L’expression langues kanakLa tradition francophone donnait « canaque », considéré aujourd'hui comme trop colonial ; les Accords de Nouméa lui ont substitué le terme kanak, invariable (d'où l'absence de marque de pluriel). désigne les langues vernaculaires d'origine kanak de la Nouvelle-Calédonie, collectivité française d'Outre-mer située en Océanie, dans l'océan Pacifique.

En linguistique, les « langues néo-calédoniennes » forment une branche du groupe océanien, au sein de la famille des langues austronésiennes.

Présentation

Les langues kanak sont actuellement au nombre de 28, auxquelles s'ajoutent 11 dialectes, bien que l'inventaire diffère selon les auteurs et de la distinction que ceux-ci peuvent faire entre langues et variantes dialectales. Maurice Leenhardt dénombrait ainsi et dialectesMaurice Leenhardt. 1946. Langues et dialectes de l'Austro-Mélanésie, Paris.. Un créole, le tayo parlé dans la commune du Mont-Dore dans la tribu de Saint-Louis, leur est souvent associé.

Comme toutes les langues océaniennes, les langues kanak font partie de la grande famille des langues austronésiennes. Celles-ci descendent toutes d'un ancêtre commun, le proto-austronésien, parlé il y a environ dans l'île de Taïwan.

Depuis la fin des années 1960, à la suite des travaux pionniers d'André-Georges Haudricourt, un travail important d'exploration, d'inventaire et de description des langues kanak a été mené par l'équipe scientifique du LACITO-CNRS, en particulier par Françoise Ozanne-Rivierre, Jean-Claude Rivierre, Claire Moyse-Faurie et Isabelle Bril. Ces recherches ont pris la forme de plusieurs dictionnaires, grammaires, recueils de littérature orale, articles scientifiques, enseignement universitaire, conférences publiquesPrésentation de l'équipe océaniste du LACITO.. Outre leur intérêt scientifique, ces travaux ont aidé à faire reconnaître ces langues à une époque où les autorités françaises y prêtaient peu d'attention.

Ces travaux sur les langues kanak furent synthétisés par Jean-Claude Rivierre dans le cadre d'un rapport officiel sur les langues régionales de France, dirigé par Bernard Cerquiglini en .. Les données ci-dessous s'inspirent de ce rapport.

Statut des langues kanak Reconnaissance officielle Quelques-unes de ces langues sont considérées comme mortes, ou moribondes, n'ayant plus ou peu de locuteursLes données concernant le nombre de locuteurs de plus de 14 ans par lieu de résidence et par communauté - chiffres issus du recensement de 1996 - sont téléchargeables au format .xls (tableur Excel) depuis le serveur de l’Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie..

Pour un certain nombre de ces langues, il n'existe pas de graphie ou d'orthographe standard, celle-ci faisant parfois l'objet de controverse. Une Académie des langues kanak prévue dès 1998 par les accords de Nouméa a ainsi été crééeAcadémie des Langues Kanak..

Les langues kanak sont, avec le français, des langues d'enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie. Leur place dans l'enseignement et les médias doit donc être accrue et faire l'objet d'une réflexion approfondie. Une recherche scientifique et un enseignement universitaire sur les langues kanak doivent être organisés en Nouvelle-Calédonie. L'Institut national de langues et civilisations orientales y jouera un rôle essentiel. […] Une Académie des langues kanak, établissement local dont le conseil d'administration sera composé de locuteurs désignés en accord avec les autorités coutumières, sera mise en place. Elle fixera leurs règles d'usage et leur évolution.

Cette importance est confirmée dans la loi organique du fixant le fonctionnement des institutions néo-calédoniennes, aux articles 140 et 215Loi organique du relative à la Nouvelle-Calédonie, LégiFrance.

Enseignement

À partir de 1944, Maurice Leenhardt met en place des enseignements en langues océaniennes à l'École des langues orientales. Après sa retraite en 1953, son poste est repris tout d'abord par son fils Raymond (de 1947 à 1948 puis de 1953 à 1972) puis par Jacqueline de La Fontinelle, titulaire de la chaire de Houaïlou puis de celle des Langues Océaniennes à partir de 1972 et jusqu'à sa retraite en 1999.

Localement, si l'enseignement des langues kanak a été rejeté à l'époque coloniale, autant dans le public que dans le privé, au profit du français, les choses ont commencé à évoluer à la fin des années 1970 avec la mise en place de réflexions à ce sujet : on peut citer l'étude précédemment mentionnée d'Haudricourt et d'autres spécialistes à la demande de la Direction de l'enseignement de la Nouvelle-Calédonie en 1979, ainsi que dans le public la création en 1978 d'un Centre territorial de recherche et de documentation CTRDP chargé d'envisager l'enseignement de langues vernaculaires et de produire la documentation adéquate, et d'une mission aux langues et cultures régionales auprès du Vice-rectorat. Cette première expérience apparait comme un échec, du fait du manque de motivation des parents, manque de motivation des hommes politiques (et des dirigeants kanak ne sont pas convaincus de l'importance d'un enseignement en langue mélanésienne) ainsi que de la faible formation des enseignants, qui sont souvent nommés dans d'autres zones linguistiques que celle de leur langue maternelle.

Le drehu, une des « langues régionales » admissible actuellement au baccalauréat, est enseigné à l'INALCO depuis 1973 par Wamo HaocasWamo Haocas est à l'origine engagé comme répétiteur en langue ajië autre « langue régionale », alors que sa langue maternelle est bien le drehu., au sein de la chaire de « Houaïlou » transformée en 1977 en chaire de « Langues océaniennes »; Depuis la retraite de Jacqueline de La Fontinelle en 1999, le drehu reste la seule langue enseignée au sein de la section Langues Océaniennes de l'Institut, avec le tahitien et le bichelamarPrésentation de la section Langues océaniennes de l'INALCO.

La possibilité effective d'utiliser une langue vernaculaire intervient durant les « Événements des années 1980 » (nom donné à la période d'affrontements entre indépendantistes et loyalistes, de 1984 à 1988), le FLNKS et le « gouvernement provisoire de la Kanaky » qui lui est associé comme prélude à la création d'un État kanak indépendant. Ces derniers créent dans chacune des zones qu'ils contrôlent des « Écoles populaires kanak » (EPK) afin de développer le sentiment d'« identité kanak » chez les jeunes et lutter contre « l'acculturation » française par le biais des langues kanak. Avec l'instauration du statut Fabius-Pisani en 1985 les quatre régions créées, celles contrôlées majoritairement par les indépendantistes (le Centre, le Nord et les Îles) vont alors largement subventionner les EPK qui acquièrent donc un statut officiel et organisent des stages destinés à sensibiliser et à former des locuteurs pour en faire des intervenants dans les écoles (stages confiés notamment aux linguistes, chercheurs au CNRS, Jean-Claude et Françoise Rivierre en 1986). Cependant, le bilan des EPK est mitigé et a différé selon les régions : si certaines ont pu se maintenir à certains endroits plus longtemps que d'autre, et même après la signature des accords de Matignon en 1988 et l'établissement d'un « statu quo » entre partisans et opposants de l'indépendance, il n'en subsiste aujourd'hui plus qu'une, celle de Canala qui maintient une scolarisation dans les tribus pour les enfants de 2 à 9 ans tout en établissant des passerelles avec l'enseignement public à partir du cours moyen. En fait, la réussite des EPK dépendait de la motivation des acteurs de la communauté locale, de la qualité de la formation des enseignants, du soutien financier des institutions et du maintien de relations avec l'enseignement public.

Car après les « Événements », les provinces Nord et des Îles Loyauté ont continué autant que possible à financer les EPK subsistantes et ont développé de nouveaux programmes linguistiques et éducatifs, grâce à leur nouvelle compétence offerte par les accords de pouvoir modifier en partie les programmes du primaire pour que ceux-ci respectent mieux les réalités historiques et culturelles locales. Aux Îles, le plan « Enseignement intégré des langues maternelles » (EILM), élaboré en 1991 et entré en vigueur en 1994, semble lui aussi avoir été plus ou moins couronné de succès. Dans le Nord, le plan « Paicî - Hoot ma Waap - Ajië - Xârâcùù » (PHAX) prévoit quant à lui d'instaurer cinq heures hebdomadaires en langues dans les écoles élémentaires (dont deux heures consacrées à l'éducation physique, deux autres à l'éducation artistique et la dernière à la géographie, à l'histoire et aux sciences), mais ce projet n'est pas suivi d'effets.

La reconnaissance des langues kanak en tant que langues régionales date des arrêtés du . Celui-ci introduit quatre langues en tant qu'épreuve facultative au baccalauréat. Il s'agit du drehu, du nengone, du paicî et de l'ajië. Aujourd'hui, sont enseignés dans l'enseignement secondaire ou supérieur : le drehu est enseigné dans les collèges et lycées de Lifou (collège public Laura-Boula et son groupe d'observation diversifié ou GOD de Mou, collèges privés protestants de Havila et Hnaizianu, collège privé catholique de Nathalo, lycée public Williama-Haudra), Nouméa (lycée privé protestant Do Kamo, collèges public Georges-Baudoux, Jean-Mariotti, Magenta, Rivière-Salée, Kaméré, Normandie, Portes-de-Fer et Tuband, lycées publics Lapérouse, Jules-Garnier et Pétro-Attiti), de Dumbéa (collèges publics de Koutio et Dumbéa-sur-mer, lycée public du Grand Nouméa), du Mont-Dore (collèges publics de Boulari et Plum, lycée public du Mont-Dore, lycée privé catholique Saint-Pierre-Chanel) et de Païta (lycée privé catholique Apollinaire-Anova), à l'université de la Nouvelle-Calédonie et à l'Inalco ; le nengone est enseigné dans les collèges de Maré (collèges publics de Tadine et La Roche, collège privé protestant de Taremen) et certains établissements secondaires de Nouméa (collège privé catholique Marcellin-Champagnat, ceux publics de Kaméré, Portes-de-Fer, Rivière-Salée et Tuband, lycées publics Lapérouse et Jules-Garnier, et celui privé protestant Do Kamo) et de Dumbéa (collège public Edmée Varin d'Auteuil, lycée public du Grand Nouméa) mais aussi au collège privé protestant de Tiéta à Voh ainsi qu'à l'université de la Nouvelle-Calédonie ; le paicî est enseigné dans les collèges et le lycée de Poindimié (collège public Raymond-Vauthier, celui privé catholique Jean-Baptiste-Vigouroux, lycée public Antoine-Kela), de Ponérihouen (collège privé protestant de Mou), de Koné (collèges publics de Koné et de Païamboué), de Pouembout (lycée public agricole et général Michel-Rocard) et de Poya (collège public Essau Voudjo), ainsi que dans deux établissements nouméens (le collège public de Tuband et le lycée privé protestant Do Kamo) et à l'université de la Nouvelle-Calédonie ; l'ajië est enseigné dans le second degré à Houaïlou (collège et lycée agricole privé protestant de Do Néva et lycée professionnel privé catholique Johanna Vakié, collège public de Wani), à Ponérihouen (collège privé catholique Yves-Marie-Hily), à Poya (collège public Essaü Voudjo), à Bourail (collège public Louis-Léopold-Djiet), à Kouaoua (GOD rattaché au collège public de Canala), à Nouméa (lycée privé protestant Do Kamo) ainsi qu'à l'université de la Nouvelle-Calédonie ; le xârâcùù est enseigné dans les collèges publics de Canala, de La Colline à Thio et Kawa-Braïna de La Foa, et dans ceux privés Francis-Rougé (catholique) de Thio et Dö-Mwa (protestant) de Canala ; le iaai est enseigné dans les collèges d'Ouvéa (collège privé protestant Eben-Eza, celui catholique Guillaume-Douarre et celui public Shea-Tiaou) ; le fwâi est enseigné au collège public Pai-Kaleone de Hienghène ; le drubea est enseigné au collège public de Yaté ; le nêlêmwa est enseigné au collège privé protestant Baouva-Kaleba de Poum ; le yuanga est enseigné au collège privé protestant de Baganda à Kaala-Gomen ;