Carter Godwin Woodson, né le à New Canton (Virginie) et mort le à Washington (district de Columbia), est un historien, essayiste, chroniqueur afro-américain et fondateur de l'Association for the Study of African American Life and History. Il est l'un premiers universitaires à étudier l'histoire des Afro-Américains et est surnommé le « Père de l'histoire des Noirs ».

Biographie

Jeunesse et formation Carter G. Woodson est l’un des neuf enfants de James Henry Woodson et d'Anne Eliza Riddle Woodson. Il voit le jour dix ans après l'adoption du treizième amendement de la Constitution des États-Unis du qui a aboli l'esclavage.

Des parents esclaves Son père James Henry Woodson est l'esclave d'un petit planteur du Comté de Fluvanna dans l'État de Virginie, John W. Toney qui l'a acheté à un certain John Woodson, d'où le patronyme de Woodson. James Henry Woodson travaille à la fois comme ouvrier agricole et charpentier pour John W. Toney. Ce dernier loue James Henry Woodson pour son savoir-faire de charpentier, lui laissant une relative autonomie. Quand la guerre de Sécession éclate en 1861, James Henry Woodson s'échappe de la propriété de son maître pour s'engager dans l'Union Army en tant qu'éclaireur. Il combat jusqu'à la fin de la guerre dans des troupes sous les ordres du général Philip Sheridan et de George Armstrong Custer.

Sa mère Anne Eliza Riddle, née en 1848, est l'esclave d'un petit fermier du comté de Buckingham dans l'État de Virginie, Thomas Henry Hudgins. Elle travaille dans les champs et a reçu une instruction de la part de sa maîtresse qui lui permet de savoir lire, malgré les lois qui interdisaient aux noirs d’accéder aux apprentissages scolaires. Mais quand Henry Hudgins connait des difficultés financières, il vend Anne Eliza Riddle alors qu'elle a treize ans et la sépare de ses parents, pour être achetée par un dénommé Barnett.

L'affranchissement gauche|vignette|Treizième amendement. À la fin de l'année 1866, comme des milliers d'Afro-Américains, les parents de Carter G. Woodson sont affranchis grâce au treizième amendement de la Constitution des États-Unis abolissant l'esclavage. James Henry Woodson, de retour en Virginie cherche un emploi comme charpentier mais en vain. Aussi est-il obligé d'accepter de devenir un métayer. En 1867, il épouse Anne Eliza Riddle, leur premier enfant naît en 1868. De 1869 à 1872, les Woodson travaillent sur les terres d'un certain Thomas Boatwright dans le comté de Buckingham puis ils partent pour la Virginie Occidentale, où James Henry Woodson espère gagner assez d'argent pour s'acheter des terres. Ils partent avec leurs trois enfants : Robert Henry, William et Cora. En 1874, James Henry Woodson a les moyens de pourvoir s'acheter une propriété de à proximité de la ferme de son père à New Canton dans le comté de Buckingham, terre qui apporte des revenus annuels de .

La naissance de Carter G. Woodson et son éducation primaire En , Carter G. Woodson naît dix ans après le Treizième amendement de la Constitution des États-Unis du . En 1880, James Henry Woodson vend sa propriété pour . La famille Woodson part pour le comté Fayette dans l'État de la Virginie Occidentale où James Henry Woodson travaille pour la construction du chemin de fer puis comme mineur dans des mines de charbon. Quoique la famille Woodson soit pauvre, James Henry et Anne Eliza élèvent leurs enfants, non seulement avec exigences morales de la religion baptiste mais aussi dans la soif de la connaissance. Anne Eliza Riddle Woodson apprend à lire à ses enfants, puis Carter G. Woodson et ses frères et sœurs suivent leur instruction primaire dans une école fondée par le Bureau des réfugiés, des affranchis et des terres abandonnées où leurs oncles John Morton et James Buchanan Riddle enseignent.

L'autodidacte vignette|William J. Simmons. Lors du séjour de la famille Woodson dans le comté de Fayette, au domicile d'Oliver Jones, un mineur ami de James Henry Woodson, ce dernier demande à son fils de lui lire les journaux tels que The Republican (Springfield, Massachusetts), The New York Sun, New-York Tribune, lectures qui donnent à Carter G. Woodson une formation à l'importance de l'économie et de l'histoire. Il profite également de la bibliothèque d'Oliver Jones, où il lit plus particulièrement The Black Phalanx de Joseph T. Wilson, de , A History of the Negro Troops in the War of the Rebellion, 1861-1865 de George Washington Williams et lit divers articles touchant aux problèmes du racisme.

Les études secondaires Dans le début des années 1890, famille Woodson emménage à Huttington dans le comté de Buckingham. Ce qui permet à Carter G. Woodson de suivre des études secondaires à la d'Huttington à partir de 1895, il en sort diplômé en 1897.

Les études universitaires gauche|vignette|John Gregg Fee. En 1897, Carter G. Woodson est accepté au Berea College de Berea dans l'État du Kentucky fondée par l’abolitionniste en 1855, l'un des rares établissements du sud qui acceptaient des étudiants afro-américains à une époque où les lois ségrégationnistes Jim Crow se multipliaient. Carter G. Woodson y suit des études de droit. À partir de 1902, il alterne des cours au Beria College et à l'université de Chicago. Il obtient suffisamment de crédits de formation pour obtenir le Bachelor of Laws (mastère 1) en 1903.

Carrière

Les débuts dans l'enseignement De 1898 à 1900, Carter G. Woodson est enseignant dans une école pour les enfants de mineurs à , puis en 1901, il obtient son certificat d'enseignant, lors de l'épreuve, il obtient les meilleurs résultats en histoire des États-Unis, histoire générale, latin, arithmétique et algèbre. Ce certificat lui permet de doubler son salaire mensuel qui passe à comme enseignant à la Douglass Junior and Senior High School d'Huttington.

Grâce à son amitié avec George T. Prosser, un vétéran du régiment d'infanterie du Massachusetts durant la guerre de Sécession et fondateur d'une église rattachée à l'Église épiscopale méthodiste africaine à Huttington, il se familiarise avec l'histoire de la guerre de Sécession.

Le séjour aux Philippines vignette|Booker T. Washington. À la suite de la guerre hispano-américaine, il est signé le Traité de Paris (1898) qui place les Philippines sous l'administration américaine. William Howard Taft, premier gouverneur civil des Philippines, nomme un surintendant des écoles, dont l'une des missions est de recruter des enseignants américains. En 1903, apprenant la nouvelle, Carter G. Woodson propose sa candidature, aussi bien pour faire une nouvelle expérience que de profiter d'un salaire mensuel de , rémunération inespérée pour une jeune enseignant. Il n'est pas le seul Afro-Américain à se présenter, dès 1901, Booker T. Washington était intervenu auprès du département de la Guerre des États-Unis pour présenter des enseignants diplômés du Tuskegee Institute.

En , Carter G. Woodson se rend à San Francisco pour s'embarquer vers Manille après une escale à Hong Kong. Une fois arrivé, il est nommé à une école de San Isidiro dans la province de Nueva Ecija. En , il est promu au poste de superviseur de l'enseignement de la province de Pangasinan, avec la responsabilité de la formation des enseignants. Il reste à ce poste jusqu'en 1907, date à laquelle il décide rentrer aux États-Unis.

Le séjour parisien gauche|vignette|Charles Diehl. De retour, Carter G. Woodson prend un congé sabbatique de plusieurs mois, il voyage en Asie, Afrique, Europe et partout où c'est possible il se renseigne sur les diverses pédagogies. À Paris il mène des recherches sur l'histoire à la Bibliothèque Nationale de France, puis passe un semestre à la Sorbonne où il étudie l’histoire européenne, notamment en suivant les conférences de François Alphonse Aulard, Charles Diehl et d'Henri Lemonnier .

Devenir historien En 1907, Carter G. Woodson retourne aux États-Unis, et décide de suivre des études d'histoire. Il est accepté par l’université de Chicago pour suivre un cursus aboutissant à l'obtention d'un Master of Arts. Il suit les cours d' et d'Andrew McLaughlin afin de rédiger un mémoire sur les églises afro-américaines. En 1908, il écrit à W.E.B. Dubois professeur à la afin d'obtenir des informations complémentaires sur les églises afro-américaines. Les données transmises par W.E.B. Dubois sont critiquées et rejetées par Andrew McLaughlin et Edwin Erle Sparks ; Carter G. Woodson se trouve alors dans l’incapacité à finaliser sa thèse. Il se tourne vers sous la direction duquel il va rédiger sa thèse de master sur la diplomatie française sous Louis XV. Il obtient son Master of Arts en . gauche|vignette|Frederick Jackson Turner. Désirant obtenir un Ph.D. (doctorat) Carter G. Woodson postule auprès de Charles Homer Haskins, pour être accepté par l'université Harvard de Cambridge qui lui donne une réponse favorable en . Il obtient une bourse d'études qui lui permet d'être résident au .

Continuant ses recherches sur les églises afro-américaines, Carter G. Woodson est en bute vis à vis d'Albert Bushnell Hart et d'Edward Channing qui affirment qu'il n'y a pas d’histoire des Afro-Américains. Ils considèrent l'un comme l'autre que la contribution des Afro-Américains à la guerre d'indépendance ou à la guerre de Sécession est négligeable. Sa bourse d'études n'étant pas reconduite, il accepte un poste d'enseignant dans une école de formation professionnelle à Washington (district de Columbia) ce qui lui permet un accès facile à la Bibliothèque du Congrès pour approfondir ses recherches.

En , il écrit à Charles Homer Haskins, Albert Bushnell Hart et Edward Channing pour leur signifier qu'il est prêt pour rédiger sa thèse. Après de multiples révisions, Carter G. Woodson est au bord du renoncement, quand en 1910 le professeur Frederick Jackson Turner arrive à Harvard. Carter G. Woodson joue sa dernière carte en demandant conseil auprès de ce dernier. Frederick Jackson Turner accepte et supervise sa rédaction et lui prodigue maints conseils, et en , sa thèse de doctorat est validée par Edward Channing.

Le professeur vignette|320x320px|M Street High School. En 1911, Carter G. Woodson est nommé professeur à la (devenue la qui est pour l'époque le meilleur établissement d'enseignement secondaire pour les jeunes Afro-Américains. Il y enseigne l'histoire américaine, la littérature anglaise, le français et l'espagnol, il y reste jusqu'en 1917.

Première reconnaissance de l'histoire des Afro-Américains gauche|vignette|Roscoe Conkling Bruce. , l’assistant du directeur des du district de Columbia prend connaissance de travaux de Carter G. Woodson concernant l'histoire des Afro-Américains et décide de rendre obligatoire l'enseignement de l'histoire des Afro-Américains au sein des curriculum des écoles afro-américaines et qu'elle soit enseignée dans toutes les classes, quel que soit leur niveau. En 1915, Roscoe Conkling Bruce défend sa décision auprès de la commission de l'éducation du district avec les mots suivants .

La fondation de l'Association for the Study of African American Life and History (ASALH)

Une année particulière L'année 1915 est marquée par la sortie du film de D. W. Griffith, Naissance d'une nation, film révisionniste, ouvertement raciste, faisant l’apologie du Ku Klux Klan qui provoque l'hostilité des Afro-Américains et des Blancs libéraux, des controverses fusent et des campagnes sont menées pour interdire sa projection.

Cette même année il se rend à Chicago pour participer à l'exposition qui célèbre le anniversaire du Treizième amendement de la Constitution des États-Unis qui a émancipé les Afro-Américains. Carter G. Woodson expose et vend des livres sur l'histoire des Afro-Américains ainsi que des photographies des figures historiques afro-américaines telles que Frederick Douglass, Sojourner Truth, Paul Laurence Dunbar. vignette|Monroe Nathan Work.