Le Rallye du Portugal 1980 ( Rallye de Portugal Vinho do Porto), disputé du 4 au , est la soixante-dix-huitième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la troisième manche du championnat du monde des rallyes 1980.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur une douzaine de manches, dont les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a depuis 1979 créé un véritable championnat des pilotes qui fait suite à la controversée Coupe des conducteurs instaurée en 1977, dont le calendrier incluait des épreuves de second plan. Pour la saison 1980, la CSI a exclu les manches suédoise et finlandaise du championnat constructeurs, ces deux épreuves comptant uniquement pour le classement des pilotes. Huit des douze manches du calendrier se disputent en Europe, deux en Afrique, une en Amérique du Sud et une en Océanie. Elles sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

thumb|upright|right|alt=Waldegård|Björn Waldegård, premier pilote à s'être octroyé le titre de champion du monde des rallyes. Malgré le retrait officiel de Ford, vainqueur en 1979, du championnat du monde des constructeurs, la saison 1980 s'avère néanmoins prometteuse, de nombreuses grandes marques visant le titre. Datsun, Fiat, Opel, Talbot et Toyota participeront à la plupart des manches, tandis que Mercedes-Benz a prévu de disputer six épreuves sur piste. En outre, bien qu'officiellement absent, Ford sera régulièrement représenté par l'équipe Rothmans, dont les Escort, rachetées à l'usine et préparées par le spécialiste britannique David Sutton, sont au niveau des meilleures. Homologuées en groupe 4 six ans plus tôt, les Lancia Stratos restent également très compétitives et continuent à jouer épisodiquement les trouble-fête au sein d'équipes privées, avec notamment l'écurie Chardonnet.

Premier champion du monde des rallyes, Björn Waldegård fait à nouveau partie des favoris. Pilote officiel Mercedes, qui ne dispute que la moitié des épreuves du calendrier, le Suédois a pu bénéficier d'une Fiat 131 Abarth officielle lors des deux premières manches, avec deux troisièmes places à la clef et occupe la seconde place du classement provisoire, devancé par son compatriote Anders Kulläng qui a imposé la nouvelle Opel Ascona 400 au Rallye de Suède. Brillant vainqueur du Rallye Monte-Carlo, le pilote Fiat Walter Röhrl figure également au rang des meilleurs, tout comme son coéquipier Markku Alén, malchanceux en ce début de saison. Dauphin de Waldegård en 1979, Hannu Mikkola reste son coéquipier chez Mercedes pour les épreuves africaines mais disposera d'une Ford Rothmans le reste du temps, au côté de son compatriote Ari Vatanen, très rapide mais toujours dans l'attente de sa première victoire au niveau mondial.

L'épreuve

Créé treize ans auparavant par César Torrès, le rallye du Portugal est vite devenu une des épreuves les plus réputées grâce à un parcours mixte (terre et asphalte) très sélectif et une organisation hors pair, qui lui ont valu d'être intégrée au calendrier championnat du monde dès 1973. Avant le premier choc pétrolier, son parcours intégrait un itinéraire de concentration au départ de grandes villes européennes (sur le modèle du rallye Monte-Carlo), mais depuis 1974 l'épreuve se limite au territoire portugais. Markku Alén y détient le record de victoires, après trois succès en 1975, 1977 et 1978, tous acquis sur Fiat.

Le parcours thumb|upright=1.1|right|alt=Estoril|Estoril, ville départ et arrivée du rallye du Portugal vérifications techniques : à Estoril départ : d'Estoril arrivée : à Estoril distance : 2647 km dont 673,5 km sur 47 épreuves spéciales surface : asphalte (18%) et terre (82%) Parcours divisé en quatre étapesRevue L'Automobile - avril 1980

Première étape Estoril - Figueira da Foz - Póvoa de Varzim, du 5 au distance : dont sur 15 épreuves spéciales

Deuxième étape Póvoa de Varzim - Póvoa de Varzim, le distance : dont sur 8 épreuves spéciales

Troisième étape Póvoa de Varzim - Viseu - Estoril, du 7 au distance : dont sur 15 épreuves spéciales

Quatrième étape Estoril - Estoril, du 8 au distance : dont sur 15 épreuves spéciales

Les forces en présence Fiat thumb|left|alt=Fiat 131 Abarth|Une Fiat 131 Abarth groupe 4. Le grand constructeur turinois a engagé trois 131 Abarth groupe 4 en configuration terre (1020 kg, suspension renforcée), pour Markku Alén, Walter Röhrl et Attilio Bettega. Ces modèles à transmission classique présentent l'avantage de pouvoir être équipées de ressorts longs sur les pistes ou de ressorts courts sur les parties asphaltées. Elles disposent d'un moteur deux litres seize soupapes à injection Kugelfischer, en version F pour Alén (238 chevaux à 8000 tr/min), en version FS (Safari) limitée à 230 chevaux mais plus souple à bas régime pour Röhrl et Bettega. Fournisseur attitré de Fiat, Pirelli propose une gamme étendue de pneumatiques, dont un tout nouveau modèle pour la boueRevue Sport Auto - avril 1980. Victorieuses au Portugal en 1977 et 1978, les 131 Abarth sont les favorites de l'épreuve.

Ford Spécialiste de la marque, David Sutton a préparé trois Escort RS1800 groupe 4 (980 kg, moteur deux litres alimenté par carburateurs, 260 chevaux), les deux de l'équipe Rothmans (qui bénéficie du soutien officieux de l'usine) aux mains d'Hannu Mikkola et d'Ari Vatanen, ainsi que celle du pilote argentin Jorge Recalde, engagé à titre privé, qui découvre l'épreuve. Elles utilisent des pneumatiques Dunlop. La marque est également présente en groupe 1, avec notamment les Escort RS2000 de Joaquim Moutinho et surtout celle de Carlos Torres, équipée de pneus Firestone, qui visera une nouvelle victoire dans cette catégorie.

Lancia L'écurie Chardonnet engage une Stratos HF groupe 4 (970 kg, moteur central arrière V6 de , environ 280 chevaux) pour Bernard Darniche, qui avait dominé le début de course l'année précédente sur cette même voiture, désormais équipée de pneus Pirelli.

Mercedes-Benz thumb|right|alt=Mercedes SLC|Les Mercedes 450 SLC sont les plus puissantes du plateau. Le constructeur de Stuttgart dispute ici sa première épreuve de la saison, avec deux coupés 450 SLC 5.0 groupe 4 confiés à Björn Waldegård et Ingvar Carlsson. Avec leur moteur V8 de cinq litres développant 320 chevaux, ces voitures de 1330 kg sont les plus puissantes du plateau mais leur encombrement et leur poids élevé les empêchent de viser la victoire sur les pistes tourmentées du Portugal. Elles sont équipées de pneumatiques Dunlop.

Opel L'Euro Händler Team a engagé deux Opel Ascona 400 groupe 4 (1050 kg, moteur quatre cylindres de développé chez Cosworth, 260 chevaux), un modèle qui vient d'obtenir sa toute première victoire au dernier rallye de Suède, aux mains d'Anders Kulläng, intégré à l'équipe depuis de nombreuses années, tout comme son coéquipier Jochi Kleint. Les deux voitures sont chaussées de pneus Michelin. La marque est également très présente dans les groupes 1 et 2, de nombreux pilotes privés s'alignant au volant d'Opel Kadett GT/E, dont 'Mêqêpê', un des principaux adversaires de Torres en tourisme de série.

Toyota Toyota a engagé deux coupés Celica groupe 4 (1000 kg, moteur quatre cylindres deux litres à seize soupapes, 220 chevaux) pour Jean-Luc Thérier et Ove Andersson, ce dernier étant également directeur sportif de l'équipe. Ils disposent d'anciens modèles de pneus Pirelli pour la terre et de pneus Michelin pour l'asphalte.

Triumph thumb|right|alt=Triumph TR7|Une Triumph TR7 V8 groupe 4. La marque britannique aligne deux Triumph TR7 V8 groupe 4 pour Per Eklund (qui découvre l'épreuve) et Tony Pond. Ces modèles à transmission classique pèsent environ 1150 kg et sont motorisés par un V8 de d'une puissance de 290 chevaux, tant pour la nouvelle version à quatre carburateurs double corps d'Eklund que celle à injection de Pond. Les Triumph utilisent des pneus Dunlop.

Datsun En attendant l’homologation des nouvelles versions groupe 4, Datsun Europe engage deux versions groupe 2 de ses classiques berlines 160J PA10 (965 kg, moteur deux litres à huit soupapes, 190 chevaux), confiées à Timo Salonen et Andy Dawson. Elles sont équipées de pneus Dunlop de fabrication japonaise, contrairement aux autres partenaires du manufacturier britannique.

Talbot Principal adversaire de Datsun en groupe 2, Talbot a engagé deux Sunbeam Lotus à moteur quatre cylindres seize soupapes de alimenté par deux carburateurs double-corps. Elles sont confiées à Guy Fréquelin et au jeune espoir finlandais Henri Toivonen. Fortes de plus de 230 chevaux, ce sont voitures les plus puissantes de leur catégorie. Elles disposent de pneus Michelin.

FSO La modeste équipe de Varsovie a engagé trois Polonez 2000 groupe 4 pour Maciej Stawowiak, Tomasz Ciecierzyński et Groblewski Włodzimierz, dont la robustesse constitue le principal atout sur les difficiles chemins du portugal.

Déroulement de la course Première étape Estoril - Figueira da Foz Les 101 équipages s'élancent d'Estoril le mercredi matin, en direction de Povoa de Varzim, sur des routes totalement sèches. Les quatre premières épreuves spéciales se déroulent sur asphalte et Bernard Darniche exploite parfaitement la puissance de sa Lancia Stratos pour s'imposer en tête, creusant un écart de vingt secondes sur l'Opel de Jochi Kleint, son adversaire le plus proche, qui devance de peu les Fiat de Markku Alén et de Walter Röhrl. Parmi les meilleurs dans le premier secteur chronométré, Tony Pond a déjà dû renoncer, le moteur de sa Triumph TR7 ayant explosé lors du premier passage de Peninha. Alén se montre le plus rapide dans le premier tronçon sur terre, réduisant son retard sur Darniche à quinze secondes, mais le pilote français reprend du champ sur le bitume de São Pedro de Moel. À la halte de Figueira da Foz, Darniche compte vingt-trois secondes d'avance sur Alén et vingt-sept sur Kleint. Ari Vatanen (Ford Escort) est quatrième à quarante secondes, juste devant son coéquipier Hannu Mikkola, ex-æquo avec Röhrl. Malgré des suspensions trop souples, les Talbot d'Henri Toivonen et de Guy Fréquelin dominent largement le groupe 2, loin devant les Datsun d'Andy Dawson et de Timo Salonen déjà retardées par des problèmes mécaniques.

thumb|upright=1.1|right|alt=Figueira da Foz|Figueira da Foz, à mi-parcours de la première étape. + classement à la neutralisation de Figueira da FozRevue Auto hebdo - 13 mars 1980 Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Bernard Darniche Alain Mahé Lancia Stratos HF 4 20 min 59 s 2 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 131 Abarth 4 21 min 22 s + 23 s 3 Jochi Kleint Gunter Wanger Opel Ascona 400 4 21 min 26 s + 27 s 4 Ari Vatanen David Richards Ford Escort RS1800 4 21 min 39 s + 40 s 5 Hannu Mikkola Arne Hertz Ford Escort RS1800 4 21 min 44 s + 45 s 5= Walter Röhrl Christian Geistdörfer Fiat 131 Abarth 4 21 min 44 s + 45 s 7 Jean-Luc Thérier Michel Vial Toyota Celica 2000 GT 4 21 min 50 s + 51 s 8 Ove Andersson Henry Liddon Toyota Celica 2000 GT 4 22 min 05 s + 1 min 06 s 9 Attilio Bettega Arnaldo Bernacchini Fiat 131 Abarth 4 22 min 06 s + 1 min 07 s 10 Henri Toivonen Antero Lindqvist Talbot Sunbeam Lotus 2 22 min 15 s + 1 min 16 s 11 Guy Fréquelin Jean Todt Talbot Sunbeam Lotus 2 22 min 17 s + 1 min 18 s 12 Björn Waldegård Hans Thorszelius Mercedes-Benz 450 SLC 5.0 4 22 min 18 s + 1 min 19 s

Figueira da Foz - Póvoa de Varzim thumb|upright=1.1|right|alt=Lancia Stratos|La Lancia Stratos de Darniche, animatrice du début de course, n'a pu terminer la première étape.