Manuel Enrique Araujo (né le dans la Hacienda El Condadillo, département d'Usulután, Salvador., et mort à San Salvador, Salvador, le 9 février 1913) est un médecin et homme politique salvadorien. Il est président de la République du Salvador entre 1911 et 1913.
Il est le seul président assassiné dans l'exercice de ses fonctions de l'histoire de ce pays. Il a assumé le pouvoir au cours de la période historique connue sous le nom de lEstado cafetalero, l'État du café, pendant laquelle le gouvernement et la société ont été largement influencés par un groupe d'investisseurs et de grands commerçants qui ont participé au développement du pays, mais ont aussi contribué à générer des inégalités importantes au sein de la société salvadorienne.
Araujo, médecin de profession, a introduit une série de réformes sociales et économiques au cours d’une période marquée par la répression et la violence contre les minorités. Ces mesures incluent la stabilisation des finances publiques de l'État, l'augmentation des taxes sur les exportations de café, des réformes importantes dans les forces armées et la création de la garde nationale ; En outre, lors de son administration, une loi sur les accidents du travail a été adoptée pour la première fois. Dans le domaine des relations extérieures, il s'est opposé à la politique d'ingérence des États-Unis au Nicaragua, ce qui sera poursuivi par son successeur, Carlos Meléndez.
La politique réformiste d'Araujo a été en partie interrompue par son meurtre, commis par trois personnes, condamnées et fusillées peu de temps après, bien que la cause et les commanditaires du crime n'aient jamais été clairement identifiés. Biographie vignette| Doña María Peralta de Araujo. Lanuel Enrique Araujo naît le dans la Hacienda El Condadillo, dans le département d'Usulután, au Salvador. La famille de Manuel Enrique Araujo fait partie de l'élite commerçante du pays, faisant fortune dans le café. Ses parents sont Manuel Enrique Araujo et Juana Rodríguez de Araujo, dont les familles étaient d'origine basque et portugaise.. Il était le plus jeune de ses sept frères et sœurs.
Il est baptisé à Alegría, bien qu'il se considère originaire de Jucuapa. En 1887, il épouse María Peralta Lara, fille de l'ancien président José María Peralta. Il se consacre à la culture du café et devient en 1910 le plus important producteur du pays, avec sa ferme Galingagua, située à San Agustín, dans le département d'Usulután..
Il termine ses études de médecine à l'université du Salvador, sous la tutelle du docteur Emilio Álvarez. Il obtient son doctorat en pharmacie avec une spécialisation en chirurgie, neurologie et pathologie exotique en 1891, et poursuit ses études en Europe. Il publie plusieurs œuvres sur ce continent, et est reconnu pour les deux petits instruments qu'il a inventés pour faciliter l'accouchement. Il est également le premier à réussir une opération de goitre au Salvador. Il est responsable du service de chirurgie de l'hôpital national de Rosales, avec les médecins Francisco Guevara et Tomás G. Palomo, et est considéré comme l'un des pionniers de cette branche de la médecine dans le pays...
Selon le diplomate Guillermo Trabanino, Araujo « était un homme de forte personnalité, à la fois attentionné, gentil et respectueux, avec ses étincelles de bonne humeur ».. Médecin, il ne facture pas la consultation ou les opérations aux pauvres, et continue à exercer une fois à la présidence.
Présidence vignette| Cérémonie d'investiture présidentielle de Manuel Enrique Araujo au Palais national, 1911. Manuel Enrique Araujo s'est présenté aux élections présidentielles de 1911 à 1915, avec le soutien du président sortant Fernando Figueroa ; il avait occupé le poste de vice-président sous sa mandature. Son adversaire était Esteban Castro.Cependant, Figueroa n’a tout d’abord pas soutenu sa candidature, car il lui préférait Francisco Dueñas, qu'il pense plus à même de servir les « intérêts des États-Unis », comme il l’indique lui-même au Département d’État de ce pays.
Araujo avait été maire de San Salvador et avait également été nommé à l'assemblée constituante de 1886, à laquelle il ne pouvait assister car il était trop jeune. Il a remporté l'élection présidentielle à une écrasante majorité et a pris ses fonctions le . Son vice-président est Onofre Durán. En fait, il semblerait qu'Araujo ait refusé que son frère Rosendo soit élu à ce poste par l'Assemblée législative, afin d'éviter d'être accusé de tenter de créer une « dynastie ».
Une fois président, il compose son cabinet en nommant de nombreux universitaires à des postes clés : Teodosio Carranza, ministre de l’Intérieur ; Rafael Guirola, ministre des finances ; Francisco Dueñas, ministre des Affaires étrangères, remplacé par Manuel Castro ; le général et ingénieur José María Peralta Lagos, ministre de la Guerre ; Eusebio Bracamonte, sous-secrétaire à la guerre. Dans le manifeste présenté à l'Assemblée législative du Salvador, le jour où il a pris la présidence, il écrit :
Politique économique vignette| Centre de San Salvador, 1910. Au moment de son arrivée au pouvoir, la situation financière du pays était difficile. Il a décidé de réorganiser les finances de l'État avec plusieurs mesures, notamment la suppression des charges publiques considérées comme inutiles, la révision des contrats et la hausse de la taxe sur le café (il était lui-même cultivateur de café). Cette taxe consistait à taxer 30 centimes de dollar or par quintal de café exporté ; en outre, les taxes sur les importations ont été augmentées de 14 %. Araujo a réussi à normaliser les paiements du gouvernement, à embaucher du nouveau personnel et à recouvrer le crédit du pays, de sorte que les banquiers nationaux et étrangers lui ont fait des offres de prêts, qu'il n'a toutefois pas acceptées.
Outre la réorganisation des finances publiques, Araujo a réalisé des travaux importants au cours de son mandat présidentiel. Parmi eux figurent l'inauguration du chemin de fer de San Miguel à La Unión, à côté du port d'El Triunfo . Dans le domaine de l'agriculture, il a créé un ministère dédié. vignette|200x200px| Le théâtre national de San Salvador a commencé à être construit sous la présidence d'Araujo.
Politiques sociales vignette| Araujo en tenue présidentielle, en 1911. Dans le domaine de l’éducation, des récompenses ont été créées pour les étudiants, dans le secondaire et à l'université, et beaucoup d’entre eux ont été envoyés à l’étranger, tant aux États-Unis qu’en Europe.La Quinta Natalia située dans le quartier de San Jacinto a également été achetée par le gouvernement,souhaitant y établir une école normale ; mais ce bâtiment deviendra, après son mandat, la Maison présidentielle..
En matière de travail, une loi sur les accidents du travail a été promulguée pour la première fois dans l'histoire du Salvador. Bien qu'elle ne protège pas les salariés ruraux, il oblige l'État et les employeurs à se partager la responsabilité pour ce qui concerne l'indemnisation des travailleurs handicapés en raison d'accidents du travail.
Dans le domaine de la santé, Araujo a entrepris la construction de la faculté de médecine de l'Université du Salvador, surnommée La Rotonda, achevée en et située en face de l'hôpital national de Rosales... Il a également amené l'introduction d'innovations dans les sections de dentisterie et de pharmacie.
Il est aussi à l'origine de la construction du Théâtre national de San Salvador, dont il a lui-même posé symboliquement la première pierre le . ; il en est de même pour l'Institut d'histoire naturelle, le , remplaçant le Musée national.. D'autre part, en 1912, sont créés sous son égide l'Académie de dessin et de peinture de Carlos Alberto Imery.. et l'Athénée du Salvador
Sécurité publique et force armée Araujo crée la Garde nationale le , sur le modèle de la Garde civile espagnole.. Cette division constitue une sorte de police rurale dont la mission première est la lutte contre les bandes de hors-la-loi qui étaient alors nombreuses sur le territoire. Elle existe jusqu'à la fin de la guerre civile, dans les années 1990 . L’armée salvadorienne a également fait l’objet de réformes avec le recrutement de conseillers étrangers venus d’Espagne et du Chili pour assurer l’éducation et la formation de son personnel. L'état-major central de l'armée est par ailleurs créé sous sa présidence..
Relations internationales En ce qui concerne les relations internationales, les liens avec les pays voisins étaient voulus fraternels. Fervent libéral, il croyait en l'Union de l'Amérique centrale et en l'intégrité de ses États. Il était de ce fait très critique à l'égard de l'ingérence des États-Unis en Amérique latine, et des pays qui s'en accommodaient. Il envoie par exemple une lettre de protestation au président américain William Taft pour dénoncer l'ingérence américaine dans les affaires politiques du Nicaragua. Il propose à ce pays une coopération économique et financière pour le « règlement de ses engagements ». Son équipe diplomatique est composée de Federico Mejía, à Washington, d'une grand diplomate José Gustavo Guerrero, à Paris, de Patrocinio Guzmán Trigueros, en Italie, et l’essayiste Alberto Masferrer, en Belgique, un intellectuel très critiques des inégalités sociales de l'époque.
Symboles patriotiques et centenaire du mouvement du 5 novembre 1811 vignette|200x200px| Le drapeau du Salvador, adopté en 1912, est similaire au drapeau de la République fédérale d'Amérique centrale. Pendant le mandat de Manuel Enrique Araujo, l’histoire du Salvador est marquée par deux événements importants. À l’initiative du président, les armoiries et le drapeau salvadoriens ont été adoptés, remplaçant ceux créés en 1865. Les deux éléments s'inspirent des couleurs d'origine de la République fédérale d'Amérique centrale : leurs formes sont choisies à l'issue d'un concours remporté par le calligraphe Rafael Barraza. Ces symboles nationaux sont officialisés le à Campo Marte à San Salvador, en présence du président, qui inaugure en public le nouveau pavillon national. Il est possible que le changement soit dû au fait que le drapeau précédent était assez similaire à celui des États-Unis.
L’autre événement important est la célébration du centenaire du premier mouvement d’indépendance à San Salvador en 1811, qui s’est déroulé le . La célébration de l'anniversaire a lieu entre le 3 et le . Y sont conviés des personnalités politiques d'Amérique centrale : des congrès et des jeux floraux sont organisés et un monument est érigé sur la Plaza Libertad. Tout cela a lieu dans un moment de stabilité économique, lié aux prix élevés du café, mais ces cérémonies contrastent avec l'état de pauvreté d'une grande partie de la population salvadorienne. En outre, une certaine instabilité politique règne alors, le président ayant subi deux tentatives de coup d'État vraisemblablement initiées par Prudencio Alfaro un ennemi politique de l'ancien président Fernando Figueroa..
L'« État du café » vignette| Rafael Guirola Duke, Manuel Enrique Araujo, Teodosio Carranza, David Rosales, Manuel Castro Ramirez et Mauricio Duke. 1911. vignette| Enfants autour d'un sac de café dans l'un des domaines du volcan Santa Ana, 1910. Depuis les dernières décennies du , la culture du café a commencé à se développer sur le territoire salvadorien. Les bénéfices générés par cette nouvelle activité économique ont profité à un petit groupe d’investisseurs et de commerçants, générant une nouvelle phase de développement dans la société. La culture politique et économique du pays est influencée par le courant positiviste, appliqué par ceux qui se désignaient comme « libéraux ». Ils estiment nécessaire de faire progresser le pays et de laisser derrière eux les anciens schémas de colonisation espagnole.