Jean Pierre Thomas de Boisgiraud, né le à Gémozac (alors en Charente-Inférieure) et mort le à Montplaisir près de Mirambeau et enterré à GémozacBulletin de la Société des archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, 1876 p 329. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2139923/f283.image, est un physicien et chimiste français, qui fut le troisième doyen de la Faculté des sciences de Toulouse.

Biographie alt=Jean Pierre Thomas de Boisgiraud|vignette|Le Professeur Jean Pierre Thomas de Boisgiraud, Doyen de la faculté des sciences de Toulouse par Amédée Denisse, photographe, vers 1860. En tant que chrétien protestant, il eut des difficultés à être nommé doyen à la faculté des sciences de Toulouse. Ses qualités humaines et universitaires convainquirent les autorités religieuses toulousaines, en particulier Anne-Antoine-Jules cardinal de Clermont Tonnerre, archevêque de Toulouse, de permettre sa nomination. Polytechnicien, il a défendu Paris contre les forces alliées opposées à Napoléon fin . L'École Polytechnique dissoute, il assista aux changements de régimes puis démissionna du régiment de la garde nationale (où avaient été incorporés les polytechniciens).

Répétiteur à l'école militaire de St Cyr, il s'intéressa aux travaux d'Arago sur l'électromagnétisme et fit un mémoire publié par l’Académie des sciences en 1820. Ainsi, sorti de l'anonymat, il devint professeur suppléant des sciences physiques au collège royal de Poitiers, où il dut passer ses baccalauréats es lettres et es Sciences. Il est nommé professeur titulaire six ans plus tard.

Il arrive à Toulouse le pour occuper la chaire de physique de la faculté des sciences de Toulouse, laissée vacante par le décès de Jean-Louis AssiotPierre Genevray, Professeurs protestants dans l’enseignement supérieur pendant la restauration. II. A Poitiers et Toulouse M de Boisgiraud. Bulletin société de l'histoire du protestantisme français, 1940, p 164-181.. Au décès de Pierre Dispan, professeur de chimie dans la même faculté, il demande à en être chargé. Auguste Pinaud le remplace sur la chaire de physique. À la mort de Jean François Romieu, doyen, Boisgiraud fut chargé du décanat de la faculté, et le demeura jusqu’à la nomination de Lucien Molins. en . Il obtint le titre de doyen honoraire jusqu'à son décès.

La jeunesse Gémozac est un gros bourg de Saintonge en Charente-Maritime à de Bordeaux et 35 km de Cognac. A la fin du siècle, la commune s’enrichit grâce à la prospérité de l’agriculture et du commerce d’eau-de-vie. La Constituante fera de cette petite ville un chef-lieu de canton.

Une communauté protestante y prospère et son temple, qui avait été démoli après la révocation de l’édit de Nantes, est reconstruit en 1774. La communauté réformée inclut une bourgeoisie protestante fortunée bien implantée dans le négoce des vins, des eaux-de-vie de cognac et des céréales. C’est sur le riche domaine de Boisgiraud à Gémozac que Jean-Pierre-Thomas de Boisgiraud naquit le , fils de Jean Pierre Thomas (28 ans) et de Marie Anne ChastillierADCM (Archives Départementales Charente Maritime, 2 E 182/3*1793-an IX. on line..

Il est le premier enfant, et aura trois frères et sœurs. Après avoir fait une partie de son instruction primaire à Saintes, il arrive à Sorèze pour se préparer à des études plus longues. Il eut comme professeur Étienne Serres, maître reconnu en mathématiques spéciales et esprit éclectique. Dans le journal de la Haute-Garonne du , on apprend que Jean Pierre Thomas de Boisgiraud a été reçu le précédent à l’école impériale polytechnique, où il faisait partie des 172 reçus sur 477 candidats. Boisgiraud avait été examiné à Toulouse et faisait partie des 7 éléments retenus dans la ville Rose (journal de la Haute-Garonne du ). Il l'intégre le suivant.

C’est un jeune homme de 1,73m aux yeux bleus et au visage marqué de petite vérole. Il sera classé pour passer à la première division en 1813. C’est dans cet état qu’il rencontrera les troubles de 1814.

Le fut formé un corps d’artillerie de la Garde Nationale, devant comprendre 12 compagnies dont trois confiées aux élèves de l’école polytechnique. « Les étudiants dès la première revue qui en fut passée, témoignèrent de si mauvaises dispositions pour ce service, que l’on renonça aussitôt à les employer. » Pourtant ils acclamèrent les 12 pièces de canon qui leur furent livrées et s’y exercèrent tous les mois de février et alors que depuis la retraite de Russie puis la défaite de la bataille de Leipzig, la France est envahie par la coalition des Autrichiens, Prussiens et Russes. Les élèves furent impliqués le dans une réserve mobile de 28 canons et 30 canonniers de la garde nationale, qui fut placée à la barrière du Trône pour défendre Paris. Se portant sur le chemin de Vincennes le , elle bombarda le flanc gauche des colonnes russes ennemies. Sans protection autre que quelques gendarmes à cheval. Soudain les gendarmes font retraite et les escadrons russes dévalent derrière eux vers les batteries des jeunes élèves, qui tirent à bout portant et se retirent dans le désordre vers la barrière du Trône. La débâcle est telle que les véhicules s’enchevêtrent empêchant la cavalerie ennemie d’avancer. Deux pièces dégagées font feu, celles restées à la barrière du Trône les aident et les lanciers russes sont obligés de se retirer. Parmi ces jeunes « il y eut deux tambours tués, un officier et onze élèves blessés de coups de sabre ou de lance et six emmenés prisonniers. Huit autres furent brûlés par l’explosion de quelques gargousses". Le soir même on leur ordonna de partir vers Fontainebleau. Épuisés, les deux tiers se dispersèrent dans Paris pour rejoindre parents ou amis, seuls 73 arrivèrent à Fontainebleau, d’où ils partirent vers Orléans, puis Blois où ils prirent quartier dans le lycée. À tous les élèves fut ordonné le de rejoindre Blois pour continuer les études. Le (alors que Napoléon Iier avait abdiqué le 6), les enseignements reprirent. Mais sur les 346 élèves seuls un peu plus de 200 rejoignirent Blois, alors que 60 démissionnèrent. Boisgiraud continua les études, en effet il fut nommé fourrier, c’est-à-dire sous-officier changé de l’intendance, le . Déclaré admissible dans les services publics le , il resta dans l’école n’ayant pas pu obtenir le service des Ponts et Chaussées.

Le , Napoléon revenant de l’île d’Elbe, les élèves furent à nouveau mobilisés pour protéger Paris, mais ils eurent l’honneur de recevoir l’Empereur, qui offrit à l’institution La Description de l’Égypte dont les contributeurs avaient été de nombreux enseignants de l’École. Le l’empereur abdiquait à nouveau après sa défaite à Waterloo. Boisgiraud, démissionna le de l’école, alors que les cours avaient repris depuis 3 jours, ils étaient 45 à avoir fait la même démarche. Avec la chute de l’Empire, les emplois à l’issue de l’école s’étaient faits plus rares.

Revenu chez lui, son biographe indique qu’il pensa suivre l’itinéraire paternel avec une carrière dans l’agriculture.

Boisgiraud l’enseignant et le chercheur On retrouve de Boisgiraud répétiteur de physique et de chimie à Saint-Cyr au . Il y assura aussi les fonctions de préparateur du cours de chimie de Jean Jacques ColinJean Jacques Colin, Cours de chimie à l'usage des élèves de l’École militaire de Saint-Cyr, Thomine, Paris 1827., et s’intéressa à l’utilisation de la pile Volta pour produire un courant dans un circuit électrique près d’une aiguille aimantée, tentant ainsi de reproduire les travaux que le danois Œrsted avait présentés à ses étudiants quelques semaines avant (hiver 1819) et qu’il avait publiés le Johannes Christianus Oersted, Experimenta circa effectum Conflictus electrici in Acum magneticam, "Journal für die Chemie, Physik und Mineralogie", 29, 3, 1820, p. 275-281.. Il est étonnant de voir la proximité de cette date à celle de la lecture de son mémoire que fit de Boisgiraud devant l’Académie, le (dont le rapport était fait le de la même année par Ampère et Charles).

Ce même jour Ampère signalait les travaux de de Boisgiraud dans une présentation sur les recherches sur l’aimant, l’électricité et la pile. Même si Œrsted avait informé de sa découverte les sociétés savantes de l’Europe entière en joignant sa publication, la promptitude du travail de Boisgiraud montre qu’il était informé avant le de cette manipulation. D’ailleurs la communication d’Ampère du avant que de Boisgiraud lise son travail, montre que les deux hommes communiquent depuis quelque tempsAnnales de chimie et de physique (Gay-Lussas et Arago) Tome 15, 1820 Crochard Paris. P 101.. Ces travaux sont publiés dans les Annales de chimie et de physique.

Une commission sera nommée par l’académie, Charles et Ampère feront refaire les travaux de Boisgiraud et le verdict est élogieux : « Mémoire de ce jeune physicien, dont nous pensons que la science doit attendre beaucoup de travaux intéressants, à en juger par la sagacité avec laquelle il a discuté les résultats qu'il obtenait et les précautions qu’il a prises pour s’assurer de leur réalité. »Procès-verbaux des séances de l'Académie tenues depuis la fondation de l'Institut jusqu'au mois d'août 1835. P110, séance du 30 novembre 1820.

En 1809, année du décès de Fourcroy, Joseph-Louis Gay-Lussac (1778-1850) l'avait remplacé comme professeur à l’École Polytechnique. Gay Lussac étant répétiteur de Guyton de Morveau avec un autre ancien de la future "X" Pierre Thomas Drappier (1763-1832). Ce dernier partait pour l’industrie, il manquait deux répétiteurs à Guyton. Colin fut pris à ce poste jusqu’en 1818. Il dut avoir comme élève de Boisgiraud. En 1811, Napoléon, ébloui par les travaux de l’italien Volta, ordonnait la construction d'une grande batterie, de 600 unités, dans les sous-sols de l'École Polytechnique. La pile fut confiée à Gay Lussac et ThénardLouis-Joseph Gay-Lussac, Louis-Jacques Thénard, Recherches physico-chimiques, faites sur la pile, sur la préparation chimique et les propriétés du potassium et du sodium, sur la décomposition de l'acide boracique, sur les acides fluorique, muriatique et muriatique oxigéné, sur l'action chimique de la lumière, sur l'analyse végétale et animale. Deterville Paris, 1811 p 352 et suivantes..

Ainsi le circuit de Boisgiraud, Colin, Oersted, était-il complet : grâce à l’École Polytechnique, où on s’intéressait à la pile volta depuis longtemps, pile que dut utiliser de Boisgiraud, et où Thenard connaissait personnellement Œrsted.

Avec d’aussi remarqués travaux, de Boisgiraud dut passer son baccalauréat es Lettres puis es Sciences pour devenir professeur suppléant de physique au collège royal Sainte-Marthe de Poitier, où il est professeur suppléant de Physique en 1821Laurent-Étienne Testu, Alamanach Royal 1821 p 436., il sera professeur en 1824Laurent-Étienne Testu, Alamanach Royal 1824 p 440.. vignette|Jean Pierre Thomas de Boisgiraud et Adèle Alida Céphise, son épouse vers 1850, Denisse Photographe Bordeaux Jean Pierre Thomas se mariait pendant les vacances de 1822 avec sa cousine Adèle Alida Céphise Chatelier. Ils auront trois garçons dont un était Joseph Ernest Thomas de Boisgiraud qui fut maire de Gémozac, conseiller général de la Charente Inférieure et officier d'académie.

Il succédait à Jacques Babinet, lui aussi polytechnicien qu’il a dû connaitre dans cette école puisqu’ils ont à peu près le même âge et sont rentrés en 1812. Lui aussi s’intéresse à l’électricité et au magnétisme et a travaillé avec AmpèreAndré Marie Ampère, Jacques Babinet, Exposé des nouvelles découvertes sur l'électricité et le magnétisme: de MM. Œrsted, Arago, Ampère, H. Davy, Biot, Erman, Schweiger, De La Rive, etc. Méquignon-Marvis, Paris. 1822..