Pierre de Bérulle, né le à Cérilly et mort le à Paris, est un homme d'Église et homme d'État français. Créé cardinal par le pape Urbain VIII le , ce représentant majeur de l'École française de spiritualité est le fondateur de la Société de l'Oratoire.

Biographie

Origine et formation Pierre de BérulleGustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du , tome 4, pages 151 à 154 Bérulle (de). naît au château de Cérilly (aujourd'hui dans l'Yonne) à côté du village de Bérulle, (aujourd'hui dans l'Aube), près d'Aix-en-Othe. Il étudie auprès des jésuites et à l'Université de Paris et, encore jeune, il écrit un Discours sur l'abnégation intérieure. Il est ordonné en 1599.

En 1599, il exorcise Marthe Brossier, qu'il tient pour une possédée. contre l'avis du médecin Michel Marescot qui voit en elle une simulatrice..

En 1600, il est remarqué par Henri IV lors de la controverse publique de Fontainebleau : il aide le cardinal Duperron dans ses entrevues avec les protestants (dont Philippe de Mornay). En 1602, il fait la rencontre de François de SalesPierre de Bérulle, apôtre du Verbe Incarné..

Les Carmélites réformées et la Société de l'Oratoire vignette|gauche|Pierre de Bérulle et Barbe Acarie fondent les Carmélites, Église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux.Il introduit en 1604 en France les carmélites réformées par Thérèse d'Avila, indépendamment de l'ordre des Carmes déchaux. Il fonde avec Barbe Acarie leur premier couvent, le couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques.

Il est surtout à l'origine de la Société de l'Oratoire qu'il crée en France le sur le modèle de la Congrégation de l'oratoire formée en 1575 à Rome par Philippe Néri. Eu égard aux différences de temps et de lieu, la congrégation française diffère de l'Oratoire italien sur quelques points importants. « La grande intuition de Bérulle, formé auprès des chartreux et des jésuites, est de proposer aux prêtres séculiers les moyens d'une authentique vie spirituelle. A leur tour, ils pourront guider le peuple chrétienP. Keith Beaumont, in Quotidien La Croix, 30 juillet 2012 p.17. ». Ainsi naît l'idée originale de l'Oratoire : une congrégation de prêtres vivant en commun, devant « tendre courageusement à la perfection de la vie évangélique », mais sans prononcer de vœux solennels, au service des évêques.

En l'espace de 18 ans, Bérulle fonde 60 maisons de l'Oratoire et 40 carmels. Les oratoriens français participent ainsi activement à la réforme du clergé au . Le jésuite Coton disait de cette congrégation qu'elle était « nécessaire pour l'Église » et François de Sales a déclaré de son côté qu'il ne connaissait « rien de plus saint et de plus utile pour l'Église et pour Dieu ».

Cardinal et homme d’État vignette|261x261px|Portrait du cardinal de Bérulle, par Philippe de Champaigne. En 1625, Bérulle accompagne en Angleterre Henriette-Marie de France, fille du roi Henri IV, qui va se marier avec Charles d'Angleterre, et est son aumônier pendant la première année de son séjour en Angleterre. En 1627 il est créé cardinal, dignité qu'il aurait refusée sans l'ordre exprès que lui fait le pape de l'accepter. Il reçoit du pape Urbain VIII le bref apostolique du ordonnant de rattacher la Société de Bretagne à la congrégation de Saint-Maur, sur la demande du nonce Bernardino SpadaLe Prieuré royal de Saint-Magloire de Léhon (Rattachement à la Congrégation de Saint-Maur)..

Bérulle joue également un rôle important comme homme d'État en devenant chef du Conseil de la reine mère Marie de Médicis. Il est en outre l'un des membres influents du parti dévot, ce qui lui vaut l'inimitié du cardinal de Richelieu. Après qu'il a réconcilié Louis XIII avec sa mère Marie de Médicis, il est nommé conseiller d'État, mais en raison de sa politique favorable à l'Autriche et opposée à celle de Richelieu, celui-ci l'écarte rapidement du pouvoir. En 1630, le parti dévot disparaîtra à la suite de la Journée des dupesPierre de Bérulle, homme politique malgré lui..

En La date est incertaine ; Henri Gouhier, dans La Pensée religieuse de Descartes, p. 58, avance d'autres dates : fin de l'année 1628 avec quelques raisons d'envisager aussi mai 1628., lors d'une conférence chez le nonce Giovanni Francesco Guidi di Bagno donnée par le sieur de Chandoux, Bérulle fait à Descartes une obligation de conscience de contribuer à la réforme de la philosophie et à l'apologétiqueJean-François de Raymond, Pierre Chanut, ami de Descartes, un diplomate philosophe, Beauchesne, 1999, p. 38, lire en ligne.

Mort et postérité Pierre de Bérulle meurt subitement en célébrant la messe, le , âgé de 54 ans. Son cœur est inhumé à part, dans la chapelle Sainte-Madeleine du couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques - le cénotaphe est aujourd'hui au musée du Louvre-Lens. Son corps trouve place dans la chapelle à gauche du chœur de la l'église royale de l'Oratoire du Louvre, face au palais du Louvre et siège de la Congrégation de l'Oratoire.

Saccagée à la Révolution, l'église est désaffectée, utilisée comme magasin de stockage des décors de la Comédie-Française, puis donnée aux protestants réformés par Napoléon Ier en 1811, en dédommagement de l'église Saint-Louis-du-Louvre. Une frise est toujours en place dans le temple, derrière les stalles, et le buste du monument se trouve aujourd'hui dans le déambulatoire de l'église Saint-Eustache de Paris, nouveau siège de la congrégation depuis 1922.

Depuis 1955, ses restes sont inhumés dans la chapelle du collège de Juilly (collège oratorien) avec Charles de Condren, son successeur et fondateur de cet établissement.

Spiritualité Pierre de Bérulle occupe dans l'histoire de la spiritualité une place majeure qui va imprégner l'Église de France au et au-delàLa Croix, 30 juillet 2012, p. 16- 17.. La mystique est alors très abstraite : . Le pape voit en lui l'« Apôtre du Verbe incarné ».En 1607, année décisive pour son avenir, Bérulle refuse le préceptorat du dauphin et se consacre à la personne du Verbe incarné, selon son expression. Cela aboutit à la rédaction du Discours de l'Estat et des grandeurs de Jésus en 1623 qui est la somme de ses contemplations mystiques, reliant l'humanité du Christ à l'être essentiel de Dieu.

On reconnaît en lui l'initiateur de ce que l'on a appelé « l'École française de spiritualité », qui a durablement marqué le clergé français, à travers de nombreuses familles religieuses : Oratoriens, Eudistes, Sulpiciens, Lazaristes...

Pierre de Bérulle, selon Louis-Marie Grignion de Montfort, étendit en France la dévotion à MarieLouis Marie Grignion de Montfort, Le Livre d'or Paris, Nouvelle Cité, 1989 pp. 198-199 .

La lecture des mystiques rhéno-flamands lui offre le fondement de son programme spirituel : l'adoration du mystère de Dieu devant qui l'on s'éffaceLes 14 mystères de l'Évangile - La culture gréco-romaine du début de notre ère vit se propager ce que l'on a appelé les religions à mystères alors que se développait, parallèlement, ce que l'on allait nommer plus tard le christianisme.. C'est le « théocentrisme » de Bérulle, où l'on cesse de se soucier de soi en regardant le Christ :

Œuvres littéraires complètes Il compose de nombreux ouvrages, dont les plus connus sont «Le Discours de l'état et des grandeurs de Jésus», «La vie de Jésus» (inachevé), «Mémorial de direction», «L'élévation sur Sainte Madeleine». Mais ses œuvres - en raison de leur style baroque, trop complexe, flamboyant, difficile d'accès - n'ont pas le même succès que celles de son contemporain François de Sales, plus simple et plus proche de la langue classique.

L'édition critique de ses œuvres complètes est en cours. Huit volumes, contenant toutes ses œuvres, ainsi que deux volumes sur cinq de sa correspondance, sont maintenant disponibles aux éditions du Cerf. La vie de Jésus, Historicité et vie mystique : la vie de Jésus du cardinal de Bérulle, Cerf, 1989Joseph Beaude « Historicité et vie mystique : la Vie de Jésus du cardinal de Bérulle » Vol. 49, No. 4, Histoire et Philosophie (octobre-décembre 1986) pp. 571-582 (12 pages)..

Conversion Le journaliste Maurice Clavel dut sa conversion à la lecture du livre de Paul CochoisPaul Cochois. Bérulle et l'École française. Bérulle et l'École française (Seuil, 1963)Article d'Henri Caffarel, dans La Croix, 18 mai 1979..

Notes et références

Annexes

Articles connexes

Bibliographie Sources anciennes « Bérulle, Pierre de » Dictionnaire de spiritualité, tome 1, p.  1539 sq Pierre de Bérulle cardinal, dans Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, chez Antoine Dezallier, 1697, tome 1, (lire en ligne) Pierre de Bérulle, cardinal, dans Louis Ellies Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du , chez André Pralard, Paris, 1719, tome 2, (lire en ligne) Jean-Félix Nourrisson, Le cardinal de Bérulle, sa Vie et ses Écrits, 1856 Abbé Michel Houssaye, M. de Bérulle et les Carmélites ; Le Père de Bérulle et l'oratoire de Jésus ; Le Cardinal de Bérulle et Richelieu, 3 volumes, 1872-1876)

Historiographie récente Jean Dagens, Bérulle et les origines de la restauration catholique (1575-1611), Desclée de Brouwer, 1952 Jean Orcibal, Le Cardinal de Bérulle. Évolutions d'une spiritualité, Paris, Cerf, 1965

Liens externes

Richard Cadoux, Oratoire du Louvre, « Pierre de Bérulle et les protestants »

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