vignette|Drapeau de l'Association des victimes de la Gestapo, fondée le 13 septembre 1944.

vignette|droite|Le siège de la Gestapo, Prinz-Albrecht-Straße à Berlin (actuelle Niederkirchnerstraße). vignette|Vue du camp de Dora-Nordhausen après le bombardement allié avec les bâtiments endommagés et les tués. Photo lors de sa libération par les Alliés le .

La Gestapo, acronyme tiré de l'allemand Geheime Staatspolizei signifiant « Police Secrète d'État », était la police politique du Troisième Reich. Fondée en Prusse par Hermann Göring, son pouvoir s'étendit ensuite, sous l'impulsion de Heinrich Himmler, à l'ensemble du Reich et des territoires envahis par ce dernier au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Intégrée à partir de 1939 au Reichssicherheitshauptamt (ou RSHA en abrégé, « Direction générale de la sécurité du Reich ») de Reinhard Heydrich, elle fut successivement dirigée par : Rudolf Diels (en tant qu'organisation prussienne) de 1933 à 1934 ; Reinhard Heydrich de 1934 à 1936 ; puis de 1936 à 1939 (en tant que directeur de la Sipo, englobant la Gestapo) ; Heinrich Müller de 1939 à 1945.

Chargée de lutter contre les opposants internes ou externes, réels ou supposés, puis contre les adversaires du régime nazi ou les résistants dans les pays occupés, elle fut, par ses exactions, synonyme de terreur et d'arbitraire. Elle joua un rôle essentiel dans l'extermination des Juifs d'Europe, notamment via l'Amt B4 (bureau B4), dirigé par Adolf Eichmann.

Active jusqu'aux derniers jours du régime nazi, elle fut condamnée en tant qu'organisation criminelle lors du procès de Nuremberg.

Évolution et structure Contexte

De l'insurrection spartakiste aux actions des corps francs, de l'assassinat de Walther Rathenau au putsch de la Brasserie, la république de Weimar est marquée par une profonde instabilité et de fréquentes violences politiques, au cours desquelles s'illustre notamment la Sturmabteilung (SA), milice du parti nazi. L'appareil d'État allemand met en œuvre une stratégie de lutte essentiellement dirigée contre les communistes et les antinazis, exécutée par la police régulière, comme en Bavière, ou par la police politique, comme en Prusse. De son côté, à l'initiative d'Heinrich Himmler, le parti nazi se dote d'un service de sécurité interne, le Sicherheitsdienst (SD), confié à Reinhard Heydrich.

Göring et création droite|vignette|Adolf Hitler et Hermann Göring en .

Lors de l'arrivée au pouvoir des nazis en , ceux-ci mettent en place une politique de répression suivant trois axes : l'écartement, l'internement et l'élimination des opposants politiques en dehors de tout cadre légal, menés par la SA et la SS, notamment avec l'ouverture des premiers camps de concentration ; la mise en place d'un cadre juridique permettant de donner à la répression un cadre légal ; la création d'un organe consacré à la police politique, la future Gestapo.

Député au Reichstag et membre du Landstag de Prusse depuis , président du Reichstag en 1932, ministre sans portefeuille, commissaire à l'aviation et ministre de l'Intérieur de PrusseIl dépend donc officiellement de Franz von Papen, ministre-président de Prusse. dans le gouvernement d'Adolf Hitler, Hermann Göring prend les rênes de la police prussienne, la plus importante d'Allemagne, le . Il entreprend dès le lendemain la nazification en congédiant sur 32 qui sont remplacés par des nazis recrutés dans les rangs des SA.. De plus, il arme les policiers de revolvers, jugeant les matraques de caoutchouc et les bâtons qui étaient utilisés auparavant comme des « armes méprisables » et déclare qu'il assume personnellement la responsabilité de toutes les balles tirées par un policier.. Dès le , Göring accroît ses forces en nommant , et du Stahlhelm en tant que policiers auxiliaires...

vignette|gauche|Rudolf Diels en 1934.

Dans cette opération d'écartement des policiers aux sentiments républicains, il dispose d'une aide précieuse, celle de Rudolf Diels qui a d'ailleurs épousé la nièce de Göring, Ilsa.. Chef de la section politique de la police prussienne, l'Amt IA, qui avait combattu communistes et nazis avec efficacité et énergie, Diels met ses fichiers au service du nouveau pouvoir. Ses fichiers comprennent plusieurs documents compromettants obtenus depuis plusieurs années capables de déshonorer des adversaires qu'ils soient nazis ou antinazis. Diels avait obtenu notamment des lettres privées d'Ernst Röhm où ce dernier manifestait ses penchants homosexuels. Immédiatement après la proclamation des lois d'urgence du pour la défense du peuple et de l'État, officiellement justifiés par l'incendie du Reichstag, la police prussienne prend part, aux côtés de la SA et de la SS à la première grande rafle d'opposants organisée à Berlin dans la nuit du au . Dès ce moment, la GestapoDans les faits, elle échappe dès ce moment tant à la tutelle du ministre de l'Intérieur Wilhelm Frick, qu'à celle du ministre de la Justice, Franz Gürtner. « pouvait agir sans restriction et sans responsabilité, pratiquer l'arrestation secrète et la détention à perpétuité sans accusation, sans preuve, sans audience. Aucune juridiction ne pouvait s'y opposer, ni ordonner la mise en liberté et réclamer un nouvel examen du dossier »..

Le des élections auront lieu puisque Hitler a obtenu la dissolution du Reichstag et Göring n'hésite pas à utiliser le service de police afin de servir la campagne du parti nazi.. D'ailleurs, au cours du mois de février, 50 personnes s'affichant antinazis furent tuées. Ces élections se solderont par un nouveau succès pour le parti nazi. Göring est nommé ministre-président de Prusse le , tout en conservant son poste de président du Reichstag ; c'est à ce titre qu'il fait adopter, le , lors de l'ouverture de la nouvelle session parlementaire une loi couvrant les crimes et délits commis dans une intention patriotique, complétée, le , par l'amnistie des condamnations prononcées contre des nazis avant la prise du pouvoir..

La Gestapo est officiellement créée le par un décret prononcé par Göring en tant que police secrète d'état ; elle est dirigée par le ministre de l'Intérieur de Prusse, c'est-à-dire Göring lui-même avec Diels comme adjoint.. Dans la foulée, la Gestapo, dont les activités sont jusqu'alors officiellement limitées à Berlin, ouvre un bureau dans chaque district prussien qui demeure subordonné au service central de Berlin et met en place, dès le mois de juin, un réseau de surveillance de l'opinion publique et de délation... Elle démantèle l'organisation clandestine du parti communiste mais enquête également sur les activités de la SA, perçue par Göring comme une rivale, et dont elle fait fermer ou transférer à la SS, ses camps de concentration « privés »..

À la suite des manœuvres de Wilhelm Frick (acteur majeur des lois de Nuremberg), qui n'accepte pas que la Gestapo échappe à son autorité, Diels est révoqué en , pour être remplacé par Paul Hinkler, alcoolique notoire ; son mandat dure moins d'un mois, avant le retour en fonction de Diels, qui fait aussitôt arrêter son éphémère successeur. Afin d'éviter la répétition de tels soubresauts, la Gestapo est officiellement soustraite des attributions du ministère de l'Intérieur, le , pour ne relever que du ministre-président de Prusse, c'est-à-dire Hermann Göring.Comme le souligne ) l'imbroglio administratif, typique du Troisième Reich est total : en tant que ministre de l'Intérieur de Prusse Frick est le subordonné de Göring, mais il est aussi son supérieur en tant que ministre de l'Intérieur du Reich..

Le , Diels est à nouveau limogé, pour être remplacé, le , par Heinrich Himmler, Göring conservant toutefois officiellement la direction de la Gestapo..

Prise en main par la SS et intégration au RSHA vignette|droite|Heinrich Himmler et Reinhard Heydrich en mars 1938.

Pendant que Göring organise la Gestapo en Prusse, Heinrich Himmler prend petit à petit le contrôle des polices des autres États allemands : en , il est nommé préfet de police de Munich, puis, un mois plus tard, président de la police de Bavière ; dans les mois qui suivent, il prend le contrôle des polices de Hambourg, du Mecklembourg, de Lübeck, de la Thuringe. Au , il dirige toutes les polices allemandes à l'exception de celle de la Prusse. Sorti vainqueur d'une lutte pour le pouvoir qui l'oppose à Kurt Daluege, le protégé de Wilhelm Frick, Himmler unifie toutes les polices allemandes dès sa nomination à Berlin et étend le champ d'action de la Gestapo à toute l'Allemagne ; à la tête du service central de la Gestapo, il nomme son plus proche adjoint, Reinhard Heydrich, déjà responsable du SD.. Heydrich prend comme adjoint à la direction de la Gestapo un ancien membre de la police criminelle de Munich sous la république de Weimar, Heinrich Müller, qui s'était notamment illustré dans la lutte contre les communistes..

Le , Himmler est nommé chef de toutes les polices allemandes (Chef der Deutschen Polizei) ; il contrôle l'Ordnungspolizei (OrPo ou Polizei) de Kurt Daluege et la Sicherheitspolizei (Sipo), qui regroupe la Gestapo et la Kriminalpolizei (Kripo), dirigée par Arthur Nebe. La Sipo est chargée de lutter contre les ennemis de l'État : la Kripo poursuit , la Gestapo s'occupant ..

Le , la Sipo est incorporée, avec le Sicherheitsdienst (SD), au Reichssicherheitshauptamt (RSHA), placé sous la direction de Heydrich. À la mort de celui-ci, en , Himmler assurera une supervision directe de quelques mois puis nommera comme successeur, Ernst Kaltenbrunner en .

Missions et pouvoirs vignette|Caricature de Göring par A. Szyk, en 1943.

L'absence de tout cadre légal, avant le décret de Göring, n'empêche pas la Gestapo d'agir dès 1933. Sur la base des décrets des et , qui mettent en place la détention de protection (Schutzhaft), elle peut emprisonner ou interner en camp de concentration qui bon lui semble, sans limite de durée, sans chef d'accusation et sans procès. L'absence de tout contrôle juridictionnel sur les agissements de la Gestapo est officiellement confirmé le , par une loi qui indique notamment que « les ordres et les affaires de la police secrète ne sont pas sujets à l'examen des tribunaux administratifs », loi qui ne fait que confirmer un avis de la Cour administrative de Prusse de 1935, selon lequel une mise en détention de protection ne peut être contestée devant un tribunal..

Organisation interne vignette|upright=1.3|Réunion à Munich en , de gauche à droite : Huber, Nebe, Himmler, Heydrich et Müller.

Placée sous l'autorité opérationnelle de Heinrich Müller de 1936 à 1945, la Gestapo est organisée en six départements (en allemand Amt, au singulier), qui comportent plusieurs sections. La plus connue d'entre elles, la section B4, dirigée par Adolf Eichmann, va être le principal organisateur de l'extermination des Juifs d'Europe. Amt A : adversaires du nazisme Communistes, marxistes et organisations apparentées, propagande illégale ou hostile Contre-sabotage et mesures de sécurité générale Réactionnaires, libéraux, légitimistes, émigrés Service de sécurité, prévention des attentats Amt B : églises, sectes religieuses, Juifs et francs-maçons Catholicisme politique Protestantisme et sectes Autres églises et francs-maçons Juifs Amt C Fichier central, gestion du personnel, surveillance des étrangers Internements de protection Presse et publications Affaires du parti Amt D : territoires occupés et travailleurs étrangers en Allemagne Protectorat et Tchécoslovaques résidant dans le Reich Gouvernement général et Polonais résidant dans le Reich Ennemis de l'État étrangers Territoires de l'Ouest : Pays-Bas, Belgique, France, Luxembourg, Alsace, Lorraine, Norvège, Danemark Amt E : Contre-espionnage Problèmes généraux et contre-espionnage dans les usines du Reich Problèmes économiques généraux Pays de l'Ouest Pays nordiques Pays de l'Est Pays du Sud Amt F Police des frontières Passeports Cartes d'identité Police des étrangers Amt P : Relations avec les polices étrangères