La théorie monétaire moderne (souvent abréviée TMM, ou en anglais , MMT) est une théorie économique hétérodoxe de macroéconomie portant sur le rôle de la politique budgétaire et de la politique monétaire dans les États souverains qui empruntent et émettent leur dette publique dans leur propre monnaie.

La MMT s’écarte du consensus économique dominant en rejetant le modèle conventionnel d’indépendance de la banque centrale. Elle soutient que la responsabilité d’atteindre le plein emploi tout en maintenant la stabilité des prix devrait incomber au gouvernement élu, la banque centrale se limitant à satisfaire les besoins budgétaires du gouvernement.

Dans la MMT, les dépenses publiques sont financées par création monétaire, sans intention de les refinancer ultérieurement par l’impôt. Les partisans de la MMT reconnaissent que les dépenses financées par création monétaire ne sont soutenables que tant que l’économie dispose de capacités inutilisées, telles que des travailleurs au chômage et des installations de production sous-utilisées. Une fois la pleine capacité atteinte, toute création monétaire supplémentaire engendre de l’inflation, que le gouvernement devrait combattre en augmentant les impôts afin de réduire la consommation privée et l’investissement.

Outre ses propositions de politique macroéconomique, la MMT comprend une théorie de la monnaie souvent associée au néochartalisme, des principes fondés sur la comptabilité du revenu national, ainsi que des propositions relatives au marché du travail, comme la garantie d'emploi.

La MMT s’oppose aux cadres macroéconomiques néoclassiques dominants et a été critiquée par de nombreux économistes du courant dominant. Dans une enquête menée en 2019 auprès d’économistes américains de premier plan, aucun répondant n’a approuvé les aspects fondamentaux de la MMT. La MMT a également été rejetée par de nombreux économistes issus d’écoles de pensée par ailleurs divergentes, notamment des économistes keynésiens et de l’école autrichienne.

Histoire

Création et premiers développements (1990-2011) La théorie monétaire moderne est formulée dans les années 1990 par l'économiste américain Warren Mosler, aux marges du courant post-keynésien.

Apparition dans le débat public (2012-...) La théorie monétaire moderne demeure marginale jusqu'à ce qu'elle surgisse dans le débat public à l'issue de la crise économique mondiale de 2008. Bernie Sanders la mentionne à l'occasion des primaires de l'élection présidentielle américaine de 2012 ; au Royaume-Uni, le programme de Jeremy Corbyn en est inspiré..

La théorie est moins connue en France, où elle fait l'objet de vulgarisation scientifique.. Les cercles liés aux banques centrales se penchent toutefois sur le sujet : le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, y est défavorable, soulignant le risque inflationniste qu'elle pose.. L'ancien président de la BCE Mario Draghi se montre pour sa part ouvert à un passage en revue de la théorie afin de peut-être en tirer des conclusions en matière de politique monétaire.. Il en fait état lors d'une audition lors du Comité des affaires économiques et monétaires du parlement européen en 2019. Benoît Coeuré, membre du conseil d’administration de la BCE, ainsi que Peter Praet ont fait part de leur scepticisme quant à cette théorie... Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la BCE, semble réticente à cette théorie.

Présentation La théorie monétaire moderne est une théorie économique hétérodoxe. Ses travaux sont parfois voisins ou connexes de ceux de l'école post-keynésienne. Comme les post-keynésiens, la théorie monétaire moderne rejette la théorie de l'équivalence néo-ricardienne et la théorie de l'effet d'éviction, et adhère aux concepts d'incertitude, de demande effective, d'endogénéité de la monnaie, et d'instabilité financière.

La théorie suggère que le régime de taux de change flottant, c'est-à-dire où la devise n'a pas de prix intrinsèque, est celui qui offre aux États la plus grande latitude pour choisir leur politique économique.

La base de la théorie est que l’État dispose du monopole de la violence, ce qui lui donne la possibilité de taxer l'activité économique et les patrimoines, et de réguler la monnaie. Dans la mesure où l’État taxe dans une devise particulière, donc qu'il oblige à payer les taxes dans sa devise, il est nécessaire pour les agents du secteur privé de se la procurer en se faisant vendeurs de biens et de services. De ce fait, les tenants de la théorie soutiennent que le marché est un système généralisé d’échange de devises qui, seulement d’une manière incidente, apparaît comme un système généralisé d'échange de biens et de services..

Dès lors qu’un État dispose du monopole de création de sa monnaie fiduciaire, il ne peut faire faillite, à moins de le vouloir ou de s'endetter dans une devise étrangère qu'il ne contrôle pas. En effet, la théorie considère la capacité de l’État à dépenser comme illimitée en terme nominal, mais limitée par la disponibilité des ressources réelles (ressources technologiques, ressources naturelles et force de travail). Lorsque l’État accuse un déficit budgétaire, il crée de la monnaie et se renfloue ainsi, évitant tout défaut souverain.

Comparaison avec la macroéconomie conventionnelle Françoise Drumetz et Christian Pfister (Banque de France) résument les principales différences entre la TMM et la macroéconomie conventionnelle dans le tableau ci-dessous.

Sujet Théorie monétaire moderne (TMM) Économie dominante Les dépenses publiques sont financées par la création monétaire l’impôt Soutenabilité de la dette publique ne constitue pas une contrainte peut constituer une contrainte Les obligations publiques sont émises pour la redistribution des revenus et la gestion des taux d’intérêt pour couvrir les déficits budgétaires Accès du gouvernement au financement par la banque centrale sans limites est limité Dette publique achetée par la banque centrale effectivement annulée reste à rembourser Effet d'éviction ne se produit pas peut se produire Politique monétaire pas de fonction stabilisatrice instrument de stabilisation Taux d'intérêt déterminés par le gouvernement déterminés par les marchés Inflation de nature budgétaire de nature monétaire Chômage entièrement éliminable pas entièrement éliminable Politiques structurelles conventionnelles considérées comme nuisibles considérées comme bénéfiques Une économie souveraine n’a pas besoin d’être compétitive devrait être compétitive Compétences professionnelles sont faiblement liées au revenu sont des déterminants essentiels du revenu Aide sociale sans coût implique des coûts

Contenu

Nature de la devise La théorie monétaire moderne étant une théorie issue du chartalisme, elle se fonde sur une étude de la devise fiat. Selon les théoriciens monétaires modernes, cette devise est créée par la puissance publique et est la seule exigée par elle lors de l'imposition. Le fait que cette devise soit la seule de jure qui permette de se libérer de l'impôt lui donne de facto de la valeur. Le système économique permet l'existence de la devise comme instrument de l'autorité politique dédié avant tout à son approvisionnement en ressources réelles.

Fonction de la devise La MMT se positionne contre l'idée selon laquelle l'économie aurait d'abord été permise par le troc, et ensuite, seulement, par des échanges monétaires. Si des accords de troc ont bien évidemment existé, ils n’ont jamais été un mécanisme de distribution sociale de la production dans aucune société. Le troc n’a jamais existé comme un système généralisé de coordination de la production et de la distribution. Il n’y a jamais eu de marché basé sur le troc.

L’analyse historique de l’origine de la devise illustre le fait que la devise est antérieure au marché. Non seulement il ne s’agit pas d’une « créature du marché », mais on peut faire valoir avec force que le marché est une conséquence d'une certaine façon d'imposer la devise, qui est elle-même plutôt une « créature de l’État », né historiquement dès les premières formes d'organisation politique de la vie en société. La devise est ainsi définie comme une relation de pouvoir d’un type spécifique, à savoir une relation de crédit-dette sociale, qui est codifiée par une autorité.

La devise est un mécanisme d’approvisionnement de l’autorité politique. La fiscalité est le moteur du transfert des ressources réelles (biens et services) des sujets vers l’autorité. La devise est son véhicule. La devise est donc une créature de l’État, et, loin d’être un simple moyen d’échange anodin, elle est un mécanisme de contrôle et de distribution de la production économique réalisée sur le territoire de l'État...

Implications Les principes exposés ci-dessus permettent aux partisans de la théorie de soutenir que, par ses déficits, l’État abonde le secteur privé de la devise, qui lui permet de payer les impôts, ou de convertir ses devises dans des actifs financiers comme des titres d’État. La théorie renverse donc le paradigme dominant qui considère la dette comme un manque, c'est-à-dire comme devant être comblée par une imposition future (théorie de l'équivalence néo-ricardienne). La dette est un actif pour ceux qui la détiennent, c'est-à-dire pour le secteur privé.

Comme le gouvernement dépense, créant de la devise, et n'emprunte que dans un deuxième temps, il est impossible que la dépense publique mène à une éviction des dépenses privées ou à une augmentation des taux d'intérêt. En effet, le modèle néoclassique veut que la dépense de l’État, financée par la dette, provoque une hausse de la demande de fonds par l’État, et donc une réduction des fonds disponibles pour les entreprises, ce qui selon ce modèle ralentirait la croissance. Or, dans une situation où c'est l’État qui crée la devise en dépensant, il est impossible que l'investissement privé soit chassé par la dépense publique, car l’État n'exerce pas de demande de fonds ; il crée les fonds.

Inflation La MMT développe sa propre théorie de l'inflation. Elle considère que la puissance publique est maître de l'inflation, dans le sens où elle contrôle les entrées et les sorties de sa devise dans son système. En effet, elle peut augmenter la masse monétaire (injecter de la liquidité) et en même temps taxer afin de faire sortir de la devise du système économique. L’État est ainsi comme un vendeur d'eau, qui aurait à la fois la maîtrise des stocks d'eau, et celle de la soif de ses clients. La MMT reprend ainsi le principe du reflux proposé par l'école du circuit. Dans une mise au point de 2013 appelée , Éric Tymoigne and L. Randall Wray écrivent que Eric Tymoigne & L. Randall Wray, 2013. "Modern Money Theory 101: A Reply to Critics", Economics Working Paper Archive, Levy Economics Institute. La taxation permettrait donc de contrôler la masse monétaire et de la faire varier à dessein., et donc indirectement le rythme de la hausse des prix.

Taux d'intérêt et l'effet d'éviction

La MMT suggère de maintenir le taux d'intérêt en permanence à zéro et de régler l'économie avec la seule politique budgétaire. L'idée est que lorsque le déficit est financé par la création monétaire, l'augmentation de la masse monétaire permet d'éviter la hausse des taux d'intérêt et ainsi de contrecarrer un potentiel effet d'éviction.

Les économistes de la TMM ne reconnaissent pas la réalité du mécanisme de l'effet d'éviction. Depuis les années 2000, les études empiriques montrent en effet que, dans le cas des pays les plus riches, il existe une relation inverse entre la dette publique en pourcentage du PIB et les taux d'intérêt réels. Cela est dû à ce que, selon la TMM, les déficits augmentent la masse monétaire et les dépôts bancaires, ce qui provoque une chute des taux d'intérêt.

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