Philippe Cauvin est un guitariste, compositeur et chanteur français né le à Paris ().. Il grandit dans la région bordelaise. Il est connu comme un membre-fondateur du groupe de rock progressif Uppsala, mais aussi comme soliste virtuose et artiste à part dans le paysage musical français. Bien que ses influences soient diverses, allant du rock progressif au classique et du jazz à la musique contemporaine, son univers musical reste singulier et inclassable. Tout d’abord guitariste électrique, il joue désormais exclusivement de la guitare classique en créant « une nouvelle forme poétique d’expression musicale » avec la superposition caractéristique de sa voix.
Biographie
Jeunesse Il apprend en autodidacte la guitare vers l'âge de dix ans, puis avec un de ses camarde de classe plus avancé. Celle-ci devient quasiment son seul passe-temps. Son frère aîné, François, l’oriente vers le blues rock, tout particulièrement vers The Animals d’Eric Burdon, Ten Years After et Cream..
Débuts À l’âge de treize ans, Philippe Cauvin quitte l'école pour étudier la peinture et les lettres, tout en commençant à composer et à chercher des amis pour former un groupe. Ainsi, en 1968, il crée Blues Incarnation. Il est alors influencé par des groupes anglais tels que Family (groupe), King Crimson ou Yes.
Absinthe (1969-1974)
Tout d’abord guitariste électrique, il se fait vite remarquer dans le milieu bordelais et va être engagé fin 1969 comme guitariste solo et chanteur par Jimmy Donzella (chanteur et bassiste) et Claude Maçon (batterie). Plus tard Patrick Belade les rejoindra à la guitare rythmique : c'est la naissance du groupe Absinthe..
Le groupe de tendance rock progressif se distingue en remportant l' « Opération Pop Promotion Province » à Troyes.. Grâce à ce succès, il se produira pendant deux années, et notamment au jadis célèbre Golf-Drouot, surnommé « temple du rock ». Il y enregistre un titre (Strange life, strange girl.) sur le vinyle Groovy Pop Session. qui réunit les meilleurs groupes, dont Ange (groupe).
Puis il découvre la guitare classique et la guitare jazz, plus précisément celle teintée de rock, à l'image du Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin, Larry Coryell ou John Abercrombie.
Papoose (1972-1973) En 1972, il arrive à Paris pour rejoindre Papoose., un groupe très en vogue, influencé par le Glam rock. Avec eux, il sillonne la France et l'étranger pour près de 200 concerts en deux ans..
L’apparence androgyne des membres, vêtus et coiffés de façon excentrique, s’inscrit dans le dandysme moderne de cette mouvance glam rock. C’est Jacques de Closets, le célèbre « coiffeur des rockers et des yéyés ». installé près du Golf-Drouot, qui coiffe les cinq membres de Papoose : Jean-Pierre Casacoli (bassiste et fondateur du groupe), les deux batteurs Jeff Simon et Jean Hanela, et les deux guitaristes Bernard Dupré et Philippe Cauvin, avec des coupes extravagantes et décadentes à la David Bowie..
Papoose enregistre cinq 45 tours et un album. au Studio des Dames et à l'Aquarium de Paris.
Mais au moment d'embarquer sur le célèbre paquebot France pour une tournée transatlantique, Philippe Cauvin change d'avis et rentre à Bordeaux pour entreprendre l’étude de la guitare classique.
Uppsala (1976-1986) Il rencontre le bassiste Dany Marcombe en 1974. Les deux amis forment en 1976 le groupe expérimental éphémère Musiques d'ici et maintenant. avec le claviériste Serge Korjanevski..
Puis, c'est la naissance du groupe bordelais Uppsala, « un de plus beaux fleurons de l’école progressive française des 70’s »., avec Dany Marcombe à la basse, Didier Lamarque à la batterie et Philippe Cauvin à la guitare et au chant. Après une année de répétitions, Uppsala donne son premier concert à Saint-Jean-de-Luz, suivi de nombreux autres concerts en France. Le succès du trio va grandissant, il affiche « une maîtrise technique et une complicité rare ».
Philippe Cauvin crée une instrumentation singulière entre guitare et voix de haute-contre qui incarne leur musique. Son chant atypique, entre vocalises et onomatopées aiguës, consiste à émettre des « sons non-signifiants qui sonnent ». comme il le dit lui-même. La critique internationale le souligne : « La musique sophistiquée, pleine de rebondissements complexes semble s'être adaptée à la noble saveur du vin de la région. … Le jeu de guitare farfelu de Cauvin rappelle presque Robert Quine de la formation New Wave new-yorkaise The Voidoids… Son jeu de guitare extrêmement varié va de l'acoustique, du rock électrique (jazz) à l'étrange synthétique (c'est ainsi que les sons qu'il obtient de sa guitare sonnent parfois presque comme un violon) et s'enrichit de divers effets sonores vocalisants »..
Le choix du nom « Uppsala » s’explique par la rencontre de Philippe Cauvin avec Coste Apetrea (guitariste de Samla Mammas Manna) qui est originaire de la ville suédoise et Jukka Tolonen (guitariste de Tasavallan Presidentti), deux guitaristes très connus et appréciés en Scandinavie.. vignette|Uppsala au Théâtre Barbey le 2 novembre 1984 Uppsala devient célèbre en France et commence à tourner à l'étranger. Le groupe produit un genre d'art rock qui lui est propre en façonnant des notes arpèges et des mots verbes pour dépeindre les paradoxes raffinés d’un exotisme nordique avec une touche de jazz et un son froid, presque de type New Wave. Uppsala reste très actif jusqu'à lorsqu’un grave accident survient en Belgique lors d'une série de concerts.
En 1980 le groupe se réunit de nouveau et enregistre son unique album éponyme en 1983, sorti en 1984. La deuxième chanson de l’album s'intitule d’ailleurs Coste and Jukka, en hommage aux deux musiciens à l’origine du nom du groupe. À partir de 1986, Serge Korjanevski rejoint Uppsala aux claviers, au saxophone et au chant. Uppsala opte alors pour l’introduction de textes en français et une musique plus accessible, tournée vers le rock, « étiquette devenue alors obligatoire pour qui cherchait à se produire sur scène ou à dénicher une maison de disque » dans ces années 1980. Le groupe se sépare en 1986 et se retrouvera seulement en 1995 à l'occasion d'un mémorable concert à Bordeaux, soutenu par le trompettiste Freddy Buzon, qui forme à l’époque avec Marcombe et Lamarque le groupe de fusion Post Image. Malgré des rumeurs persistantes, Uppsala ne reprendra pas la route des concerts et ne produira plus d’albums. En 2001, le seul album d'Uppsala est réédité chez Musea avec un bonus de morceaux inédits live, enregistrés lors la réformation exceptionnelle du groupe en 1995.
Uppsala reste un groupe culte pour tous les amateurs de musique progressive.
Philippe Cauvin Groupe (1986-1987) Contacté dès 1986 par le jeune batteur Marc Zerguine, le duo devient rapidement un quartet avec l'arrivée de Laurent Millepied, élève de Philippe Cauvin, ainsi que du claviériste Olivier Grall. C’est ainsi que naît le Philippe Cauvin Groupe, qui donne, le sur une petite scène locale, son premier concert, « déjà accueilli favorablement par la presse régionale ».
Le groupe se révèle le digne « héritier musical » d’Uppsala.. En peu de temps, la nouvelle formation monte un répertoire neuf à partir de pièces issues des albums solos de Cauvin complètement réarrangés, ainsi que de pièces inédites.. Grâce à la présence d’un second guitariste sur scène, Philippe Cauvin peut s’appuyer davantage sur sa « voix-instrument ».
Malgré un succès certain, le Philippe Cauvin Groupe peine à s’imposer dans l’environnement des années 1980 et se dissout sans laisser de traces discographiques. Le deuxième volume de la collection 1978/2015 restitue l’intégrale enregistrée du Philippe Cauvin Groupe et y ajoute des pièces enregistrées à la même époque en solo par Philippe Cauvin et prévues à l’origine pour le cinéma..
Philippe Cauvin Except (2006-2011)
En 2006, Cauvin Except s'adjoint la vibraphoniste et marimbiste Pascale Martinez, le temps de quelques concerts, puis de nouveau en trio, toujours avec Lulu Bret, jusqu'en 2010.. La distribution est volontairement assez inhabituelle : Philippe Cauvin (guitare électro acoustique, vocalises), Lulu Bret (batterie) et Pascale Martinez (vibraphone et marimba basse, instrument spécialement fabriqué pour l'occasion apportant des couleurs remarquables à cette musique).
Philippe Cauvin aime nommer cette musique « Incertainjazzquisonunic ». où autant l'écriture rigoureuse que l'improvisation la plus libre viendront se rencontrer, permettant de retrouver l'univers de Philippe Cauvin, celui du mélange des saveurs Uppsaliennes avec sa musique en solo.
Le cinquième volume de la collection 1978/2015 est constitué, à l'exception d'une pièce, d’un enregistrement de Philippe Cauvin Except dans un club de jazz bordelais en 2008. L'album s'ouvre sur le seul titre studio 2015, Claire Obscure, une composition de Philippe Cauvin interprétée uniquement par Pascale Martinez. « C'est un morceau hypnotique, doux et intrinsèquement mélodieux, et il vaut presque le prix d'une admission à lui seul »..
Carrière solo
« Un certain rock contemporain pour guitare classique » (1978 – 1989) Si beaucoup de musiciens commencent par des études au conservatoire avant de lancer leur carrière, Philippe Cauvin, découvrant sur le tard la guitare classique, suit le chemin inverse. C’est en effet en 1975 qu’il se plonge littéralement dans l'étude du répertoire immense de la guitare classique, de la musique baroque à la musique contemporaine. Le compositeur Leo Brouwer a incontestablement marqué Philippe Cauvin ainsi que Ralph Towner et Egberto Gismonti. Ainsi, Philippe Cauvin explique dans une interview : « Au moment où j’ai commencé à jouer de la guitare classique, j’ai découvert le compositeur cubain Leo Brouwer et ça a été un grand choc. C’est vers ça que je voulais aller… Mais en même temps, je me sentais … proche d’autres guitaristes certes classés dans le jazz mais qui se situaient un peu à part… Ralf Towner, Egberto Gismonti ».
Passionné, il étudie jusqu’en 1977 avec le guitariste, luthiste et musicologue Claude Chauvel., qui comme Ralph Towner fut élève de Karl Scheit à Vienne.. De ce fait, il met de côté la guitare électrique et compose ses premières pièces pour guitare, dont sa fantaisie bordelaise. qui apparaîtra plus tard sur son premier album solo Climage (1982).
C'est aussi l’année de sa rencontre avec un ami, le luthier Jean-Luc Joie qui, vingt années plus tard, deviendra le luthier le plus innovant en termes d'amplification..
Philippe Cauvin disait que si la musique électrique n'avait pas les décibels pour se faire aimer, elle ne serait peut-être pas devenue aussi populaire, et que si la musique acoustique pouvait se faire entendre avec quelques décibels en plus, ce serait un moyen pour qu'elle résiste mieux au fil du temps : « Il est probable que si un jour la classique atteignait le volume de l’électrique, sa popularité amplifierait, ... le son électrique ne sera jamais aussi beau que celui de la guitare classique qui vibre à l’air libre ».
Novateur, Philippe Cauvin nomme sa musique « un certain rock contemporain pour guitare classique ».
Pendant les années d’Uppsala, il travaille aussi pour son répertoire et donne son premier concert le , puis le lendemain à l’Olympia à Paris.
En 1980, Philippe Cauvin enregistre un album au studio Le Chien jaune à Paris., produit par son ami Bernard Dauman. Si cet album ne verra pas le jour, certains morceaux seront utilisés pour les rééditions CD des albums suivants.
Cela ne l’empêche pas de faire entendre « sa magie singulière » lors des festivals prestigieux : Printemps de Bourges ()., Festival d’Orange ou Festival de jazz de Montreux ()..
En sort son premier album solo Climage.. « À l’apogée de son inspiration et de sa maitrise guitaristique », Climage se révèle une réussite.. « Entre rock progressif et art lyrique »., l’influence de ses études de la musique baroque et de la musique classique contemporaine s’y reflète.