Hank Jones (de son vrai nom Henry « Hank » Jones) est un pianiste de jazz américain, né le à Vicksburg (Mississippi) et mort le à Calvary Hospital Hospice dans le quartier du Bronx de New York des suites d'une brève maladieCf. Décès du pianiste de jazz américain Hank Jones (dépêche AFP) consultation du 17 mai 2010..

Il est le frère du trompettiste Thad Jones et du batteur Elvin Jones.

Biographie Jeunesse Henry Jones est né le à Vicksburg dans l'État du Mississippi. Ses parents déménagent rapidement après sa naissance avec la perspective d'un nouveau travail dans l'État du Michigan et pour une maison plus spacieuse de en brique rouge. avec la famille qui s'agrandit rapidement.

Hank Jones est le troisième enfant et premier fils d'une fratrie de six garçons et quatre filles, il avait deux sœurs aînées qui jouaient du piano : . C'est aussi le frère d'Elvin Jones, batteur historique de John Coltrane, et du trompettiste et arrangeur Thad Jones.

vignette|gauche|230px|Fats Waller au piano (1938) berce depuis son plus jeune âge l'oreille musicale du jeune Henry Hank Jones

Le père d'Hank, ouvrier d'usine de voiture, est un membre très actif d'une communauté religieuse baptisteCf. Romandie News - Décès du pianiste de jazz américain Hank Jones à l'âge de 91 ans consultation du 18 mai 2010.. Sa mère eut fort à faire au foyer avec ses dix enfants à élever et à éduquer et chante régulièrement. Hank Jones décrit ainsi le rapport à la musique chez lui :

Il passe sa jeunesse et grandit à Pontiac (Michigan) près de Détroit, où sa famille s'est installée. Comme ses dix frères et sœurs, il apprend et étudie le piano vers , avec une professeure pianiste et chanteuse : . En effet, il n'apprend pas le jazz, mais . Grâce à son émérite professeur, il dit avoir .

Il est influencé par des pianistes comme Earl Hines, Teddy Wilson ou encore Art Tatum et surtout Fats Waller qui faisait alors un programme radio hebdomadaire. Il se lève tôt le matin pour écouter à la radio les larges diffusions d'enregistrements albums de Fats Waller. Les dimanches, lui et ses frères écoutent les retransmissions radio locales de l'orchestre .

Débuts professionnels À , en 1931, il commence déjà à jouer pour des bals et des stations de radio locales, où il est payé le « gig », malgré la désapprobation de son père, diacre de communauté religieuse baptiste..

À , Hank Jones commence à se produire dans des boîtes de jazz de Détroit.

vignette|Vue de Grand Rapids dans l'État du Kent de nos jours

Vers l'âge de , autour de 1938, on le retrouve dans des salles et avec des orchestres locaux, aux alentours de Pontiac, sa ville natale, puis dans les États du Michigan et de l'Ohio et avec toujours des groupes locaux à Lansing puis Grand Rapids. Il fait équipe avec le de Benny Carew. Là, il rencontre alors deux musiciens qui allaient devenir des géants du saxophone ténor Wardell Gray et Lucky Thompson, qui l'invite à New York, dans la rue, en 1944 pour travailler à l'Onyx Club avec le trompettiste Hot Lips Page. C'est aux côtés Page qu'Hank Jones réalise ses premiers enregistrements en . Un soir de cette année 1944, Ray Brown débarque à l'Onyx Club pour voir jouer Hank Jones avec Hot Lips Page. À l'entracte, Dizzy Gillespie arrive et Jones lui présente le jeune Ray Brown qu'il engage dès le lendemain pour répéter avec Charlie Parker, Bud Powell et Max Roach.

En 1943, à Buffalo, il tourne avec un trio original composé d'un saxophone ténor et d'un contrebassiste. Jones termine son set vers , et file alors prestement à un autre club de jazz, le McVan’s où se produisait chaque soir jusqu'à du matin son idole Art Tatum : Il se rapproche d'Art Tatum, mal-voyant : .

Découverte du bebop vignette|200px|Affiche d'un spectacle de Hawkins.

À New York, en 1944, il joue avec Andy Kirk et découvre avec Coleman Hawkins, l'un des plus grands saxophonistes de l'époque, les musiciens bebop.. Il est rapidement attiré par ce nouveau style et cherche lui-même à le maîtriser. Jones, en écoutant alors notamment les autres pianistes modernes comme Bud Powell, commence à s'adapter lui-même aux mélodies et aux changements harmoniques qui caractériseront le bebop.

Appelé par John Kirby, Cousin Joe, Howard McGhee, Coleman Hawkins, Andy Kirk, et surtout Billy Eckstine en 1945., pour étoffer son big band avec Fats Navarro à la trompette, il transforme son jeu en expérimentant la créativité ambiante et devient une référence pianistique.

Depuis les nightclubs, les clubs de jazz jusqu'à la scène de Broadway, Jones accompagne presque tous les artistes majeurs de la scène jazz.

vignette|200px|Dizzy Gillespie, Mary Lou Williams, Tadd Dameron, Hank Jones, Milt Orent, Dixie Bailey et Jack Teagarden dans l'appartement de Mary Lou Williams à New York.

Le producteur Norman Granz, qui vient de fonder son premier label Clef Records, l'appelle en 1946 : il veut engager Hank pour ses concerts (JATP). Les musiciens partent en tournée ensemble à l'automne 1947, ce qui offre au pianiste la possibilité de jouer avec Roy Eldridge, Charlie Parker, et Max Roach. Il enregistre un peu plus tard pour le label de Norman Granz avec Charlie Parker plusieurs sessions en quartet avec Ray Brown à la contrebasse, Shelly Manne ou Buddy Rich à la batterie.

Il raconte n'avoir jamais pris de drogue, contrairement à de nombreux musiciens de cette époque : .

Avec Ella Fitzgerald vignette|gauche|200px|Ella Fitzgerald en 1940.

De 1947 à 1952, il devient l'accompagnateur d'Ella Fitzgerald, grâce à Ray Brown, le mari de la chanteuse. Brown, en homme d’affaires avisé, suggère à Norman Granz son trio et Ella pour étoffer ses JATP. Il s’occupe de toutes les négociations (contrats, interviews, voyages) du groupe qui devient l'un des ensembles les mieux payés, et voyage pendant cinq années sur plusieurs continents, notamment en Grande-Bretagne en 1948 et en Europe en 1952. Cette même année, Ray Brown divorce d'Ella Fitzgerald au retour d'Europe. Cela sonne, pour Hank et Ray, le glas du trio de ces 5 dernières années. Norman Granz reste le manager d'Ella, pour laquelle il crée Verve Records en 1955.

Autres collaborations En 1952, il rejoint Artie Shaw et travaille ensuite avec Johnny Hodges puis Tyree Glenn.

Entre 1953 et 1956, il se sédentarise en renonçant aux tournées et signe avec Savoy Records qui lui offre un pour devenir le pianiste attitré de ce label de disques. Avec Wendell Marshall ou Paul Chambers à la contrebasse, Kenny Clarke ou Shadow Wilson à la batterie, ils constituent la rythmique maison que l'on retrouve sur de nombreux albums produits par Onzie Cadena. Avec Kenny Clarke, il enregistre l'une des premières sessions de Cal Tjader en leader.

Hank Jones enregistre son premier album Opus De Funk avec Milt Jackson, Frank Wess, Kenny Clarke et le bassiste Eddie Jones. C'est un hit, et l'album reste un classique de l’époque.

En 1956, il rencontre Benny Goodman. Leur collaboration s'étend sur de nombreuses années jusqu'en 1973. On le demande aussi pour enregistrer avec Lester Young, Milt Jackson, Cannonball Adderley et Julian Cannonball Adderley, et Wes Montgomery.

Ce pianiste au toucher délicat et au phrasé impeccable devient alors un sideman très recherché durant les années 1950 et 1960.

Il forme, en 1956, avec Milt Hinton (contrebasse), Osie Johnson (batterie) et Barry Galbraith (guitare), un quartet appelé The New York Rhythm Section.

En 1958, il participe à un des albums qui a marqué le jazz à cette époque, le fameux Somethin' Else de Cannonball Adderley avec Miles Davis, Sam Jones et Art Blakey.

vignette|150px|Columbia Broadcasting System vignette|gauche|150px|Le CBS Studio Building, situé dans la 52nd and Madison de New York City

Chez CBS Il rejoint en 1959 la chaîne CBS où il est le pianiste de leurs shows pendant . Il auditionne et joue avec toutes sortes d'artistes () et a même travaillé comme pianiste de fosse avec Ray Bloch . Il enregistre aussi des jingles de programmes et des musiques de films. Avec le recul, il considère que ce fut pour lui une grande expérience car il a . On peut l'entendre au piano lors de la diffusion télévisée de The Ed Sullivan Show.

vignette|200px|JFK et Marilyn Monroe le 19 mai 1962 Il participe aussi à un instant demeuré célèbre dans l'histoire de la présidence des États-Unis quand il accompagne Marilyn Monroe. chantant au président John F. Kennedy, qui venait d'avoir tout juste , au cours d'une garden-party du mouvement démocrate organisée au Madison Square Garden en .

Avec ses multiples talents de soliste, accompagnateur et excellent déchiffreur à vue, Jones est très demandé. Il enregistre de nombreuses sessions dans des styles parfois très différents et on peut l'entendre sur un très grand nombre d'albums : Manny Albam, Al Cohn, Ernie Wilkins, Quincy Jones, Maynard Ferguson, JJ Johnson, Oliver Nelson…

Retour au jazz En 1975, la télé CBS se sépare de ses musiciens maison. Hank Jones reprend de plus belle ses activités d'enregistrements, en tant que soliste, en duo avec d'autres pianistes (incluant John Lewis et Tommy Flanagan), ou encore avec différentes sortes de petites formations, la plus connue étant le en 1976 : . ne s'est produit qu'une seule semaine en live au club Village Vanguard de New York avec ses membres d'origine. Tous les albums produits ensuite seront des albums studio.

vignette|Un piano électrique Fender Rhodes Mk II 73 À cette époque,il développe une affinité naissante et nouvelle pour les claviers et pianos électriques.

Il recommence à écumer les clubs de jazz et part au Japon en 1976 pour participer à plusieurs festivals, notamment celui de Concord Records où il REÇOIT un accueil chaleureux. Il enchaîne en 1977 sur des tournées européennes et sur l'enregistrement en trio d'un album avec Ray Brown et pour le label Concord : il y joue d'anciens standards d’une façon dite actuelle au piano électrique Fender Rhodes. Cette même semaine, il enregistre aussi deux autres albums dont un avec le guitariste Tal Farlow qui revient sur la scène après d’absence.

vignette|gauche|La comédie musicale à Broadway : ici, le New Amsterdam Theatre en 2003

En 1978, il conduit et interprète la bande originale composée principalement autour de la musique de Thomas Fats Waller pour la comédie musicale de Broadway La Danseuse et le Milliardaire dont le rôle principal est tenu par Irene Cara et qui est récompensé par 4 Tony Awards, dont celui de la meilleure musique.

Son talent est internationalement reconnu et il commence à enregistrer de nombreux albums sur des labels français et japonais avec un trio composé de Eddie Gómez et Al Foster, remplacé en 1982 par Jimmy Cobb. Le trio enregistre aussi avec d'autres stars invitées comme Art Farmer, Benny Golson, et Nancy Wilson.

Carrière personnelle Au début des années 1980, Jones est titulaire au poste de pianiste du Cafe Ziegfeld au centre de Manhattan. Il effectue en parallèle une tournée au Japon pendant laquelle il joue et enregistre avec George Duvivier et Sonny Stitt. Toujours dans les années 1980, il décide de recentrer sa carrière sur la réalisation d'albums et de projets personnels.

Ses projets variés des années 1980 incluent des performances avec les pianistes John Lewis et Tommy Flanagan qui, en interview dans Jazz Spoken Here, qualifie Jones de et .

En 1989, le National Endowment for the Arts lui décerne la qualité et le titre de Jazz Master, la plus prestigieuse récompense de la nation américaine en matière de jazz..

En 1992 paraît , un album en piano solo en hommage à la musique de Fats Waller.

vignette|Charlie Haden en concert en 1990 Charlie Haden, après avoir entendu sa version de (1977), propose au pianiste d'enregistrer un album de spirituals et de cantiques. L'album, intitulé , sort en 1994. On y trouve , ainsi que , , ou encore .

En 1995, il va à la rencontre de la musique mandingue en enregistrant en compagnie du Malien Cheikh Tidiane Seck aux claviers l'album de World music Sarala.