Al-Birwa (en , parfois al-Birweh) était un village du sous-district d'Acre en Palestine mandataire, situé à à l’est d’Acre (Akka).

Mentionné au milieu du par le savant persanophone Nasir e Khosraw, le village était connu des Croisés sous le nom de "Broet". Il appartenait au sultanat mamelouk à la fin du , puis, à partir du , à l’Empire ottoman. Les récits de voyage du indiquent que al-Birwa possédait une mosquée, une église et une école élémentaire pour garçons (celle pour filles fut construite en 1942).

Pendant la période de la Palestine mandataire, al-Birwa abritait des médiateurs locaux qui assuraient le règlement des différends dans les villages voisins. Il devint un centre d’opérations pour les rebelles pendant la révolte de 1936-1939 contre les Britanniques. Au début des années 1940, de nombreux cultivateurs du village, endettés, avaient perdu leurs terres et s’étaient tournés vers des emplois dans les cités proches, comme Haïfa. Cependant, une majorité des résidents poursuivaient leurs activités agricoles, vendant des olives, des céréales et d’autres produits aux marchés d’Acre. En 1945, al-Birwa comptait , en majorité musulmans mais avec une importante minorité chrétienne.

Au cours du mois de , al-Birwa fut pris par les Israéliens, puis repris par sa milice locale, enfin définitivement occupé par les Israéliens. Ses habitants, parmi lesquels se trouvait le futur poète Mahmoud Darwish, s’enfuirent vers d’autres villages ou vers le Liban. Des communautés juives, Yas'ur et Alihud, s’établirent en 1949 et 1950 sur les terres de l’ancien village.

Géographie

Le village d’al-Birwa était construit sur une colline rocheuse à 60 mètres au-dessus du niveau de la mer, et à 10,5 kilomètres à l’est d’Acre. Ses villages voisins étaient Julis, Majd al-Kroum, Sha'ab, Kaboul, al-Damun, el-Makr« al-Birwa — البِرْوَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 3 février 2026.. Deux grandes routes passaient à proximité, menant à Acre et à Haïfa.

La superficie des ses terres était de dounams (, dont (1284 hectares) appartenant à des Arabes, 546 dounams appartenant à des Juifs (55 hectares) et 57 dounams (un peu moins de six hectares) de terres publiques. Sur ces terres, 3090 dounams étaient classés non-cultivables en 1945 (soit 309 hectares) dont respectivement 2934, 99 et 57 dounams des trois catégories de propriété. Les Arabes possédaient (1000 hectares) de terres cultivables et les Juifs, 45 hectares. Les cultures principales étaient le blé, l’orge, le maïs, le sésame et la pastèque. Un total de 1548 dounams (155 hectares) étaient classés comme vergers ou terres irrigables, dont environ 1500 consacrés aux oliviers.

Histoire

Période antique

Une butte, ou tell, nommée Tall Bir al-Gharbi, adjacente et à l’ouest du village, contient des restes montrant une occupation de 2300 à 900 av. J.-C..

Une autre butte, nommée Tell Birwa (ou Tell Berweh), et située à de l'emplacement du village d'al-Birwa, abonde en tessons de poterie gréco-romaine. Elle mesure environ 600 pas de circonférence au sommet et de haut. Cet emplacement semble donc avoir été occupé jusqu'à l'époque romaine, où il a dû être abandonné, puisqu'il ne s'y trouve pas de poterie spécifiquement arabe.. En ce qui concerne l'emplacement du village arabe lui-même, des fouilles de sauvetage menées en à l'initiative du direction israélienne des antiquités y ont mis au jour de nombreuses poteries de la période romaine tardive, une pièce de bronze du premier ou deuxième siècle, des restes d'une ancienne presse à olives, des récipients en verre (des gobelets à vin et des bouteilles) datant de la période byzantine et de la période omeyyade ( et première moitié du ), ainsi qu'une citerne d'eau souterraine..

Période arabo-musulmane

Al-Birwa est mentionné en 1047, durant le califat fatimide, lorsque le village reçoit la visite du géographe et philosophe persanophone Nasir e Khosraw. Il le dit situé et raconte y avoir visité les tombes de Siméon et d’Ésaü.

Croisades

Quelques tessons de poterie datant des périodes des croisades et du sultanat mamelouk y ont aussi été retrouvés.

Les Croisés prirent le contrôle de la Palestine en 1099. Ils appellent al-Birwa "Broet". En 1253, Jean l'Aleman, le croisé seigneur de Césarée, vendit al-Birwa et d'autres villages aux Hospitaliers; cité dans ; cité dans .. En , Al-Birwa est mentionné comme partie du domaine des Croisés pendant la trève entre ces derniers, basés à Acre, et le sultan mamelouk Kélaoun.. À la fin du , les Mamelouks conquièrent les derniers avant-postes croisés le long de la côte septentrionale de la Palestine.

Période ottomane

Al-Birwa passe sous domination ottomane en 1517, comme toute la région. En 1596, al-Birwa est un petit village du nahié (sous-district) d'Akka dans le sandjak de Safed, avec une population de 121 résidents, selon le defter (registre fiscal) de cette année-là. Il paie des impôts sur le blé, l’orge, les fruits, les chèvres et les ruches. Une carte du cartographe français Pierre Jacotin, élaborée en 1799 lors de la campagne d’Égypte, montre un village, appelé Beroweh, mais à un emplacement incorrect.

Au , al-Birwa s'est beaucoup agrandi : en 1859, le consul britannique Edward T. Rogers y enregistre 900 habitants environ. Un recensement de 1887 en indique en fait 755, dont 650 musulmans et 105 chrétiens. Le village figure dans plusieurs récits de voyage en Palestine. Il possède un puits dans sa partie sud et, au nord, se trouvent , ainsi les décrit un voyageur occidental au milieu du siècle. Le bibliste américain Edward Robinson, de passage à al-Birwa en 1852, indique qu'il est un des 18 villages de Palestine doté d'une église chrétienne (orthodoxe) en fonction. L'explorateur français, Victor Guérin, qui visite quant à lui le village en 1875, y décrit les chrétiens de Birwa comme orthodoxes, et note qu'ils ont une église assez récente. Il relève les traces d’un mur qui faisait le tour du tell, ainsi que les vergers de figuiers. En 1882 ou en 1888 selon les auteurs, les Ottomans y construisent une école élémentaire pour garçons.

Mandat britannique

Lors de la campagne du Sinaï et de Palestine, l’armée de l’Empire britannique chassèrent les Ottomans de Palestine en 1917, au cours de la Première Guerre mondiale et en 1920 fut établi le mandat britannique en Palestine. Dans le recensement de 1922, al-Birwa avait une population de 807 personnes, dont 735 musulmans et 72 chrétiens. Les chrétiens étaient principalement orthodoxes, avec 5 anglicans. En 1931, la population se montait à 996 habitants (525 hommes et 471 femmes), dont 904 étaient musulmans et 92 chrétiens ; il y avait au total 224 maisons occupées. Dans les années 1930, les toits en ciment devinrent courants dans le village qui prit de l'expansion.

Un certain nombre d'habitants d'al-Birwa participèrent à la révolte de 1936–1939 contre le gouvernement britannique et l'immigration massive de juifs en Palestine. Un des chefs de la révolte pour la région de Nazareth-Tiberias, le cheikh Yihya Hawash, était originaire d'al-Birwa. Il fut arrêté par les Britanniques et condamné à la prison à vie. Les Britanniques exécutèrent aussi huit résidents d'al-Birwa qui avaient participé à la révolte. On peut citer parmi les chefs ou les acteurs de la révolte originaires d'al-Birwa, les noms d'Asad Atallah, Mahmoud al-Joudi, Saleh Mahmoud Me'ari-Abu Sa'ud, Abd al-Hamid Daher Me'ari, Muhammad al-Hajj Ali, Yusef Taha, Fadil Eid, Yousif Mai et Abbas al-Shattawi. Des femmes du village y participèrent également en apportant des armes, de l'eau et de la nourriture aux rebelles positionnés dans les collines alentour. Interviewés en 2003-2004, des réfugiés d'al-Birwa rapportèrent que, pendant la révolte, en , des rebelles locaux avaient installé une mine qui frappa une jeep militaire britannique sur une route adjacente à al-Birwa. Des mesures de représailles furent alors prises par les Britanniques contre le village ; on se souvient en particulier que les autorités britanniques rassemblèrent des hommes d'al-Birwa, les forcèrent à couper des cactus près d'Acre, puis à s'asseoir dessus.

Dans les années 1940, al-Birwa possédait trois presses d'extraction d'huile d'olive, une mosquée, une église et environ 300 maisons. En plus de l'école élémentaire pour garçons héritée de la période ottomane, une école élémentaire pour filles fut établie en 1943. À cette époque, beaucoup d'habitants, endettés, avaient perdu tout ou partie de leurs terres et les hommes et les femmes du village travaillèrent de plus en plus dans des projets publics, comme les constructions de routes ou la raffinerie d'huile de Haïfa, ou dans des établissements militaires britanniques, pour compenser leurs pertes de revenus. Cependant, la source principale de revenus restait l'agriculture, le village cultivant principalement les olives, le blé, l'orge, le sésame et les pastèques. En 1944-1945, les résidents possédaient au total 600 têtes de bétail, chèvres et volailles. Les femmes, en particulier les jeunes femmes de familles dotées de peu de terre, participaient avec les hommes de leurs familles au travail des champs, tandis que celles issues de familles sans terre gagnaient leur vie grâce à des travaux saisonniers dans les champs d'autres habitants du village. Il y avait une division générale du travail fondée sur le genre : les femmes collectaient l'eau du puits ou les herbes, élevaient le bétail, préparaient le lait caillé, transportaient des produits aux marchés à Acre ; les hommes labouraient et semaient les graines. Hommes et femmes participaient de concert à la récolte des olives et aux moissons. Sur les du village, étaient constitués de terres cultivables, dont consacrées aux céréales (une autre source indique ) et à des vergers et oliveraies.

En 1945, al-Birwa atteignait une population de , de religion musulmane en majorité, et 130 personnes de religion chrétienne.. Le statut socio-économique était largement déterminé par la propriété de terres. Environ 140 résidents du village étaient des métayers travaillant pour les familles Moughrabi, al-Zayyat ou Adlabi, des familles de propriétaires importants. Selon les informations recueillies par le Haganah, les médiateurs traditionnels de Galilée centrale étaient des résidents d'al-Birwa, qui ; selon la même source, les habitants du village avaient une grande longévité, .

La guerre de 1948

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, al-Birwa est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Deux récits sont faits de la chute d’al-Birwa. Selon l’History of the War of Independance, l’histoire officielle de la Haganah, les forces israéliennes de la brigade Carmeli s'emparèrent d'al-Birwa et des positions en surplomb le dans le cadre de l’opération Ben-Ami, un jour avant la première trêve de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, afin de consolider leurs positions sur la côte. Les combats continuent dans la zone pendant la trêve, dont un affrontement à al-Birwa causant une centaine de victimes (morts et blessés). The New York Times rapporta qu'il y avait eu des combats pendant deux jours dans le village et que les observateurs des Nations unies enquêtaient sur ces violations de la trêve. Il ajouta qu', mais que le village était tombé aux mains des troupes de l'armée de libération arabe ALA basées à Nazareth qui avait lancé une attaque surprise. Certains habitants campèrent en bordure du village et réussirent à l'occasion à y entrer pour rassembler des affaires personnelles. Après la fin de la première trêve mi-juillet, al-Birwa fut réoccupé par Israël au cours de l'Opération Dekel. L'ALA combattit encore les Israéliens avec l'objectif de reprendre al-Birwa, à partir du , le village était fermement tenu par l’armée israélienne.