Nicolas Baby, dit Vincent Noce, a été dans les années soixante et soixante-dix un militant d'extrême gauche français né le , devenu journaliste d'investigation et critique d'art écrivant sous son nom de plume.
Biographie Nicolas Baby naît le . Il est le fils d'une résistante du groupe Combat qui a participé à la création du journal Les Temps modernes avec Jean-Paul Sartre, par ailleurs artiste et amie de Pablo Picasso, et d'un agent du Bureau central de renseignements et d'action de la France libre qui a participé au Conseil de l'Europe.
Les comités Vietnam Il est dès son adolescence une figure centrale de Mai 68, alors qu’il étudiait encore au collège-lycée Henri-IV à Paris, l'un des trois premiers à fonder les Comités Vietnam Lycéens (CVL), puis les Comités d'action lycéens (CAL).
Le , Nicolas Baby a lorsqu'il est photographié lors d'une manifestation au cours de laquelle fut brûlé un drapeau américain arraché à la cathédrale américaine de Paris pour protester contre la guerre au Vietnam, à l’occasion de la visite du vice-président américain Hubert Humphrey à Paris. La photographie de presse l'identifiant sera très largement reprise partout dans le monde. Il est sanctionné par une exclusion temporaire du lycée Henri-IV, mais cette décision est ensuite reportée, face à la menace d’une manifestation de soutien
L'Alliance marxiste révolutionnaire Il se rapproche d'un petit groupe de militants regroupés derrière l'un des fondateurs de la Internationale, le Grec Michel Raptis - dit « Pablo »"Maurice Najman Une figure de la génération lycéenne de Mai 68 par Ariane Chemin LE MONDE , 6 février 1999, une tendance tiers-mondiste, autogestionnaire dont sortira, en 1968, l'Alliance marxiste révolutionnaire (AMR). Le , il est grièvement blessé dans la première grande manifestation en faveur des étudiants et il passe le mois de mai à l'hôpital de l'Hôtel Dieu. Début juin, il rejoint son lycée Henri IV occupé où il contribuer à lancer une expérience d'auto-gestion. Il participe au lancement d'un journal des CAL, intitulé Barricades.
À la suite de la mort de seize mineurs lors du coup de grisou de Fouquières-les-Lens le , il participe à la rédaction du premier numéro du journal Liberté vaincra, avec Eugénie Camphin, directrice, dans le cadre du Secours rouge (France) et son comité départemental du Pas-de-CalaisBiographie d'Eugénie Camphin . Lors du , il défile en tête du cortège, des dirigeants d'organisations d'extrême gauche avec Alain Geismar, porte-parole de l'ex-Gauche Prolétarienne, et Arlette Laguiller, porte parole de Lutte ouvrière, lui-même étant porte-parole de l'AMR.
Lors de la manifestation du contre le meeting de l’organisation d’extrême droite Ordre nouveau (mouvement), il participe aux réunions préparatoires avec les autres organisations politiques les semaines précédentes et représente l'Alliance marxiste révolutionnaire"Jean-Luc Einaudi, parcours d’un homme de colère", Biographie de Jean-Luc Einaudi sous la forme d'un billet de Christian Beuvain, dans la revue Dissidences .
Nicolas Baby est membre du bureau exécutif de l'Alliance marxiste révolutionnaire lorsque son congrès décide de répondre positivement à la proposition de fusion avec le Parti socialiste unifié de Michel Rocard. Il en explique les raisons dans un article du Nouvel Observateur en soulignant que "le fondement premier de cette fusion, c'est une conception commune du socialisme" qui "doit être « débarrassé des déformations bureaucratiques » qui, dans les pays dits «- socialistes », le rabaissent à l'état de monstrueuse caricature.
Journalisme Nicolas Baby devient ensuite journaliste. Il commence à écrire au Monde diplomatique, fait un passage à France Musique, puis à l'AFP, au service étranger, d’abord comme correspondant pour l’Afrique centrale de 1986 à 1988, puis en tant que rédacteur couvrant la France pour la presse étrangère.
Après l'expulsion en 1980 de Michel Hermann et la fermeture pendant quatre ans du bureau de l'AFP à Kinshasa, celui-ci est à nouveau ouvert et confié en 1984 à Nicolas Baby. Publiant des informations qui déplaisent au dictateur Mobutu Sese Seko, il est arrêté et emprisonné à Kinshasa après avoir publié les déclarations d'un opposant puis, déclaré persona non grata par les autorités zaïroises, expulsé du pays sans qu'aucune raison officielle ne lui soit jamais donnée.
Spécialiste de l'art Après ses années de militantisme et ses débuts dans le journalisme, Nicolas Baby devient, sous le nom de plume Vincent Noce, journaliste d'investigation, critique d'art et un spécialiste du patrimoine culturel, auteur de plusieurs ouvrages. Après treize ans à l'AFP, il a été rédacteur à Libération de 1994 à 2016. Ses enquêtes ont notamment conduit à la condamnation du commissaire-priseur Guy Loudmer pour abus de confiance et de Roland Dumas, ainsi que du commissaire-priseur Jacques Tajan, dans l'affaire de la succession Giacometti.
A Libération, Vincent Noce assume aussi la critique gastronomique. En 1998, en réponse à un appel pour "sauver la gastronomie française menacée par la mondialisation", il publie l'appel de huit chefs pour un "brassage des cultures dans la cuisine": Michel Bras, Jacques Chibois, Pierre Gagnaire, Jean-Michel Lorain, Alain Passard, Olivier Roelllinger, Michel Troigros, Marc Veyrat . Deux ans plius tôt, il avait lancé l'alerte quand ce dernier s'était trouvé en bord du dépôt de bilan. Il se fait le critique du guide Michelin, auquel il reproche de pousser les chefs à s'endetter en favorisant un décor de grand luxe sur le plaisir dans l'assiette. Il devient l'ami de Joël Robuchon, quand celui-ci quitte son restaurant gastronomique pour lancer ses Ateliers, qui lui confie la rédaction de l'ouvrage de référence de ses recettes. Il fut Chroniqueur pour le magazine Saveurs et rédacteur en chef de la revue l'Amateur de Bordeaux à la suite de Jean-Paul Kauffmann.
Après son départ de Libération, il devient conseiller éditorial de La Gazette Drouot, où il anime des débats sur la thématique du marché de l'art et qui lui confie un billet d'humeur hebdomadaire. Il devient parallèlement le correspondant du mensuel et site web britanniques .
Dans l'article qu'il consacre à Jean Roudillon à la mort de l'expert en arts extra-européens, Guy Boyer, directeur de la rédaction du magazine Connaissance des arts, dit de Vincent Noce en 2020 : .
Descente aux enchères À l'occasion de la fin du monopole de l'Hôtel Drouot, il réalise en collaboration avec Irène Richard un documentaire décryptant les comportements des commissaires-priseurs et autres acteurs de la salle des ventes, diffusé le sur France 3.
Il publie aux éditions Jean-Claude Lattès en Descente aux enchères : les coulisses du marché de l'art, un ouvrage de 431 pages dans lequel il présente, , l'univers des ventes aux enchères et les affaires du marché de l'art sur lesquelles il a longuement enquêté, révélant au lecteur non initié le dessous des cartes de ce monde embrouillé.
Il révèle par exemple plusieurs controverses amenées par l'expert Bill Pallot au sujet de mobilier historique, quand la marque de « Bagatelle » aurait été ajoutée au à des chaises du , issues plus probablement d'un travail piémontais ou encore à l'occasion de la vente par Sotheby's à un collectionneur américain du fonds d'un antiquaire italien, Luigi Laura, comportant un des plus beaux fauteuils du , le seul survivant des fauteuils de François II Foliot, petit-fils de Nicolas-Quinibert Foliot, l'État français ayant refusé de le classer trésor national. Affaires qui font chuter l'« expert » en 2016.
Il relate encore les débuts de l'affaire Sésostris III dans laquelle le , François et Maryvonne Pinault apprenaient, à la lecture de Libération, qu'au terme de son enquête, une statue du pharaon, considérée comme vieille de qu'ils avaient achetée une semaine plus tôt pouvait n'être en réalité qu'un faux du .
Cependant, si Vincent Noce, classé dans la par Alain Quemin, met en lumière les comportements déviants de certains commissaires-priseurs, experts ou marchands, il ne dérive jamais vers la dénonciation de l'ensemble des professionnels et son .
Dissipant le brouillard qui a fini par recouvrir certaines affaires dont les échos se sont répercutés sur de nombreuses années donnant matière à des interprétations contradictoires, il tord en outre le cou aux idées reçues dans des affaires comme celle du Jardin à Auvers de Vincent van Gogh pour laquelle il démontre les faiblesses de la campagne de presse qui a entaché et entache encore parfois l'authenticité du tableau.
Pour illustrer l'étonnante rapidité avec laquelle un objet a priori jusque là anodin peut être converti en pièce de maître il évoque l'affaire de la statue de bronze vendue ( de l'époque) le à un brocanteur par Marie Torres, une boulangère de Montpellier, et adjugée () le lors d'une vente aux enchères où elle est présentée comme un tirage unique de L'Implorante de Camille Claudel.
Dans l'autre sens, Bernard Lahire souligne que lorsque Vincent Noce raconte l'histoire d'un faux Johannes Vermeer longtemps considéré comme un tableau du maître hollandais, il le fait en connaissant la fin de l'histoire : l'aveu de Han van Meegeren et la reconnaissance par tout le monde de la « supercherie », ce qui ne permet pas de comprendre le véritable emballement qu'a déclenché la découverte d'une représentation de la Cène attribuée à Vermeer, de comprendre .
Dans le chapitre qu'il consacre à la vente aux enchères des vieux millésimes, il relate notamment la vente par Christie's à l'occasion de Vinexpo Bordeaux en 1986 d'une bouteille de margaux 1784 supposée appartenir à la collection de Thomas Jefferson : la bouteille contenait des dépôts datant du mêlés à un vin des années 1960.
La collection égoïste Vincent Noce publie en 2005 un nouvel ouvrage, La collection égoïste : la folle aventure d'un voleur d'art en série et autres histoires édifiantes consacré au trafic d'œuvres d'art, dans lequel il relate nombre d'affaires de ce commerce illégal qui représenterait au niveau mondial plus de sept milliards d'euros par an, .
Parmi celles-ci, l'affaire, résolue en 1997, des vols étalés sur une décennie dans la maison de George Sand à Nohant-Vic et dans plusieurs musées par un viticulteur de Fontiès-d'Aude de plus de cinquante-six pièces, essentiellement archéologiques. Celle aussi du recel de six tapisseries dérobées au musée national de la Renaissance à Écouen, retrouvées en 1996 dans un pavillon hollandais avec des vases provenant du château de Fontainebleau.
Il rapporte encore une affaire aux rebondissements multiples, marquée par les enquêtes du FBI, de la police judiciaire et de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) : l'affaire du vol dans la chapelle Saint-Joseph de la basilique Saint-Michel de Bordeaux en 1984 de sept panneaux du retable en albâtre des .
La lecture de l'ouvrage de Vincent Noce conduit le président du Syndicat national des antiquaires à prendre contact avec le collectionneur, un diplomate suisse qui a acquis en toute bonne foi le Saint Jean-Baptiste volé. Il le convainc d'en faire don à la ville de Bordeaux ce qui est chose faite le .
La gastronomie Chroniqueur à Libération depuis au moins 1994 dans la rubrique Lifestyle, il participe à partir de 2003, aux côtés de Jean-Claude Ribaut, critique des pages « Goûts » du Monde, Emmanuel Rubin du Figaroscope, Périco Légasse de Marianne et Gilles Brochard de RMC info, à la nouvelle émission mensuelle conçue en partenariat entre Le Monde et Gourmet TV, première chaîne de télévision gastronomique.
Il rédige en 2006 les du Tout Rebuchon.
Monet, Odilon Redon, Dali, le MoMA à Paris