Noslon ou le château de Noslon écrit aussi Nolon est l'ancienne maison de plaisance des archevêques de Sens. Située à quelques kilomètres au nord de la ville, cette résidence seigneuriale se trouve sur la commune de Cuy (Yonne).

À l'époque médiévale, les archevêques de Sens acquièrent la propriété où se trouve un « château » qui sera fortifié dans la période trouble de la guerre de Cent Ans.

Au début du , le château, « étant en ruine et vétusté », est partiellement démoli et reconstruit aux deux tiers.L'achèvement définitif, dans les années 1750-1760, est dû à Paul d'Albert de Luynes qui en fait son lieu de séjour ordinaire. Dans le périmètre de la propriété, l'archevêque fera bâtir, en plus, un grand corps de ferme en remplacement d'anciennes dépendances.

Devenu bien national à la Révolution, le domaine est démembré et le château démoli.

Aujourd'hui, ne subsiste que le corps de ferme. Cette exploitation agricole spécialisée, propriété de la famille Lorne, est connue sous l'appellation des Vergers de Noslon.

Localisation vignette|Noslon sur la carte Cassini de Sens ( de 1757).

Le château est situé dans la riche vallée de l'Yonne, au nord de Sens. À vol d'oiseau, il est à moins de six kilomètres du centre ville ( toises). Il est, d'autre part, éloigné d'environ un kilomètre (800 toises) de la route de Paris à Lyon et de toises par rapport à la rivière.

La voie romaine Via Agrippa de l'Océan, conduisant de Lyon à Boulogne par Sens et Meaux, passait à Saint-Clément et à proximité du domaine .

Historique Aux origines Dans l'Antiquité, les lieux environnants sont habités par des populations dites gauloises. Il a été retrouvé, dès 1801, entre Noslon et la route de Paris, des sépultures avec divers matériels archéologiques : armes, anneaux de bronze, etc.

En l'an 620, la terre de Cuy (où se trouve le futur Noslon), est donnée à l' abbaye de Sainte-Colombe par Clotaire II ; Michel de Corbeil, soixante-cinquième archevêque de Sens, frère de Pierre de Corbeil confirmera cette donation aux religieux de ce monastère en 1196 . .

Cependant en 1190, d'après Théodore Tarbé , le domaine du futur Noslon n'est qu'une simple ferme appartenant à l'abbaye de Saint-Jean-lès-Sens.

Garnier Despres En 1190, le citoyen de Sens (cives Senonensis) Garnier Despres acquiert de l'abbaye de Saint-Jean (ordre des Augustins), la ferme de Noslon. En 1201, l'abbaye érige le lieu en fief en échange des dîmes de Diant, possédées par ledit Despres. Peu de temps après, Garnier Despres devient bailli de Philippe Auguste.

Pour l'anecdote, il fait construire un petit Hôtel-Dieu en face de son hôtel de Sens, hors les murailles et vers Marcheau. S'appliquant à lui-même, en bon catholique le conseil de l'Evangile, il cache dans les murs de cet hôpital un trésor monétaire pour faire face à une future destruction des lieux. De fait, ce trésor sera découvert lorsque le bailli de Sens fera raser les faubourgs de Sens lors de l'approche des Anglais (1356), occasionnant un long procès en restitution. Garnier Despres obtient le privilège royal de percer une poterne pour relier son hôtel et le petit Hôtel-Dieu (l'actuelle Poterne Garnier Despres).

En 1215, à l'occasion de la chevalerie donnée à son fils Godefroy par le roi en personne à Paris, il donne à ce fils une série de fiefs tenus de la vicomtesse de Sens. Garnier Despres décède entre 1217 et 1225.

Le château médiéval Vers l'an 1226, d'après Théodore Tarbé, Despré « y fait construire des bâtiments, une tour, des fossés, etc. » En 1245, le chevalier Godefroy Despres porte le titre de seigneur de Noslons. Il décède entre 1245 et 1251. Son fils Gilon Despres prendra le nom de Noolon en 1251. Il reçoit la permission d'édifier une chapelle dans ce château en 1245. Il vit en 1271 mais il choisit de se séparer de ses terres, de son château, sans doute victime, comme mains chevaliers croisés, de ruine financière.

Entre 1252 et 1272, les archevêques de Sens s'activent pour acheter pièce à pièce les lieux, provoquant de ce fait l'abandon de leur demeure de Nailly : en 1257, Henri Cornu, archevêque de Sens, « en fait l'acquisition de ses propres deniers, de Giles de Noslon, petit-fils de Garnier Despré, pour en faire sa maison de plaisance et celle de ses successeurs. »

L'époque médiévale est avare en informations sur le site. Théodore Tarbé donne quelques détails : Pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), le château de Noslon est un poste avancé important au nord de Sens. Il est alors très fortifié. En 1422, à la mort du roi Charles VI, le pays est livré à une horrible guerre civile. La région voit passer la soldatesque française ou anglaise qui ravagent alternativement les environs de Sens. En 1424, Noslon est momentanément propriété de la famille des Barres de Chaumont. Le domaine est rapidement repris par l'archevêque de Sens . . Tarbé raconte qu'en 1432, « la garnison de Montereau, tenue par les Anglais, se présente jusque dans la basse-cour du château de Noslon, mais elle en est vivement repoussée » .

À la Renaissance, le domaine retrouve sa fonction première de maison de plaisance des archevêques. Denis Cailleaux raconte que Tristan de Salazar - qui a fait construire le transept de la cathédrale Saint-Étienne de Sens -, ne modifie pas sensiblement la forteresse du , mais il y fait de nombreux travaux d'entretien et d'embellissement. En 1497, par exemple, « les maçons travaillaient au donjon et des jardiniers prenaient soin des jardins ». Salazar, lors de ses séjours à Sens, semble avoir préféré résider à Noslon plutôt qu'au palais des archevêques de Sens ; sa présence est attestée de nombreuses fois dans les archives et « la préférence pour cette résidence n'est sans doute pas étrangère à la présence de sa compagne qui y résidait habituellement. » .

Le château du Le va voir la démolition de l'ancien château et son remplacement par une belle demeure de style classique qui continuera à porter le nom de « château de Noslon ». Ce dernier disparaitra avec la Révolution et sera démoli au début du .

Premiers travaux vignette|Vue cavalière très schématique du château (1747). En 1722, Denis-François Bouthillier de Chavigny archevêque de Sens depuis 1718, constate que Noslon « étant en ruine et vétusté » décide de le faire réparer, mais les frais, considérables, conduisent à une ordonnance de reconstruction à neuf des bâtiments. En 1724, l'ancien château est partiellement démoli et le nouveau commence à prendre forme, Monsieur Gibier de Serbois, vicomte de Sens se chargeant de la conduite des travaux. En 1731, à la mort de l'archevêque, la nouvelle résidence n'est construite qu'aux deux-tiers (par rapport à ses dimensions finales).

Sur un plan parcellaire de la seigneurie de Granchettes, hameau de Saint-Denis-lès-Sens, de 1747, une vue cavalière très schématique figure le lieu d'implantation du château. Il s'agit d'une « vue d'artiste arpenteur », dont le seul intérêt est la représentation des « souterrains » qui sont semi-enterrés et qui n'apparaissent pas sur le dessin d'architecte d'Aviler. Sur ce plan on peut voir aussi la « grande allée du château » bordée d'arbres, qui mène à la route actuelle de Cuy.

En 1753, après l'épiscopat de Languet de Gergy, qui semble se désintéresser de Noslon, Paul d'Albert de Luynes, le nouvel archevêque va achever définitivement le château..

Finalisation du projet 100px|vignette|gauche|Portrait de Luynes (après 1759). « Pourvu de l'archevêché, Luynes se contente pendant quelques mois de l'état ancien du château. Il y reçoit ses invités, telle sa belle-sœur, la duchesse de Luynes, en .. » vignette|Finalisation de la résidence par Luynes (vue du nord). En 1753-54, l'archevêque fait appel à l'architecte Claude-Louis d'Aviler qui visite Noslon le . « Nous avons visité le château que nous avons trouvé de douze toises de longueur sur neuf toises et demi de large… ». Ce compte-rendu de visite est accompagné des travaux à mener avec devis ( livres) et dessin signé et daté de l'élévation du château. Les travaux auraient été adjugés à Claude Sullereau architecte, avec la caution de Nicolas Trouillet maître charpentier et de Guillaume Charpentier maître maçon, tous trois établis à Sens .. En 1755-1756, la partie subsistante du vieux château est démolie et la construction finale du nouveau logis peut commencer. Elle sera achevée en 1760 Voir les détails des travaux dans .. Le coût de la construction est supérieur à livres ; les dépenses effectives pour travaux sont de l'ordre de livres. L'essentiel de la dépense concerne la maçonnerie (42 %), la charpenterie (20%) et la décoration (13 %) ..

En 1759, le cardinal de Luynes fait établir un autre devis à d'Aviler, pour la construction des bâtiments d'écuries, remises et logements de domestiques de la basse-cour du château. Ce devis comporte aussi la démolition du pont d'entrée et des bâtiments anciens (étable, laiterie et grange) ; la valeur estimée des travaux se monte à livres. En 1778, pour finir, est envisagée « la reconstruction du pont avec une grille de fer scellée dans deux pilastres de pierre » pour environ livresPour les travaux après 1759 voir .. La dépense totale des travaux réalisés sous Luynes s'élève alors à environ livres.

Disparition du château Le cardinal de Luynes qui a fait de Noslon sa résidence ordinaire meurt en 1788. L'archevêque Loménie de Brienne qui lui succède se désintéresse du domaine.

À la Révolution, les biens du clergé sont confisqués et le château est mis en vente le . M. Lebas du Plessis et Jean-Louis Guyot, marchand fripier à Sens, en seront les propriétaires successifs. Le château est rasé. Sont proposés à la vente en 1797 divers lots issus de sa démolition : bois de construction, portes et fenêtres, carreaux de tous types, pierres, tuiles, etc ; la grille du portail d'entrée subit le même sort, associée à d'autres lots de fer, plomb et ferrailles. En 1809, une autre vente est proposée. On y trouve les derniers lots provenant de la démolition systématique du château : grandes croisées, portes, lambris, boiseries, pavés de toutes sortes, marches, pierres de taille et matériaux de construction restants de 1797… Ainsi disparait le château ; le , le domaine de Noslon, contenant environ 50 hectares (120 arpents) est à son tour mis en vente. Il deviendra la propriété de Clément Lorne en 1832..

Description du château du cardinal Le cardinal de Luynes a fait de Noslon sa résidence habituelle. Elle est décrite ici sommairement à partir de documents d'époque repris dans des études particulières.

Les extérieurs vignette|Plan approximatif de Noslon à la mort de Luynes, 1788. La demeure, de la seconde moitié du , est située dans une enceinte constituée de fossés qui ont été probablement remaniés depuis leur origine médiévale. Ces fossés sont alimentés par « une fontaine fournissant dans un temps moyen 30 muids [8 m3 ?] d'eau très vive et de la meilleure qualité » ; d'une largeur minima de 36 pieds (10 m), ils ont disparu au nord-ouest, laissant place à une prairie marécageuse, d'après des plans de 1813 Accès à Noslon sur le plan cadastral de Cuy de 1813.. Ils ont été aménagés en une pièce d'eau de belle facture (en 1778) vers le pont et le portail d'entrée fermé par une superbe grille de fer forgé ; on peut voir, sur la droite du plan d'eau, un petit lavoir circulaire encore en état et la fontaine.