AGEN-UNEF en 1967-1968, dont le père est « mensuel » au chantier naval de Saint-Nazaire, et Jean Breteau, secrétaire général de l’Association des étudiants de la faculté des Lettres en 1967-1968.
Une : la Mnef, alors présidée par Patrick Rimbert, futur premier adjoint de Jean-Marc Ayrault, l'Agen-Unef, l'association des résidents universitaires. Ils s’emparent en particulier en du bureau de l’Agen-Unef et à la rentrée de 1967, de la Mutuelle nationale des étudiants de France. La Mnef de Nantes soutient en l’occupation des cités universitaires, pour obtenir l’assouplissement du règlement intérieur, c’est-à-dire la liberté politique dans les locaux et le droit à la liberté sexuelle dans les cités universitaires. Le , la police intervient et un mouvement de soutien s’organise autour de l’Unef, regroupant la CGT, la CFDT, la CGT-FO et le Snes.
Les principaux situationnistes strasbourgeois sont présents lors de l'assemblée générale de l'UNEF qui s'est tenue le "Vie et mort de Guy Debord" par Christophe BOURSEILLER . Yvon Chotard les a déjà rencontrés et se montre sensible au programme proposé par leur représentant, André Vayr-Piova: fermeture des B.A.P.U., perturbation de cours et « tomatage » de professeurs, distribution de bandes-dessinées détournées et de tracts subversifs.
Occupations de résidences universitaires de décembre 1967 et janvier 1968 Comme à Strasbourg, les nantais font fermer le B.A.P.U. local et occupent les résidences universitaires, comme cela se fait aussi à Lyon. Juvénal Quillet, élu en président des résidents des cités universitaires , défend la suppression des règlements des cités-U.
Les occupations des résidences de décembre se soldent par son interpellation le et, deux jours plus tard, par l’intervention de la police lors d’une assemblée générale des résidents. Dès le début janvier l’A.G.E.N.-UNEF adopte une nouvelle plate-forme intitulée ironiquement «Contribution à l’élaboration d’une ligne syndicale minoritaire ». Les occupations continuent à Noël avec un large soutien local (CGT, CFDT, FO) et il est décidé qu'une centaine de nantaises envahiront, la cité Launay -Violette, réservée aux garçons le "Des jeunes filles occupent un pavillon de garçons dans une cité universitaire de Nantes", Le Monde du 23 janvier 1968 . Les résidences sont ainsi à nouveau prises d’assaut le . Le lendemain c’est au tour du restaurant universitaire d’être occupé. Un peu plus tard en décembre, le campus de Nanterre est paralysé par une série d’occupations qui, comme à Lyon et à Nantes, portent principalement sur les conditions de logement en résidences.
Occupations de résidences universitaires du 14 février 1968 Le , le Campus du Tertre, excentré et dépourvu de liaisons avec le centre-ville, est en effervescence. Environ se rassemblent à 14 h 30 sur le parking de la faculté des lettres de Nantes, au Petit-Port"À Nantes, Mai 68 a débuté le 14 février" Ouest-France mercredi 14 février 2018. Un appel a été lancé par l'AGEN, son homologue angevine, la Mutuelle nationale des étudiants de France et l'Association nationale des résidents en cités universitaires. Le cortège se déplace vers le Rectorat tout proche et sa pelouse, soutenus par FO et la CFDTPresse Océan du 15 février 1968. Le recteur Max Schmitt accepte de recevoir une délégation de cinq étudiants puis les a rapidement éconduit, se souvient Jean Breteau.
Le rectorat envahi par Puis envahissent le rectorat, à l’appel de l’Association générale des étudiants de Nantes (AGEN), dominée depuis quelques mois par des étudiants d’extrême gauche. Ils sont aussi venus réclamer le paiement de leurs bourses, dénonçant les modes d'attribution et leur faible niveau financier. Certains manifestants pillent le frigo du rectorat, comme le remarque la presse.
À leur sortie, ils sont chargés par la police. Le commissaire Magimel a mangé les sommations et la police nous a chargés sur la pelouse, se souvient Jean Breteau. Sur les interpellés, un seul est maintenu en détention et présenté au juge le lendemain, pour avoir blessé un policier puis condamné le à un mois de prison avec sursis. Lors de ces actions du , les anarchistes nantais Yvon Chotard et Juvénal Quillet sont rejoints par le parisien Gérard Bigorgne" Scènes situationnistes de Mai 68 : Enquête sur une influence présumée", par Laurence Bernier-Renaud Sous la direction de Jean-Pierre Couture , venu représenter les Enragés de Nanterre, avec qui les nantais partagent un intérêt pour les thèses situationnistes. À Rennes et Brest de fortes mobilisations ont aussi eu lieu à la mi-février pour des occupations de cités universitaires.
La police arrive en renfort, des négociations commencent avec le préfet : les étudiants s'engagent à partir, les forces de l'ordre à ne rien faire. Mais une fois les fauteurs de trouble sortis du rectorat, Jean-Émile Vié ne se sent . , confiera-t-il trente ans plus tard à Ouest-France. Le préfet porte plainte et demande au Conseil général le retrait des subventions à l’association étudiante..
La manifestation du 14 mars à Nantes Un mois plus tard, le , une nouvelle manifestation est organisée par l'UNEF, contre la « ségrégation sexuelle » et la distinction entre étudiants « majeurs » et « mineurs » dans les résidences universitaires (la majorité civile en France est alors de ). La grande manifestation régionale du 8 mai 1968 Si l'année 1968 à Nantes a été marquée comme dans le reste de la France par plusieurs événements comme les grèves ouvrières des mois de mai et juin dans le cadre des événements de mai 68 elle offre en plus la particularité de la grande manifestation régionale du .
Elle est précédée, dans la ville, par une forte actualité sociale. En 1968, le cortège des grèves a démarré tôt dans l'aéronautique, en proie à un plan de suppressions d'emplois"Yves Rocton, syndicaliste de Force ouvrière et militant trotskiste" par Sylvia Zappi Le Monde du 13 octobre 2008 . Début avril, la tension monte d'un cran, avec des arrêts de travail chez Sud-Aviation à Bouguenais, dans la banlieue de Nantes, une usine aéronautique où sont fabriqués le Concorde et la Caravelle mais aussi des réfrigérateurs Frigeavia. La journée du est occupée ainsi à Nantes par la manifestation des ouvriers de Sud-Aviation et de la Raffinerie de Chantenay.
La plupart des villes de Bretagne seront la semaine suivante marquées par des manifestations étudiantes, ainsi que des grèves générales et sauvages. Ainsi, le , des ouvriers, fonctionnaires et paysans manifestent côte à côte dans les neuf départements de Bretagne et des Pays-de-La- Loire, sur le thème « L'Ouest veut vivre ». Ils sont 15.000 à Lorient, 6.000 à Saint-Brieuc, 20.000 à Quimper, 25.000 à Brest, tandis que le , dans l'Ouest, 31 meetings seront tenus un peu partout. Ce , les jeunes défilent au côté des ouvriers et des leaders syndicaux nantais : Georges Prampart de la CGT, Alexandre Hébert de FO et Gilbert Declercq de la CFDT. Les paysans sont également de la manifestation. Après la dislocation syndicale à Nantes, plusieurs centaines d’étudiants, avec des drapeaux rouges et des drapeaux noirs, suivent un parcours qui s’achève par un sit-in.
Les manifestations et grèves du 13 mai 1968