Labbaye Saint-Laurent de Liège est une abbaye bénédictine ayant existé entre 1026 et 1794.

Elle est fondée dans un quartier qui prendra le nom de quartier Saint-Laurent, à Liège, en Belgique. Dès le début, l'abbaye se distingua par sa contribution aux arts. Au milieu du , on compte des moines mathématiciens, hagiographes, computistes, poètes, compositeurs, etc. L'abbaye a subi des dégâts considérables à partir de 1212, lors de 13 ans de combats entre les milices liégeoises et le duc de Brabant.

La fin du et le début du conduisirent à la faillite et à la vente massive de propriétés. À cette époque, la discipline monastique s'est relâchée et le nombre de moines diminua considérablement. Le est l'époque des papes d'Avignon. La plupart des abbés, originaires de France, s'intéressèrent peu au monastère.

Dès le début du , l'abbaye sort de sa longue période de crise. Une personnalité marquante est alors le moine Jean de Stavelot, copiste infatigable qui enrichit la bibliothèque du monastère de nombreux manuscrits. Dans la première moitié du , les abbés embellissent le monastère par d'importantes restaurations et la construction de nouveaux bâtiments. Mais durant les guerres de religion, Guillaume de Nassau installe son état-major dans l'abbaye. Après trois jours, ses soldats pillèrent et incendièrent le monastère. Seule la bibliothèque échappa au désastre.

En , la révolution éclata à Liège. L'abbaye vit passer l'état-major prussien venu rétablir l'ordre dans la cité, puis l'armée républicaine française considérée comme libératrice par la population, puis les troupes autrichiennes, victorieuses à leur tour en entrant dans Liège. L'armée française repris Liège alors que les moines s'étaient dispersés, beaucoup s'étant réfugiés en Allemagne. Les portes du couvent abandonné furent forcées pour y installer un hôpital militaire en 1792. Le monastère fut officiellement fermé par le pouvoir révolutionnaire français en , et depuis cette date jusqu'à l'époque contemporaine, les bâtiments furent conservés grâce à cette mutation en hôpital militaire.

Historique Les origines L'origine de Saint-Laurent se perd dans des légendes et traditions longtemps tenues pour vraisemblablesSur 6 chartes de fondation de 1034, cinq sont fausses. Détruite par un incendie, il importait manifestement que l'abbaye dispose de document, ne fût-ce que pour prouver son antériorité par rapport à l'abbaye Saint-Jacques de Liège. .. Il est possible que l'évêque Éracle, vers 968, qui, de retour d'un pèlerinage à Rome ait entrepris la construction d'une troisième collégiale sur le Publémont dédiée à saint Laurent dans .. Le choix de Saint-Laurent commémorant la victoire impériale d'Otton sur les Hongrois (Magyars) au Lechfeld, le jour de la saint Laurent. Selon la rumeur, Notger, son successeur, se serait contenté de faire poser une toiture sur les bâtiments déjà construits. Toutefois, il n'existe actuellement aucun document qui précise que Notger serait intervenu, ni son successeur Baldéric II qui consacra ses efforts à Saint-Jacques. Par contre, il est plus sûr que ses successeurs, Wolbodon, et surtout Durand reprennent les travaux de construction. Le chroniqueur Anselme précise que l'évêque Wolbodon lors de son décès en 1021 fut enseveli dans le monastère Saint-Laurent. Une partie du monument devait donc être achevé.

Il faut attendre le prince-évêque Réginard, près de 55 ans plus tard, pour que l'édifice soit achevéSelon Émile Poumon, l'édifice aurait été totalement constitué vers 1025., et qu'il lui soit adjoint d'autres bâtiments permettant de recevoir une communauté monastique. Il va doter la fondation d'importants revenus fonciers et aura à sa mort en 1037, l'honneur d'un mausolée devant le maître-autel de l'église abbatiale. Anselme précise aussi que le prédécesseur de Réginard, Durand fut également inhumé à Saint-Laurent. Réginard fit deux grandes choses remarquables: un nouveau pont sur la Meuse et fit renaître le monastère (renovavit) Saint-LaurentFernand Vercauteren dans .

Appelés par Réginard à occuper les bâtiments, une trentaine de moines bénédictins sous la conduite de labbé Étienne arrivent en 1026, 5 ans après la mort du prince-évêque Richard de Saint-Vanne de Verdun. Le prince-évêque apparait en songe au père abbé lui déclarant qu'il prend l'abbaye sous sa protection et qu'il attirera la protection divine sur tous ceux qui aideront d'une manière ou d'une autre à son édification. Ce secret révélé, les dons de toutes espèces affluent et par la charte de novembre 1034 — dotation de 316 manses en 27 endroits et 10 églises — a lieu la consécration officielle du monastère. Il semble qu'il y ait eu une brouille entre les deux évêques. À ce sujet, les sources de Verdun et celles de Liège présentent des versions fort différentes.

Dès le début, l'abbaye se distingue par sa contribution aux arts. Au milieu du , on compte des moines mathématiciens, hagiographes, computistes, poètes, compositeurs… Le théologien Rupert de Deutz y reçut sa formation. On y enseigne aussi le latin aux enfants.

Vicissitudes historiques du L'âge d'or thumb|upright|La Vierge dite de Dom Rupert (début du ), bas-relief en grès houiller polychrome et doré, 1149-1158, Grand Curtius, Liège. Dès la fin du , l'abbaye Saint-Laurent, qui adopte les coutumes de Cluny (Bourgogne), connaît une activité culturelle intense.

La restauration L'abbaye subira des dégâts considérables en 1212 lors de la contre-attaque des milices liégeoises dirigée contre le duc de Brabant qui revendiquait l'héritage d'Albert II de Dabo-Moha, les domaines de Moha et de Walef que pourtant ce dernier avait cédés contre une importante somme d'argent à l'évêque de Liège. Après 13 ans de combats, le duc réconcilié avec le prince-évêque de Liège, les abbés de Saint-Laurent restaurent les bâtiments et augmentent leurs propriétés dans les régions liégeoise et brabançonne.

La grande crise Un abbé renonçant à ses charges, un autre aimant le faste et endettant l'abbaye, un autre acculé à la démission par son évêque, un autre encore gérant les biens de manière catastrophique… La fin du et le début du conduisent à la faillite et à la vente massive de propriétés. La discipline monastique se relâche, et le nombre de moines diminue considérablement.

Le est l'époque des papes d'Avignon, et la plupart des abbés, originaires de France, s'intéressent peu au monastère.

Cependant le prestige des abbés de Saint-Laurent demeure, à tel point qu'on fait appel à leur arbitrage dans certains conflits. Durant la guerre des Awans et des Waroux, en 1335, les deux familles en guerre depuis trente-huit ans rassemblent chacune six hommes et conviennent de quitter l'abbaye dès qu'une solution suffisante sera trouvée. Ils entrèrent le premier jour de Carême et n'en sortirent que le jour de Pâques.

La reprise Dès le début du , l'abbaye sort de sa longue période de crise. Une personnalité marquante de la première moitié de ce siècle est le moine Jean de Stavelot, copiste infatigable qui enrichit la bibliothèque du monastère de nombreux manuscrits, dont une chronique latine sur l'histoire de Liège.

L'époque bourguignonne thumb|left|upright|Le quartier Saint-Laurent au (gravure). thumb|L'abbaye Saint-Laurent au , façade dominant la ville (dessin). En 1467, après l'épisode de Brustem, les troupes bourguignonnes progressent vers Liège pour mater sa population rebelle. Gui de Brimeu, seigneur d'Humbercourt, lieutenant du duc de Bourgogne, prend ses quartiers à l'abbaye Saint-Laurent. Charles le Téméraire lui-même y loge cinq jours. Des négociations avec des notables liégeois évitent l'affrontement: le duc reçoit les clés de la ville.

On dit que Charles le Téméraire est entré à Liège par « une brèche entre les portes Saint-Martin et Sainte-Marguerite ». Il faut rappeler que la cité, à l'époque, est protégée par un rempart, et que l'abbaye Saint-Laurent est en dehors de cette enceinte. Le document ci-contre ne date pas de l'époque bourguignonne (gravure de 1626), mais il illustre bien la situation.

En 1468, les revanchards liégeois se révoltent à nouveau. Le duc entre dans « une rage qui confine à la folie ». Le , son armée est aux portes de Liège. Le 28, les résistants liégeois incendient le quartier Sainte-Marguerite pour faire obstacle à l'avance de l'ennemi. Les moines de Saint-Laurent envoient une délégation aux maîtres de la cité pour que cette tactique de la « terre brûlée » épargne leurs possessions. Jaloux du privilège accordé, ce sont les habitants de Sainte-Marguerite qui viennent livrer aux flammes le quartier Saint-Laurent et les étables de l'abbaye.

Dans les jours qui suivent, après la vaine intervention des six cents Franchimontois, les hordes bourguignonnes se livrent au sac de la ville. Au pillage, succèdent le massacre des habitants puis l'incendie de la ville. L'abbaye Saint-Laurent n'échappe pas au pillage. Le trésor, heureusement, a été mis à l'abri à Huy.

Puis la vie continue : un moine copiste raconte en latin la mise à sac de Liège par les troupes bourguignonnes.

Les Les fastes de la Renaissance thumb|Ce portail du début du est un des rares éléments architecturaux qui ont échappé à la destruction de 1568. Après sa nomination en 1505, le prince-évêque de Liège Érard de La Marck, humaniste raffiné, choisit le séjour de l'abbaye Saint-Laurent pour célébrer son triomphe par un banquet offert à ses proches.

Dans la première moitié du , les abbés embellissent le monastère par d'importantes restaurations et la construction de nouveaux bâtiments.

Les moines de Saint-Laurent excellent dans bien des domaines artistiques : rédaction de manuscrits richement enluminés, décoration de la chapelle du château de Huy, contacts avec Érasme…

Les guerres de religion thumb|left|upright|L'abbé Oger de Loncin (1586-1633), prélat typique de la Réforme catholique. En 1568, l'armée du redoutable duc d'Albe, envoyée aux Pays-Bas pour réprimer l'essor du calvinisme, traque les « gueux » de Guillaume de Nassau. Ceux-ci, dans leur fuite, veulent franchir la Meuse en passant par le pont des Arches à Liège, mais ils se heurtent au refus des Liégeois, dont ils assiègent la ville.

Guillaume de Nassau installe son état-major dans l'abbaye. Après trois jours, il renonce à son projet, mais ses soldats pillent et incendient le monastère. Seule la bibliothèque échappe au désastre. Les moines se réfugient au château de Kinkempois, une résidence secondaire de l'abbaye.

Les Grignoux et les Chiroux thumb|upright|La tour de guet (peinture anonyme de 1832). Le début du , à Liège, est marqué par la lutte entre les Grignoux, qui exigent davantage de libertés communales, et les Chiroux, qui veulent le renforcement de l'autorité du prince-évêque.

En 1649, le prince-évêque Ferdinand de Bavière fait appel aux troupes allemandes pour stopper la rébellion. La vie à l'abbaye Saint-Laurent est troublée par les milices liégeoises et les tirs de canons du général Otto von Spaar.

Dans les années 1650, pour mieux se protéger, l'abbaye se dote « d'un pavillon de guet sur les vignes, en Haute-Chevaufosse » (le haut de l'actuelle rue Monulphe). Sur une peinture anonyme datée de 1832, on peut voir au sommet de la tour, flotter les couleurs belges et françaises, probablement à l'occasion du mariage entre le premier roi des Belges, Léopold et Louise-Marie, fille de Louis-Philippe, roi des Français.

Les La révolution liégeoise thumb|left|upright|Pierre Servais Lys, nommé en 1790, est le dernier abbé de Saint-Laurent. En , la révolution éclate à Liège à l'instar de Paris le mois précédent. L'autoritaire prince-évêque César-Constantin-François de Hoensbroeck feint de céder devant la foule en fureur, mais il réussit à s'enfuir et appelle à l'aide les princes allemands.