vignette|Andronika Starkos, illustration de Léon Benett Les femmes dans l’œuvre de Jules Verne sont omniprésentes. .
Si Jules Verne se disait très maladroit pour Lettre de Jules Verne à son éditeur Pierre-Jules Hetzel, Correspondance inédite…, vol. 1, Slatkine, 1999, , contrairement à l'idée répandue de l'absence des femmes dans les romans verniens, il y a plus de 150 personnages féminins dans les Voyages extraordinaires de Jules VerneCécile Compère, Histoire d'A ou les prénoms des femmes dans l’œuvre de Jules Verne, Bulletin de la Société Jules Verne , 1975, Charles-Noël Martin, Mistress Brianican, un titre maudit, BSJV , 1991, et ces personnages féminins s'incarnent . Dans une vingtaine de romans et dans plusieurs nouvelles, la femme joue même un rôle prépondérant.
Christian Porcq écrit en 1989 : Christian Porcq, Helena Campbell et ses filles ou les rayons du Rayon vert, BSJV , 1989, .
Mariage et divorce vignette|Kate Titbury et son mari, Le Testament d'un excentrique.
Sur le sujet, Jules Verne expose une vision traditionnelle de la femme mariée, fidèle épouse, mère aimante, heureuse en ménage mais se moque régulièrement de l'institution sociale. Les personnages d'Helena Glenarvan (Les Enfants du capitaine Grant) et de Dolly Branican (Mistress Branican) incarnent deux femmes bravant tous les dangers lors d'expéditions extraordinaires. Dolly Branican a pour modèle avoué Jane FranklinJules Verne, Aventures du capitaine Hatteras (1, XIV), Une ville flottante (XXXVIII). de la nouvelle Le Humbug, est une maîtresse de maison associée dans les affaires commerciales de son mari, comme Horatia Bluett de Claudius Bombarnac qui épouse Fulk Ephrinell, mais n'oublie pas de discuter des intérêts financiers de leur union et divorce trois jours plus tard, n'ayant pu trouver un accord commercial. Dans Le Pays des fourrures, dirige son soldat de mari : Jules Verne, Le Pays des fourrures, chap. XVII comme Cornélia Cascabel de César Cascabel, femme de caractère, indépendante et courageuse ou la talentueuse, moderne et dévouée comédienne Caroline Caterna de Claudius Bombarnac.
Yaquita et Joan Garral de La Jangada sont, quant-à eux, l'exemple du couple uni, voire fusionnel, tel que Madge et Simon Ford des Indes noires ou Betsie et M. Zermatt de Seconde patrie. À l'inverse, Van Mitten de Kéraban-le-Têtu n’hésite pas à tenir tête à son mari : Jules Verne Kéraban-le-Têtu, vol. 1, Hetzel, 1883, .
D'autres épouses verniennes peuvent être carrément désagréables et tyranniques telles Désirandelle : Jules Verne, Clovis Dardentor, Hetzel, 1896, chap. 1, ou Kate Titbury du Testament d'un excentrique (1897).
Dans La Chasse au météore où l'on trouve l'épouse idéale d'après Jules Verne, Flora Hudelson : Jules Verne, La Chasse au météore, chap. III, épouse qui, selon Céline Giton, est celle que Jules Verne aurait souhaité en la personne de sa femme, Honorine, le roman se passant dans une demeure ressemblant en tout point à celle de l'écrivain à Amiens, se trouve aussi la jeune et indépendante Arcadia Walker, , qui épouse Seth Stanford au début du roman, divorce deux mois plus tard et le réépouse à la fin.
Figures maternelles vignette|gauche|Dick Sand, Jack et , Un capitaine de quinze ans, illustration de Henri Meyer.
S'il n'y a dans l'ensemble des Voyages extraordinaires que deux naissances, une fille, Jenny Mac Carthy dans P'tit-Bonhomme et un garçon, Michel-Espérance Mac-Nap dans Le Pays des fourrures, plusieurs figures maternelles, parfois par adoptions, se dégagent dans les romans. Ainsi Madge Ford adopte Nell dans Les Indes noires, Betsie Zermatt, Jenny dans Seconde Patrie et Burbank considère Alice Stannard comme sa fille dans Nord contre Sud comme Keller considère ainsi Marthe de Lauranay dans Le Chemin de France. Mais une des figures marquantes est Marfa Strogoff, mère de Michel Strogoff, qui, outre son amour filial et maternel envers Nadia (elles s'appellent mère et fille dans le roman), s'incarne comme le , en supportant toutes les tortures pour sauver son fils.
Une autre figure de mère exemplaire, est celle de dans Un capitaine de quinze ans, mère d'un petit garçon de , Jack, Jules Verne, Un capitaine de quinze ans, Hetzel, 1878, et qui devient la mère adoptive du héros du roman Dick Sand et lui confie son fils.
Bathory dans Mathias Sandorf exprime toute son affection à son fils Pierre et perd la raison lorsqu'elle apprend sa mort. Dans le même roman, s'illustre une autre forme d'amour maternel, celui de Maria Ferrato envers son frère Luigi, leur mère étant morte lorsqu'elle avait . Extrêmement courageuse, Maria n'hésite pas à aider son père à protéger deux fugitifs. Lorsque la famille Ferrato est dénoncée, Maria s'exile à Malte où elle vit de travaux de couture. Dans la deuxième partie du roman, plus tard, Maria vit dans la misère à La Vallette, ne reconnait pas Mathias Sandorf dans le docteur Antékirtt qui se présente comme un ami des fugitifs qu'elle a protégé et accepte sa générosité. Elle lui sera alors totalement dévouéeJean-Pierre Picot, Un Jules très honoré, l'autre pas, Revue Jules Verne , 2012-2013, .
À l'inverse des figures précédentes, Dame Hansen dans Un billet de loterie, même si elle aime ses enfants, Joël et Hulda, est une mère égoïste, taciturne et renfermée qui ne comprend pas l'attachement de sa fille au dernier message de son fiancé et, ayant hypothéqué leur demeure, exerce des pressions sur sa fille. vignette|La Hard dans P'tit-Bonhomme, illustration de Léon Benett Dans Famille-Sans-Nom, Catherine Harcher est mère de quinze garçons et onze filles, sans compter Jean-sans-nom qu'elle considère comme son filsCécile Compère, À propos de Famille sans nom , BSJV , 1982, . P'tit Bonhomme dans le roman éponyme connaît, quant-à-lui, quatre figures de la maternité. La première, l'unique femme haïssable des Voyages extraordinaires, la Hard, est une alcoolique qui reçoit des enfants confiés par une maison de charité mais, odieuse, les maltraite et n'agit que pour l'argent. La deuxième est une comédienne, Anna Waston qu'il croit charitable et qu'il aime mais qui, finalement, s'avère superficielle et égocentrique. Elle tient son rôle de mère, envisage de l'adopter puis, devant les contraintes de devoir l'élever, se lasse de son jouet et l'abandonne : Jules Verne, P'tit-Bonhomme, chap. VIII, Hetzel, 1891, . P'tit-Bonhomme est alors recueilli par un couple de fermiers, les Mac Carthy qui, bien que très pauvres, n'hésitent pas à le nourrir et à l'adopter comme l'un des leurs. Le couple le fait baptiser et Martine, la mère, devient sa marraine. Malheureusement, la famille ne parvient pas à payer son régisseur et est expulsée en l'absence de P'tit-Bonhomme qui aura vécu ainsi quatre années avec elle. Celui-ci ayant l'honnêteté de rapporter le porte-feuilles qu'il a trouvé du riche lord Piborne, il entre au service de ce couple mais est rapidement méprisé par eux. Il fait alors la connaissance de la lessiveuse Kat qui va le protéger durant tout son séjour chez les Piborne. P'tit-Bonhomme, lorsqu'elle la fortune aura tourné, n'oubliera pas d'être reconnaissant et généreux envers ses deux dernières mères.
L'un des personnages les d'après Jean-Pierre PicotJean-Pierre Picot, Le Testament de Gabès, Sud éditions, 2004, est celui de Djemma du roman L'Invasion de la mer. Il s'agit d'une mère . Un de ses fils, Hadjar est décrit ainsi : Jules Verne, L'Invasion de la mer, chap. III, Hetzel, 1905, . Djemma, véritable héroïne du roman, s’acharne à tenter de libérer son fils et est aussi la cible de l'armée française qui sait que J. Verne, L'Invasion de la mer, chap. I, Hetzel, 1905, . Djemma est le seul personnage féminin de Jules Verne dont on ne sait pas, à la fin du roman, ce qu'il devient.
La femme comme symbole d'expiation vignette|Andronika Starkos maudissant son fils dans L'Archipel en feu, illustration de Léon Benett.
Cinq récits de Jules Verne exposent la thématique de l'expiation féminine : Martin Paz (1851), L'Archipel en feu (1884), Mathias Sandorf (1885), Famille-Sans-Nom (1888) et Mistress Branican (1891). Ces personnages expient toutes des crimes qu'elles n'ont pas commis. Elles assument courageusement la responsabilité morale au nom de criminels et traîtres qui leur sont ou ont été proches. Cet rédemption injuste permet de les faire considérer par le lecteur comme admirable.
Ainsi, Sarah dans la nouvelle Martin Paz finit-elle condamnée à mort et meurt avec celui qu'elle aime, l'Indien Martin Paz, dans une chute d'eau qui les engloutit, Jules Verne montrant ainsi >.
Dans L'Archipel en feu, deux femmes dominent tout le roman, Andronika Starkos et Hadjine Elizundo. Andronika est la mère du bandit Nicolas Starkos, Hadjine la fille d'un banquier soutenant les actes de pirateries de Nicolas. Andronika expie les crimes de son fils, qu'elle a maudit, en luttant pour l'indépendance de son pays. Jules Verne, L'Archipel en feu, chap. II. En parallèle, la jeune Grecque Hadjine Elizundo est la fille d'un banquier qui, en apparence, est un homme honnête et honorable. Hadjine est amoureuse d'un officier Français, Henry d'Albaret, engagé dans la guerre d'indépendance de la Grèce. Mais, un jour, Nicolas Starkos menace le banquier de révéler ses liens avec la piraterie s'il ne lui offre pas la main d'Hadjine et l'obtient, ce qui, en outre, lui permettra d'hériter de la fortune du père. Hadjine découvre la vérité et décide de ne pas céder au chantage. Telle Andronika, elle maudit Nicolas Starkos mais s'estime désormais indigne d'épouser Henry. Elle s'enfuit et, avec la fortune de son père, rachète des milliers de captifs grecs vendus comme esclaves. Anonymement, elle affrète la corvette Syphanta dont elle donne le commandement à Henry dans le but de lutter contre les pirates ravageant l'archipel Grec. Capturée et conduite pour être vendue comme esclave, elle rencontre Andronika qui, elle-même, vient d'être faite prisonnière. Starkos humilie Hadjine, en anéantit toute fierté lorsqu'une intervention d'Andronika permet le renversement de la situationJean-Paul Dekiss, Jules Verne l'enchanteur, Le Félin, 1999, . Alexandre Tarrieu écrit ainsi à propos d'Andronika : et le même auteur ajoute à propos du personnage d'Hadjine Elizundo qu'il est .
vignette|gauche|Bridget, Jean et Joam Sans-Nom, illustration de Georges Tiret-Bognet.
Dans Mathias Sandorf, écrit la même année que L'Archipel en feu, Jules Verne met en scène une autre forme d'expiation féminine dans le personnage de Toronthal, celui de l'épouse qui expie le crime de son mari. Toronthal a découvert les actes de son époux et le déteste. Elle vit depuis dans la dépression et le mutisme et s'éteint progressivement à la vie, mourant de la honte et du remords du crime commis par son mari. Son dernier acte est pourtant de poster anonymement une lettre à Madame Bathory, mère de Pierre que sa fille, Sava, promise au bandit Sarcany, aime. Cette lettre révèle la vérité : Sava n'est pas la fille de Silas Toronthal mais celle de Mathias Sandorf. Toronthal révèle aussi à Sava qu'elle n'est pas sa mère. Cette expiation change intégralement le déroulement de l'histoire.
Dans Famille-Sans-Nom, Bridget Morgaz, un des personnages principaux du roman, bien que veuve, expie la trahison patriotique de son mari dont le nom est proscritCelui-ci, impliqué dans une conspiration pour l'indépendance du Canada francophone trahit ses complices pour de l'argent puis se suicide abandonnant sa famille, déjà publiquement exécrée, à la misère. et a ainsi élevé ses fils en patriotes. Tous luttent anonymement pour l'indépendance de leur pays. Jean Chesneaux compare Bridget à une .