La clinique Saint-Jean (en néerlandais : Kliniek Sint-Jan), historiquement connue sous le nom d'hôpital Saint-Jean-op-de-Poel, est un hôpital privé établi au centre de Bruxelles, Belgique. Fondé en 1195, il s'agit du plus ancien hôpital de Bruxelles. Fondatrice de l'hôpital Saint-Pierre et de deux écoles d'infirmières, la clinique Saint-Jean fait actuellement partie du Réseau Santé Louvain..
Historique Fondation L'hôpital Saint-Jean a été la seule institution hospitalière à Bruxelles pendant plus de 600 ans, jusqu'à la fin du . L'historien Alexandre Henne suggère que dès 1186, deux congrégations de bourgeois, les Hommes chrétiens et les Femmes chrétiennes, soutenus par le duc de Brabant et Roger de Wavrin, évêque de Cambrai, établissent un hôpital près de l'église Saint-Jean-Berchmans (l'ancienne chapelle Saint-Michel dans l'actuel collège Saint-Jean-Berchmans). C'est ce qui a donné les actuelles rue de l'Hôpital et rue de l'Homme Chrétien, débouchant sur la place Saint-Jean.
L'hôpital est fondé avec certitude avant 1195 avec le soutien d'Henri de Brabant, en tant qu'hôpital du Saint-Esprit. Cette dénomination provenait de ses fondateurs, les hospitaliers du Saint-Esprit, un ordre institué à Montpellier dans les années 1180. Établie dans le quartier du marais Saint-Jean, l'institution prit rapidement le nom d'hôpital Saint-Jean op den poel (de poel signifiant le marais, littéralement : l'hôpital Saint-Jean sur le marais). Une des entrées de l'hôpital est encore située rue du Marais.
Moyen Âge À ses débuts, l'hôpital est une des fondations les plus riches de Bruxelles, de par les importants dons qui y sont amenés par les ducs de Brabant. Cependant, un manque de discipline amène les sœurs augustines à dépenser trop. Elles sont d'ailleurs accusées de ne pas suffisamment prendre soin des patients. Il en résulte le une ordonnance du collège des échevins de la ville de Bruxelles instaurant un revenu fixe annuel pour les sœurs, ainsi que diverses mesures telles qu'une limitation de la consommation d'alcool et une menace de saisie de biens en cas de négligence de maladesConseil de la ville de Bruxelles, Ordonnance du 3 mars 1365, 1366 N.S..
Dès 1299, les terrains de l'actuel Petit Sablon sont utilisés en tant que cimetière de l'hôpital.
Plus qu'une simple chapelle, une véritable église gothique est construite au sein de l'hôpital Saint-Jean, à l'endroit de l'actuelle place Saint-Jean (sous lesquelles se trouvent encore toutes les ruines de celles-ci).
En 1500, six sœurs de l'hôpital Saint-Pierre de Louvain sont appelées à Bruxelles pour davantage rétablir l'ordre de l'hôpital Saint-Jean, dont la dette, en 1581, s'élevait à 7000 florins. L'hôpital survit ensuite grâce à des ventes successives de ses biens, d'héritages provenant d'anciens patients du Brabant et de Liège, ainsi que de subsides pour l'accueil de soldats blessés. Il est une première fois proposé de déménager l'hôpital en 1543 dans le couvent des Bogards du Fossé-aux-Loups, projet non abouti. gauche|vignette|266x266px|Vue de la cour de l'hôpital Saint-Jean sur l'église Saint-Jean.
Périodes autrichienne et française Le bombardement de Bruxelles de 1695 détruit une partie de l'hôpital. On proposa à nouveau de déménager l'hôpital, partiellement en ruine, près des remparts de la ville, entre les portes de Laeken et de Schaerbeek. Il est finalement reconstruit jusqu'en 1708, sur son emplacement initial. Marie-Thérèse d'Autriche, lieutenant-gouverneur des Pays-Bas autrichiens, souhaitait tout de même réaliser ce déménagement.
De 1776 à 1787, de nouveaux déménagements de l'hôpital, toujours plus exigu, vétuste et insalubre, sont proposés par le magistrat de la Ville de Bruxelles, notamment en réunissant ce seul hôpital civil de la ville avec les quatre petits hôpitaux pour pèlerins, devenus inutiles : l'hospice Sainte-Gertrude et les léproseries de Molenbeek et de Saint-Pierre (établie dans les Marolles dès 1173)..
En 1783, la léproserie des Marolles est transformée en l'hôpital Saint-Pierre, succursale de l'hôpital Saint-Jean, et censée désengorger ce dernier. L'hôpital Saint-Pierre devient public en 1786, cédé à l'État autrichien, alors que l'hôpital Saint-Jean maintient sa gestion par la Congrégation des Sœurs hospitalières augustines. vignette|251x251px|L'église Saint-Jean au sein de l'hôpital (1843). La clinique Saint-Pierre, succursale de l'hôpital Saint-Jean, devient un hôpital universitaire en 1786 avec le transfert de la faculté de médecine de l'université de Louvain à Bruxelles.
Durant la période française, les premières rénovations ont lieu et progressivement, les lits ne sont réservés qu'à un seul patient. En 1803, les aliénés mentaux de la Simpelhuys bruxelloise (la « Maison des insensés ») sont transférés vers l'hôpital Saint-Jean, nécessitant des travaux pour accueillir un nombre important de nouveaux patients. L'église de l'hôpital est alors réaffectée en salle des malades et le cimetière remplacé en 1808 par une nouvelle entrée principale.
Pendant le Directoire, une exception est faite pour les sœurs de Saint-Jean lors de la suppression des couvents de Belgique, même si la gestion de l'hôpital est partiellement cédée à la Commission des Hospices Civils créée en 1797, tout comme pour l'hôpital Saint-Pierre.. En 1810, Napoléon réorganise cependant entièrement la structure de l'hôpital Saint-Jean, désormais dirigé par un laïc au-dessus des sœurs augustines.
Belgique indépendante et le nouvel hôpital Lorsque de la révolution belge de 1830 éclate, l'« hospice de Saint-Jean » est au cœur des combats des Quatre Jours de Bruxelles du au . Il accueille blessés dont y décèdent dans les vingt jours suivants. Il reçoit aussi cadavres dont seulement parviennent à être identifiés parmi les civils bruxellois ou étrangers, les combattants volontaires belges ou les soldats des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas. Son chirurgien en chef est le docteur Uytterhoeven, qui s'illustre tout particulièrement avec ses deux fils, ne comptant pas ses heures pendant la bataille ni durant les semaines qui s'ensuivent. Pour prévenir les épidémies des mesures de salubrité publique sont prises par l'agent-général du gouvernement provisoire de Belgique, Auguste Engelspach-Larivière, et l'avocat Napoléon Godecharle qui ordonne d'inhumer les soixante cadavres en état de putréfaction les plus avancés entre des lits de chaux vive à pieds de profondeur dans une arrière-cour de l'établissement.
Dès 1834, l'hôpital Saint-Jean servit également de lieu d'enseignement pour les étudiants de l'école de médecine. Seulement, la même année, l'école de médecine bruxelloise fusionne avec la nouvelle faculté de médecine de l'université libre de Bruxelles, qui s'opposait fermement à collaborer avec une institution chrétienne. vignette|257x257px|Nouvel hôpital Saint-Jean sur le boulevard du Jardin botanique, vus depuis le Jardin botanique de Bruxelles (1884). L'hospice Pachéco (créé par Dom Augustin Pacheco en 1713) établi boulevard du Jardin botanique, à l'emplacement actuel du boulevard Pachéco, entame un déménagement vers le square Jean Jacobs, qui aboutira en 1843. L'hôpital Saint-Jean reprit les terrains délaissés par l'hospice. A la fois le nouvel hospice et le nouvel hôpital sont dessinés par l'architecte Henri Partoes. Le nouvel hôpital Saint-Jean est construit entre 1837 et 1843, à l'emplacement actuel de l'UCLouvain Saint-Louis - Bruxelles (jusqu'à la Tour des Finances), sur le boulevard du Jardin botanique.. La première pierre est posée le par le bourgmestre Nicolas Rouppe. À l'époque, l'hôpital jouxte l'Institut et la Faculté universitaire Saint-Louis, installées dans l'hôtel du Baron Jean-Jacques Verseyden.
Les bâtiments de l'ancien hôpital Saint-Jean sont démolis en 1845 ; on trouve à leur place les rues Duquesnoy et Saint-Jean.
Lors de l'ouverture du nouvel hôpital en 1843, la maternité de l'hôpital Saint-Pierre, la seule de Bruxelles, est transférée à l'hôpital Saint-Jean.
Le , l'École des Infirmières Saint-Jean ouvre ses portes. En réalité, les cours se donnaient déjà dans les hôpitaux Saint-Jean et Saint-Pierre, depuis . Il s'agit de la seule école d'infirmières publique à Bruxelles, soutenue par les autorités de la ville de Bruxelles ; les deux autres étant catholique (l'école Saint-Camille) et libre. Elle est renommée en École d'Infirmières de l'Hôpital Saint-Jean en 1911, recevant ses propres bâtiments et lieux de cours.
En 1931, l'asile-dépôt de l'hôpital Saint-Jean ferme ses portes. Il est remplacé par l'Institut de Psychiatrie de l'hôpital BrugmannVermeylen G., « L’organisation médicale de l’Institut de Psychiatrie », Journal de Neurologie et de Psychiatrie, 1932, vol. 32, nᵒ 1, ‑47..
En 1935, l'hôpital Saint-Jean achète la deuxième polyclinique bruxelloise, fondée en 1913, la polyclinique César De Paepe située rue Philippe de Champagne (qui fusionna en 1998 avec l'Hôpital Français établi à Berchem Sainte-Agathe).
Reconstruction et clinique Durant la Seconde Guerre mondiale, l'hôpital est transformé en caserne militaire. L'hôpital rouvre ses portes en 1945 sous le nouveau nom de Clinique Saint-Jean. Avec la construction de la jonction Nord-Midi, le nouveau bâtiment dût lui aussi être détruit., en 1949. Son emplacement fut d'abord utilisé pour la construction de la ligne de chemin de fer., et ensuite pour les extensions des Facultés universitaires Saint-Louis (boulevard du Jardin botanique , 40, 42, 43), le complexe du Passage 44 (), l'ancien siège du Crédit communal (Belfius, abritant aujourd'hui le SPF Intérieur), le boulevard Pachéco et la gare de Bruxelles-Congrès, et la cité administrative de l'État, qui choisit de s'implanter à l'emplacement de l'hôpital Saint-Jean en 1948.
Ce dernier déménage donc à nouveau, quelques mètres plus bas sur le boulevard du Jardin botanique, entre les rues du Marais, de la Blanchisserie et des Cendres où se situe à alors son entrée. La pharmacie se déplace au coin du boulevard du Jardin botanique avec la rue du Marais, dans un bâtiment de l'université Saint-Louis - Bruxelles (le Botanique 38). Le nouveau site est inauguré en 1956, avec l'ouverture d'une nouvelle maternité et d'un service de pédiatrie.
Aussi en 1956, est ouverte la nouvelle école d'infirmiers de l'hôpital Saint-Jean, l'école Pie X, dont le bâtiment est construit dès 1953. Il ne s'agit plus du tout d'une institution publique soutenue par la ville, comme en 1907, mais d'une institution d'enseignement supérieur catholique qui résulte de la fusion factuelle entre l'ancienne école publique d'infirmières de l'hôpital Saint-Jean (fondée en 1907) et de sa concurrente, l'École Saint-Camille, fondée sur demande du pape Pie X et avec le soutien du cardinal Mercier en 1908. La nouvelle école est restée connue sous le nom d'École Saint-Pie X – Sainte-Camille.. Elle s'établit au de la rue du Marais, où elle est toujours située actuellement.
L'hôpital se constitue en association sans but lucratif en ..
En 1971, l'unité de dialyse est inaugurée, puis l'unité coronarienne en 1977, de gériatrie et de psychiatrie en 1980, tout comme l'hôpital de jour ; une équipe spécifique d'intensivistes en 1986 et une équipe spécifique d'urgences en 1988. Un département de chirurgie cardio-vasculaire ouvre ses portes en 1990, avec une nouvelle unité de soins intensifs. ainsi qu'une unité de soins palliatifs ouverte par Sœur Léontine, directrice de la clinique de 1964 à 1988..
La Fondation Saint-Jean est créée en 1991. Sous le haut patronage du roi des Belges, cette fondation d'utilité publique œuvre pour la réinsertion de mineurs d’âge hospitalisés dans l’unité de psychiatrie infantile de la clinique Saint-Jean..
Une unité de chirurgie du jour est créée en 1994.