La planète Vénus est le troisième astre en termes de magnitude apparente, après le Soleil et la Lune. Elle a donc attiré l'attention des premiers astronomes.

Les cultures et civilisations préhistoriques, protohistoriques et historiques ont créé des légendes autour de cette « étoile errante » très particulière.

Cet article a pour but de lister tous les mythes relatifs à la planète Vénus.

vignette|Vénus. vignette|Vénus et la Lune. vignette|Vénus et la Lune.

Caractéristiques particulières de la planète Vénus vue de la Terre Les premiers astronomes avaient différencié les astres en deux catégories : les « fixes », c'est-à-dire ceux qui restaient à la même place les uns par rapports aux autres (quel que soit le moment de l'année ou de la nuit ; ce sont nos étoiles), et les « errants », ceux qui changeaient de place les uns par rapport aux autres. Ces derniers sont nos planètes (du grec ancien πλανήτης, planêtês « errantes »). À l'œil nu, elles sont au nombre de cinq. Dans l'ordre de brillance (magnitude apparente, initialement l'intensité de la sensation visuelle produite par une étoile), de la plus brillante à la plus terne, ce sont Vénus (4,6), Jupiter (blanche, 2,9), Mars (rouge, 2,9), Mercure (1,9) et Saturne (0,4). Leur seront ajoutés le Soleil (26,7) et la Lune (12,6 lorsqu'elle est pleine). Il y avait donc sept astres errants. Leurs noms seront associés aux sept jours de la semaine. Les Anciens, ne pouvant les observer, ne connaissaient pas les planètes Uranus (découverte en 1781) et Neptune (en 1846), ni bien évidemment Pluton (en 1930, reclassé comme planète naine en 2006).

Dans un premier temps, l'« étoile du matin » et l'« étoile du soir » ont été considérées comme deux astres différents. Ce n'est que plus tard que les Anciens ont compris qu'il s'agissait d'un seul astre, Vénus.

Les Aborigènes d'Australie Les Aborigènes d'Australie arrivent sur le continent entre 50 000 et 40 000 ans avant notre ère. Ils n'auront aucun contact avec le reste du monde jusqu'à l'époque moderne.

L'étoile du matin est l'objet de légendes dans la mythologie des Aborigènes d'Australie. Elle est importante pour les aborigènes qui se lèvent à l’aube pour commencer à chasser ou à pêcher. Ils la considèrent souvent comme une jeune fille.

Dans une légende de la Terre d’Arnhem (à l’extrême nord de l’Australie), l’Étoile du matin s’appelle Barnumbirr :

Julien Girard de Rialle, en 1878, dans son ouvrage La mythologie comparée., parle, entre autres choses, du « culte fétichique des corps célestes » des cultures « sauvages » dont les Australiens « si peu avancés en civilisation » . Il mentionne la planète Vénus qui est nommée Djula-go-ling (page 151).

Les Koï-San (Bushmen, Bochimans) d'Afrique australe L'étoile du matin est l'objet de légendes dans la mythologie des Koi-San (Bushmen, Bochimans) d'Afrique australe.

Les Dogons du Mali

Les Dogons (peuple du Mali) ont créé une cosmogonie très élaborée. Elle mentionne, entre autres choses, l'existence d'un satellite de Vénus.

La tribu Dogon Ono aurait déterminé six positions (yazu giri, « œil de Vénus ») de la planète Vénus (tolo yazu) : obia (quand Vénus est invisible) donna tolo ou albana tolo, « astre de l'ouest ». yazu ou bayara, « astre du matin ». enegirim, « astre des chevriers », rapproché de notre « étoile du Berger ». dige tanu , « astre de minuit » (astre du soir). yapunu da tolo, « astre du plat des femmes menstruées ».

Ces différentes positions seraient gravées sur une table de divination et interprétées par des initiés. Les différentes phases décriraient les déplacements de l'astre autour du Soleil. On retrouverait ce parcours sur la façade Est de la maison du grand prêtre (Hogon) d'Arou à droite en direction du Nord, au-dessus de l'estrade à gauche et au-dessus des figures du Soleil au sud, de la Lune et du pelu tolo (« Étoile de la Lune »). Ce cycle se répéterait tous les 3 ans. Les Dogons connaîtraient aussi Yazu Danala tolo, un astre compagnon de Vénus (non encore découvert par les occidentaux)..

Quant au satellite de Vénus, les astronomes modernes l'ont cherché du milieu du à la fin du . On lui a même donné un nom : Neith. Le résultat a été négatif : Vénus n'a pas de satellite naturel. Ce que l'on a parfois pris pour cela n'était qu'illusion d'optique..

Les traditions chamito-sémitiques Égypte Les Égyptiens auraient eu deux noms pour la planète Vénus : Douaou, dans son rôle d'étoile du matin ; Bonou, dans celui d'étoile du soir..

Les Égyptiens auraient associé la planète Vénus à la déesse Hathor.

La planète Vénus est présente sur le zodiaque de Dendérah (daté d'environ 50 avant notre ère). Elle est appelée « le-dieu-du-matin »..

Les Romains (voir plus bas) diront que les Égyptiens avaient associé la planète Vénus à la déesse Isis.

Mésopotamie vignette|Représentation d'Ishtar portant un arc et associée au symbole de l'étoile, VIIIe siècle avant notre ère. La planète Vénus est connue des Babyloniens de l'Âge du bronze. Elle est associée à Ishtar, déesse de l'Amour dans la mythologie mésopotamienne...

Plusieurs hymnes louent Ishtar dans son rôle de déesse de la planète Vénus..

Phénicie et Canaan

Carthage La planète Vénus est associée à la déesse Tanit...

La planète Vénus est associée à la reine Élissa (Didon)..

Israël

La Bible hébraïque (livre d'Isaïe : 14, 12) désigne la planète Vénus (en tant qu'étoile du matin) par l'expression hêlēl (ou hêylêl) ben šāḥar "הֵילֵל בֶּן-שָׁחַר" « (astre) brillant fils de l'aurore ».

Hyll (ou hylyl dans l'un des manuscrits de la mer Morte) vient de la racine hâlal (« briller, luire », mais aussi « vouloir briller, se vanter, extravaguerSander & Trenel, Dictionnaire hébreu-français, page 142.»). Les lexicographes Brown, Driver et Briggs, ainsi que Koehler et Baumgartner le traduisent par shining one (« celui qui brille »), qu'ils interprètent comme « étoile du matin » Doug Kutilek, Notes on “Lucifer” (Isaiah 14:12, KJV)..

Au avant notre ère, la Bible hébraïque a été traduite en grec : la Septante. Le mot hébreu hêlēl a été traduit par Éosphoros dans l'expression hêlēl ben šāḥar. Dans la Septante, on lit « ὁ ἑωσφόρος ὁ πρωὶ ἀνατέλλων / ó éôsphóros ò prôì ánatéllôn » qui signifie « le porteur d'aurore, celui qui se lève le matin ».

Vers 408., Jérôme de Stridon (ca. 347 à 420, un des quatre Pères de l'Église latine, docteur de l'Église et canonisé), travaillant sur la version hébraïque et la version grecque, garde l'usage latin de traduire le Eosphoros grec par Lucifer. Il traduit donc, dans la Vulgate (version chrétienne latine de la Bible), l'hébreu hêlēl dans l'expression hêlēl ben šāḥar par le mot lucifer. C'est à ce moment-là que le mot lucifer (puis Lucifer) entre véritablement dans la Bible chrétienne.

Isaïe (14, 4) a l'ordre de stigmatiser un personnage : « Tu entonneras le chant que voici sur le roi de Babylone : Comment a disparu l'oppresseur, cessé la tyrannie ». Puis Isaïe (14, 12 à 14) parle de la chute et de la mort de ce roi. S'adressant à ce roi, il dit : « Comme tu es tombé du ciel hêylêl (astre brillant), fils de l'aurore ! Comme tu as été renversé jusqu'à terre, dompteur des nations ! Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, au-dessus des étoiles de Dieu j'érigerai mon trône, je m'assiérai sur la montagne du rendez-vous, dans les profondeurs du Nord. Je monterai sur les hauteurs des nuées, je serai l'égal du Très-Haut ».. La traduction de la Bible de Jérusalem confirme : « Comment es-tu tombé des cieux, Astre du matin, fils de l'Aurore ? ».. Dans le contexte de l'oracle d'Isaïe, il s'agissait de décrire l’ascension et la chute d'un tyran, ici la chute d'un souverain babylonien ()..

Certains font l'hypothèse qu'Isaïe semble avoir utilisé un thème emprunté à un mythe cananéen qui fait allusion à la déesse Sahar, l'« Aurore ».

Une note dans l'édition de la Bible de Jérusalem précise à propos du passage d'Isaïe 14, 3 à 21 : (Isaïe a vécu et écrit au , soit avant la prise de Jérusalem par les Babyloniens et l'Exil).

Une deuxième note de la même édition précise : . Dans cette note, le mot « Lucifer » possède une majuscule alors que dans le texte de la Vulgate, il a une minuscule.

Dans la Vulgate, on trouve aussi lucifer dans : Bible hébraïque : livre de Job 11:17 : « Et quasi meridianus fulgor consurget tibi ad vesperam ; et cum te consumptum putaveris, orieris ut lucifer », soit : « Plus brillante que midi alors monte ta vie, les ténèbres seront comme le matin ». Bible hébraïque : livre de Job 8:32 : « Numquid producis luciferum in tempore suo, et vesperum super filios terræ consurgere facis ? ».

La tradition chrétienne Le passage du livre d'Isaïe (14, 3 à 21) traduit par Jérôme de Stridon confirme l'assimilation, par les Chrétiens, du Lucifer-étoile du matin à un ange déchu.

La chute spectaculaire de l'« astre brillant du matin » (roi de Babylone) du livre d'Isaïe devient dans la Bible latine la chute de Lucifer. Elle est interprétée comme la description de la chute d'un ange, ce qui favorise l'assimilation de Lucifer à Satan..

À la fin du , le poète chrétien Prudence (né en 348, mort après 405), dans son ouvrage Cathemerinon, XII. Hymnus Epiphaniae, vers 29-36. donne une assimilation de l'étoile du matin à Lucifer : , ce qui peut se traduire par .

Le mot lucifer est utilisé dans le deuxième épître de saint-Pierre (2 Pierre 1,19) de la Vulgate latine : « Et habemus firmiorem propheticum sermonem: cui benefacitis attendentes quasi lucernae lucenti in caliginoso loco donec dies elucescat, et lucifer oriatur in cordibus vestris » qui est aujourd'hui traduit par « Ainsi nous tenons plus ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à poindre et que l'astre du matin se lève dans vos cœurs ».. Le mot lucifer désigne ici « l'astre du matin », soit la planète Vénus en tant qu'étoile du matin, mais certains l'ont interprété comme une image du Christ. Dans la Vulgate, [Apocalypse 22, 16], Jésus parle : « Ego Jesus misi angelum meum testificari vobis haec in ecclesiis. Ego sum radix, et genus David, stella splendida et matutina. », ce qui peut se traduire par « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises. Je suis le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin ».. Il est bien question de l'étoile du matin associée au Christ mais le mot Lucifer n'est pas mentionné. Cet usage se retrouve dans l’Exultet, le chant liturgique par lequel l'Église catholique, durant la veillée pascale du Samedi saint, proclame l'irruption de la lumière dans les ténèbres, symbolisée par celle du cierge pascal qui vient d'être allumé : « Flammas eius lucifer matutinus inveniat : ille, inquam, lucifer, qui nescit occasum, Christus Filius tuus qui, regressus ab inferis, humano generi serenus illuxit. », soit : « Qu'il brûle toujours lorsque se lèvera l'astre du matin, celui qui ne connait pas de couchant, le Christ ton Fils ressuscité qui, revenu des enfers, répand sur les hommes sa lumière et sa paix ».

Arabie Julien Girard de Rialle (pages 25) : « Aussi quand les Arabes furent dans la phase astrolâtrique où ils se trouvaient encore presque complètement lors de l'apostolat de Mahomet, firent-ils de la pierre noire de la Kaabah une représentation d'une déesse sidérale, soit de la Lune, soit de la planète Vénus. Mais il est incontestable qu'auparavant l'aérolithe fut adoré fétichiquement pour lui-même ».