LEspierre (en France) ou Espierres (orthographe trouvée en Belgique) est une rivière qui prend sa source en France dans la métropole lilloise et se jette dans l'Escaut au niveau de la commune belge d'Espierres-Helchin.

Des cours d'eau voisins alimentant le même réseau hydrographique sont nommés Petite Espierre(s) et Grande Espierre(s).

Le développement industriel textile de Roubaix et Tourcoing tout au long du xixe siècle a été possible grâce aux efforts des industriels pour amener aux agglomérations de grandes quantités d'eau. Ces manœuvres furent à l'origine d'un déséquilibre hydrographique qui ravagea plus d'un siècle durant la vallée de l'Espierre par des rejets fortement contaminés par les activités industrielles. Ceci a été source de décennies de vives tensions entre les Belges et les industriels français qui ont cherché à esquiver les contraintes qui auraient pu leur être imposées par les pouvoirs publics.

Cette rivière est aujourd'hui enfouie dans sa partie française, possiblement reprise dans le réseau d'assainissement, et canalisée sur quasiment toute sa longueur. À partir de Wattrelos elle s'écoule à l'air libre, parallèlement au canal de Roubaix en France, puis parallèlement au canal de l'Espierres en Belgique.

Étymologie Le nom Espierre pourrait venir du mot « Spiere », nom du village en flamand, mais plus probablement d'une déformation d'un mot issu des racines « sepire », « obsepire », « intersepire » signifiant « environner et enclore de haies. ».

L'Espierre aurait également été nommé le Ryespierre, sur users.skynet.be.

Géographie Tracé primitif de l'Espierre et ses affluents L'Espierre et le Trichon étaient vraisemblablement des sources d'eau potable de Roubaix et Tourcoing avant que l'explosion démographique et l'industrialisation de ces villes ne rendent ces cours d'eau insuffisants à satisfaire les besoins. .

L'Espierre L'Espierre naissait à Mouvaux de mares entourant la ferme Masure. Elle traversait Tourcoing par les quartiers du Flocon et des CarliersHistoire de Tourcoing, Plateaux/Lottin, 1986 cité dans http://quartierballons.canalblog.com/archives/2008/12/01/11588840.html. À Tourcoing, elle recevait plusieurs ruisseaux : sur sa rive gauche, un ruisseau venant des Francs et sur sa rive droite, un ruisseau venant de la ferme du Halot, puis le riez ou rieu Saint-Joseph, venant du Fresnoy. La rivière suit ensuite la limite entre Tourcoing et Wattrelos. Dans cette dernière, au niveau du Sartel, l'Espierre reçoit par sa rive droite le Trichon, un ruisseau qui traverse la ville de Roubaix.

De , l'Espierre traverse en France les trois communes de Roubaix, Wattrelos et Leers.

Le Trichon Le Trichon prenait sa source à Mouvaux ou au Blanc-SeauHistoire de Wattrelos de Alexandre Pruvost (page 12), pénétrait sur le territoire roubaisien puis arrivait rue de l'Épeule, coupait le square Catteau le long du tribunal d'instance et rejoignait la rue des Fabricants pour déboucher rue du Maréchal-Foch avant de rejoindre l'Espierre.. . Canalisé (avec un passage en siphon sous le canal de Roubaix), puis repris en ouvrage, il est devenu l'égout principal de Roubaix..

Les affluents des Trois Ponts À Wattrelos, l'Espierre reçoit deux ruisseaux venant des Trois Ponts : le riez de Cohem et le riez de Maufait. Ceux-ci sont insuffisants pour canaliser les eaux pluviales et résiduelles du secteur qui est fréquemment inondé..

Petite Espierre(s) La Petite Espierres (parfois nommé Berckem) prend naissance à Neuville-en-Ferrain près du Risquons-Tout, suit la frontière franco-belge et rejoint l'Espierre aux Ballons.

Grande Espierre(s) La Grande Espierres descend de Mouscron avant de rejoindre l'Espierre au lieu-dit « Boisquelt-ClacheAlexandre Pruvost, Histoire de Wattrelos, page 13 ».

Histoire Histoire environnementale

Au , des études spécifiques ont porté sur les nuisances olfactives, la pollution de l'air, et les pollutions fluviales historiques du Nord de la FranceVoir notamment l'ouvrage Histoire de la pollution industrielle, France, 1789-1914, écrit par Geneviève Massard-Guilbaud en 2010, forme une remarquable synthèse des connaissances sur le sujet ; la place des différents acteurs, publics comme privés, dans la création de la perception des nuisances industrielles et dans leur acceptabilité sociale y est décrite.

Au début du , la population de Roubaix, essentiellement ouvrière, a été multipliée par plus de dix, passant de à plus de , alors que de nombreuses usines se construisaient dans les deux villes et dans leurs villes satellites (Croix, Wattrelos..). Le secteur français du bassin de l'Espierre abrite environ mécaniques, , d'étoffes, et plus de Voir Alfred Goblet, Le peignage de la laine à Roubaix-Tourcoing et son évolution économique et sociale, thèse de doctorat en sciences politiques et économiques, Université de Lille, 1903, livre 2, chapitre 1 ; voir aussi Archives départementales du Nord [désormais AD59], M420-23, Rapport de la commission intercommunale pour l'épuration des eaux de l'Espierre cité par .. Comme dans d'autres régions industriellesGeneviève Massard-Guilbaud (2010) Histoire de la pollution industrielle : France, 1789-1914, Paris, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, avec le rejet des effluents industriels, notamment issue des usines textiles et brassicoles, l'Espierre et le Trichon sont très pollués. Ils deviennent littéralement « les égouts de Tourcoing et de Roubaix »Chantal Petillon, La Population de Roubaix : Industrialisation, démographie et société. 1750-1880, p. 290, au point que la Belgique qui reçoit ces eaux menace d'y construire un barrage pour bloquer la rivière et inonder le côté français (1877-1900).

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Commission intercommunale pour l'assainissement de l'Espierre (1881-1882) Créée en 1881, présidée par le préfet, elle est constituée de 9 autres membres : trois membres délégués par la ville de Roubaix, trois par la ville de Tourcoing, les présidents des chambres de commerce de Roubaix et de Tourcoing, et Isaac Holden, peigneur de laine installé à Croix qui déverse lui aussi ses effluents dans l'Espierre. Lors de la première séance le préfet dit :Archive départementales 59 : AD59, M420-23, Rapport de la commission intercommunale pour l'épuration des eaux de l'Espierre..

À cette époque, .

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Mais les années suivantes, le peignage de laine connaît un nouvel essor (+ 60 % en cinq ans, passant de en 1882 à pour 1887. Le journal L'Avenir de Roubaix-Tourcoing écrit que . Les élus belges menacent à nouveau de construire un barrage à la frontière. .

Finalement, à partir du début du la pollution diminue peu à peu grâce à la généralisation de l'utilisation dans les peignages d'un dérivé du procédé Delattre (épuration des eaux de dessuintage, méthode proposée dès 1882 par la commission, mais refusée par les peigneurs, qui a fini par être adoptée car rentable comme l'avaient prédit les enquêteurs).

Aux séquelles industrielles, se sont ensuite ajoutées les séquelles de guerre (deux guerres mondiales qui ont particulièrement touché le tissu industriel de Roubaix et Tourcoing où l'on produisait notamment de la céruse de plomb avec le plomb raffiné par l'usine qui deviendra Métaleurop-Nord). Les bombardements et incendies seront sources de graves pollutions. L'Espierre est toujours resté très pollué ,jusqu'à la désindustrialisation de la région Nord-Pas de Calais. Après la Seconde Guerre mondiale, les travaux d'urbanisation du quartier du Hutin autour de la rue de l'Espierre conduisent à reprendre le courant de l'Espierre dans un aqueduc vers 1954. L'Espierre est un des rares cours d'eau français suivi pour sa radioactivité (issue des crassiers de phosphogypses).

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes

Liste des cours d'eau du Nord Escaut Canal de Roubaix

Liens externes

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