Les relations entre la France et les États fédérés de Micronésie ou relations franco-micronésiennes désignent les liens, échanges, rencontres, collaborations et confrontations, qu'ils soient d’ordre économique, diplomatique ou culturel, qu’ont entretenu hier et entretiennent aujourd’hui la France et les États fédérés de Micronésie..

Les États fédérés de Micronésie n'ont jamais été dans la sphère d'influence française dans le Pacifique malgré certaines missions d'exploration au . Cette situation n'a pas évoluée depuis leur mise sous tutelle puis la collaboration étroite qui s'est construite avec les États-Unis d'Amérique. Ainsi, il n'est pas étonnant que les relations politiques ou économiques entre les deux pays ne se soient pas beaucoup développées et que les quelques contacts entre les deux pays prennent place dans le cadre plus général de la politique française dans le Pacifique ou au sein des organisations internationales ou régionales.

Néanmoins, ces dernières années, un timide rapprochement peut s'observer sur des questions et défis internationaux, comme le réchauffement climatique, pour lequel les États fédérés de Micronésie sont concernés en premier lieu, et dans lequel la France essaie d'incarner un leadership, notamment lors de la COP21.

Histoire des relations

Exploration européenne des îles Carolines ( - première moitié )

Premiers européens en Micronésie ( - )

C'est au que les premiers explorateurs portugais (alors à la recherche des îles aux épices à l'est de l'Indonésie) atteignirent les îles Carolines, dont une partie constitue aujourd'hui les États fédérés de Micronésie. Toutefois, les contacts entre ces îles et les Européens ne furent pas nombreux jusqu'aux visites des baleiniers et à l'établissement, notamment sur les îles Chuuk, des premiers missionnaires en 1789.. Côté français, malgré des missions d'exploration françaises dans le Pacifique comme celles de Louis-Antoine de Bougainville lors de son tour du monde (1766-1769), ou celle d'Antoine Bruny d'Entrecasteaux (1791-1793), qui contribuèrent à la connaissance de l'Océanie, la Micronésie ne sera pas une étape de leur expédition.

Expéditions et exploration de l'Océanie par les missions françaises (première moitié ) vignette|Illustration du roi des Carolines par Jacques Arago (1822) lors du voyage de Louis de Freycinet

Le tour du monde de Freycinet (1817-1820)

Géologue et géographe français, De Freycinet est promu capitaine de frégate en 1811, et commanda l'Uranie lors d'une expédition de trois ans autour du monde. En voyage avec sa femme Rose, et 126 hommes, équipages et scientifiques dont Louis Isidore Duperrey, son expédition passera par les îles Carolines avant de se diriger vers les îles Mariannes et Marshall. De nombreuses illustrations, notamment d'autochtones, réalisées par Jacques Arago permettent aujourd'hui de reconstituer ce voyage.

Voyage de Duperrey (1822-1825) vignette|Aquatinte représentant des habitants de l'île Oualan sur l'archipel des Carolines - (Voyage de Duperrey 1822-1825)

Second de De Freycinet lors de son tour du Monde, Louis Isidore Duperrey, explorateur et cartographe français, reparti en expédition aux commandes de La Coquille dans la même région pour continuer les recherches entamées par De Freycinet. Accompagné de scientifiques, son voyage l’amènera à explorer les archipels du Pacifique central, la Polynésie, la Nouvelle-Hollande (Australie), l’Archipel des Moluques, les îles Carolines. et à rencontrer des populations locales, notamment sur l'île Oualan, aujourd'hui île de Kosrae, un des États des États fédérés de Micronésie. Il en retiendra par ailleurs cette description dans son Voyage autour du monde exécuté par la corvette la Coquille :.

Voyages de Dumont d'Urville

Ancien second de de Freycinet, Jules Dumont d'Urville, officier de marine et explorateur français, participa au cours de sa carrière à des missions hydrographiques destinées à compléter et à préciser les connaissances acquises par les grandes expéditions maritimes du siècle précédent.. Il est chargé par ordonnance royale de se rendre en Océanie et d'y commander deux expéditions d'exploration de 1822 à 1829. Ces expéditions permettront à la navigation et à la géographie de disposer de données nouvelles dont notamment la position de 200 îles. Il ramènera par ailleurs un grand nombre d'espèces de plantes et d'insectes (dont de nombreuses nouvelles) au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris..

À la suite de ses voyages, il défendra devant la Société de géographie de Paris, une nouvelle distinction des régions de l'Océanie, se basant essentiellement sur l'ethnologie et la linguistique :

la Polynésie, « les nombreuses îles » ; la Mélanésie, « les îles noires » ; la Micronésie, « les petites îles » ; et la Malaisie (plus tard retirée).

Le travail de distinction de Dumont d'Urville eut à l'époque un grand retentissement, et bien que ces dénominations et délimitations soient aujourd'hui critiquées par certains géographes, elles sont toujours majoritairement employées. Le terme « Micronésie » continue donc de désigner l'une des trois grandes régions que l'on distingue en Océanie, regroupant huit États et régions administratives dont les États fédérés de Micronésie,lui-même abusivement parfois réduit en Micronésie.

En 1837, il repart pour un nouveau voyage avec pour objectif cette fois-ci, l'exploration de l'Océan Antarctique. Au cours de cette expédition il se rendra encore une fois dans l'Océan Pacifique et notamment la Micronésie. Son navire mouillera en près de l'île de Tsis dans les îles Truk, aujourd'hui partie intégrante de l’État de Chuuk, l'occasion pour lui de rencontrer et observer quelques autochtones.

Voyage de Joseph de Rosamel (1840) Second fils de Claude de Rosamel (ministre de la Marine française de 1836 à 1839), Joseph de Rosamel est un navigateur français et commandant de La Danaïde, qui lors d'une mission d'exploration séjourna en sur l'île de Pohnpei. Son père l'avisera avant son départ avec le conseil suivant

Il livra dans un manuscrit de 200 pages un témoignage précieux de ses observations qu'il a pu faire lors de son escale, sur la vie locale, sur la société Pohnpéienne et la culture de ce peuple, avant que l'influence occidentale ne la transforme. Il fut aidé dans la traduction et la communication avec les autochtones par un Français mauricien résident là-bas, Louis Corgat arrivé sur cette l'île en 1836. Elle abritait une quarantaine de bagnards évadés, renégats ou matelots déserteurs.

L'absence de relations entre la France et les États fédérés de Micronésie malgré la colonisation française en Océanie (milieu - )

La France établit ses colonies en Océanie (milieu ) Au début du , le Royaume-Uni domine le Pacifique grâce à sa Marine, et la France davantage préoccupée par les affaires nationales et européennes, notamment par les conquêtes napoléoniennes, n'est pas présente au-delà des expéditions scientifiques qu'elle envoie dans cette région. C'est au cours du que la colonisation occidentale du Pacifique est véritablement mise en place : les puissances économiques de cette époque, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, le Japon et les États-Unis vont alors se partager les territoires..

Du côté de la France, c'est au début des années 1840 que ses dirigeants décident de concurrencer la domination anglaise dans la région en imposant sa souveraineté en Polynésie française en 1842, et en Nouvelle-Calédonie en 1853, puis à Wallis-et-Futuna en 1888. Pourtant, au sein de l'Empire colonial français qui s’étend sur tous les continents, le Pacifique ne suscite pas autant d’intérêts que les autres colonies. Ce n'est qu'à partir de 1918 que des lignes maritimes ont relié cette région aux ports français. Au-delà des milliers de Français (colons, marins, missionnaires) qui se sont rendus dans les Établissements français de l’Océanie, peu d'entre eux ont investi les autres territoires d'Océanie.

La Micronésie sous tutelle des grandes puissances (fin - ) De son côté, les Îles Carolines n'étaient réellement administrées par les Espagnols, via leur colonie des Philippines, que depuis 1875. Dès lors, lorsque les Philippines passèrent sous le contrôle des États-Unis à la suite de la guerre hispano-américaine de 1898, l'Espagne décida en 1899 de se séparer de ses dernières colonies, les îles Carolines, les îles Mariannes et Palau dans le Pacifique, devenues ingouvernables à distance, en les vendant à l'Allemagne. Ces îles passèrent par la suite sous contrôle japonais en 1914, d'abord par conquête militaire puis elles feront l'objet d'un mandat de la Société des Nations permettant aux nippons d'administrer les anciennes possessions pacifiques allemandes situées au nord de l'équateur.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, en 1944, la région fut militairement occupée par les Américains qui l'administrèrent ensuite en tant que Territoire sous tutelle des îles du Pacifique selon le mandat de l'ONU délivré aux États-Unis en 1947. Ce mandat durera jusqu'en 1990, après ratification de la fin de la tutelle par le Conseil de sécurité de l'ONU.

L'absence de relations entre la France et les futurs États fédérés de Micronésie À la suite du passage sous le contrôle japonais des colonies allemandes et enfin la défaite de l'Empire nippon contre les États-Unis d'Amérique lors de la Seconde Guerre mondiale, la France se retrouve rapidement, la seule puissance occidentale face aux États-Unis et au Royaume-Uni dans le Pacifique. Pour autant, sa présence demeura relativement restreinte à ses colonies. De plus, en raison de la mise sous tutelle des îles qui allaient constituer les futurs États fédérés de Micronésie, administrés par l'US Navy, puis par le ministère de l’intérieur jusqu'en 1986 sous le statut de « Territoires sous tutelle des îles du Pacifique », leurs relations extérieures furent presque exclusivement orientées vers les États-Unis. Ces raisons peuvent expliquer l'absence de relations entre la France et les États fédérés de Micronésie avant leur indépendance.

Naissance des États fédérés de Micronésie et première relations avec la France (1980's-2000)

Fin de la tutelle américaine pour les EFM

Le passage d'une région administrée par les États-Unis à un État indépendant membre à part entière de l'ONU s'est fait progressivement. En 1964-1965, est créé un Congrès bicaméral réunissant les six districts. En 1975, ce congrès lance la rédaction d'une constitution, et, en 1978, un référendum regroupant quatre des six districts concrétise la création des États fédérés de Micronésie (sans les îles Marshall et les Palaos). En 1990, la fin de la tutelle est ratifiée par les Nations unies et les États fédérés de Micronésie entrent à l'ONU en 1991.. Malgré leur indépendance, les États fédérés de Micronésie restent très dépendants financièrement des États-Unis à qui, ils ont par ailleurs confié la défense et la sécurité de leur territoire.. Néanmoins, les États fédérés de Micronésie ont compétence pour conduire leurs affaires étrangères, leur permettant d'établir des relations diplomatiques avec soixante-seize États, dont la France dès le . Toutefois, les États fédérés de Micronésie n'ont que très peu de représentations diplomatiques dans le monde , tandis que la France ne dispose que d'un consul honoraire, à Kolonia, dans l'État de Pohnpei, depuis .

L'image de la France dégradée à la suite des essais nucléaires dans le Pacifique

À l'aube des années 1980, l'image de la politique française dans le Pacifique est critiquée par les nouveaux États devenus indépendants, principalement en raison des essais nucléaires pratiqués par l'armée française dans cette région depuis 1966. Pour organiser la contestation, ces États s'associèrent à l'Australie et la Nouvelle-Zélande dans une nouvelle organisation, le Forum du Pacifique Sud, exclusivement réservé aux États indépendants, excluant ainsi les territoires d'outre-mer français.