Le Inmo est un texte du recueil Shōbōgenzō transcription d'un enseignement en 1242 de Maître Dôgen, fondateur du Zen Sôtô. Le texte aborde le thème de l'Éveil avec l'au-delà du langage, cet inexprimable : Inmo, terme sino-japonais qu'on peut traduire par Ça, ou Ainsité, ou Tel quel.
Titre Véritable « tumulus sémantique » Inmo est un terme sino-japonais composé de deux caractères, In (恁, la pensée réflexive, "se dire") et Mo (麼, proche du sens de l'interjection "quoi !" en fin de phrase). Il est parfois traduit par Ça, Tel-quel, ou Ainsité selon son rôle syntaxique dans la phrase. Associé à d'autres caractères, il est alors traduit par le français "-même".
Cette polysémie n'est cependant qu'une apparence, due à la traduction qui révèle la différence des ontologies portées par les langues sino-japonaise et occidentales. Il correspond en effet à un concept unique du bouddhisme mais intransmissible. Il évoque la Totalité indifférenciée, l'indéfini par excellence. Dépourvu de nature propre, vide de moi, Inmo ne doit surtout pas être compris dans le sens d' ipséïté (l'identité) ou d' idem (la continuité).
Ce concept bouddhique enveloppe, d'une façon particulièrement soulignée par Dôgen, un caractère auto-référentiel, ou circulaire : .
Présentation
Le Inmo est une instruction collective donnée par Dôgen, alors agé de 42 ans, à ses élèves du Koshoji en 1242, avant d'être transcrite par son disciple Ejô. À ce moment-là de sa vie, Dôgen était déjà un érudit en humanités chinoises (confucianisme, taoïsme), maîtrisant les doctrines bouddhistes (indienne, chinoise) et était un maître de méditation confirmé. Dans Inmo, Dôgen aborde les thèmes de l'Éveil, de la Résonance, de la Sagesse.
Langage et Ça
Inmo aborde la théorie bouddhique des deux vérités, déjà exposée par Nagarjuna : la vérité de surface, conventionnelle, mondaine (les choses) et la vérité ultime (le Ça et la vision juste) mais qui sont, nous dit Dôgen les deux faces d'une même vérité : Dôgen s'engage alors, tout au long de son exposé, dans l'acte de dire ce qui ne se dit pas : le Ça au-delà du langage.
: le langage est un système symbolique clos, et le Ça, la Nature (), est elle-même close sur sa Résonance. Mystère du langage, mystère du monde : la vérité de surface, les choses, s'expriment par la langage, mais la vérité ultime, le Ça, n'est exprimable qu'en ayant recours à l'allusion, à l'apophase, et au raisonnement tétralemnique qui, faisant taire tout savoir positif, mènent au-delà de l'affirmation et de la négation.
Mais le thème central de Dôgen n'est pas la parole ou la pensée, mais le nirvâna, l'accès subtil à la grande loi au-delà de toute doctrine, où la problématique sujet / objet a complètement disparu, . Ça, Inmo, est donc le nom donné provisoirement, le temps du discours, à la vacuité, au sans au-delà, à l'ultime. Mais les mots sont des hypostases éphémères, comme des filets que l'on jette après avoir capturé le poisson.
Bibliographie
Notes
Références
Articles connexes Zen Soto (zen) Dogen Shôbôgenzô
Autres textes du Shôbôgenzô Busshô Uji Zenki Sokushin zebutsu Genjo koan Yuibutsu yobutsu Shôji Keisei sanshoku Bendôwa Shinjin gakudô
Catégorie:Littérature japonaise du XIIIe siècle Catégorie:Texte du bouddhisme zen