vignette|redresse|Le guru est une figure respectée en Inde. Ici Shankara, un des gurus les plus réputés dans l'hindouisme est représenté enseignant ses quatre disciples.

« Guru » ( ; écrit gurû), ou « gourou », (du sanskrit : , , ) est un terme qui signifie « précepteur », « mentor », « guide spirituel », « maître »Dictionnaire Héritage du sanscrit de Gérard HuetStefan Pertz (2013), The Guru in Me - Critical Perspectives on Management, GRIN Verlag, , . De même, dans la littérature anglophone : guru est un mot sanskrit signifiant teacher, guide, expert, ou master dans un certain domaine de connaissance Cependant, pour distinguer sans ambiguïté le lien respectueux de « maître et disciples » en bouddhisme du lien historique entre « maître et esclaves », certains auteurs privilégient le synonyme « mentor ».. Alors que le terme est employé en anglais pour désigner un expert dans un domaine quelconque, sans connotation péjorative, il est depuis le milieu du à l'origine du mot gourou, utilisé particulièrement en France (et en Occident seulement) d'une façon ironique ou péjorative, pour désigner un maître à penser, un expert, un manipulateur, ou plus généralement une personne qui réunit des adeptes.

Il désigne, en Inde, un enseignant reconnu de la religion, de la spiritualité, de la danse, de la musique ou de tout autre domaine de connaissance.

Dans le domaine spirituel, le guru est l'initiateur ou le leader d'une école de pensée autoproclamée ou traditionnelle dans le cadre d'un âshram ou gurukula. Les rapports entre le guru et le disciple (chela) sont ceux qui existent entre un patriarche et un jeune enfant, ce dernier devant libérer son maître des tâches du quotidien (lessive, cuisine, ménage) en échange de l'enseignement qu'il reçoit, ce contrat étant considéré, en Inde, comme faisant partie de l'apprentissage. « Le contrat maître-disciple est basé sur le respect mutuel et l'entraide dans tous les aspects de la vie matérielle et artistique, et ce pour la vie entière »Jim Kippen (1980) : « Dans [la relation maître-disciple] existe un sens du don de soi et un engagement que l'on trouve rarement dans [la relation professeur-élève], la raison d'être de cette dernière étant le sentiment du devoir accompli. De plus, le fait qu'un étudiant peut être enseigné par plusieurs professeurs implique que la relation professeur-élève est souvent soumise à la contingence de loyautés partagées. ».

Le terme est également utilisé par les Sikhs qui nomment ainsi leurs chefs spirituels et politiques, le dernier d'entre eux n'étant pas un homme mais un livre, l’Âdi Granth, comme l'avait décidé le dernier des gurus du sikhisme.

Étymologie Selon les linguistes, le sanskrit gurú (grave, sérieux) est un cognat du latin gravis et dérive d'une même racine indo-européenne, *gʷréh₂us, qui signifie « lourd », au sens où, selon diverses sources, le guru est un « homme de poids ».. Selon une étymologie traditionnelle, figurant dans l'Upanishad Advaya Taraka et notamment évoquée par Krishnamurti, mais considérée par comme « populaire » et par Alexandre Astier comme « artificielle », « gu c'est les ténèbres et ru c'est la lumière qui les disperse : le [guru] est donc celui qui dissipe les ténèbres ». Le poète propose au une variante satirique de ce type d'étymologie, qu'Eivind Kahrs juge « merveilleuse »., selon laquelle le guru est ainsi appelé parce qu'il est « dépourvu de qualités (GUna°) [et] qu'il fait sans cesse crier les femmes de ses disciples (RUta°) ».

Dans l'hindouisme Vedāntasāra Selon le Vedāntasāra, document du : « Un vrai guru est un homme à qui la pratique de toutes les vertus est familière, qui avec le glaive de la sagesse a élagué toutes les branches et arraché toutes les racines du mal […] qui se conduit avec dignité et indépendance. Qui voit l'or et les pierres précieuses avec autant d'indifférence que la ferraille et les tessons, qui met tous ses soins à écarter les ténèbres de l'ignorance dans lesquels le reste des hommes est plongé »Jean Antoine Dubois dans Mœurs: institutions et cérémonies des peuples de l'Inde, Volume 1..

Dans les Upanishads Les upanishads seraient les plus anciens textes connus évoquant le guruThe Guru in South Asia: New Interdisciplinary Perspectives, Jacob Copeman, Aya Ikegame, Routledge, 2012, .

Shiva-purâna Selon le (XVIII, 83), le mot guru signifie « celui qui fait disparaître toutes les mauvaises qualités »Mythes et légendes (Shiva-purâna, XVIII, 83), L'anthologie du savoir, le nouvel observateur, CNRS Editions, p.247.

Point de vue de Jean Varenne vignette|gauche|redresse|Un guru contemporain du Sant Mat enseignant ses disciples.

Selon Jean Varenne, dans son dictionnaire de l'hindouisme, le guru est à la base de la tradition de transmission spirituelle en IndeDictionnaire de l'hindouisme, Jean Varenne, éditions du Rocher, .. Il n'existe aucune autorité habilitée à décerner ce titre ; l'hindouisme n'ayant ni Église, ni clergé, ni école de formation pour les futurs gurus. Varenne relève qu'il « serait inconcevable que quelqu'un s'autoproclame guru, car c'est la reconnaissance publique du niveau d'accomplissement intérieur qui laisse entendre que tel ou tel a la stature d'un maître ». La reconnaissance du statut de guru ne s'obtient que par le guru inscrit dans une longue lignée de transmission (guru shishya parampara) et qui sera jugé apte à reconnaître la capacité du disciple à enseigner à son tour.

Il existe des cas de guru qui n'ont pas reçu le titre d'un autre guru. Dans ce cas, selon Varenne « la rumeur publique joue son rôle : on vient l'écouter et si quelques personnes s'en disent disciples, la cause est entendue ». Cette tradition est fondée sur une éthique : les indiens connaissent l'existence de faux gurus et de faux sâdhus, une réalité qui est par exemple représentée dans la descente du Gange, à Mahabalipuram, bas-relief du où un chat est en position de méditation tandis que les souris, trompées par cette attitude, s'approchent en confiance, ce qui leur coûtera finalement la vie..

Varenne note que « Dans certains cas, de véritables lignées à caractère initiatique s'instaurent, notamment dans le domaine du Vedânta, ou dans le tantra-mârga et le yoga » et que « la très grande majorité des disciples retournent à leurs occupations « mondaines » après avoir fait retraite auprès d'un maître pour un temps plus ou moins long ».

Être un guru implique qu'il existe des disciples. Varenne déclare que « Ceux-ci se groupent volontiers autour du maître afin de profiter pleinement de sa parole et forment ainsi une communauté, l'âshram, où s'organise une vie réduite au strict nécessaire (en principe l'âshram n'est jamais bâti, puisque la constitution d'une telle communauté se fait au hasard des circonstances ; le plus souvent un ascète errant se fait connaître par la sagesse des avis qu'il donne au cours de ses pérégrinations. Quelques personnes s'attachent à ses pas et, éventuellement, le persuadent de s'arrêter dans une clairière, une grotte, etc, en tout cas à l'écart des villages, comme le veut une règle tacite de l'hindouisme vécu).

Selon Varenne, le guru ne s'occupe pas de la gestion de son âshram qui tend à être peu organisé, l'âshram n'existant, dans cette vision, qu'aussi longtemps que le guru veut et peut enseigner et qu'il existe des disciples pour recevoir cet enseignement.

À la mort du guru (ou lorsque celui-ci décide de se retirer, déclarant à son élève : « Je t'ai enseigné tout ce que je savais, maintenant, tu dois t'en aller »), la communauté se dissout alors d'elle-même.

Traditionnellement, le nombre des disciples doit être limité, privilégiant ainsi la relation directe maître-élève. Varenne précise que la plupart d’entre eux « n'ont que deux ou trois disciples et parcourent avec eux l'Inde, rendant ainsi impossible l'installation d'une communauté stable. » Il y a des exceptions : c'est ainsi que le jaïnisme, le bouddhisme et le sikhisme sont devenus des religions à part entière ; leur guru ayant fondé un groupement qui leur a survécu et s'est détaché de l'hindouisme. Mais Varenne souligne l'exception, car selon lui des milliers de maîtres continuent à dispenser un enseignement dans de petits âshram. Enfin, il précise que le guru ne doit en « aucun cas être rémunéré » même si on peut lui faire des dons de nourriture « sous peine de perdre aux yeux de l'opinion (seul juge en la matière) son statut de maître spirituel ».

Charisme

Dans son étude effectuée auprès de maîtres hindouistes de l'Association internationale pour la conscience de Krishna, , Kimmo Ketola, universitaire finlandais, dans le cadre d'une analyse sur le charisme des gourous, observe que les disciples, face aux qualités qu'ils attendent de ce dernier « un esprit impénétrable, une capacité de lire dans l’esprit de ses fidèles, une influence sur les évènements, des manifestations par une lumière ou des vibrations, signes directs de son essence particulière », réinterprètent ses défaillances « comme l’inaccessibilité, pour le commun des mortels, d’une réalité transcendant les apparences ».

Point de vue du guru Cas de Jiddu Krishnamurti Jiddu Krishnamurti est considéré comme un des gourous les plus notoires du après avoir été celui qui a le plus critiqué ce genre de statutChristine V. Williams, Jiddu Krishnamurti: World Philosopher (1895–1986): His Life and Thoughts, Motilal Banarsidass Publishers, 2004, p. 191., sans l'avoir, selon certains, assez franchement combattu pour lui-mêmeRoland Vernon, Star In The East: Krishnamurti: The Invention of a Messiah, Palgrave for St. Martin's Press, 2001, 306 p. pp. 187, 261–262. En 1950, il déclare : « Nous voulons un soulagement rapide, une panacée, alors nous nous tournons vers le guru pour qu'il nous donne une pilule satisfaisante. Nous ne recherchons pas la vérité, mais le confort, et celui qui nous donne ce confort, nous rend esclaves »Sayings Of J. Krishnamurti Par Jiddu Krishnamurti, Motilal Banarsidass Publ., 1996, .

Rencontre du guru avec l'Occident Dans le contexte de l'Inde, telle que décrite par Jean Varenne, le guru se conforme généralement à la tradition. À partir du milieu du , cependant, quand certains gurus indiens ont commencé à émigrer vers l'Occident, conservant en partie les principes de leur statut, mais s'adaptant à leur nouvel environnement culturel, les règles ont commencé à être modifiées. Maharishi Mahesh Yogi, au début des années 1960, selon la tradition de l'hindouisme et de par la caste dont il est issu, n'était pas supposé transmettre des mantras ni même enseigner la méditation. Il lui fut également reproché en Inde de vendre les mantras : « les gurus ne vendent pas leur connaissance, ils la partagent » a déclaré un swami indien qui disait le connaître Swami Vishnu Devananda, dans la Gazette de Montréal « La répétition de mantras, n'est qu'un petit aspect du yoga et les vendre viole le code d'éthique du Yoga […] tenter de déposer un copyright sur l'utilisation des mantras, serait équivalent à revendiquer un copyright sur les dix commandements ».. Dès ses premières conférences publiques, Osho, une autre figure du « gourou indien » en visite en Occident, prend pour thème principal la critique virulente des chefs religieux hindous et la morale de la société indienne.