Robin J. DiAngelo, née le ., est une sociologue, consultante et militante antiraciste américaine, travaillant essentiellement sur le concept de « blanchité », qu’elle a contribué à forger . .. Auparavant, elle a été professeure permanente d'éducation multiculturelle à la . Elle est connue pour son travail sur le privilège blanc et, en particulier, sur le concept de « » (« fragilité blanche »), terme qu’elle a inventé en 2011 et titre de son ouvrage à succès de 2018, traduit en français en 2020 sous le titre Fragilité blanche : ce racisme que les blancs ne voient pas.

Biographie Robin DiAngelo est la plus jeune de trois sœurs. Elle grandit dans la pauvreté dans une famille d'origine italo- et euro-américaine. Sa mère meurt d'un cancer alors qu'elle est encore jeune, une expérience qui a profondément façonné son travail et sa vision du monde selon elle..

Éducation et carrière DiAngelo reçoit son doctorat en éducation multiculturelle de l'Université de Washington en 2004, avec une thèse intitulée "La blancheur dans le dialogue racial : une analyse du discours".. Le comité de thèse était présidé par .

En 2007, elle a rejoint la faculté de la Westfield State University. ; où elle est par la suite nommée professeure titulaire d'éducation multiculturelle en 2014. Par la suite, elle démissionne de son poste à Westfield. Depuis, elle enseigne à temps partiel à la School of Social Work de l'Université de Washington..

En plus d'enseigner, elle propose des séminaires payants sur le racisme, qui selon elle, est ancré dans les systèmes politiques et la culture des États-Unis (racisme systémique). En , elle était « directrice d'équité » pour l'organisation progressiste Sound Generations à Seattle, dans l'État de Washington.. Elle est active comme , animant des rémunérés par différentes entreprises depuis la fin des années 1990. Dans un article de 2019 pour The New Yorker, le journaliste Kelefa Sanneh affirme que DiAngelo est « peut être l'experte en formation à la lutte contre les discriminations la plus visible du pays, une pratique qui est également une industrie, et de toute apparence une qui prospère ».

Travaux Fragilité blanche DiAngelo est connue pour son concept de « fragilité blanche », terme qu'elle invente dans un article de 2011 publié dans la revue International Journal of Critical Pedagogy (revue de pédagogie critique)....

La définition de DiAngelo de la fragilité blanche est : Pour certains critiques, cette définition est un piège parce qu'elle rejette dans sa définition, dans une forme d'autoréférence, toute critique du concept. Ce phénomène découlerait selon DiAngelo du fait que les Blancs seraient isolés par la société de tout inconfort lié à leur couleur de peau, et ne seraient pas habituées à remettre celle-ci en question.

Elle développe le concept à la suite de certaines réactions qu'elle rencontre lors des ateliers sur la diversité qu'elle anime en entreprise. « Lorsque l'on essaie de parler ouvertement et honnêtement de race », écrit-elle, « on se retrouve souvent face à du silence, des postures défensives, de l'argumentation, des certitudes, et d'autres formes d'opposition ». Pour expliquer ce phénomène, elle utilise alors l'expression de « fragilité blanche ».

À partir de 2016, DiAngelo anime régulièrement des ateliers-conférences sur le sujet pour le compte de la ville de Seattle aux États-Unis...

En , DiAngelo publie l'essai consacré au concept White Fragility: Why It's So Hard for White People to Talk About Racism (« Fragilité blanche : Pourquoi il est si difficile pour les Blancs de parler du racisme »).. Selon la préface de Maxime Cervulle dans la traduction française de l'ouvrage, ce dernier tient moins de la littérature scientifique que du . En 2019, le livre est inclus dans la liste des Best-seller du New York Times..

Selon DiAngelo, les écoles et les médias aux États-Unis ne cessent de véhiculer des « images de suprématie et de supériorité blanche », et sa vision racisme blanc serait presque épidémiologique.. Dans un entretien au quotidien The Guardian, elle déclare : Dans son livre, elle écrit que « l'identité blanche est intrinsèquement raciste » et qu'elle « s'efforce d'être 'moins blanche' ».

Le livre est adressé majoritairement aux personnes blanches, et les critiques les plus dures sont réservées aux Blanches et Blancs progressistes (comme elle). Ceux-ci seraient « ceux qui causent le plus de dégâts au quotidien aux gens de couleurs », en raison de leur refus d'avouer leur participation au système raciste et de la trop grande énergie qu'ils mettraient à prouver à tout le monde qu'ils ont atteint un certain niveau de non-racisme.

Le concept de « fragilité blanche » a gagné beaucoup d'importance dans les cercles universitaires et progressistes au cours des dernières années..

Réception

Chiffres de vente Le livre devient un best-seller du New York Times et le reste pendant plus d'une année. En , lors des manifestations et émeutes à la suite de la mort de George Floyd, le livre atteint la première place de la liste du New York Times.. Il est à la fois applaudi et l'objet de critiques nourries, le livre étant notamment qualifié « d'anti-intellectuel, hypocrite, non scientifique et raciste ».

Critique Pour Katy Waldman, journaliste au New Yorker, le livre serait plus orienté vers le diagnostic que les solutions et sa valeur résiderait dans son « exposition méthodique et irréfutable du racisme dans la pensée et l'action, et dans son appel à l'humilité et à la vigilance ».

Le journaliste de l'hebdomadaire Marianne Hadrien Mathoux écrit que ce livre ..

Dans la , émet une critique très positive du livre, louant « l'esprit vif, la longue expérience et le profond engagement » de DiAngelo, affirmant que le livre est « d'une honnêteté peu commune au sujet de la durée et l'étendue des injustices enracinées, et provocateur en ce qui concerne le rôle particulièrement destructeur des progressistes blancs lors des tournants critiques ». Il conclut en disant que le livre se lit plutôt comme « un ensemble de preuves de ce dans quoi nous sommes englués qu'un guide sur comment faire ».

Le magazine Publishers Weekly qualifie l'ouvrage de « livre réfléchi, instructif et exhaustif sur la lutte contre le racisme [..] impressionnant dans sa portée et sa complexité » . Le New Statesman le décrit comme « un guide lucide, méthode visant à aider les lecteurs à 'naviguer les eaux raciales troubles de la vie quotidienne', mais qui n'aborde pas de solutions concrètes ». Le but fondamental de DiAngelo « ne serait pas de créer de la culpabilité chez ses lecteurs pour leur identité blanche, mais plutôt de les amener à comprendre qu'il n'y aura pas de changement s'ils sont juste 'très gentils...sourient aux personnes de couleur...vont déjeuner avec eux à l'occasion » .

Pour Nosheen Iqbal, journaliste éditorialiste de The Guardian, le livre de DiAngelo est un « énoncé radical dans une période où le débat est si polarisé ». , également journaliste au Guardian, affirme au contraire que le livre constitue un « psychoverbiage » qui déplace de manière contre-productive le débat du changement structurel vers les biais individuels, laissant ainsi les vraies problématiques intactes..

Selon le professeur Eddy Ng, professeur d'économie et d'administration des affaires à l'Université Dalhousie, la « fragilité blanche » n'est pas un phénomène spécifique aux blancs. Le « refus d'un privilège » existe également dans d'autres sociétés et peut être généralisé à d'autres groupes ethniques possédant des privilèges.

Pour Jesse Lile, éducateur et thérapeute relationnel, le concept de fragilité blanche est intrinsèquement raciste car il est basé uniquement sur la couleur de la peau. Selon lui, le concept de fragilité blanche utilise un mécanisme de manipulation psychologique appelé double contrainte, composé d'une première injonction négative (« tous les blancs sont racistes »), d'une injonction secondaire qui annule la première à un niveau plus général (« si vous vous en défendez c'est de la fragilité blanche »), et d'une injonction tertiaire négative qui empêche la victime d'échapper à la situation (« si vous ne vous en défendez pas c'est donc que vous êtes bien racistes »).

L'économiste et journaliste Jonathan Church a publié de nombreux articles dans lesquels il estime que la thèse de DiAngelo sur la « fragilité blanche » est une erreur de réification (le fait de considérer une idée abstraite comme une chose concrète) justifiée par des travaux scientifiques, voire pseudoscientifiques erronés..... Church écrit :

Pour Church, . Il écrit que le type de pensée développée par DiAngelo et .

Paul Maxwell, un blogueur chrétien évangélique américain titulaire d'un doctorat en théologie, assimile le concept de fragilité blanche aux théories de Mein Kampf : « La politique identitaire nous a conduit à l'Holocauste [et mis] dans une position éthique qui rend coupable une seule ethnie pour les maux d'une autre », écrit-il.

, journaliste au New Yorker et ex-éditeur de la revue d'idées de la diaspora africaine , critique le concept de fragilité blanche. Il soutient qu'en utilisant le concept de , DiAngelo et qu'elle présente les personnes de couleur comme des . Sanneh critique également la tendance de DiAngelo aurait d'être .

Revenant sur les commentaires de Kelefa Sanneh, , professeure d'anglais et d'études afro-américaines à l'université Northwestern, considère comme une force le fait que DiAngelo aborde des griefs qui peuvent sembler absurdes. Pour elle, l'étiquette n'est jamais hors sujet, et comme l'affirme DiAngelo, ni Fragilité Blanche ni ses ateliers de formation à la diversité ne visent à convertir les personnes se complaisant dans le racisme. Au contraire, DiAngelo s'adresse plutôt aux personnes bien-intentionnées dont les gaffes banales rendent quotidien le stress racial. Toutefois, Jackson se dit troublée par le manque de chercheurs cités, déplorant le manque de références aux études afro-américaines.

Jonathan Haidt, psychologue social et professeur d'éthique à la Stern School of Business de l'université de New York, décrit les travaux de DiAngelo comme une « vision du monde paranoïaque qui sépare les gens les uns des autres et les envoie vers l'aliénation, l'anxiété et l'impuissance intellectuelle ». Selon lui, la nature même de la fragilité blanche, sa nature réductrice, est un argument anti-intellectuel et anti-libre discours, qui remplace la dialectique par une idéologie « si vous dites que vous n'en souffrez pas, cela prouve que vous en souffrez ».

Dans son livre Diversity, Inc: The Failed Promise of a Billion-Dollar Business, Pamela Newkirk, professeure de journalisme à l'université de New York, critique l'industrie de la diversité aux États-Unis, et notamment les du type que donne DiAngelo. Citant de nombreuses études académiques, Newkirk argumente que de telles formations, qui viseraient avant tout à éviter aux entreprises de coûteuses poursuites en justice pour discrimination, n'obtiennent pas de résultats. Elle affirme que cet échec est dû à une approche individualiste et restreinte à certaines institutions, plutôt qu'à un travail sur le plan sociétal sur l'histoire des discriminations et des violences raciales. J.C. Pan, journaliste à la New Republic, critique à la fois l'approche de DiAngelo et celle de Newkirk, affirmant que les deux sont basées uniquement sur la prise de conscience, et ne s'attaquent pas au problème des inégalités économiques qui affectent de manière disproportionnée les minorités ethniques..

Thomas Chatterton Williams et Marc Weitzmann critiquent les préjugés essentialistes des théories de Robin Diangelo qui renforcent, selon eux, une « panique identitaire » illibérale (tant à droite qu'à gauche) face au métissageThomas Chatterton Williams et Marc Weitzmann, « Politique identitaire aux États-Unis, du racisme à la « cancel culture » », France Culture, ..

Racisme inversé