Une espèce est dite panchronique quand elle est présente actuellement et ressemble morphologiquement à des espèces éteintes, identifiées sous la forme de fossiles. On parle parfois aussi de « fossile vivant » ou, plus correctement, d'une espèce relique.

Des fossiles vivants ? vignette|Spécimen conservé de cœlacanthe (Chalumnae ) au Muséum d'histoire naturelle de Vienne, en Autriche. Considéré comme éteint depuis 70 millions d'années, ce spécimen a été capturé le 18 octobre 1974 près de Salimani/Selimani (Grande Comore, Comores) 11°48′40,7″S 43°16′3,3″E. Longueur : 170 cm ; poids : 60 kg. Image obtenue par assemblage de 3 images haute résolution et suppression du fond par post-traitement. Employée à deux reprises par Charles Darwin dans L'Origine des espèces (1859), l’expression « fossile vivant » a connu une grande popularité au , peut-être liée au fait que certains taxons, comme les cœlacanthes, furent d'abord connus par des formes apparentées fossiles avant qu’on ne découvre les espèces actuelles. Outre le fait qu’elle est un oxymore (puisqu’un fossile est le reste minéralisé d’un organisme mort), la notion qu’elle véhicule (une supposée absence d'évolution) est aujourd’hui considérée comme obsolète et trompeuse et il vaut mieux parler d'. car la similitude morphologique externe n’empêche pas les évolutions des organes internes, de la physiologie ou des comportementsGuillaume Lecointre et Hervé Le Guyader : Classification phylogénétique du vivant, Belin, troisième édition, augmentée et corrigée ; . - seule la forme est panchronique, pas l'espèce. Néanmoins, la notion et l’expression « fossile vivant » peuvent encore être rencontrées dans la presse généraliste.

Pierre-Paul GrasséPierre-Paul Grassé, L'évolution du vivant, éd. Albin Michel, 1973 tire argument des espèces panchroniques pour contester l’idée selon laquelle l’évolution des espèces serait le produit des mutations génétiques et de la sélection naturelle puisque ces espèces, dont certaines sont fort anciennes, subissent aussi des mutations depuis des temps reculés et que leur environnement a également beaucoup été modifié sans pour autant qu’elles-mêmes changent de manière significative. Mais ce point de vue néglige l’anatomie interne et a fortiori le patrimoine génétique de ces espèces, qui varie et évolue au cours du temps, comme le notent Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader, qui soulignent que l’apparente stabilité morphologique des espèces panchroniques ne concerne que leur morphologie externe globale.

Même la stabilité morphologique des espèces panchroniques est à présent contestée Casane D, Laurenti P. (2013). Bioessays. 2013 Feb 4. doi: 10.1002/bies.201200145. [Epub ahead of print] : pour les cœlacanthes par exemple, il n’existe aucun fossile des espèces actuelles ni même du genre Latimeria (seul genre actuel). Les espèces fossiles de Cœlacanthiformes les plus proches de Latimeria, telles celles du genre Macropoma éteint depuis environ d’années, sont morphologiquement très différentes des cœlacanthes actuels. Non seulement les cœlacanthes actuels ont une taille très supérieure au mètre (contre 60 cm maximum pour Macropoma), mais les os qui peuvent être comparés (notamment au niveau de la face et de la base des nageoires) sont extrêmement dissemblablesPeter Forey, , éd. Springer, 1998.

Autre exemple : en 2007, le squelette interne fossile d’une nageoire de Sarcoptérygien du Dévonien a pu être observé pour la première fois Matt Friedman, Michael I. Coates, and Philip Anderson (2007). Evolution & Development, 9 (4), Pages 329 - 337 . Or, si la nageoire ressemble, vaguement et de façon externe, à celle d'un cœlacanthe actuel, son squelette interne est asymétrique (comme celui des Actinoptérygiens actuels) et non pas symétrique comme celui des sarcoptérygiens actuels (cœlacanthes, dipneustes et tétrapodes). En d’autres termes, si l’aspect externe d’une nageoire de Cœlacanthe est proche des Sarcoptérygiens du Dévonien, son anatomie en revanche a subi des remaniements substantiels.

De même, chez les limules, certaines études montrent qu'un grand nombre de caractères moléculaires distinguent les organismes actuels des espèces éteintes, même morphologiquement prochesA speciational history of "living fossils" : molecular evolutionnary patterns in Horseshoe crabsJOHN C.AVISE',WILLIAM S.NELSON', AND HIROAKI SUGITA, Department of Genetics, University of Georgia, Georgia, Institute of Biological Sciences, University of Tsukuba, Japan December 1994.

Enfin, un article paru en 2012 dans Current Biology met à bas l’idée que le cœlacanthe actuel n’évoluerait plus Lampert KP, Fricke H, Hissmann K, Schauer J, Blassmann K, Ngatunga BP, Schartl M. (2012). Current Biology, 22(11), Pages 439-440: les populations actuelles de Latimeria chalumnae d'Afrique de l’Est présentent en effet des différences génétiques significatives avec leur population-mère située aux Comores.

En d’autres termes, loin d’être en stase évolutive, les cœlacanthes actuels continuent à s’adapter activement à leur environnement.

C'est pourquoi aucune espèce est « plus » ou « moins » évoluée : toutes les espèces qui vivent sur Terre sont toutes aussi évoluées. Les expressions de « fossiles vivants » ou d'espèces « panchroniques » sont trompeuses « car elles laissent penser que ces espèces n'auraient pas connu de modifications évolutives depuis des dizaines de millions d'années, ce qui n'est absolument pas le cas »Daniel Richard, Romain Nattier, Gaëlle Richard et Thierry Soubaya : Atlas de phylogénie. La classification du vivant en fiches et en images, édition Dunod, 2014, page 15..

Une liste d'espèces panchroniques Espèces animales vignette|upright=1.1|Un triops. vignette|upright=1.1|Un requin-lézard. vignette|upright=1.1|Un requin-lutin. vignette|upright=1.1|Une chimère. Les amblypyges. Les Acipenseridae. Les Blattes. Les brachiopodes, groupe très abondant au Paléozoïque et supposé éteint à la fin du Permien, mais dont des spécimens vivants furent trouvés au , principalement en eaux froides ou abyssales. Les chimères. Les cœlacanthes, longtemps considérés comme disparus, dont l'espèce Latimeria chalumnae a été retrouvée dans les grandes profondeurs près de l'archipel des Comores et aussi dans la Baie de Sodwana (Afrique du Sud), à au nord-est de sa première découverte. Les crinoïdes. Les dipneustes comme Neoceratodus forsteri, derniers représentants d'un taxon florissant au Paléozoïque et au Mésozoïque. Les glyphéides. Les « grenouilles violettes » découvertes en 2003. L'Hattéria ou Sphénodon, reptile confiné sur quelques îlots de Nouvelle-Zélande, unique survivant de l'ordre des Rhynchocéphales. La Limule, arthropode chélicériforme marin (ressemblant aux trilobites disparus dont elle fut contemporaine, mais sans lien direct). Le Nautile, mollusque Coleoidé, seul représentant actuel de la sous-classe des Nautiloidea. Le gastéropode Neopilina, mollusque monoplacophore, trouvé par de fond dans le golfe de Panama en 1950, qui fait partie d'un groupe que l'on considérait comme éteint depuis 350 Ma. Les Odonates. Les « oursins de cuir », ordre d'oursins mous très abondants au Jurassique et communs dans le registre fossile de cette ère en Europe (notamment du genre Echinothuria). Ce n'est qu'en 1868 qu'Adolph Grube décrit la première espèce vivante de cet ordre supposé éteint depuis des millions d'années, l'« oursin de feu » Asthenosoma varium (espèce tropicale de l'Indo-Pacifique). Plusieurs autres suivront, notamment des espèces abyssales. Les priapuliens. Le requin « lézard ». Le requin « lutin ». Les Trigonies, mollusques bivalves, autrefois répandus dans toutes les mers et qui n'existent plus que sur les côtes de Tasmanie. Les Triops. Les « vampires » des abysses.

Espèces végétales Le séquoïa Metasequoia glyptostroboides. Ginkgo biloba. Le welwitschia. Wollemia nobilis Le genre Equisetum.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Forme transitionnelle Taxon Lazare Taxon zombie

Liens externes

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