Le mouvement contre l'amendement de la loi d'extradition par le gouvernement de Hong Kong ( ; en chinois traditionnel : , familièrement ) est une série de manifestations à Hong Kong qui a duré de à , et dans plusieurs autres villes autour du monde dans lesquelles on retrouve une diaspora hongkongaise. Les manifestants demandaient le retrait de l'amendement car ils considèrent qu'il permettra à la Chine continentale d'intervenir dans le système juridique indépendant, menaçant le particularisme légal de la région ainsi que la sécurité personnelle des habitants et de toutes les personnes passant par Hong Kong. En plus des manifestations locales, les communautés de la diaspora ont organisé des rassemblements et des manifestations de solidarité. Le mouvement se revendiquait sans leader et dépourvu d'organisateur centralisé. Les citoyens hongkongais communiquaient et organisaient les manifestations en utilisant notamment le forum LIHKG et l'application Telegram.
Quelques manifestations ont lieu après l'introduction de l'amendement en , suivies d'un sit-in du quartier général du gouvernement le . Pour la plupart, les manifestations sont pacifiques. Parmi elles, celles organisées par le Front civil des droits de l'homme (FCDH, ou CHRF en anglais) ont rassemblé le plus grand nombre de participants. Le , de manifestants ont participé à la manifestation contre le projet de loi, d'après le CHRF... Peu après cette manifestation, la cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, annonce que la seconde lecture du texte aurait lieu le , exactement comme programmé. Le , la police utilise plus de , du gaz lacrymogène et 20 projectiles en sachet. afin de disperser les manifestants rassemblés autour du parlement pour empêcher la deuxième lecture de la loi. Celle-ci est provisoirement reportée en raison de la manifestation qui cause la fermeture de l'immeuble du conseil législatif. Lam soutient le projet de loi malgré les protestations dans plusieurs secteurs hongkongais (juristes, hommes d'affaires, journalistes, militants des droits de l'homme, etc.) depuis la première manifestation. Elle annonce un report de la lecture pour l'après-midi du , mais elle mentionne que le projet de loi n'est pas annulé. Pour dénoncer les brutalités policière et à cause de la position ferme du gouvernement, près de de Hongkongais participent à une autre manifestation le ; soit la plus grande manifestation de l'histoire de Hong Kong, poussant Carrie Lam à présenter ses excuses, sans pour autant démissionner. Lors de la manifestation annuelle de l'opposition le , une partie des manifestants forcent l'entrée et occupent brièvement le conseil législatif, après des heures de face-à-face avec les forces de l'ordre qui finissent par se retirer. À mesure que le mouvement progresse, cinq grandes demandes sont formulées par les manifestants (voir Revendications).
Le , Carrie Lam déclare finalement que « le projet de loi est mort », bien qu'une majorité de Hongkongais demeurent sceptiques tant que l'exécutif n'aura pas exprimé clairement son retrait définitif. Par conséquent, les protestataires poursuivent leurs actions pour obtenir le retrait de la loi et la démission de Carrie Lam. La violence s'intensifie en juillet avec des conflits entre les manifestants pro-démocratie, la police et des partisans de Pékin, notamment à Yuen-Long où des hommes armés visant des manifestants ont attaqué des passagers dans une station de métro le . Le projet de loi est formellement retiré le , mais le gouvernement refuse de céder sur les quatre autres demandes. Un mois plus tard, elle invoque des pouvoirs d'urgence pour promulguer une loi anti-masques dans l'espoir de dissuader les manifestants de se dissimuler le visage.. L'escalade de la violence se poursuit avec une intervention controversée de la police dans le métro le ., le premier tir à balle réel des forces de l'ordre contre un manifestant le , puis la mort d'un étudiant. en marge d'une opération de police le .
Après les violents affrontements qui ont marqué le siège de deux universités occupés par des manifestants radicaux les semaines précédentes.., le camp pro-démocratie remporte une victoire sans appel aux élections de districts du . Le mouvement est interrompu par la pandémie du Covid-19 qui touche Hong Kong début 2020. En mai, Pékin annonce la promulgation d'une loi de sécurité nationale qui entre en vigueur le .. De nombreux activistes politiques et personnalités de la société civile ont depuis été arrêtés.. Le gouvernement de Hong Kong déclare que la loi a ramené l'ordre et la stabilité à Hong Kong.. La détérioration du climat politique fait partie des facteurs expliquant la vague d'émigration de résidents quittant la ville..
Le gouvernement et la police battent des records d'impopularité. Les autorités centrales chinoises accusent des forces étrangères d'ingérence et d'avoir instigué les troubles., bien que le mouvement soit largement décrit comme "sans leaders".. Les États-Unis font partie des pays ayant adopté des mesures en réponse à la répression menée par Pékin..
Les tactiques et les méthodes utilisées à Hong Kong ont par la suite été citées comme sources d'inspiration lors de manifestations qui se sont déroulées à travers le monde..
Contexte
Causes directes En 1987, le groupe spécial sur le droit du comité consultatif de la loi fondamentale de Hong Kong proposa que le problème de la juridiction entre la future Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong et la Chine continentale soit réglé par le principe du territoire, ce qui signifie que les fugitifs devraient être renvoyés en jugement sur le lieu du crime.. Martin Lee, un législateur pro-démocrate et un membre du groupe spécial sur le droit, a exhorté le gouvernement hongkongais à conclure "sans délai" un accord de restitution des fugitifs avec la Chine en 1998., mais il n’y a jamais eu de tel accord jusqu'à présent.
En 2019, en réponse à l'émotion suscitée par l'assassinat d'une jeune femme à Taipei (Taïwan) par un ressortissant hongkongais retourné à Hong Kong après le crime, la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, dépose un amendement à la loi d'extradition.. En effet, Hong Kong ne dispose pas de traité d'extradition avec Taïwan dont les autorités chinoises revendiquent la souveraineté. Le gouvernement de Hong Kong propose donc un amendement afin d'un établir un mécanisme permettant d'extrader, sur ordre du chef de l'exécutif, un suspect vers une juridiction avec laquelle Hong Kong n'a pas conclu de traité d'extradition..
Le projet d'amendement tel qu'il est proposé par le gouvernement permettrait de fait l'extradition de personnes vers la République populaire de Chine, suscitant l'inquiétude d'une partie de la société hongkongaise. Des universitaires, des juristes et des militants des droits de l'homme craignent que la disposition ne vienne faire disparaître la séparation entre les tribunaux de Hong Kong et le système judiciaire administré par le Parti communiste chinois, au détriment du principe "un pays, deux systèmes" pratiqué à Hong Kong depuis la rétrocession en 1997. La société civile exprime ouvertement sa méfiance envers le système judiciaire chinois, accusé d'être au service de l'appareil répressif comme en témoigne l'emprisonnement de dissidents politiques.. Les opposants au projet d'amendement exhortent le gouvernement à explorer des solutions alternatives et proposent par exemple la signature d'un traité d'extradition uniquement avec Taïwan..
Causes indirectes Après l'échec de la Révolution des parapluies en 2014 et l'emprisonnement de plusieurs militants pro-démocratie en 2017, une partie de la société hongkongaise dénonce la perte progressive du "haut degré d'autonomie" garanti par la Loi fondamentale de Hong Kong alors que le gouvernement de la République populaire de Chine semble s'immiscer de plus en plus dans les affaires hongkongaises. L'Assemblée nationale populaire est ainsi intervenue en 2016 afin de destituer six députés de l'opposition qui venaient de prêter serment.. La même année, l'affaire des "libraires disparus" (cinq éditeurs hongkongais détenus au secret par les services chinois) vient renforcer les tensions et saper la confiance des Hongkongais envers la formule "un pays, deux systèmes". Le tournant autoritaire opéré par le régime communiste après l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, comme en témoignent les camps d'internement au Xinjiang, fait craindre le pire aux activistes de Hong Kong..
Le ressentiment anti-chinois a le vent en poupe dans les années 2010. La politique favorable à l'accueil de nouveaux immigrés en provenance de Chine continentale depuis 1997, qui sont par ailleurs accusés de venir diluer la culture locale, est dénoncée comme un fardeau pour les services publics de Hong Kong. L'arrivée du tourisme de masse chinois n'est pas toujours bien accueillie, de nombreux Hongkongais jugeant "arrogants" les visiteurs venus de l'autre côté de la frontière. C'est dans ce contexte qu'émergent le localisme et le mouvement indépendantiste avec notamment la campagne de l'activiste Edward Leung aux élections législatives partielles de 2016.. De moins en moins de jeunes s'identifient comme étant "Chinois", d'après l'institut de sondage de l'Université de Hong Kong.
Outre la question identitaire, avec notamment la protection de la langue cantonaise et de la culture locale, la crise est aussi sociale. Hong Kong concentre un nombre très élevé de milliardaires (soixante-sept, selon le magazine américain Forbes) et les inégalités continuent de s'accroitre. Plus de 20 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Régulièrement, des associations ou médias s'indignent devant les « logements-cages », de moins de cinq mètres carrés, destinés aux personnes âgées dépourvues de retraite ou aux travailleurs précaires. Désormais les jeunes issus des classes moyennes sont également touchés. Bien que la crise du logement soit ancienne, de nombreux Hongkongais estiment que l’arrivée de Chinois fortunés qui blanchissent leur argent dans l’immobilier et font flamber les prix l’a aggravée.
La révolution des parapluies en 2014 était un mouvement pacifique de désobéissance civile, mais les manifestants n'ont obtenu aucune concession de la part du gouvernement. Ces événements ont inspiré la nouvelle génération d'activistes qui disent avoir tiré les leçons de l'échec de 2014. Ce constat a amené une partie de l'opposition pro-démocratie à prôner des modes d'action plus radicales, comme l'illustre la révolution des boulettes de poisson en 2016. Si les manifestations de 2014 étaient animées par l'espoir d'obtenir la démocratie promise, la mobilisation de 2019 est avant nourrie par le désespoir face à la perte des libertés existantes..
Revendications Cinq grandes demandes Le mouvement est déclenché par le projet d'amendement de la loi d'extradition, mais à la suite des violences policières et de l'entêtement du gouvernement, les manifestants formulent cinq grandes demandes ("Cinq demandes, pas une de moins").: retrait complet du projet de loi d'extradition retrait de la caractérisation juridique du mouvement comme émeute amnistie des personnes arrêtées mise en place d'une commission d'enquête indépendante sur les violences policières mise en place du suffrage universel direct pour les élections du chef de l'exécutif et du conseil législatif
Autres demandes démission de la cheffe du gouvernement, Carrie Lam dissolution ou restructuration de la police de Hong Kong
Chronologie historique Mars 2019 : première protestation contre la loi d'extradition Demosistō organise un sit-in au complexe du gouvernement central le . Il s'agissait de la première manifestation contre la loi d'extradition. À la fin du sit in, 9 personnes sont arrêtées par la police. C'est la première fois depuis le début du mouvement.
: première manifestation organisée par le CHRF vignette|gauche|200px|La première manifestation à Wanchai le 31 mars.