Ramón Lorenzo Falcón (Buenos Aires, 1855 – ibidem, 1909) était un militaire, homme politique et commissaire de police argentin.

Versé dans l’infanterie à l’issue de sa formation au Collège militaire, il servit d’abord comme aide de camp du président Sarmiento, puis participa à la dernière phase des guerres civiles argentines contre les rebelles du général Arredondo. Muté dans la Marine, il prit part notamment à l’expédition en Terre de feu visant à affirmer la souveraineté de l’Argentine sur le détroit de Magellan face aux prétentions chiliennes. Dans la décennie 1890, il alterna carrière militaire et mandats politiques (siégeant au sénat et à la chambre des députés), avant d’être nommé en 1906 commissaire en chef de la police de la Capitale (actuelle Police fédérale argentine). À ce titre, il se signala par la dureté avec laquelle il réprima une série de mouvements sociaux du début du , en particulier lors du 1906, puis à l’occasion de la grève dite des Loyers de 1907, où il fit expulser manu militari les familles ouvrières refusant les hausses de loyer, mais surtout lors des événements de , connus sous le nom de Semaine rouge, où onze manifestants pacifiques venus célébrer le furent tués sur la place du Congrès après que les troupes, sous le commandement de Falcón, eurent reçu l’ordre de charger la foule au sabre et au pistolet. Falcón fut assassiné à son tour dans un attentat à la bombe par le jeune ouvrier anarchiste ukrainien Simón Radowitzky. Le fait que l’école de police fondée par lui à Buenos Aires et portant son nom fut débaptisée en 2006 témoigne de sa postérité controversée.

Carrière militaire

Jeunes années

Né le à Buenos Aires, Falcón fut en , sous la présidence de Domingo Faustino Sarmiento, le premier cadet à être admis au Collège militaire nouvellement créé. Il monta au grade de sergent en , puis, en raison de son excellente conduite, à celui de sergent de première classe « distingué ». Il perdit ses galons cependant, lui et d’autres condisciples, en , pour avoir présenté une requête collective demandant de pouvoir prendre part à la campagne militaire en Entre Ríos contre Ricardo López Jordán ; cependant, deux jours plus tard, par décision du ministère, il fut réintégré dans sa hiérarchie au sein du collègeJacinto Yaben (1938), Biografias Argentinas y Sudamericanas, tome III, art. Falcón, Ramón Lorenzo..

En , ses études achevées, Falcón quitta le collège avec les honneurs et doté du grade de sous-lieutenant. En raison de ses hautes qualités, il fut nommé adjudant auprès du président Sarmiento, qui se trouvait en campagne en Entre Ríos. De retour à Buenos Aires en , il fut désigné au bout de quelques semaines adjudant auprès du général Carlos Paz, détaché à Villa María. Ainsi se trouva-t-il en dans la ville de Córdoba assiégée par le général Arredondo et ses troupes rebelles. Cependant, le gouverneur Rodríguez ayant capitulé, Paz et Falcón furent retenus captifs, jusqu’au moment où ils purent rejoindre l’armée du Nord le , qui avait établi son camp sur le Río Cuarto. Falcón prit part à la bataille de Santa Rosa en , sous les ordres de Paz, à la mort duquel il passa sous le commandement de Roca jusqu’en . Il fut promu premier-lieutenant en décembre, en reconnaissance de son comportement dans l’action. Pendant cette campagne, Falcón avait été chargé par le commandant en chef de planifier l’ensemble des campements et des opérations de reconnaissance militaire.

En , il fut nommé commandant de la compagnie de ligne, en garnison sur le Río Cuarto, et en février de l’année suivante passa à commander les chasseurs dudit corps, avec lequel il participa à toutes les opérations de guerre à la frontière sud de la province de Córdoba en 1876 et 1877, puis pendant cette dernière année, dans le sud de la province de Buenos Aires, à Carhué et au Fort General Belgrano (sur le territoire de l’actuelle ville de Coronel Pringles).

Marine et campagne du désert

En , il fut chargé de commander la compagnie des aspirants de l’École navale, à bord de la canonnière Uruguay, sous la direction du lieutenant colonel Martín Guerrico. À bord de ce vaisseau, Falcón prit part à tous les voyages qui, aux fins d’instruction militaire, furent entrepris à destination du sud. En , il monta au grade de capitaine. Aux côtés du monitor Los Andes et de la canonnière Constitución, l’Uruguay faisait partie d’une flottille placée sous le haut commandement du commodore de marine Luis Py. Cette flottille fit mouvement en 1878 vers Puerto Santa Cruz, sur la rive sud du fleuve Río Santa Cruz, pour en déloger l’escadre chilienne qui s’en était emparée et affirmer de la sorte la souveraineté argentine sur cette région, disputée par le Chili. Le voyage se prolongea de à , après quoi l’Uruguay leva l’ancre à destination de Buenos Aires.

Il participa à la campagne militaire dite Conquête du désert, depuis Patagones (extrême sud de la province de Buenos Aires) jusqu’au confluent des fleuves Río Negro et Río Neuquén, sous les ordres du colonel Martín Guerrico, et arriva en à Choele Choel, point de jonction fixé par le ministre de la Guerre et de la Marine en campagne, Julio A. Roca. Pour sa participation à cette campagne, Falcón reçut deux ans plus tard la médaille d’argent décernée par le Congrès. Il monta au grade de major en .

Années 1880

Pendant la révolution de juin 1880, il sollicita son congé de l’armée et de l’École navale et se rendit à Buenos Aires offrir ses services au gouvernement provincial, qui le nomma chef du régiment d’artillerie, qu’il s’employa à organiser à l’aide notamment de 24 pièces d’artillerie Krupp, et prit part les 20 et aux combats de Barracas, du pont Alsina et de Los Corrales (près de l’actuelle Plaza Miserere). La révolution terminée, il fut mis à disposition par le gouvernement fédéral et demeura hors du rang jusqu’en , où il reprit du service.

Dès janvier de cette année 1883, il avait été nommé par le gouvernement provincial de Buenos Aires commissaire-inspecteur du bataillon « garde-prisons », fonction qu’il exerça avec la permission du ministère de la Marine jusqu’en . En mai de la même année, il avait été promu lieutenant-colonel et nommé inspecteur des milices de la province de Buenos Aires. En , il fut envoyé en mission en Europe, où il s’attarda jusqu’en , puis réintégra la Marine à son retour en septembre.

En 1887, il fut l’un des membres fondateurs du Club de Gimnasia y Esgrima La Plata.

Le , à l’éclatement de la révolution du Parc, Falcón en fut avisé par le général Capdevila, qui lui avait par anticipation attribué le commandement des forces de police, qui étaient censées se concentrer sur la place Onze-Septembre. Cependant, en quittant son domicile tôt le matin, Falcón fut fait prisonnier par les révolutionnaires du Parc, alors appliqués à installer des pièces d’artillerie à l’angle des rues Viamonte et Talcahuano, lieu distant de seulement une vingtaine de mètres du logis de Falcón. Malgré les efforts entrepris pour obtenir sa libération, Falcón fut retenu captif par les insurgés jusqu’au moment où ils furent vaincus.

Mandats électifs et poursuite de la carrière militaire

Falcón continua sa carrière dans la Marine jusqu’au , date à laquelle le président Pellegrini rendit un décret portant sa réintégration dans l’armée de terre, accédant ainsi à la requête de l’intéressé. La même année, il fut élu sénateur pour la province de Buenos Aires, mandat qu’il accomplira jusqu’à 1894. En , il demanda sa mise à disposition, après que le ministre de la Guerre Aristóbulo del Valle eut voulu l’obliger à refuser ses services au gouvernement provincial de Buenos Aires. Après le déclenchement de la Révolution radicale de , le gouverneur de Buenos Aires le nomma commandant en chef des forces armées, charge qu’il remplit jusqu’à ce que Del Valle se fût saisi du pouvoir à l’issue du combat de Ringuelet, le de la même année.

Il fut réintégré dans l’armée en , mais demanda quelques mois plus tard la permission à son ministère de tutelle d’occuper à nouveau un siège de sénateur de à . Ensuite, tout en restant membre de l’état-major (plana mayor) à titre de lieutenant-colonel, il remplit de à 1902 un mandat de député national pour la province de Buenos Aires, pour lequel il avait été élu.

En , sur les instances du ministre de la Marine Onofre Betbeder, il réintégra la Marine, et fut jusqu’en à la tête de la Direction générale du service militaire, où il rédigea notamment un projet de recrutement pour la Marine et un nouveau « Règlement de discipline, honneurs et saluts », et autres missions de nature militaire.

Retourné à l’armée de terre, il fut nommé en chef du bataillon d’infanterie de ligne, cantonné sur le Río Cuarto, et monta au grade de colonel en . En août de la même année, il fut muté à la province de Córdoba pour y commander la zone de brigade de la région militaire, où du reste il ne s’attarda guère, puisqu’il fut nommé en commissaire en chef de la police de Buenos Aires.

Commissaire de police en chef

En 1906, Falcón fut nommé commissaire de police en chef de la Capitale fédérale. C’est en cette qualité qu’il fonda l’école de police de Buenos Aires (école qui portera son nom jusqu’en 2006). Cette même année 1906, le président José Figueroa Alcorta décréta l’état de siège à la suite de la Révolution radicale de 1905.

Le 1906, les syndicats de Buenos Aires tinrent une manifestation populaire pour célébrer la Journée internationale des travailleurs. Falcón ordonna la répression du rassemblement, lançant contre la foule un corps de 120 policiers à cheval qui tirèrent à balles réelles contre les civils désarmés, parsemant l’avenue de morts et de blessés.

La grève des loyers vignette|200px|Photographie de Ramón Falcón parue dans la revue PBT.

En 1907, il reçut mission de procéder à l’expulsion (délogement) de familles ouvrières qui avaient refusé d’accepter l’augmentation des loyers unilatéralement décidée par les propriétaires de leur logement. Mécontents des pouvoirs publics, qui s’abstenaient de réglementer en matière de logement, et des conditions de vie dans les immeubles de location, qui se trouvaient dans un état lamentable pour la majorité d’entre eux, des femmes et des enfants d’ouvriers descendirent alors dans la rue avec des balais, sous le mot d’ordre « balayer l’injustice ». En (c’est-à-dire en plein hiver austral) ― avec l’aide du corps de sapeurs-pompiers de Buenos Aires, qui réprimait toute velléité de protestation en projetant sur les familles de l’eau glacée avec des lances à incendie sous haute pression ―, Falcón mit à exécution les expulsions massives. Les locataires durent chercher à se reloger dans les campements montés par les syndicats anarchistes.

En dépit de l’opposition des anarchistes, qui restaient cependant minoritaires, la Fédération des locataires finit par obtenir la signature d’accords prévoyant de construire des logements sociaux et de réviser le montant des loyers.

Semaine rouge

Le , Falcón donna l’ordre à ses hommes de réprimer la manifestation convoquée par les anarchistes de la FORA sur la Plaza Lorea à Buenos Aires (actuelle place du Congrès). En effet, les syndicats anarchistes et socialistes avaient décidé de célébrer, dans des rassemblements séparés, la fête du travail — les socialistes sur la place Constitución et les anarchistes sur la Plaza Lorea, face au théâtre Liceo, à quelques mètres seulement du Palais du congrès. Tôt le matin, les familles ouvrières commencèrent à affluer avec leurs drapeaux rouges et noirs, et se mirent à protester contre le chômage, les bas salaires et l’indifférence du gouvernement aux problèmes sociaux de la majorité de la population. Pendant le rassemblement, des orateurs, hommes et femmes, prirent la parole à tour de rôle, incitant à la rébellion et appelant à s’organiser pour changer la société..