thumb|Le monument Witkruis situé à Ysterberg, près de Pietersburg, est une série de plus de blanches (Witkruis) érigées depuis 2003 à la mémoire des agriculteurs sud-africains assassinés. Les attaques contre des fermes en Afrique du Sud sont des crimes violents, notamment des meurtres, des voies de fait, des viols et des vols qui se déroulent dans des fermes d’Afrique du Sud Jewel Topsfield, Blood in the dust: The plight of South African farmers is far from black or white, Sydney Herald, 23 juin 2018. et ciblent leurs propriétaires, majoritairement des Blancs..
Le terme n’a pas de définition légale formelle, mais de telles attaques (397 comptabilisées par la police pour 2019-2020) ont fait l’objet d'articles universitaires, de reportages et de discussions dans les médias, dans la sphère politique nationale et internationale. Les attaques de fermes sont ainsi une forte source de préoccupation pour les syndicats agricoles et pour le gouvernement sud-africain du fait de l'impact économique de l'activité des fermiers mais les plans de sécurité rurale qui ont été mis en place se sont révélés peu efficaces.
Les données publiées par le gouvernement sud-africain en 2018 ont montré que le nombre d'attaques de fermes avait augmenté entre 2012 et 2018, mais que le nombre de meurtres dans des fermes avait diminué d'année en année au cours de cette période. Les diverses données restent cependant insuffisantes pour permettre une estimation fiable du taux d'homicide des fermiers sud-africains.. Les données du gouvernement sud-africain indiquent qu'entre 58 et 74 meurtres sont commis par an dans des exploitations agricoles pour la période 2015-2017 sur un dénombrement annuel d'environ meurtres en Afrique du Sud (alors qu'1,4 million de personnes sont employées dans le secteur de l'agriculture, de la chasse, de la sylviculture et de la pêche). Ces chiffres sont globalement conformes aux chiffres recueillis par l'Union agricole du Transvaal (TAU) Derrick Spies, Farm attacks and murders: This is SA's most deadly province for farmers, News24, 5 mai 2018. Le syndicat agricole, AgriSA Kobus Visser, On farm attacks - AgriSA, Politicsweb, 31 mai 2018, a fait état de statistiques policières indiquant que le taux de meurtres dans les exploitations agricoles avait atteint son plus bas niveau en 20 ans, pour atteindre un tiers du niveau enregistré en 1998 Siviwe Breakfast Farm murders at their lowest rate in 20 years – report, The South African, 31 mai 2018. Compte tenu des difficultés à définir et comptabiliser le nombre total de fermiers sud-africains par rapport au nombre de meurtres touchant cette communauté, il n’est pas clair s'ils risquent davantage d’être assassinés que les autres Sud-Africains.
Les affirmations non étayées selon lesquelles de telles attaques de fermiers visent de manière disproportionnée les Blancs constituent un élément clef de la théorie du complot du génocide blanc et sont devenues un sujet de discussion commun parmi les nationalistes blancs au niveau mondial ....... Cependant, il n'y a aucun chiffre fiable qui suggère que les fermiers blancs soient ciblés en particulier ou qu'ils aient un risque disproportionné d'être tués..... Le gouvernement sud-africain, des analystes et Afriforum, une organisation non gouvernementale de défense des Afrikaners, maintiennent que les attaques font partie d'un problème plus large de criminalité en Afrique du Sud et n'ont pas de motifs raciaux...
Contexte Le concept de Farm attack Les attaques contre les fermes (« farm attack » en anglais) sont devenues une préoccupation importante en Afrique du Sud, dans les années qui ont suivi la fin de l'apartheid. Le terme mérite cependant d'être explicité en l'absence de définition juridique existante. Dawie Swart, criminologue à l'Université d'Afrique du Sud, caractérise le terme de « farm attack » comme étant un concept global qui recouvre diverses actions visant à provoquer des dommages et des souffrances aux agriculteurs et à leurs défenseurs, à leurs employés, à leurs biens et à leurs possessions. Une attaque de ferme est une situation dans laquelle les habitants d'une ferme sont physiquement attaqués avec un objectif précis des agresseurs Dawie Swart, Farm attacks in South Africa – incidence and explanation, Acta Criminologica: Southern African Journal of Criminology, 16 (1), pp. 40–45.. Pour Swart, la dynamique de ces attaques se révèle aussi beaucoup plus compliquée qu'on ne peut le croire habituellement.
Adeoye O. Akinola, chercheur à l'université de Johannesburg a noté que la police sud-africaine définit les attaques agricoles comme étant des actes visant personnellement . Il constate aussi que la police y englobe plus largement sans faire de distinctions selon le motif (idéologiques, relations de travail, problèmes fonciers, vengeances, griefs personnels, racismes, intimidation) Adeoye O. Akinola, Farm Attacks or ‘White Genocide’? Interrogating the unresolved land question in South Africa, African Journal on Conflict Resolution, Vol. 20 No. 2 (2020), p 76.
Les universitaires H. Strydom et S. Schutte ajoutent au concept des considérants intentionnels, prémédités et militairement organisés (embuscade, incendie ...)H. Strydom et S. Schutte, A theoretical perspective on farm attacks in the South African farming community. Acta Criminologica: Southern African Journal of Criminology, 18 (1),2005, pp. 115–125..
Pour Johan Burger, de l'Institute for Security Studies, les attaques de fermes et les meurtres à la ferme devraient constituer une catégorie de crimes à part entière, au côté d'autres catégories telles que les cambriolages ou le carjacking et être considérés comme un crime prioritaire. Le chercheur Adeoye O. Akinola estime également nécessaire de catégoriser spécifiquement ces crimes, à l'instar de la « violence sexiste », afin de dépolitiser le débat sur cette thématiqueAdeoye Akinola, Ibid, p 88.
Aperçu historique
Les premières attaques répertoriées de fermiers ou assimilés en Afrique du Sud remontent à 1653 (en l’occurrence un berger), soit un an à peine après la fondation de la ville du CapA.J. Boëseken, Die Nuusbode, Elsiesrivier, Nasionale Handelsdrukkery, 1952, .. Durant la période où l'esclavage était légal (avant 1830), quelques révoltes d'esclaves se soldent parfois par des tueries de fermiers et de leurs familles. Les causes des attaques de fermes et de fermiers sont toutefois multiples : vol, vengeance, conflits de pâturage (notamment lors des guerres cafres).
Au , que ce soit dans les colonies britanniques du Cap et du Natal que dans les républiques boers du Transvaal et de l'Etat libre d'Orange, les fermiers blancs, colons ou boers, sont souvent isolés et en proie à un fort sentiment d'insécurité. Souvent c'est la peur (des viols notamment par les indigènes) et les rumeurs d'empoisonnement ou de massacres que craignent les fermiers (en 1917 en Angola, une révolte dans les plantations avait été marquée par le meurtre de fermiers blancs, plusieurs d'entre eux ayant été victimes d'empoisonnement par leur personnel)Joel Michel, Colonies de peuplement, CNRS édition, 2018, .. Au , plusieurs attaques de fermes, souvent isolées, et de meurtres de leurs propriétaires, souvent âgés, sont mentionnées dans la presse. thumb|120px|Médaille commémorative créée par la SANDF lors du démantèlement des unités de commandos En 1715, des volontaires s'étaient constitués en milices appelées commandos pour assurer la sécurité des communautés agricoles de la colonie du Cap. Dans les républiques boers, quand un danger menaçait, tous les hommes d'une communauté de district, armées de leurs propres armes, se constituaient en milice civil. Durant la première guerre des Boers, de tels commandos composés d'agriculteurs constituaient l'armature de l'armée boer et ils furent dissous après la seconde guerre des Boers. Durant la période d'apartheid, des unités de commandos, chargés de la sécurité en milieu rural, sont mis en place à l'initiative du parti national, dans le cadre de la force de défense sud-africaine (SADF), pour assurer également la sécurité des agriculteurs et des travailleurs agricoles. En tant qu'unités civiles auxiliaires, ils sont notamment chargés en zone rurale d'intervenir et de suppléer l’État en cas de sécheresse, d'inondations, de troubles civils ou de gérer les épidémies. La fin de la conscription et la baisse du volontariat au début des années 1990 entame le déclin de ces unités. En 1998, les commandos font partie du plan de sécurité rural (RPP) du gouvernement qui, en matière criminelle, classe les attaques de fermes dans les priorités du gouvernement au côté des attaques de banques, des violences des gangs et des crimes sur femmes et enfants Ploughing in ressources : The investigation of farm attacks, Duxita Mistry Institute for Security Studies, 2003 . Ainsi le président Nelson Mandela encourage les fermiers blancs à grossir les rangs des commandos. Cependant, en 2003, le successeur de Mandela, Thabo Mbeki, annonce leur démantèlement au motif que ces formations étaient des unités relevant de l'armée formées à l'époque de l'apartheid, ne s’intéressaient, selon lui, qu'à la sécurité des fermiers blancs et pas à celle de leurs ouvriers agricoles, constituaient une force de police parallèle et n'étaient pas assez racialement diversifiés. Il annonce leur remplacement par une autre force de sécurité en milieu rural qui serait cette fois sous commandement de la police. Cette décision cependant est mal acceptée par la communauté des agriculteurs blancs qui voient la dissolution des commandos existants comme une tentative par le gouvernement sud-africain de les rendre vulnérables à la criminalité Rural Safety and the Disbandment of the Commando Units inSouth Africa: A Challenge to Rural Communities andthe African National Congress (ANC)?, Chitja Twala et Marietjie Oelofse, Faculté des Humanités, Département d'Histoire, université de l'État-Libre, Bloemfontein, 2013..Frans Cronje, directeur de l'institut sud-africain des relations raciales (SAIRR), note, parmi d'autres, que le démantèlement de ces unités de commandos, qui avaient démontré une certaine efficacité dans la lutte contre la criminalité en zone rurale, l'inefficacité manifeste des deux unités distinctes qui les avaient remplacé, l'échec du RPP, le moratoire dans l'embauche de réservistes dans la police, une certaine désorganisation dans leur formation et un manque d'équipement, a finalement aggravé la vulnérabilité des fermiers et des agriculteurs. Johan Burger, de l'Institute for Security Studies, estime de son côté que la police doit développer une stratégie dédiée aux crimes violents commis dans les fermes et les petites exploitations, et cibler plus spécifiquement les groupes responsables de ces crimes.
Criminalité générale en Afrique du Sud
Depuis la fin de l'apartheid, plusieurs milliers de fermes ont été attaqués et plusieurs milliers de fermiers et de leurs proches ont été assassinés. Ces attaques ont pris de l'ampleur à partir de 1993 et ont été marquées par un recours accrue à la violence, la motivation principale demeurant le vol d'argent, d'objets précieux, d'armes ou de voitures. Le débat à proprement parler sur les attaques contre les exploitations agricoles et les petites exploitations émerge en 1997 et est pris très au sérieux par les syndicats agricoles et le gouvernement sud-africain. Lors du Sommet sur la sécurité rurale, tenu à Midrand en , le problème des attaques agricoles est reconnu comme «complexe et multiforme» alors que celles-ci connaissent une augmentation disproportionnée par rapport à l'augmentation générale des chiffres de la criminalité avant d'atteindre un sommet au début des années 2000.