Les Horizons perdus (ou Horizon perdu ; en anglais : ) est un roman d'aventures fantastique. Écrit par l'écrivain britannique James Hilton, il est paru en 1933.

Il fut plusieurs fois adapté, dont une première fois au cinéma par Frank Capra. S'inscrivant dans le genre des mondes perdus, il est à l'origine de Shangri-La, monastère utopique fictif situé au Tibet.

Intrigue Le roman est constitué en mise en abîme, avec le prologue et l'épilogue qui est raconté par un neurologue. Le cœur du roman constitue le récit de Conway (le héros) recueilli par leur ami commun Rutherford :

Prologue Le narrateur, un neurologue, rencontre ses anciens camarades d'école à l'aéroport berlinois de Templehof, lors d'une réception organisée par Wyland, secrétaire à l'ambassade de Grande-Bretagne. Au fil de la conversation est évoqué le mystérieux vol d'un avion survenu autrefois à Baskul (ville afghane fictive), dans lequel se trouvait un certain consul nommé Hugh « Glori » Conway. En , cet homme était chargé du transfert de ressortissants occidentaux vers Peshawar, dans le Raj britannique (actuel Pakistan), à la suite d'une révolte. Le dernier avion à évacuer, conçu à l'origine pour le maharadjah de ChandraporeChandrapore est une ville fictive de l'Inde, apparaissant dans le roman britannique d'Edward Morgan Forster Route des Indes, publié en 1924., fut détourné le 20 du mois par un inconnu qui avait assommé le pilote et volé son costume. À l'intérieur de l'appareil se trouvait donc Conway, brillant diplomate diplômé d'Oxford âgé de 37 ans, traumatisé psychologiquement par la Première Guerre mondiale. Il était accompagné par son vice-consul Mallinson, la missionnaire Miss Brinklow et l'homme d'affaires américain Barnard. Depuis l'incident, plus personne ne les revit.

Pourtant, un convive nommé Rutherford affirme au narrateur avoir rencontré le diplomate en Chine, alors qu'il se trouvait par hasard de passage dans une mission de Chung Kiang (peut-être Chongqing), plusieurs mois après sa disparition, le de cette année là. Les religieux sur place lui présentèrent en effet un homme amnésique, qui n'était plus que l'ombre de lui-même et qu'il reconnut comme étant le fameux disparu. Il resta avec lui jusqu'à ce qu'il fut assez en forme pour pouvoir repartir, pour ensuite prendre un navire japonais entre Shanghai et Honolulu (Hawaï). Au cours du trajet, le malade entendit un célèbre musicien jouer du piano et, sans comprendre pourquoi, se mit lui-même à jouer un air inédit du compositeur Frédéric Chopin, qu'il avait appris avant son amnésie.

Cet évènement lui permit de recouvrir progressivement la mémoire : il en profita donc pour narrer son histoire à Rutherford. Mais peu après, la veille de leur arrivée à destination, il s'éclipsa discrètement. Par la suite, il lui envoya une lettre pour lui expliquer qu'il était parti pour Bangkok (Thaïlande) le suivant, via les îles Fidji et qu'il désirait partir vers le nord-ouest. Il le remerciait et lui remboursait tous les frais déboursés pour ses soins. De sa longue conversation sur le navire avec Conway, Rutherford tira des notes qu'il réorganisa en un manuscrit. Il remet celui-ci au narrateur avant qu'ils se séparent.

Récit de Conway vignette|Carte du Tibet en 1932. La cordillère du Kunlun est visible sur la frontière nord, désignée ici sous le nom de « Kuenlun ». L'embarquement à bord de l'avion et le début du trajet se déroulent sans encombre. Mais au fur et à mesure, les passagers se rendent compte qu'ils ne suivent pas le bon trajet. Le pilote se révèle être un pirate de l'air asiatique du nom de Talu, détournant l'appareil à travers des régions montagnardes hostiles, sans fournir la moindre explication sur son acte. Quant aux passagers, ils ignorent où ils sont. Conway croit d'abord reconnaître la vallée supérieure de l'Indus et le Nanga Parbat (montagne pakistanaise de l'Himalaya)Conway rappelle que l'alpiniste et écrivain britannique Albert F. Mummery mourut en tentant d'escalader le Nanga Parbat. Ce sommet haut de fut par la suite escaladé avec succès en 1953 par l'Autrichien Hermann Buhl. C'est d'ailleurs au cours des années 1950 que la quasi-totalité des quatorze sommets de plus de d'altitude, tous situés dans les massifs asiatiques de l'Himalaya et du Karakoram, ont été atteints.. Puis, il voit la chaîne de montagnes du Karakoram avec le K2Le K2, situé sur la frontière entre la Chine et le Pakistan, est le deuxième plus haut sommet du monde avec ses . Son ascension est considérée comme bien plus difficile que celle de l'Everest. Conway évoque la tentative avortée de Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes pour l'escalader. Cet homme, mort la même année que la rédaction du roman, donna son nom à l’éperon des Abruzzes, qui est la voie normale pour atteindre le sommet. et en conclut qu'ils sont sans doute en route pour le Tibet. Toujours pendant le trajet, les passagers tentent de se rebeller contre le pilote, sans succès. gauche|vignette|Cordillère du Kunlun.|alt=|267x267px Puis, l'appareil tente brusquement d'atterrir, avant de s'écraser au milieu d'une région désertique et inaccessible, entre la cordillère du Kunlun et le plateau tibétain. L'accident coûte la vie au pilote qui, avant de mourir, a toutefois le temps de confirmer à Conway que lui et ses amis se trouvent bien au Tibet. Il leur conseille de rejoindre la lamaserie toute proche de Shangri-La (col Shangri en tibétain). Alors que les quatre passagers hésitent à s'y rendre, ils rencontrent une procession transportant une chaise à porteurs où est assis un Chinois nommé Chang, s'exprimant dans un parfait anglais. Celui-ci leur propose de les accompagner jusqu'au monastère, afin de les y accueillir.

Le site est composé de pavillons colorés aux toits d'un blanc laiteux, situé à d'altitude. Il se tient sur les flancs du Karakal. Cette montagne fictive, dont le nom signifie « Lune bleue », est une pyramide aussi effrayante que fascinante, apaisante par sa lumière bleutée, qui culmine à plus de À titre de comparaison, l'Everest culmine à .. Au fond de la vallée voisine, très fertile, une vaste surface de terres arables est cultivée. Il y pousse notamment du tabac, chose rendue possible par le microclimat ambiant. Là vivent plusieurs milliers d'habitants, régis par l'autorité spirituelle du monastère. Bien qu'isolé du reste du monde, celui-ci est équipé du confort moderne, avec un chauffage central, des baignoires fabriquées à Akron (dans l'Ohio, aux États-Unis)… L'intérieur est orné d'objets en laque, de tapisseries, de céramiques chinoises de la dynastie des Song, le tout éclairé par des lanternes en papier. Quant au jardin, accessible par une colonnade et des marches, il abrite un bassin en forme de lotus, entouré de lions, de dragons et de licornes en bronzeCes trois animaux sont aussi bien présents dans la culture tibétaine que chinoise. Ainsi le lion est tant représenté sous forme de lion des neiges que de lion gardien. Le dragon oriental figure à la fois dans l'astrologie tibétaine et chinoise. La licorne (ou tout autre animal unicorne) également est présente dans les deux cultures, qui par exemple en Chine correspond au qilin. Notons enfin que la Chine est réputée pour ses bronzes.. Les différents objets nécessaires au fonctionnement comme au confort des lieux sont obtenus grâce à l'or exploité dans la région, par le biais d'un savant processus permettant de commercer avec le reste du monde sans pour autant mettre en péril la tranquillité des moines.

Les habitants, majoritairement des Tibétains et des Chinois parmi les multiples origines, sont constitués d'une cinquantaine portant le titre de lama, plus quelques postulants à ce titre. Leurs coutumes, mêlant influences chinoises, tibétaines et occidentales, les incitent à accueillir très hospitalièrement les rares étrangers à s'aventurer dans les parages, tels que nos quatre héros. Chang, qui ne déroge pas à cette règle, répond à leurs différentes questions, leur expliquant que le fonctionnement de la communauté est essentiellement basé sur la modération, dans une doctrine évoquant le bouddhisme. Les religieux gouvernent avec un sévérité modérée et sont gratifiés en retour d'une obéissance modérée ; de même que les habitants sont modérés dans chaque vertu.

En revanche, concernant la possibilité de trouver un moyen de quitter les lieux pour revenir chez eux, Chang ne peut leur fournir que des réponses évasives. Il leur promet ainsi une possibilité de départ dans un temps prochain grâce à des porteurs itinérants pérégrinant dans la région. Mais les jours passent, puis les semaines, et les voyageurs sont coincés dans le monastère, sans pouvoir retourner chez eux. Trois d'entre eux s'y plaisent et ne sont pas gênés par cette situation. Miss Brinklow envisage d'installer une mission sur place. Barnard (qui est en réalité le trader en cavale Chalmers Bryant) veut s'y cacher et exploiter les filons d'or de la région. Enfin, Conway y trouve la sérénité qu'il recherchait.

En revanche, Mallinson est toujours aussi excité par son désir de retourner à la « civilisation » et fait tout son possible pour que son supérieur l'aide dans sa démarche, déçu face à la résignation de ce dernier. Entre temps, les deux hommes tombent amoureux d'une habitante des lieux, la Mandchoue Lo-Tsen. Elle ne parle pas anglais mais joue merveilleusement du clavecin, accompagnée par un joueur de piano-forte. Cette princesse devait se rendre à Kachgar (Chine) pour y rencontrer son fiancé, un prince turc avec lequel elle devait procéder à un mariage arrangé. Au cours de son voyage, elle s'arrêta par hasard au monastère et y demeure depuis.

Conway s'intéresse de plus en plus à ce mystérieux monastère et poursuit ses investigations, interrogeant Chang sur ses différents aspects. Il échange également avec les différents moines, dont un pasteur spécialiste d'Emily Brontë, ainsi qu'un certain Briac. Cet ancien élève de Frédéric Chopin apprend à Conway un air inédit du musicien : le même que le diplomate jouera sur le bateau avant de recouvrer sa mémoire. Il passe aussi du temps dans la bibliothèque, regorgeant de livres en provenance du monde entier, rédigés en diverses langues, renforçant le cosmopolitisme des lieuxCette bibliothèque comporte notamment :

Novo descombrimento do Gram Cathayo ou Reinos de Tibet, par Antonio de Andrade, 1626 ;

China illustrata, par Athanasius Kircher, 1667 ;

Voyage à la Chine des pères Johann Grueber et Albert d’Orville, par Thévenot ;

Relazione inedita di un Viaggio al Tibet, par Belligatti.

On y trouve aussi de la littérature et de nombreux atlas géographiques (mais Shangri-La ne figure sur aucune des cartes qu'ils contiennent)..

Chose plus surprenante, il est régulièrement invité par le Grand Lama dans ses appartements, privilège réservé à de rares personnes. Celui-ci raconte la fondation de la version actuelle du monastère, au début du , par un frère capucin luxembourgeois du nom de Perrault. Cet homme était parti en Asie à la recherche de chrétiens nestoriens qui y vivaient autrefois et, seul survivant de son expédition, aboutit au col. Au début, il voulut convertir les autochtones au christianisme, mais il apprit leur culture à leur contact. Mêlant ses traditions aux leurs, il dirigea une communauté où s'entend aussi bien le Te Deum Laudamus que le Om Mane Padme Om.