Es'kia Mphahlele (Pretoria, 1919 - , 2008) est un écrivain, éducateur, artiste et activiste sud-africain connu comme étant le père de l'humanisme africain et l'une des figures fondatrices de la littérature africaine moderne.
Né Ezekiel Mphahlele, il change de prénom en 1977 pour Es'kia.
En tant qu'écrivain, il a puisé dans ses propres expériences en Afrique du Sud comme en dehors pour produire ses nouvelles, fictions, autobiographies et ouvrages d'histoire, et développer le concept d'humanisme africain. Il a évoqué l'expérience des Noirs sous l'apartheid dans (1959) et a relaté sa lutte pour l'éducation et les échecs de sa carrière d'enseignant...
Mphahlele a écrit deux autobiographies, plus de trente nouvelles, deux pièces de théâtre et plusieurs poèmes. Il est considéré comme le ..
Il a reçu de nombreux prix internationaux. En 1969, il est nommé pour le prix Nobel de littérature et en 1984, le gouvernement français lui décerne l'ordre des Palmes académiques pour sa contribution à la langue et à la culture françaises. Il a reçu le prix Crystal du Forum économique mondial 1998 pour services exceptionnels rendus aux arts et à l'éducation. En 1998, l'ancien président Nelson Mandela a décerné à Mphahlele l'ordre de la Croix du Sud, la plus haute distinction accordée par le gouvernement sud-africain (l'équivalent aujourd'hui de l'ordre de Mapungubwe)..
Biographie Jeunesse et études Eskia Mphahlele naît à Marabastad, un quartier de Pretoria, dans l'Union d'Afrique du Sud, en 1919. Dès l'âge de cinq ans, il part vivre avec sa grand-mère paternelle dans le village de Maupaneng, dans la province de Limpopo, où il élève du bétail et des chèvres. Par la suite, sa mère, Eva, l'emmène vivre avec elle à Marabastad avec ses deux frères et sœurs, à l'âge de 12 ans.
À l'âge de 15 ans, Mphahlele s'inscrit à l'école secondaire St Peters, à , dans la banlieue de Johannesbourg. Il termine ses études secondaires par des études privées, qu'il poursuit jusqu'à son doctorat. Il obtient un « » et reçoit son certificat de commission d'inscription commune de l'université d'Afrique du Sud en 1943. Pendant qu'il enseigne à l'Orlando High School, Mphahlele obtient son BA en 1949 de l'université d'Afrique du Sud avec une spécialisation en anglais, en psychologie et en administration africaine. En 1949, il reçoit son baccalauréat spécialisé en anglais de la même institution. Tout en travaillant pour le magazine , Mphahlele entre dans l’histoire en devenant le premier diplômé de maîtrise d'anglais avec distinction à l'université d'Afrique du Sud en 1957, avec la thèse Le personnage non européen dans la fiction anglaise sud-africaine ().
De 1966 à 1968, sous le parrainage de la fondation Farfield, Mphahlele devient professeur associé au Département d’anglais de l’université de Denver, au Colorado, où il obtient son doctorat en écriture créative. Au lieu d'une thèse, il écrit un roman intitulé . Il reçoit le premier prix du meilleur roman africain (1968-1969) de la revue de l'université de Californie à Los Angeles.
Carrière de professeur
Mphahlele obtient son brevet d'enseignement à l'Adams College en 1940. Il travaille à l'Institut Ezenzeleni Blind en tant qu'enseignant et dactylographe, de 1941 à 1945. Es'kia et sa famille déménagent à Orlando East, près de l'historique lycée d'Orlando, à Soweto. Il rejoint l’école en 1945 en tant que professeur d’anglais et d’afrikaans. En compagnie de nombreux jeunes enseignants, il devient actif au sein de la Transvaal African Teachers Association (TATA). La Commission Eislen sur l'éducation autochtone de 1949, inspirée par le docteur Hendrik Verwoerd, récemment élu ministre des Affaires autochtones du Parti national, avait recommandé un système d'éducation totalement nouveau pour les Africains. TATA, avec d'autres organisations d'enseignants du Cap, l'État libre et le Natal, a pris les mesures qui s'imposaient pour s'y opposer. Pour sa participation à cette agitation, Mphahlele, Isaac Matlare et ont été démis de leurs fonctions en ..
À la suite de sa protestation contre l'introduction du (loi sur l'éducation des Bantous), le gouvernement de l'apartheid lui interdit d'enseigner en Afrique du Sud.
Vie en exil
Mphahlele quitte l'Afrique du Sud et s'exile au Nigéria. Il y enseigne dans un lycée pendant 15 mois, puis à l'université d'Ibadan, dans le cadre de leur programme de vulgarisation. Il travaille également au CMS Grammar School, à Lagos puis au département d'études extra-murales de l'université d'Ibadan, se rendant dans divers districts périphériques pour enseigner aux adultes. Basé à Paris, il devient conférencier invité au Massachusetts Institute of Technology. Il enseigne également en Suède, en France, au Danemark, en Finlande, en Allemagne, en Sierra Leone, au Ghana, au Sénégal et au Nigéria. Mphahlele croit que l'éducation alternative peut ouvrir la voie à un système éducatif transformateur et humain pour tous..
Nigeria (1957–1961) Mphahlele vit quatre ans au Nigeria avec sa famille. Il écrit : Il travaille avec les meilleurs auteurs et artistes nigérians : le dramaturge, poète et romancier Wole Soyinka ; les poètes Gabriel Okara et Mabel Segun ; le romancier Amos Tutuola ; le sculpteur Ben Enwonwu ; et les peintres et Uche Okeke, notamment. Ses visites au Ghana deviennent fréquentes car chaque voyage agrandit son réseau. L'université du Ghana l'invite à animer des ateliers d'écriture extra-muros. Il y rencontre Kofi Awoonor (alors George Awoonor Williams), la dramaturge Efua Sutherland, le poète , le musicologue Joseph Hanson Kwabena Nketia, l'historien J. B. Danquah, le poète et le sculpteur Vincent Kofi.
En , Mphahlele assiste à la première organisée par Kwame Nkrumah à Accra, au Ghana. Mphahlele se souvient de sa rencontre avec et Jordan Ngubane, qui représentaient le point de vue libéral sud-africain. C’est lors de cette conférence que Mphahlele rencontre Kenneth Kaunda et écoute Frantz Fanon prononcer un discours enflammé contre le colonialisme. Rebecca, son épouse, retourne en Afrique du Sud vers la fin 1959 pour donner naissance à leur dernier-né, Chabi. Ils reviennent en ; ils se trouvent au Nigéria quand a lieu le massacre de Sharpeville, un mois plus tard. Mphahlele déclare :
France (1961-1963) Mphahlele déménage avec sa famille en France en . Il est nommé directeur du programme africain du Congrès pour la liberté de la culture et se rend à Paris, où il s'installe sur le boulevard du Montparnasse, à quelques rues des brasseries Le Select et La Coupole. Leur appartement devient alors rapidement une sorte de carrefour d'écrivains et d'artistes : l'artiste éthiopien Skunder Boghossian ; Wole Soyinka ; le poète gambien ; le poète sud-africain en exil Mazisi Kunene ; le poète ghanéen et son ami ; et Gerard Sekoto. C'est lors de son séjour en France que Mphahlele est invité par Ulli Beier et d'autres écrivains nigérians à participer à la création du Mbari Club des écrivains et artistes à Ibadan. Ils recueillent des fonds auprès de la Fondation Merrill à New York pour financer Mbari Publications, une entreprise créée par le club. Les œuvres de Wole Soyinka, Lenrie Peters et d'autres ont d'abord été publiées par celle-ci, avant de trouver le chemin des maisons commerciales. Il édite et collabore à la revue , journal littéraire basé à Ibadan. Il effectue des tournées et travaille dans les principales villes africaines, notamment Kampala, Brazzaville, Yaoundé, Accra, Abidjan, Freetown et Dakar. Il a également participé à des séminaires en Suède, au Danemark, en Finlande, en Allemagne de l'Ouest, en Italie et aux États-Unis.
Es'kia Mphahlele crée ensuite un Mbari Center à Enugu, au Nigéria, sous la direction de John Enekwe. En 1962, ils organisent à l'université Makerere de Kampala (Ouganda) la première , à laquelle assistent également leurs compatriotes sud-africains, Bob Leshoai, en tournée, et Neville Rubin, qui publie un journal de commentaires politiques en Afrique du Sud. Deux conférences, l'une à Dakar et l'autre à Freetown sont organisés en 1963. Leur objectif est de débattre de la place de la littérature africaine dans les programmes universitaires : ils souhaitent en effet soutenir son intégration en tant que domaine d'étude important dans le cadre universitaire, alors qu'elle est traditionnellement transférée dans des départements extra-muros et des instituts d'études africaines spécialisés. Mphahlele n'avait prévu de rester à Paris que deux ans, après quoi il retournerait à l'enseignement ; ces expériences le rendent désireux de retourner en classe.
Kenya (1963–1966) John Hunt, directeur exécutif du Congrès pour la liberté de la culture, a suggéré que Mphahlele établisse à Nairobi un centre comme le Mbari Center du Nigeria. Mphahlele arrive ainsi à Nairobi en , tandis que le mois de décembre de cette même année, le pays prend son indépendance du Royaume-Uni. Quand Rebecca et ses enfants arrivent, Mphahlele a déjà acheté une maison, après avoir été hébergé par le peintre tanzanien Elimo Njau. Ce dernier suggère un nom qui plait à tout le monde, pour le centre culturel : Chemchemi, Kiswahili pour « fontaine ». En quelques mois, ils transforment un entrepôt en bureaux, avec un petit auditorium pour le théâtre expérimental et des concerts intimes, et une galerie d'art. Njau dirige la galerie d'art sur une base volontaire. Il monte avec succès des expositions d'artistes ougandais, tels que Kyeyune et Msango, et de son propre travail.
Leurs participants viennent des et autres lieux hérités de l'époque coloniale. Mphahlele se rend dans des quartiers où il est invité à organiser des ateliers d'écriture dans des écoles, accompagné par le groupe de théâtre du centre. Leur voyage a été bien documenté dans Busara, édité par Ngugi wa Thiong'o et Zuka, édité par Kariara. Lorsque l'Alliance High School for Girls (juste à l'extérieur de Nairobi) lui demande d'écrire une pièce pour son festival annuel de théâtre à la place du Shakespeare traditionnel, Mphahlele adapte de Grace Ogot, une nouvelle, et appelle la pièce . , a-t-il déclaré. Après deux ans à œuvrer ainsi dans les , Mphahlele refuse un poste de chargé de cours à l', qui ne lui proposait qu'un contrat d'un an.
Colorado, États-Unis (1966–1974) En , Mphahlele et sa famille partent s'installer au Colorado (États-Unis), où il rejoint le département d'anglais de l'université de Denver. L'université accorde à Mphahlele une dispense de frais de scolarité pour le travail de cours qu'il doit effectuer avant de pouvoir être admis en doctorat. Il paye lui-même et .
Philadelphie (1974–1977) La famille Mphahlele arrive à Philadelphie en et achète une maison à Wayne, à quelque 24 kilomètres de la ville. Mphahlele est sur le point de commencer une carrière de chargé de cours à l'université de Pennsylvanie en septembre de la même année.
Mphahlele passe son temps à Philadelphie à enseigner, écrire et n'a de cesse de penser à rentrer chez lui en Afrique du Sud. Depuis leur séjour à Denver, Rebecca et lui souhaitent ardemment être de nouveau en Afrique, et toute autre chose que l'Afrique du Sud ne serait qu'une aventure. Ils aspirent à la communauté, un milieu culturel dans lequel leurs travaux pourraient être pertinents. Considérés comme des ressortissants britanniques, ils doivent s'adresser au gouvernement sud-africain par l'intermédiaire d'un seul responsable, le Dr CN Phatudi, alors ministre en chef de Lebowa, qui accepte de les représenter. Alors que leur demande est en cours de traitement, ce qui prend plus de cinq ans, ses livres sont toujours interdits en Afrique du Sud.
Retour en Afrique du Sud Mphahlele pose les pieds sur le sol sud-africain le à l'aéroport Jan-Smuts (aujourd'hui aéroport international OR Tambo). Il est invité par le Black Studies Institute de Johannesbourg à lire un article lors de sa conférence inaugurale. Il rappelle :