Le maquis de Saint-Marcel, dit aussi maquis de la Nouette, est un maquis qui exista en Bretagne occupée, dans le centre du Morbihan non loin du village de Saint-Marcel pendant la Seconde Guerre mondiale.
Histoire Création du maquis thumb|left|Musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel : récit de la création du maquis de Saint-Marcel. Il a été créé en février 1943 par Émile Guimard, de Lizio, et Antoine Rolland, de Sérent, pour recevoir des parachutages d'armes.. Ce terrain discret, dénommé « baleine » derrière la ferme de la Nouette près de Saint-Marcel avait été trouvé à la demande de la mission Cockle composée de deux agents secrets de la France libre, le lieutenant Guy Lenfant et le sergent radio André Rapin, parachutés près de l'étang au Duc entre Ploërmel et Loyat dans la nuit du 21 au pour armer les premiers réseaux de Résistance du Morbihan.. Ces deux agents, missions remplies avec de multiples parachutages autour de Ploërmel et de Pontivy durant le premier semestre 1943, retournèrent en Angleterre le de la même annéeLe musée de la Résistance de Saint-Marcel., embarquant avec eux le plan des défenses allemandes du Morbihan, remis par le commandant départemental de gendarmerie et résistant, Maurice Guillaudot.. En mai, ces parachutages furent suspendus, après quelques ratés, pour ne pas attirer l'attention de l'occupant.
En mars 1944, plusieurs arrestations désorganisèrent la résistance locale. Le commandant Guillaudot, à Vannes, et son adjoint, le lieutenant de gendarmerie Théophile Guillo, à Ploërmel, son fils, Joseph Guillo, 20 ans (qui mourra en déportation), furent arrêtés, torturés et déportés. Plusieurs cadres FFI, de Ploërmel notamment (Henri Calindre, Louis Chérel, Lionel Dorléans, Paul Hervy) furent fusillés le à Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes.
Le , l'ordre est donné par le colonel Morice (Paul Chenailler), chef départemental F.F.I. (après l'arrestation du commandant Maurice Guillaudot), à tous les résistants FFI du Morbihan de se rassembler à la Nouette, la ferme de la famille Pondard près de Saint-Marcel (soit environ ).
Description du maquis
Une description précise du maquis de Saint-Marcel est fournie par un témoignage allemand (les résistants y sont qualifiés de « terroristes ») :
Forces en présence FFI et Armée française de la Libération ORA ; AS ; FTP ; RCP/ SAS (200 hommes).
4 chasseurs-bombardiers P-47 Thunderbolt de l'US Air Force.
régiment parachutiste de maintenance et d'instruction (300 hommes) ; un commando de chasse du du génie de forteresse ; éléments de la d'infanterie de Redon ; une compagnie du de Géorgiens ; 2 bataillons du régiment d'artillerie ; patrouille de la brigade de Feldgendarmerie .
Opération Dingson
Dans le cadre de la bataille de Normandie (opération Overlord), 18 SAS (Special Air Service) des Forces françaises libres, commandés par les lieutenants Pierre Marienne et Henri Deplante, sont parachutés le soir du (22 h 30, heure locale) près de Plumelec et de Guéhenno (Morbihan), à de Saint-Marcel : c'est l'opération Dingson. 18 autres SAS sont aussi parachutés dans les Côtes-d'Armor (forêt de Duault) (opération Samwest), pour ralentir les transports des forces d'occupation stationnées en Bretagne vers la Normandie. La Résistance Bretonne, inconnue des Alliés, avait déjà entrepris des sabotages. La mission des SAS va devenir par parachutages, l'armement des résistants bretons FFI et FTP.
Malgré un accrochage dans le Morbihan dès l'atterrissage qui fait un mort (le caporal Émile Bouétard) et trois prisonniers, 14 SAS guidés par les résistants arrivent à Saint-Marcel. Jusqu'au , 160 parachutistes du 4th SAS vont les rejoindre, dont le commandant du régiment Pierre-Louis Bourgoin.
Dans la nuit du 17 au quatre jeeps furent parachutées. Elles furent utilisées pour attaquer et pour transporter les blessés lors de la bataille puis de l'évacuation du camp.
Bataille de Saint-Marcel
Le , le maquis est attaqué. Malgré un soutien aérien allié pendant une heure en milieu d'après-midi au moment où la pression ennemie s'aggrave (4 avions de chasse P-47 Thunderbolt américains mitraillant les convois allemands en direction du maquis), les et les parachutistes SAS français se disperseront à la faveur de la nuit, après toute une journée de combat.
Ce jour-là, Pierre Marienne (1908-1944) galvanisa les combattants, il mitraillait les Allemands d'une jeep en intervenant dans les secteurs menacés. Blessé à la tête et couvert d'un bandeau de parachute blanc teinté de sang, il y gagna son surnom : le « lion de Saint-Marcel »La rage au cœur, de Jean Paulin, radio parachutiste SAS à Saint-Marcel (1958).Les Bérets rouges, d'Henry Corta (1921-1998), lieutenant parachutiste SAS (1952)..
Pertes du maquis Selon l'essayiste Pierre Montagnon, le bilan pour les Français est de 42 tués, dont 6 parachutistes, 60 blessés et 15 prisonniersPierre Montagnon, Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale, 2011.. Mais pour Patrick Mahéo, D'après Gérard Le Marec, les Français ont une trentaine de tués. Pour Philippe Buton, les Français déplorent 27 tués, dont 6 parachutistes et 21 FFIPhilippe Buton, La joie douloureuse : la libération de la France, Éditions Complexe, 2004, .. Le service médical était alors sous la direction du docteur Édouard Mahéo. thumb|left|Stèle des fusillés de Saint-Marcel. thumb|Affiche de la commémoration du maquis de Saint-Marcel le en présence du général De Gaulle. Du côté des Allemands, entre Chiffre établi par le nombre de cercueils commandés (Henry Corta (1921-1998), lieutenant parachutiste SAS : Les bérets rouges (1952), amicale des anciens parachutistes SAS). auraient été tués selon les résistants. Le monument du maquis inauguré en 1951, en présence des colonels Morice et Bourgoin, fait état de 560 morts allemandsA priori, il faut plutôt entendre "mis hors de combat" que tués .. Un officier britannique présent à Saint-Marcel, le capitaine Fay, estima les pertes allemandes à 300 hommes.
Cependant selon Pierre Montagnon, Gérard Le Marec et Patrick Maheo, cette estimation de 560 morts allemands est sans doute exagérée.
Selon les sources allemandes, les pertes sont plus légères. D'après le rapport d’activité en date du , du Bureau du corps d’armée, les affrontements contre les « bandes terroristes » livrés entre le et le ont fait, côté allemand, environ 50 morts, 50 blessés et 20 disparus. Pour Gérard Le Marec, Gérard Le Marec, La Bretagne dans la Résistance, 1983, éditions Ouest-France, ..
Les soldats allemands tués à Saint-Marcel sont inhumés au cimetière de Calmon, à Vannes. Selon les recherches effectuées par Patrick Andersen-Bö aux archives municipales de cette ville, 27 corps provenant de Saint-Marcel sont recensés. Ces corps sont transférés ensuite au cimetière militaire allemand du Mont-d'HuisnesPatrick Mahéo, Saint-Marcel : haut-lieu de la Résistance Bretonne : chronique d'un village à travers les siècles, Rue des scribes éditions, 1997, ., à côté d'Avranches.
Côté civils, le village de Saint-Marcel est pillé et brûlé après le combat, 40 personnes seront tuées et d'autres déportées.
Lors des combats pour la libération de la Bretagne, du à , 77 parachutistes furent tués et 195 furent blessés, soit plus de la moitié de l'effectif du SAS français (450 hommes parachutés). Des volontaires FFI bretons recomposèrent l'effectif du bataillon lorsque celui-ci fut engagé sur la Loire (secteur Orléans – Nevers) lors de l'opération Spencer en septembre 1944.
Notes et références
Bibliographie
Témoignages Jeanne Bohec, La Plastiqueuse à bicyclette, Mercure de France, avant-propos de Jacques Chaban-Delmas,1975, rééd. Éditions du Félin, 1999 ; Éditions du Sextant, 2004.
. Jean Paulin (radio-parachutiste SAS à Saint-Marcel), la rage au cœur, édition marabout-junior, 1958, 158 p. Jack Quillet (adjudant parachutiste SAS à Saint-Marcel), Du maquis aux parachutistes S.A.S., Atlante Editions, 2008, 203 p. . Joseph Jego (maquisard à Saint-Marcel), 1939-1945 : Rage, action, tourmente au pays de Lanvaux, 1991.
Publications historiques
Patrick Mahéo, Saint-Marcel : haut lieu de la Résistance bretonne : chronique d'un village à travers les siècles, Rue des scribes éditions, 1997. Roger Leroux, Le maquis de Saint-Marcel, éditions Ouest-France, 1981. Jean-Charles Stasi, Les paras français du jour J, Heimdal, 2017. .
Olivier Porteau, « L’Action combinée du régiment de chasseurs parachutistes et de la Résistance bretonne dans le dispositif stratégique de l’opération Overlord », dans Patrick Harismendy et Erwan Le Gall (dir.), Pour une histoire de la France libre, Presses Universitaires de Rennes, 2012, .
Voir aussi Articles connexes Opérations SAS en Bretagne Musée de la résistance bretonne situé à Saint-Marcel Bataille de Normandie de chasseurs parachutistes Forces françaises de l'intérieur Paul Chenailler alias colonel Morice Pierre Bourgoin alias le manchot
Liens externes Centre d'études René Nodot : Sur les traces du maquis Saint-Marcel ; récits des témoins de l'époque.
Saint-Marcel Catégorie:Special Air Service Catégorie:Saint-Marcel (Morbihan) Catégorie:1944 en France Catégorie:Juin 1944 Saint-Marcel Catégorie:Soulèvement pendant la Seconde Guerre mondiale