La Force publique (ou Weermacht en néerlandais) était la force armée exerçant des fonctions de police de l'État indépendant du Congo. Elle conserva son nom et son rôle dans le Congo belge (avec des détachements au Rwanda-Urundi relevés par roulement) puis, après l'accession à l'indépendance, jusqu'à la crise congolaise qui marqua en 1965 le début de la Deuxième République.

thumb|right|150px|Deux soldats africains de la Force publique avant 1914.

Les débuts sous l'État indépendant du Congo

La Force publique fut créée le par Camille Coquilhat lorsque le roi Léopold II de Belgique, qui venait de prendre possession du pays sous le nom d'État indépendant du Congo, commanda à son ministre des Affaires intérieures de créer une force militaire et de police pour l'État. À partir de 1886, Léopold II envoya de nombreux officiers belges détachés pour mettre en place la force militaire annoncée. Pour s'assurer la maîtrise de cette force, le corps des officiers fut composé d'officiers belges mais aussi suédois, danois, et autres européens.

thumb|La défense du drapeau par la Force publique. Photo de la Société de Géographie, 1928.

En 1888, les soldats étaient d'origine zanzibarite ou en provenance de zones côtières anciennement colonisées (Libéria, Nigeria…). À partir de 1886, il fut décidé d'essayer de recruter les soldats au Congo et de mettre progressivement un terme à l'emploi de mercenaires étrangers. En 1887, cent Bangalas (tribu guerrière du Nord du Congo) constituèrent une première compagnie opérationnelle. Le recrutement initial (le long du fleuve Congo) des premiers soldats congolais fit que leur principal dialecte, le lingala, devint la langue utilisée par l'encadrement européen pour s'adresser aux sous-officiers et soldats congolais, quel que fût leur dialecte d'origine.

Pour son organisation, le gouvernement de l'État indépendant du Congo promulgue le , un décret destiné à pourvoir à la création d'une armée nationale. Le recrutement de la Force publique se fait par des engagements volontaires et des levées annuelles de miliciens dans chaque district. La durée du service actif est de cinq ans, les soldats étant ensuite versés pendant deux ans dans la réserve. Les miliciens reçoivent deux tenues de soldats, une solde et sont rassemblés dans des camps d'instruction. En 1897, on comptait sept camps d'instruction regroupant environ 500 miliciens, quelques sous-officiers et un officier : à Zambi, Kinshasa, Bolobo, Irebu, Kasongo, Umangi et Romée.

La Force publique se construit sur base de la défense du territoire et de la lutte contre les marchands d'esclaves. La principale opération fut la guerre qu'elle mena contre les Arabo-Swahilis de l'Est du pays de 1892 à 1894, guerre menée par Francis Dhanis. Louis Napoléon Chaltin occupera par ailleurs l'enclave de Lado en 1897.

Dans les années 1890, l'effectif de la Force publique prend de l'ampleur et devient une véritable force armée. En 1889, la Force publique comptait ainsi 111 Congolais, en 1891, 1623, en 1894, 5208. En 1897, la Force publique comptait dont provenant des levées annuelles, volontaires congolais et africains étrangersAlphonse J. Wauters, L'État indépendant du Congo, 1899, .. De 1886 à 1908, le corps des officiers était composé de 648 Belges, 112 Italiens, 53 Danois, 47 Suédois, 26 Norvégiens et un plus petit nombre recrutés dans d'autres pays, comme le Royaume-Uni et les États-UnisGann, Lewis H.; Duignan, Peter (1979). The Rulers of Belgian Africa, 1884–1914. Princeton: Princeton University Press. p. 60. ..

Sous Léopold II, , par l'exploitation du caoutchouc et de l'ivoire. Certains de ces agents, pour atteindre les quotas de production fixés, eurent recours au travail forcé et à la chicotte ou fimbo — un fouet fait de lanières de peau d'hippopotame. Des villages furent incendiés, et

La Force publique dut faire face à des problèmes de discipline au cours de son histoire. Au cours des premières années, des mutineries de la part des soldats noirs se produisirent (voir notamment révolte des Batetela). Les problèmes d'organisation avec des officiers blancs furent également fréquents. Quelques-uns

Jusqu'à la reprise du pays par le Congo Belge, 23 % des officiers et sous-officiers belges y ayant servi périrent lors de batailles ou de maladie (principale cause de mortalité).

Le Congo belge La reprise Ces officiers belges prirent rapidement la place des Européens de toutes origines qui constituaient le corps des officiers sous l'État indépendant. Les troupes du Katanga étaient constituées en une force autonome de 6 compagnies et une unité cycliste. : Aruwimi, Bangalas, Bas-Congo, Cataractes, Équateur, Ituri, Kasaï, Kwango, lac Léopold II, Lualaba, Lulongo, Makrakas, Makua-Bomokandi, Ponthiérville, Rubi, Ruzizi-Kivu, Stanley Falls, Stanley Pool, Ubangi, Uele-Bili.

Première Guerre mondiale thumb|right|300px|Campagne de 1916-1917 dans l'Est africain. En 1914, la Force publique, comprenait environ , forces katangaises incluses. La plupart servaient en de petites garnisons affectées à un territoire, avec un rôle de police. Seules les unités katangaises étaient organisées en bataillons, avec une fonction militaire première. Des efforts furent accomplis afin de remédier aux excès du temps de l'État indépendant, et pour transformer la FP en une force coloniale plus classique, mieux disciplinée.

Leur armement différait quelque peu de celui de l'armée belge. Le fusil Albini-braendlin constituait l'arme individuelle. Quelques mitrailleuses Maxim et canons (Nordenfeldt et Krupp ) appuyaient l'infanterie. Les soldats continuèrent de porter un uniforme bleu avec un fez rouge, remplacés par un uniforme kaki pour la période 1915-17. L'enrôlement annuel était basé sur un système de quota de recrues (volontaires ou non) fixé par district, les non-volontaires étant désignés d'office par les chefs des villages. Il était d'une durée de 7 années.

Au cours de la Première Guerre mondiale, des unités renforcées de la Force publique combattirent l'Empire colonial allemand au Cameroun, au Rwanda, au Burundi, et durant la campagne d'Afrique de l'Est sur le territoire de l'actuelle Tanzanie. Elles remportèrent plusieurs succès militaires (Tabora, Mahengé), apportant une contribution importante à la victoire finale des forces alliées en l'Afrique de l'Est allemande. De 1914 à fin 1917, 58 militaires européens, et congolais de charges de , ayant rang de soldat de 2e classe, périrent au combat ou d'épuisement. La maladie fit plus de victimes que les tirs de l'ennemi. La mortalité des militaires congolais causée par les maladies fut plus du double de celle provoquée par le feu de l'ennemi. En ce qui concerne les militaires européens passés par les hôpitaux, sur les théâtres africains le furent pour maladie contre pour blessures de guerre, alors que sur les théâtres européens la proportion était l'inverse : dus aux coups de l'ennemi pour dus à la maladie.

Ceux qui accomplirent leur devoir pendant ces campagnes africaine pouvaient recevoir la Médaille commémorative des campagnes d'Afrique 1914-1917.

D'avril à , une escadrille de l'aviation militaire belge composée de quatre hydravions Short Admiralty type 827, amenés en pièces détachées de Grande-Bretagne, ont pris une part importante dans la campagne contre les positions allemandes du lac Tanganyika : observations aériennes, bombardement du port de Kigoma, mise hors de combat du Graf von Götzen (navire de ) et du remorqueur Adjutant..

Entre-deux-guerres Après la Première Guerre mondiale, comme spécifié par le Traité de Versailles, l'Allemagne doit céder le contrôle de la partie ouest de l'Afrique orientale allemande à la Belgique. Le , le Ruanda-Urundi (1924–1945), qui comprenait le territoire du Rwanda et Burundi actuels, constituent un territoire attribué par mandat de la Société des Nations à la Belgique qui est chargée de l'administrer, avec Usumbura comme capitale.

Le , l'administration coloniale belge promulgue un arrêté royal réorganisant la Force Publique en deux groupes distincts : les troupes campées (environ 7500 hommes) chargées de garder la frontière et de protéger la colonie contre les dangers extérieurs, maintenir l'ordre et la sécurité générale. Cette force est à la disposition du gouverneur général du Congo. Les troupes campées sont essentiellement mobiles ; les troupes en service territorial (environ 8500 hommes) portent appui à l'administration des territoires. Cette force est à la disposition des vice-gouverneurs de province. Les troupes en service territorial possèdent des campements fixes. Des bataillons de ce dernier groupe sont répartis dans chaque capitale provinciale, tandis que les compagnies sont stationnées dans chaque chef-lieu de district.

Le krach de 1929 et la Grande Dépression qui s'ensuit ont des répercussions importantes au Congo belge, dont l'économie repose en ordre principal sur l'exportation de matières premières. Le général Paul Ermens, commandant en chef de la force publique à qui le gouverneur général Auguste Tilkens demande de faire des économies démissionne. C'est au lieutenant-général Léopold De Koninck que revient cette tâche : il réduit les effectifs militaires et redéploye les troupes sur le territoire de la colonie. L'armée coloniale passe de 16000 à 14000 hommes. S'ensuit une valse des chefs de la Force publique. Les cadres supérieurs sont démotivés, les soldats mal habillés dans les compagnies en service territorial et l'armement n'est que légèrement modernisé. Les pistolets FN 1910, FN 1922 et FN 1935 GP côtoient en 1939 des mitraillettes Thompson et des fusils Mauser 1936. De même, des Browning BAR FN Mle 30 et des Browning 1919 constituent les seules mitrailleuses en service en 1939. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il y a encore pénurie de munitions.

Seconde Guerre mondiale thumb|Cadets en formation au C.I.E. en décembre 1943 À partir du , la Force publique fut mobilisée et passa sur « pied de guerre »Ord. /FP.. Pour étoffer son encadrement européen, un Centre d'instruction pour Européens (C.I.E.) fut créé à Luluabourg pour les belges, de 17 à 25 ans, qui s'étaient inscrits volontairement dans la réserve de recrutement de la Force Publique pour la durée de la guerreA.L. du .. De à fin , en quatre sessions annuelles, il forma 150 adjudants, et une centaine d'aspirants pour des unités techniques.

De mars à , des détachements (, porteurs compris)Lieutenant Général E. Janssens, Histoire de la Force publique, 1979, - 217. combattirent avec succès au côté des forces britanniques en Abyssinie italienne sous le commandement du général-major Gilliaert. La D.I. italienne se rendit aux troupes belges et congolaises après les victoires de Bortaï et de Saïo. Sur toute la campagne, la FP fit dont , 370 officiers, et soldats italiens et autochtones, le reste étant des porteurs ; et cela au prix de 500 décès du côté de la FP.

thumb|223x223px|Médaille de la guerre africaine 1940-1945.

Des avions privés furent réquisitionnés ou achetés (De Havilland DH.85 Leopard Moth) pour assurer les liaisons et mener des vols d'observation lors de cette campagne, et constituèrent la base de ce qui sera la composante aérienne de la Force publique. Deux Fokker F.VII/3M de la Sabena furent également réquisitionnés pour l'hôpital volant au Kenya.

D'autre part de jeunes belges volontaires furent aussi envoyés dans la force aérienne sud-africaine où ils reçurent une formation de pilote, navigateur ou armurier. 47 pilotes participèrent aux opérations de la SAAF en Afrique du Nord et en Italie. 60 autres pilotes rejoignirent la escadrille, puis plus tard la Royal Air Force en Angleterre.

De à , un corps expéditionnaire de (porteurs compris) fut envoyé au Nigeria en vue d'une attaque éventuelle des colonies françaises du golfe de Guinée, ralliées au gouvernement de Vichy. Cependant le débarquement allié en Afrique du Nord provoqua le ralliement de ces colonies aux Alliés. Dès lors ce corps expéditionnaire devint inutile en Nigeria.