vignette|200px|Les armoiries de Nogent-le-Rotrou se blasonnent ainsi :D'azur au lion d'argent accosté de deux fleurs de lis d'or.Historique: Ces armoiries figuraient déjà dans l'Armorial général de France de Charles d'Hozier (1696)..
L'histoire de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) commence à la préhistoire, se prolonge à l'époque gallo-romaine comme le montrent les vestiges archéologiques et nous est connue, par les textes, à partir du haut Moyen Âge. Devenue siège d'une importante seigneurie, la ville échut à différentes familles jusqu'à la Révolution française. L'essor de la cité débute à l'époque moderne avec le développement de l'industrie textile. À partir du , la ville s'ouvrit à la modernité jusqu'à nos jours.
Préhistoire
Des vestiges préhistoriques, dont des monuments mégalithiques, ont été découverts à Nogent-le-Rotrou et dans les communes voisines.. Nogent appartenait au territoire du peuple gaulois des Carnutes.
Antiquité
Nogent était habitée à l'époque gallo-romaine, en témoignent des fours romains découverts dans la ville, ainsi que des restes de fondations à la base des murs d'enceinte du château Saint-Jean..
Moyen Âge
Evangélisation de Nogent-le Rotrou pendant le haut Moyen Age
Jusqu'au , une immense forêt couvrait l'essentiel de ce que l'on a plus tard appelé le Perche (Pays de bois) et rendait la région de Nogent difficilement accessible. C'est seulement au qu'Avit de Micy, Laumer de Corbion, Bomer et Ulphace évangélisèrent Nogent et sa région. Durant le Haut Moyen Âge, la forêt du Perche servit plusieurs fois de refuge aux armées. Au , le Perche était partagé entre les seigneurs de Chartres, de Châteaudun, de Châteauneuf, du Corbonnais et de Vendôme..
Pendant ce temps, appelée Nogentum (« nouveau peuple »), la ville se développait lentement. Elle était protégée par un castel, plusieurs fois détruit et à chaque fois reconstruit.
Nogent pendant la féodalité
En 955, Thibaut « le Tricheur », comte de Blois, confia Nogent à son fidèle vassal Rotrou, premier du nom. La seigneurie de Nogent fut érigée en comté du Perche à la fin du .. Nogent connut une croissance urbaine forte à cette époque, grâce à l'établissement de plusieurs bourgs autour du château., à la construction d'un donjon au début du et à la fondation par Geoffroy III en 1029 de l'abbaye bénédictine de Saint-Denis, qui devint en 1080 un prieuré clunisien.
Rotrou III le Grand (1100-1144) étendit son autorité sur plus de 500 fiefs grâce à une administration efficace et au prestige que lui procurèrent ses performances militaires face à son rival Robert de Bellême ainsi que lors de la première croisade.. C'est grâce à sa renommée que la ville fut ensuite appelée Nogent-le-Rotrou.. En 1134 et 1135, Nogent-le-Rotrou fut successivement détruite par des inondations puis par un incendie.. Les Rotrou étaient très pieux : Rotrou III et son fils Rotrou IV, beau-frère du roi de France Louis VII, enrichirent le prieuré de Saint-Denis et lui octroyèrent des privilèges sans cesse plus étendus, Rotrou IV fonda la maison-Dieu (hôpital) en 1182, et son fils Geoffroy V établit la collégiale Saint-Jean en 1194..
Le château fut complété d'une enceinte au , tandis que l'on commençait à fixer par écrit les coutumes du Perche. La mort du dernier comte du Perche de la famille des Rotrou, Guillaume, en 1226, entraîna le rattachement du Perche au domaine royal en 1227. : le comté fut gouverné pendant 200 ans par une branche cadette de la famille royale : les comtes d'Alençon et du Perche, issus d'abord des Capétiens directs au , puis des Capétiens-Valois aux . Les droits des Capétiens sur le Perche ont été apportés par Blanche de Castille, la mère de saint Louis, qui descendait des Rotrou en concurrence avec bien d'autres : Julienne/Juliette du Perche fille du comte Geoffroy II < petite-fille Blanche de Navarre, épouse de Sanche III de Castille < petite-fille Blanche de Castille. Un bailli fut alors établi dans le Perche., dont la capitale se déplaça progressivement vers Mortagne et Bellême..
Les seigneurs de Nogent-le-Rotrou du
Localement, la baronnie de Nogent-le-Rotrou échut à des descendants des Rotrou en lignée féminine, notamment les Château-Gontier ou les Châteaudun : en 1230, Jacques de Château-Gontier († 1263) est sire de Nogent (par sa fille Emma, † vers 1270, ses descendants se retrouvent dans les Maisons de La Guerche et Pouancé, puis de Beaumont-au-Maine (-sur-Sarthe) et de Valois-Alençon, évoqués ci-dessus). Un complexe féodal se constitue autour des seigneuries de Nogent, Rémalard, Le Theil et Préaux. Vers 1257, Jacques de Château-Gontier cède Nogent au roi Louis IX qui donne cet ensemble de seigneuries à Thibaud le Chansonnier de Champagne-Navarre, ou à sa fille Blanche de Navarre duchesse de Bretagne (Thibaud IV le Chansonnier : † 1253, issu des Rotrou par son ancêtre Julienne du Perche ci-dessus, femme de Gilbert de Laigle < Marguerite de L'Aigle, x Garcia V Ramirez de Navarre au < arrière-petit-fils Thibaud le Chansonnier, qui était donc un parent des Capétiens et de Blanche de Castille mère de saint Louis). Vers 1262, Jean le Roux de Dreux, duc de Bretagne, époux de Blanche de Navarre, devient sire de Nogent et de Rémalard, et leur petit-fils le duc Arthur II épouse en secondes noces Yolande de Dreux, comtesse de Montfort-l'Amaury (petite-fille de Jeanne de Châteaudun, elle-même fille de Geoffroi VI de Châteaudun et de Clémence des Roches, fille du sénéchal Guillaume).
Au , la fille d'Arthur II et de Yolande de Dreux, Jeanne de Bretagne, est dame de Nogent : elle épouse Robert de Flandre de Cassel, puis leur fille Yolande de Flandre se marie avec Henri IV, comte de Bar (Bar-le-Duc). Nogent passe alors de façon quelque peu erratique à différents descendants des Bar, dont les Luxembourg-Ligny-St-Pol : au , le duc Robert Ier de Bar, fils de Yolande de Flandre, cède Nogent à son fils cadet, Charles († 1392) ; puis en 1401 à sa fille Bonne de Bar et à son mari le connétable Valéran de Luxembourg-Ligny, comte de St-Pol († 1415) ; enfin à un autre fils, le cardinal Louis, évêque de Verdun et duc de Bar († 1431). Jeanne de Bar (1415-1462), comtesse de Soissons et de Marle, petite-nièce du cardinal Louis et arrière-arrière-petite-fille de Yolande de Flandre, l'obtient ensuite avec son mari le connétable Louis de Luxembourg, comte de St-Pol (petit-neveu de Valéran III).
Nogent-le-Rotrou pendant la guerre de Cent Ans
Nogent-le-Rotrou fut fortement affectée par les désordres qui touchèrent le royaume de France au et au début du . Le monastère de Saint-Denis fut dévasté vers 1302 par les habitants de Nogent, pour une raison inconnue.. Au cours de la guerre de Cent Ans, les Anglais s'emparèrent de la ville en 1359 après un violent combat sur le pont Saint-Hilaire, avant de rendre la ville l'année suivante à la paix de Brétigny. En 1427, Salisbury reprit la ville et incendia le château, qui ne fut réparé qu'à la fin du siècle..
Vicissitudes de la seigneurie de Nogent-le-Rotrou au Bas Moyen Age
Isabelle de Luxembourg, sœur du connétable Louis, et son mari Charles IV d'Anjou, comte du Maine et de Guise, baron de Sablé, héritent de Nogent : frère du bon roi René, Charles IV d'Anjou-Maine était également un descendant des Bar par sa grand-mère maternelle Yolande de Bar (autre petite-fille de Yolande de Flandre ; sœur de Charles, de Bonne et du cardinal Louis ci-dessus). Leur fils Charles V duc d'Anjou, comte du Maine, de Guise et de Provence († 1481) leur succède. Après une interruption explicitée ci-dessous, Nogent passe à la sœur de Charles V d'Anjou, Louise d'Anjou, épouse de Jacques d'Armagnac, comte de la Marche et duc de Nemours : leurs six enfants, les comtes et comtesses de Guise : Jacques, Jean, Louis, Marguerite, Catherine et Charlotte d'Armagnac, seront sires et dames de Nogent-le-Rotrou et de Sablé jusqu'en 1504 (Charlotte † en ; elle venait d'épouser Charles de Rohan-Gié).
La parenthèse qui vient d'être évoquée court de 1481 à 1487, où Nogent est tenu en 1481-1482 par le roi Louis XI, héritier de son cousin Charles V d'Anjou-Maine : en effet par sa mère la reine Marie d'Anjou, sœur du roi René et de Charles IV du Maine, femme de Charles VII, Louis XI est un autre descendant des Bar ; il cède Nogent en 1482 à Jacques de Luxembourg, sire de Richebourg († 1487) frère du connétable Louis et d'Isabelle de Luxembourg.
A l'extinction des Anjou-Armagnac-Nemours, Nogent repasse au début du aux Luxembourg-Ligny : au cardinal Philippe († 1519, évêque du Mans) et à son frère François († vers 1511, vicomte de Martigues), neveux du connétable Louis (deux fils de son frère Thibault de Luxembourg, comte de Brienne et sire de Fiennes) ; puis à leur cousine Marie de Luxembourg, comtesse de St-Pol, petite-fille du connétable Louis et de Jeanne de Bar ci-dessus.
Époque moderne
Les seigneurs de Nogent-le-Rotrou du à la Révolution française
Marie de Luxembourg-St-Pol épouse François de Bourbon, comte de Vendôme, et elle cède Nogent en 1518 à leur fils cadet François († 1545, comte de St-Pol et mari de la duchesse Adrienne d'Estouteville). Leur fils François II, comte de St-Pol, en hérite mais meurt dès 1546 ; il est aussi dit que le maréchal Jean Caraccioli reçut un moment Nogent de François . Nogent passe ensuite à la sœur de François II : Marie II, comtesse de St-Pol et duchesse d'Estouteville, et à son mari qui est aussi son cousin germain : Jean de Bourbon († 1557, comte de Soissons et d'Enghien, fils cadet du duc Charles de Vendôme, le frère aîné de François de St-Pol). Nogent passe en 1557 au frère benjamin de Jean, comte d'Enghien et de Soissons :
upright=0.8|vignette|gauche|Louis de Bourbon (1530-1569), prince de Condé, seigneur de Nogent-le-Rotrou et chef du parti protestant au début des guerres de religion.|alt=Un portrait de Louis de Bourbon (1530-1569), prince de Condé, seigneur de Nogent-le-Rotrou et chef du parti protestant au début des Guerres de religion. Louis, prince de Condé († 1569), qui aura aussi Rémalard et un moment Châteauneuf-en-Thymerais. Jean de Soissons et Louis de Condé ont pour frère aîné Antoine de Bourbon, roi de Navarre et duc de Vendôme: ils sont donc les oncles paternels d'Henri IV. En 1566, Nogent et Rémalard forment le duché-pairie d'Enghien-le-Français, non enregistré. Deux fils de Louis de Condé se partagent alors Nogent : Henri , prince de Condé († 1588) et son demi-frère Charles, comte de Soissons (né à Nogent en 1566 ; † 1612).
La succession passe au fils d'Henri , le prince Henri II de Condé, qui vend Nogent-le-Rotrou en 1624 au grand Sully (1559-1641). Sully voulait se constituer par achats un ensemble seigneurial dans le Perche et en Chartrain : il acquit aussi Rémalard, Villebon, Champrond, Montlandon, Courville.
Sully transmet ensuite la baronnie de Nogent-le-Rotrou à son fils cadet François de Béthune (1602-1678), duc d'Orval et de Nogent (, duché non enregistré, érigé à Nogent mais portant aussi le nom d'Orval en souvenir d'un fief berrichon acquis par Sully puis vendu/échangé aux Condés), frère cadet de Maximilien II-duc de Sully, marié 1° en 1621 à Jacqueline, fille du maréchal Jacques Nompar, duc de Caumont-La Force, puis 2° à Anne de Harville de Palaiseau († 1716 ; petite-fille de Claude de Harville et Catherine Jouvenel des Ursins). Les Béthune d'Orval conservent Nogent-le-Rotrou presque jusqu'à la Révolution, avec le titre de marquis ou comte d'Orval et de Nogent-le-Béthune (le duché, non enregistré, ne s'est pas transmis). Parmi les enfants du duc François et de Jacqueline de Caumont-La Force :