thumb|right|Démineur de la compagnie de génie de la de Légion étrangère à Djibouti en 2005 en exercice.

Le déminage est un ensemble d'actions visant à l'élimination des mines terrestres ou navales d'une zone. Au sens large et par extension, il s'agit de la recherche, neutralisation, enlèvement et stockage ou destruction des munitions, mines, pièges, engins et explosifs susceptibles de poser des problèmes pour la sécurité ou l'environnement. On distingue deux types de déminage, celui militaire et celui du déminage humanitaire. Dans le cadre de la reconstruction qui a suivi la Première Guerre mondiale, on parlait plutôt de « désobusage ».

Histoire thumb|upright=1.25|Des troupes du génie allemand à l'exercice de déminage (Bebelheim, 1939). thumb|upright=1.25|À Fort Ord (Californie), des démineurs américains ont préféré incendier la végétation pour ensuite mieux détecter visuellement les munitions non-explosées et les traiter. thumb|upright=1.25|Des décennies après leur largage, les bombes restent dangereuses. Ici en 2011, les démineurs s'apprêtent à détruire in situ une bombe anglaise de , opération qui a justifié l'évacuation provisoire des habitants de Coblence. thumb|upright=1.25|Un obus de est radiographié avec un générateur de rayons-X et détecteur portables.

Le désobusage et déminage sont des activités qui semblent avoir vraiment pris leur ampleur durant la Première Guerre mondiale, mais surtout après l'armistice quand il a fallu nettoyer les terrains de Belgique et des français de la zone rouge truffés de munitions non explosées et de stocks de munitions non utilisées, de toutes sortes ;

Le nettoyage des engins de guerre ou explosifs a d'abord été qualifié de « désobusage ». Après l'armistice de 1918, il relevait des artificiers, placés jusqu'à fin 1919 sous la responsabilité directe des autorités militaires anglaises (dirigées par Douglas Haig) dans le nord de la France, puis de structures « civiles ».

lit-on dans un rapport du préfet du Pas-de-Calais Robert Leullier au Conseil général du département du Pas-de-Calais ( ordinaire de 1920, « service de reconstitution des régions atteintes par les événements de guerre »)[rapport annuel du Préfet] du Pas-de-Calais Robert Leullier, 1920 (pdf (47 Mo), consulté 2008 12 30. Mais le mot « désobusage » a aussi pu désigner plus largement des activités de démantèlement de munitions (obus et balles en général) pour en recycler les métaux et parfois la poudre (de même que celle des balles qui sera réutilisée par le Service des poudres), opération pratiquée par exemple en France dans les usines de désobusage de Coucy-le-Château, ou à Albert (de l'après 1918 à 1919)Pour voir quelques photographies, inscrire le mot « désobusage » dans ce moteur de recherche (de la CEGESOMA).

Ce n'est qu'après la diffusion généralisée des mines que le mot démineur a été retenu, à partir de la Seconde Guerre mondiale.

En URSS, 58,5 millions de mines ont été enlevées sur une superficie de .

En Pologne, de 1945 à 1975, ont été tuées et du fait des restes de guerre, de mines étant retirées du sol de ce pays par les démineurs.

Depuis près de , les mines volontairement dispersées ou oubliées par les belligérants, et des millions d'obus et d'autres munitions non explosées comptent parmi les principales séquelles de conflits armés. Chaque conflit armé doit être suivi d'un travail de déminage, qui s'étend parfois sur des décennies.

On peut distinguer le déminage militaire du déminage civil ou humanitaire, qui se fait au retour de la paix ou sur des territoires épargnés par les combats et qui peut être réalisé par des sociétés spécialisées, en général fondées par d'anciens démineurs militaires.

L'activité de déminage thumb|Sapeurs britanniques lors d'un exercice de déminage. Dans le passé, des prisonniers de guerre ou des volontaires ont été utilisés pour le désobusage (puis le déminage). Ce fut le cas par exemple de prisonniers allemands lors de la reconstruction après la Première Guerre mondialeVerchot M (2013) Le lent retour au pays des prisonniers allemands capturés par l’armée française (1918-1920). Revue d’Alsace, (139), 219-234.. Nombre d'entre eux ont été tués ou grièvement blessés et certains n'ont pu rentrer en Allemagne qu'en 1920.

De manière générale, le métier reste particulièrement dangereux.

Les moyens de détection et de protection augmentent mais le nombre et la variété des engins explosifs ne cesse d'augmenter, ce qui force les démineurs à une formation continue et une formation de base approfondie. gauche|vignette|Utilisation d'un drone de déminage avec un rouleau de mines et déminage manuel.

Déminage en temps de guerre thumb|Chars de déminage de l'US Army avec charrue à mines nettoyant un chemin. thumb|Char de déminage à fléau Sherman M4 A4 (flail) armé d'un canon de de la Seconde Guerre mondiale, équipé pour le déminage rapide.

Son objectif est généralement de permettre la poursuite d'actions militaires en périodes de conflit. Le plus souvent, il s'agit de permettre le nettoyage rapide de zones d'accès ou de couloirs de circulation, particulièrement au char de déminage ou avec des engins explosifs (, Giant Viper). Il existe plusieurs types de char de déminage, de nos jours chaque type est utilisé dans des situations différentes et pour remplir des rôles précis :

Fléau de mines : Créé pendant la Seconde Guerre mondiale, il consiste en un ensemble de chaînes qui sont fixées à un rotor horizontal à rotation rapide monté sur deux bras devant le véhicule. La rotation du rotor fait tourner les fléaux de manière extravagante et marteler violemment le sol. La force d'un coup de fléau au-dessus d'une mine enfouie imite le poids d'une personne ou d'un véhicule et fait exploser la mine, mais d'une manière sûre qui cause peu de dommages aux fléaux ou au véhicule. Aujourd'hui il n'est plus utilisé en situation de combat direct car les fléau de mines sont généralement installés sur des véhicules non armés. Ils sont donc utilisés dans des zones ou il n'y pas de combat pour nettoyer en profondeur une zone. Rouleau de mine : Monté sur un char ou un véhicule blindé, conçu pour faire exploser des mines antichar. Le dispositif est généralement composé d'une fourche ou de deux ensembles de bras de poussée installés à l'avant de la coque d'un char, avec deux rangées de rouleaux pouvant être abaissés devant les chenilles du char. Chaque rangée de rouleaux est doté de plusieurs roues lourdes cloutées en acier, qui appliquent une pression au sol plus élevée que les chenilles du char. C'est généralement ce genre d'équipements qui est utilisé lorsque les soldats doivent traverser un champ de mines sous le feu de l'ennemi car il permet au véhicule de conserver sa mobilité. Charrue à mines : Une charrue de mine est généralement montée sur un char ou un véhicule de génie militaire. Les mines terrestres enfouies sont déterrées et poussées hors de la trajectoire du char ou renversées. Lorsque le char passe au-dessus de la mine, elle dépensera son souffle vers le bas plutôt que vers le haut, causant des dégâts insignifiants. Cordon détonnant : Un cordon détonnant est un fil ou tube qui est rempli d'explosif, la conception de base consiste à projeter de nombreuses charges explosives connectées sur une ligne sur le champ de mines, puis à exploser, faisant exploser toutes les mines enfouies, ouvrant ainsi la voie aux troupes.

Par ailleurs, selon les objectifs, le déminage peut se restreindre à la seule neutralisation de mines antichars, en excluant donc le nettoyage de mines antipersonnel, avec un taux d'acceptation de risque résiduel plus important que dans le cadre d'un déminage humanitaire.

Dans les armées de terre, le minage et le déminage sont confiés au génie militaire.

Détection thumb|Détecteur de métal, surnommé « poêle à frire » en raison de sa forme.

Détection classique La détection comporte plusieurs possibilités, tout d'abord la détection visuelle, la détection par sondage et/ou avec une pelle selon le type de terrain, puis la détection avec des moyens spécifiques (DHPM, GRP, ...). La détection se fait par le biais de détecteurs de métaux ou de détecteurs d'explosifs.

Détection par des animaux ou des plantes

Des cricétomes (sorte de rats géants) sont dressés en Tanzanie au repérage de mines antipersonnel. Ce programme, exporté par une organisation de recherche belge, donne de bons résultats et complète l’action des chiens démineursRats démineurs. Au Cambodge le rat Magawa était devenu une véritable célébrité locale, il a à lui seul déminé près de de terrain et reniflé une centaine de mines. Il a même reçu en 2020 la médaille d'or du PDSA. Un humain muni d'un détecteur de métaux prend en moyenne d'un à quatre jours à déminer un terrain de , alors que Magawa, par exemple, prend en moyenne 20 minutes à parcourir un terrain de mêmes dimensions.

En 2005, des recherches utilisant la modification génétique de graines d'Arabette de Thalius, Arabidopsis thaliana, sont en cours. En présence de mines, la plante semée par avion au-dessus des champs de mines changerait de couleur, ce qui faciliterait leur éliminationLa plante qui détecte les mines..

Assistance mécanisée thumb|Robot de déminage, utilisant un jet d'eau à très forte pression et vitesse. thumb|Drone de déminage Uran-6 russe en usage durant la Guerre civile syrienne Des véhicules télécommandés de déminage existent dont celui-ci développé par des ingénieurs suisses, le D-2Association DIGGER de Digger DTR.

Ces véhicules sont conçus pour faire exploser les mines sans causer de dommages à la machine. Certains sont pilotés directement depuis le véhicule, dans un endroit protégé, alors que d'autres sont télécommandés.

Aucun système n'est fiable à 100 % et le passage de démineurs est nécessaire en cas de mine non explosée. Néanmoins, ces machines permettent un défrichage efficace et accélèrent sensiblement le travail des démineurs.

Neutralisation des explosifs L'acronyme NEDEX pour Neutralisation Enlèvement Destruction des EXplosifs est désormais remplacé par la dénomination OTAN : EOD (Explosive Ordnance Disposal). Il s'agit de la plus haute qualification militaire en Déminage. Les EOD des Armées et de la Gendarmerie sont formés au Pôle Inter Armées Munex (PIAM) à Angers et sont répartis dans les unités suivantes :

Groupe Régional d'Intervention NEDEX Armée de terre (Régiment de Génie) Groupe Régional d'Intervention NEDEX Armée de l'air (Base aérienne) Groupe Plongeur Démineur (Marine Nationale) Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN)

Parmi les EOD français, quelques personnels sont formés aux techniques de dépiégeage d'assaut, répartis au GPD Manche au GIGN et à la BRI PP afin d'apporter un appui NEDEX spécifique en phase offensive lors d'opérations de contre-terrorisme ou de forces spéciales.

Sur le territoire national, les dépiégeurs d'assaut sont intervenus lors des attentats du et du .

Déminage maritime gauche|vignette|Destruction d'une mine navale par des plongeurs américains dans la baie de Guantánamo. Le déminage maritime est un processus essentiel qui vise à identifier, neutraliser et éliminer les mines sous-marines et munitions non explosées laissées par des conflits armés ou des accidents. À la fin des deux guerres mondiales plusieurs milliards de tonnes d'explosifs, mines et munitions ont été immergés au fond des océans, car c'était le moyen le plus sûr et économique pour se débarrasser rapidement de ces engins. Ces mines représentent encore aujourd'hui une menace significative pour la navigation commerciale, la pêche et l'environnement marin. Les munitions non explosées peuvent libérer des substances toxiques dans l'eau, contaminant les écosystèmes marins et nuisant à la faune et la flore.