vignette|Manipulations en campagne bretonne dans les années 1900. Les sont l'acte thérapeutique qui consiste à remanier le positionnement d'une structure osseuse en regard d'une autre, typiquement dans le cadre d'une diarthrose. L'opération a pour but de redonner mobilité et fonctionnement optimaux à l'articulation. Un craquement est parfois audible lors de l'acte, signe qu'une libération gazeuse est survenue au sein de la capsule ligamentaire de l'articulation.
L' International Federation of Orthopaedic Manipulative Physical Therapists décrit une manipulation comme .
Un nombre croissant de praticiens de santé dans le monde utilisent aujourd'hui les manipulations ou mobilisations des articulations du rachis ou des membres périphériques en tant qu'acte thérapeutique. Ostéopathes, chiropracteurs, étiopathes, et depuis plus récemment médecins généralistes, kinésithérapeutes, rhumatologues.
Origines Depuis toujours, rebouteux et guérisseurs issus de diverses cultures et civilisations ont eu recours à cette forme de thérapie consistant à redonner une mobilité aux membres ou au rachis, que ce soit pour la nuque, le dos, ou même la région lombaire du corps, et ce pour des maux divers.
Les Grecs, d'après un bas relief conservé au Musée archéologique du Pirée, décrivent déjà au le dieu Asclépios, ou Aesculape, prodiguant des soins sur les vertèbres hautes du corps.
Les habitants du sous-continent indien, avant notre ère, rapportent une manipulation cervicale non spécifique et bilatérale « par rotation du crâne », encore pratiquée de nos jours dans certains salons de coiffure indiens.
La tradition britannique des « bone-setters » remonte au Moyen Âge, tout comme dans le sud de l'Europe où les paysans s'improvisaient souvent thérapeutes pour remanier un pied, une épaule ou bien la colonne vertébrale de leurs congénères, avec des mouvements soudains, parfois non spécifiques, sur le rachis, visant à faire craquer l'ensemble du dos.
Principes préalables aux manipulations
Signes cliniques On imagine aisément dans des temps reculés que le besoin d'être « remanié » au niveau d'un membre luxé ou subluxé venait naturellement lorsqu'un paysan, par exemple, ayant fait une lourde chute observait soudainement une articulation manifestement désaxée ou ayant perdu de sa mobilité.
De même, les manipulations vertébrales apparurent lorsque, de manière aiguë ou chronique, toute personne ressentant une forme de fixation du rachis par exemple exprimait le souhait d'être redressée ou corrigée par son praticien.
Douleurs localisées Un signe flagrant relatif aux manipulations est la présence d'une douleur soudaine sur la zone incriminée, accompagnée de spasmes musculaires évidents sur la zone en question, voire sur une zone distante.
Névralgies résultantes L'apparition d'une névralgie soudaine ou insidieuse, directement ou indirectement liée à la zone vertébrale ou périphérique défaillante selon le parcours du nerf avoisinant les vertèbres ou l'articulation en question, peut être constatée.
Des signes tels que des paresthésies, dystonies musculaires, atonies musculaires, endormissements ou fourmillements au voisinage de la zone incriminée peuvent apparaître.
Aberrations posturales Un changement soudain de la posture générale du corps sera également un signe distinct de la nécessité de recourir aux manipulations du rachis ou des membres.
Principes biomécaniques et physiologiques La luxation articulaire est définie comme un déplacement évident entre deux os. La est un processus plus discret de déplacement entre deux articulations, pas nécessairement décelé sur une radiographie ou une imagerie à résonance magnétique.
D'après le Journal of Manipulative and Physio Therapy, les manipulations vertébrales auraient un effet significatif sur la neurologie du corps humain, et ce par le biais des nerfs rachidiens et les dysfonctionnements neurologiques inhérents à une perturbation mécanique d'une articulation entre deux vertèbres, appelée subluxation vertébrale. La subluxation vertébrale est susceptible de survenir entre n'importe quels segments jointifs de la colonne vertébrale, du coccyx aux hautes cervicales, affectant alors la « libre circulation de l'influx nerveux » au niveau du trou de conjugaison inter-vertébral.
Les articulations périphériques, lors d'un déplacement minime ou important, ont elles aussi un impact sur les nerfs au voisinage de la zone en question, que ce soit directement en exerçant une pression sur un nerf, ou indirectement si le déplacement osseux induit une hypertonicité musculaire susceptible de comprimer un nerf proche de la zone hypertonique.
Concept initial de subluxation vertébrale du rachis vignette|En bleu, le nerf rachidien susceptible d'être neurologiquement perturbé lors d'une compression due au déplacement de la vertèbre adjacente. Physiologiquement et biomécaniquement parlant, une fixation entre deux segments vertébraux ou un déplacement de l'un des deux en rapport à l'autre est associée à : une kinésiopathologie vertébrale., c'est-à-dire une diminution des amplitudes de mouvement entre deux segments vertébraux adjacents, ou une aberration de la mobilité de ces deux vertèbres ; une mobilité non fluide et saccadée à ce niveau lors de la flexion axiale du rachis par exemple ; une neuropathophysiologie, soit un état non optimal voire pathologique des fonctions neurologiques associées à l'articulation en état de subluxation, les nerfs se trouvant comprimés à hauteur du trou de conjugaison ; une myopathologie, c'est-à-dire une aberration des tonicités musculaires (hypo ou hyper-tonicité des muscles) adjacentes aux segments vertébraux en question, les muscles profonds par exemple, notamment les muscles transversaires épineux ; une physiopathologie, les tissus tels que les ligaments, tendons et tissus conjonctifs qui environnent la zone de subluxation vont se trouver modifiés physiologiquement, avec notamment : des œdèmes sur les ligaments et/ou tendons immédiatement adjacents ; une inflammation de ces derniers ; un tissu scareux, type cicatrice qui va s'installer dans le trou de conjugaison après une certaine période d'inflammation, impactant alors le bon déroulement neurologique des nerfs qui émanent de la zone ; une pathophysiologie, c'est-à-dire les conséquences pour l'organisme de la subluxation, qui seront de deux ordres : directs : lorsque le mouvement articulaire se trouve modifié à long terme, la qualité histologique de l'articulation peut s'en trouver affectée, avec des conséquences telles que l'arthrose, des ostéophytes, discopathies., etc. indirects : les fonctions neurologiques étant dès lors modifiées ou diminuées, toute structure de l'organisme irriguée par ce nerf en aval de la zone subluxée serait dès lors affectée. De ce fait, à long terme, un muscle par exemple pourrait s'atrophier à cause d'un influx nerveux aberrant venant l'irriguer.
Cas particulier de la charnière atlanto-occipitale Cette zone de la colonne, lorsqu'une subluxation vertébrale survient, constitue un cas particulier.
Outre les effets sur les trous de conjugaisons précédemment décrits, l'impact d'une perturbation articulaire de la zone occiput-atlas-axis (noté CO-C1-C2) va également influencer la moelle épinière, par le truchement des méninges (enveloppe rigide entourant cerveau et moelle épinière) ayant des attaches fixes sur les trois segments vertébraux précités. Lors d'un déplacement articulaire sur cette zone, une torsion ou compression des méninges aura très souvent un impact sur le positionnement de la moelle épinière, modifiant dès lors la physiologie neurologique de ce tissu. Les conséquences sont rarement prédictibles et souvent globales sur l'organisme dans son entier.
Cette région vertébrale a fait l'objet de travaux importants, notamment en chiropractie, par bon nombre de praticiens spécialisés sur la région des hautes cervicales, pour qui les manipulations vertébrales spécifiques et de faible intensité normalisent les articulations en question, rétablissant par là même la neurophysiologie du système nerveux central ayant été affectée.
Subluxations des membres périphériques vignette|On voit ici nettement une phalange distale en état de subluxation respectivement à sa phalange proximale correspondante. Celles-ci suivent également la règle précitée de subluxation articulaire avec des conséquences neurologiques dans certains cas. Néanmoins, les conséquences de déplacements osseux sur les parties périphériques du corps sont souvent beaucoup plus prévisibles en termes de conséquences sur les fonctions nerveuses, tant au niveau moteur qu'au niveau sensoriel, ou encore pour ce qui est des fonctions végétatives (épidermiques et circulatoires notamment)
Manipulations et effets physiologiques L'université des sciences de Lyon I. décrit les manipulations comme un mouvement rapide porté sur des structures articulaires afin d'augmenter leurs amplitudes de mouvements fonctionnels à un instant donné, sans dépasser leurs amplitudes propres anatomiques. Les manipulations vertébrales ou périphériques sont prodiguées afin de soulager une zone localement douloureuse, mais aussi parfois afin d'éradiquer un symptôme anatomiquement distant et en apparence non relié à une structure articulaire fonctionnellement défaillante.
La manipulation de toute structure articulaire du corps humain s'accompagne souvent d'un phénomène de cavitation, une accumulation de gaz au sein de l'articulation qui, par effet de surpression, produira un craquement audible lors de l'acte manipulatif lorsque le gaz s'échappera de son confinement local.
Principes thérapeutiques Acte thérapeutique local L'approche strictement localisée des manipulations du rachis ou des membres supérieurs ou inférieurs fut, de tout temps la réponse logique à un déplacement articulaire manifeste chez tout patient, puis dans une moindre mesure lors de l'avènement des anti-inflammatoires en médecine contemporaine. L'acte dit local sera administré lors d'une symptomatologie simplement sur la zone incriminée. Une douleur à un coude, par exemple, associée à une diminution de l'amplitude de mouvement de ce dernier pourra inciter le praticien à prodiguer une manipulation de l'articulation en question.
Il est à noter que lors d'une manipulation articulaire, vertébrale notamment, on observe une émission d'hormone telle que le cortisol, cet anti-douleur naturel qui va contribuer à un ressenti de bien-être après un traitement en thérapie manuelle. L'observation en a été faite à maintes reprises, notamment dans cette étude récente parue en 2017..
Acte thérapeutique de causalité vignette|Phénomène d'échappement gazeux au sein d'une articulation synoviale standard : la cavitation articulaire. L'approche vitaliste ou holistique d'un symptôme consistera à étudier toute structure articulaire de l'organisme (dans ce cas présent) sans se préoccuper de la pathologie ou de l'ensemble des symptômes présentés par le patient. La chiropractie, entre autres, enseigna dès ses débuts ces relations de causes à effets. Il en va de même pour l'ostéopathie. Le fait est qu'il s'avère anatomiquement vrai qu'une compression nerveuse sur une zone vertébrale donnée aura potentiellement un impact sur des fonctions neurovégétatives, par exemple. Ainsi, la compression d'un nerf dorsal irriguant les intestins pourrait engendrer un dérèglement des fonctions digestives, dans ce cas précis.
Les manipulations sont aussi possibles sur des articulations en apparence immobiles, telles que les symphyses, comme le suggère cette étude américaine sur la symphyse pubienne avec des effets bénéfiques sur le plan viscéral, notamment ici sur le fonctionnement de la vessie.