Marthe de Vogüé, née le à Paris et morte le dans la même ville, plus connue sous son titre de marquise de Mac Mahon, est une militante politique française, animatrice des des années 1900 à sa mort. Elle est alors la principale figure féminine de l'Action française.

Biographie Marthe Marie-Thérèse de Vogüé, née à Paris, est la fille de Melchior de Vogüé, diplomate et notable agrarien, président de la traditionnelle et conservatrice Société des agriculteurs de France, et de son épouse Marguerite de VogüéBruno Dumons, L’Action française au féminin. Réseaux et figures de militantes au début du , dans Collectif, L’Action française: culture, société, politique, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008.

Le , elle épouse Charles-Marie de Mac Mahon, de la branche ainée de la famille de Mac Mahon, officier démissionnaire. Le couple a une fille, Henriette, qui ne vit que cinq jours (du au ). Son mari, né en 1856, meurt en 1894 ; elle reste veuve. Il était le petit-fils du frère aîné du maréchal Patrice de Mac Mahon, président de la République de 1873 à 1879Nouvelle Bourgogne, 28 octobre 1894.

Elle hérite de son mari le château de Sully (Saône-et-Loire). C'est elle qui ordonne de nombreux travaux tels que la façade sud de style néo-Renaissance ainsi que la remise en activité des douves. Elle vit aussi dans un hôtel particulier à Paris, rue Fabert, dans le arrondissement.

Ses obsèques en ont lieu à l'église de Sully ; l'allocution funèbre est prononcée par le curé de Sully, l'abbé Paul Muguet, le Paul Muguet sur data.bnf.

Engagement dans l'Action Française La marquise de Mac Mahon possède à proximité de son château une école privée où enseignent des religieuses, sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Sous le gouvernement d'Émile Combes, qui mène une politique anticléricale contre les écoles tenues par des congrégations religieuses, en application de la loi du sur les associations, ces religieuses sont expulsées en , malgré la résistance de la marquise de Mac Mahon, relayée par la presseLe Gaulois, 4 août 1902, Le Petit Journal, 6 août 1902, Le Gaulois, 7 août 1902, Ibid., 10 août 1902 (déclaration aux habitants de Sully).

En 1903, elle devient l'une des vice-présidentes d'un comité central des dames royalistes de France, fondé l'année précédente à l'initiative de Paul Bézine, chef du bureau politique du prétendant exilé, Philippe d'Orléans, qui porte le titre de duc d'Orléans. Ce comité est présidé par la duchesse de MortemartLe Soleil, 9 janvier 1902, La Vérité, 8 juillet 1902, La Gazette, 4 octobre 1902, Le Soleil, 7 mai 1903. La marquise de Mac Mahon n'est alors pas citée et n'apparait donc pas comme la fondatrice de l'association, contrairement à ce qu'écrit Camille Cléret : Camille Cleret, Genre et engagement : les ressorts de l’engagement féminin d’Action française (années 1900-années 1930), En Envor, revue d'histoire contemporaine en Bretagne, .. Elle en prend la présidence à la mort de cette dernière, en "Nécrologie", La Gazette, 27 mars 1904, Le Figaro, 5 avril 1904, Le Petit Moniteur universel, 5 juin 1904.. Elle multiplie alors les conférences et prend la parole lors de congrès et réunions royalistes, aux côtés des diverses personnalités du monde monarchiste orléaniste, des hommes pour la plupart La Gazette, 15 mars 1904, La Gazette, 23 août 1904, La Lanterne, 24 août 1904 (point de vue républicain et anticlérical), Le Soleil, 21 décembre 1904, La Mayenne, 15 juin 1905, Le Soleil, 18 juillet 1905, Le Soleil, 24 juin 1906, assumant haïr la RépubliqueL’Avenir de la Mayenne, 11 juin 1905 (Lettre de la marquise). En , elle est la seule femme figurant au comité de patronage du quotidien royaliste La Gazette de FranceLa Gazette, 26 décembre 1905.

Elle participe à partir de 1903 à une œuvre charitable fondée à l'initiative (ou plutôt au nom) de la duchesse d'Orléans, l'Œuvre Notre-Dame de France, qui notamment distribue des vêtements aux pauvres en hiver, et préside cette association. Ses activités charitables sont inséparables de ses convictions antirépublicaines et catholiques et du réseau des comités royalistes féminins et aristocratiquesLa Gazette, 29 décembre 1903, La Gazette, 28 mai 1905, Ibid., 29 mai 1905, Ibid., 9 décembre 1905, Ibid., 13 février 1913. vignette|283x283px|Marthe de Vogüé lors d'une réunion du comité d'Action française des Hautes-Pyrénées à Tarbes en 1913 (deuxième femme au centre). Royaliste et catholique, elle fait partie en des quelques femmes qui accompagnent les catholiques opposés à l'inventaire de la basilique Sainte-Clotilde de Paris et de l'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou dans le arrondissement, à la suite de la Loi de séparation des Églises et de l'État de 1905. Le compte-rendu du journal catholique L'Univers souligne ainsi : L'Univers, 3 février 1906, La Gazette de France, 3 février 1906, L'Eclair, 3 février 1906, Chez la marquise de Mac-Mahon, Le Gaulois, 3 février 1906.

Ses conférences et ses réseaux l'amènent à rencontrer les dirigeants de l'Action française comme Charles Maurras et Henri Vaugeois et à participer à des réunions de cette ligue royaliste et nationaliste en province, parfois à l'appel de femmes de l'aristocratie membres de l'œuvre de Notre-Dame de FranceBruno Dumons, L’Action française au féminin. Réseaux et figures de militantes au début du , dans Collectif, L’Action française: culture, société, politique, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008 (Lire en ligne). Elle milite pour leur cause commune et porte dès lors la parole royaliste dans de nombreuses réunions de l'AFLe Gaulois, 21 février 1910Bruno Dumons, op. cit.. De à , elle participe ainsi à 96 réunions à Paris et en provinceAnne-Catherine Schmidt-Trimborn, La ligue d’action française : mode d’organisation et pratiques culturelles, sociales et politiques (1905-1936), Histoire, Université de Lorraine, 2017, (Lire en ligne). Son association de dames royalistes, née dans la mouvance des milieux orléanistes, est d'abord autonome au sein de l'AF. La marquise patronne les premiers pas de l'association des jeunes filles royalistes, sous l'égide de l'AF, en 1907-1908 ; des réunions qu'elle préside ont lieu à son domicile parisienLa Gazette de France, 14 mars 1907, Association des jeunes filles royalistes de France, Ibid., 30 mai 1907, Association des jeunes filles royalistes, L'Action française, 28 mars 1908, La Gazette de France, 7 juin 1908, L'Action française, 7 juin 1908. Elle préside la deuxième séance du congrès de l'AF en .

Ancienne adhérente à ses débuts de la Ligue patriotique des Françaises, cette catholique a comme directeur de conscience le bénédictin Dom Besse, avec lequel elle entretient une correspondance. Ce dernier, très favorable à l'AF - il collabore au quotidien de Maurras - , encourage la défense de l'Église par les femmes au moyen de l'apostolat mais aussi de la politique, justifie l'engagement en faveur de l'AF, malgré les critiques d'une partie de l'épiscopat et d'autres catholiques, ralliés à la République à la demande du pape Léon XIII, et recommande d'agir en conscience, quitte à passer outre aux recommandations épiscopalesMagali Della Suda, La politique dans la sacristie, dans Collectif, La politique sans en avoir l'air: Aspects de la politique informelle , Presses universitaires de Rennes, 2019 .

En 1910-1911, l'AF traverse une crise ; elle est temporairement désavouée par le prétendant orléaniste et le nouveau dirigeant du bureau politique du duc d'Orléans, Henri de Larègle, s'avère hostile à l'AF. La crise provoque des démissions et des scissions au sein des comités royalistesAnne-Catherine Schmidt-Trimborn, op. cit., . La marquise de Mac Mahon reste fidèle à l'AF, acceptant en 1911 selon Maurras la présidence d'honneur des Dames d'AF tandis que L'Action française souligne que les comités de dames royalistes, placés jusqu'alors sous l'autorité de comités royalistes masculins, en voie de dissolution, sont en crise et que certains rejoignent la marquiseL'Action française, 15 janvier 1911 (Lettre de la marquise), "Les comités de dames royalistes", Ibid.,20 janvier 1911. La marquise, hostile à Larègle, fait partie des personnalités qui s'entremettent auprès du duc d'Orléans ; ce dernier décide de démettre Henri de Larègle et d'appuyer à nouveau l'AFAnne-Catherine Schmidt-Trimborn, op. cit., . Elle est dès lors l'animatrice des Dames et des Jeunes filles d'AF, à la tête desquelles elle défile à l'occasion des fêtes en l'honneur de Jeanne d'Arc, avant la Première Guerre mondialeL'Action française, 3 mai 1913, Ibid., 5 mai 1913. et après. Les comités de l'Œuvre Notre-Dame de France qu'elle préside ont rejoint l'AFL'Action française, 21 avril 1911, Ibid., 2 décembre 1911, Ibid., 22 octobre 1912, "L'Action française dans les provinces", L'Action française, 13 janvier 1913.

L'AF la présente comme la présidente de l'Association des dames royalistes d'Action française à partir des années 1910L'Action française, 5 mai 1913, Ibid., 19 février 1914, L'Action française, 10 avril 1920Almanach de l'Action française, 1919, (en ligne dans Gallica). Elle est la présidente d'honneur du banquet de clôture du congrès de l'AF de 1920L'Action française, 21 mars 1920.

À sa mort en , Charles Maurras lui rend hommage dans un éditorial du quotidien L'Action française. Léon Daudet évoque sa et sa dans son ouvrage de souvenirs :

Références

Bibliographie Bruno Dumons, L’Action française au féminin : réseaux et figures de militantes au début du dans Michel Leymarie, Jacques Prévotat (dir.), L’Action française: culture, société, politique, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008 (Lire en ligne) Camille Cleret, « De la charité à la politique : l'engagement féminin d'Action française », dans Parlement[s], Revue d'histoire politique, , 2013, ( Lire en ligne).

Camille Cléret, Genre et engagement : les ressorts de l’engagement féminin d’Action française (années 1900-années 1930), En Envor, revue d'histoire contemporaine en Bretagne, ( Lire en ligne

Camille Cléret, « Des militantes nationalistes et féministes sous la Troisième République ? », Baptiste Roger-Lacan (dir.), Nouvelle histoire de l’extrême droite, France 1780-2025, Seuil, collection « L'Univers historique », 2025 Léon Daudet, Souvenirs et polémiques, Paris, Laffont, 1992.

Liens externes

Articles connexes

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