L’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (APRONUC) (en anglais : United Nations Transitional Authority in Cambodia (UNTAC) ; en khmer : អាជ្ញាធរអន្តរកាលសហប្រជាជាតិនៅកម្ពុជា) est un État d'Asie du Sud-Est administré par l'Organisation des Nations unies dans le cadre d'une opération de maintien de la paix qui s’est déroulée au Cambodge du au .

Son but était de faire respecter les engagements contractés lors de la signature des accords de paix de Paris du et sa fonction prit officiellement fin le , lorsque, la nouvelle constitution fut adoptée par le parlement cambodgien.

La mission fut fortement contrariée par la mauvaise volonté de la faction khmère rouge à désarmer ses troupes et du gouvernement de Phnom Penh à soustraire de sa tutelle les administrations centrale, provinciales et locales.

Généralités L' en chiffres : Dates Création : Fin de mission : Dirigeants Chef de mission, représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU : Yasushi Akashi Forces armées : Lieutenant-Général John Sanderson Police : Brigadier-Général Klaas Roos jusqu'en , puis Inspecteur Général adjoint Shahudul Haque Effectifs Militaires : Police : Personnel civil international : Volontaires des Nations unies : 465 Personnel local : Pays engagés (45) : Algérie, Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Bangladesh, Belgique, Brunei, Bulgarie, Cameroun, Canada, Chili, Chine, Colombie, Égypte, États-Unis, Fidji, France, Ghana, Hongrie, Inde, Indonésie, Irlande, Italie, Japon, Jordanie, Kenya, Malaisie, Maroc, Namibie, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Pays-Bas, Philippines, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Sénégal, Suède, Thaïlande, Tunisie et Uruguay Décès : (82) Observateurs militaires : 4 Autre personnel militaire : 41 Policiers : 16 Civils internationaux : 5 Personnel local : 16 Budget : (y compris coût de la MIPRENUC)

Histoire La création de la mission La mission était l’aboutissement d’une intense activité diplomatique qui avait débuté après l’invasion vietnamienne du Cambodge en .

La guerre civile qui s’en était suivie ne trouva un répit qu’avec la signature des accords de paix de Paris du . Ses conclusions furent approuvées par le Conseil de sécurité des Nations unies qui demanda, le , à son secrétaire général de préparer un plan détaillé de mise en place d’un processus de retour à la paix.

Il fut décidé d’une période transitoire qui prendrait fin lorsqu’une assemblée législative, élue en conformité avec les accords, aurait choisi un nouveau gouvernement. Le Conseil National Suprême (CNS) cambodgien, composé de représentants de la République populaire du Kampuchéa et des trois composantes de son opposition (les royalistes du FUNCINPEC, les républicains du Front national de libération du peuple khmer et les dirigeants khmers rouges regroupés au sein du Parti du Kampuchéa démocratique (PKD)), fut déclaré comme unique autorité pour assurer la souveraineté, l’indépendance et l’unité du Cambodge pendant la période transitoire. Ce comité devait aussi représenter le Cambodge à l’extérieur, notamment auprès de l’Organisation des Nations unies. Le conseil de sécurité devait de son côté établir une administration, qui allait devenir l’, et le Secrétaire général devait désigner un représentant spécial qui agissait en son nom. Le déléguait à l’ tous les pouvoirs nécessaires à la mise en œuvre des accords et invitait le représentant des Nations unies à toutes ses réunions.

Conformément à ces accords, le , Khieu Samphân et Son Sen, représentants du , arrivent à Phnom Penh mais doivent aussitôt en repartir, manquant de peu de se faire lyncher par une foule en furie.

Le , Boutros Boutros-Ghali, qui venait de succéder à Javier Pérez de Cuéllar au poste de secrétaire général des Nations unies, nommait le japonais Yasushi Akashi comme son représentant spécial au Cambodge. Le , il demandait à l’assemblée générale d’avaliser un projet initial de 200 millions de dollars exigibles dans les plus brefs délais et chargé de couvrir les frais d’installation, de transport, de communications et autres services vitaux. Le programme sera approuvé le .

Le un plan définitif et complet d’implémentation de l’autorité provisoire est soumis au conseil de sécurité. Ce plan prévoit notamment l’envoi d’une composante militaire de dirigés par un commandant des forces armées. Elle incluait 204 membres du quartier général, 485 observateurs militaires, éléments d’infanterie, du génie, et un groupe de support aérien comprenant 326 personnes, 10 avions et 26 hélicoptères, 582 spécialistes du balisage, 541 membres d’une unité médicale, 160 policiers militaires, un bataillon logistique de 872 individus et enfin une unité navale de 376 hommes, 6 patrouilleurs maritimes, 9 fluviaux, 3 péniches de débarquement et 12 autres bateaux. S’il était prévu d’installer la base opérationnelle en Thaïlande, le quartier général était situé à Phnom Penh alors que pour assurer un meilleur fonctionnement, le Cambodge était subdivisé en neuf secteurs dont deux disposeraient de leur propre siège administratif. Le secrétaire général préconisait que les forces militaires soient totalement déployées à la fin .

D’autre part, dans le but d’assurer le succès de l’opération il était demandé à toutes les parties cambodgiennes de respecter scrupuleusement leurs engagements et de pleinement coopérer avec la composante militaire de l’ qui demandait de son côté une totale liberté de mouvement et de coopération. Vu l’ampleur de la tâche, il fut décidé d’informatiser l’ensemble des missions. Le Secrétaire général escomptait que cela augmenterait l’efficacité du dispositif et faciliterait son contrôle. Dans le même temps, les différentes composantes avaient besoin, pour fonctionner, d’informations qu’il leur serait difficile d’obtenir avec les moyens existant sur place. Également, pour respecter les accords de Paris, les indications concernant l’état d’avancement des différentes activités devait être communiquées aux quatre composantes du . Il fut suggéré de créer un bureau d’information au quartier général, chargé de collecter et diffuser les renseignements à l’ensemble des acteurs.

L’adoption le , de la résolution 745 du Conseil de sécurité des Nations unies signe la naissance officielle de l’, première opération où l’ ne se contentait plus seulement de superviser une élection, mais devait administrer un État indépendant et dont le mandat ne devait pas dépasser 18 mois.

Le déploiement L’autorité provisoire prit la suite de la Mission préparatoire des Nations unies au Cambodge (MIPRENUC) déjà sur place depuis et qui œuvrera jusqu’à ce que l’ soit pleinement opérationnelle. Le déploiement débuta officiellement le avec l’arrivée dans la capitale du japonais Yasushi Akashi, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, du Lieutenant-Général australien John Sanderson, commandant en chef des forces armées et du premier contingent.

Afin de garantir de bonnes relations avec le et son président, Norodom Sihanouk, des lignes de téléphones directes furent mises en place dès le entre le commandant des forces armées, le représentant spécial et les délégués des quatre partis cambodgiens. Yasushi Akashi, en accord avec le prince Sihanouk, prit l’initiative d’élaborer les ordres du jour des réunions du . Sur les ordinaires tenues pendant la mission, 5 eurent lieu avant la fin avril. Des comités de conseil techniques furent créés, dirigés par des officiels de l’, qui couvraient les différents domaines du ressort de l’autorité. Début mai, le personnel des Nations unies s’élevait déjà à sur place, dont plus de . À la fin , de police avaient été déployés dans les provinces de Banteay Mean Chey et Battambang, où les réfugiés affluaient. Des mises en place supplémentaires étaient prévues en accord avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en fonction du développement des rapatriements. D’autres observateurs furent installés aux trois points de contrôle frontaliers établis par les militaires de l’ et à Phnom Penh. À terme, il était prévu de faire appel à . Leur rôle devait être crucial pour créer un environnement favorable à l’établissement d’élections libres et équitables.

Toutefois, à la fin avril, le nombre restreint d’observateurs promis par les États membres mettait en péril la mission. L’administration civile établit néanmoins des modes opératoires destinés à s’assurer du respect du droit de réunion et de la liberté d’association qui furent présentés au le . Le recrutement de cette administration fut au moins à ses débuts laborieux, vu le haut degré de spécialisation demandé. La surveillance des agences, corps et bureaux en coopération avec les médias cambodgiens ne devint effective qu’à la fin d’, une fois mis en place les moyens techniques de contrôler la bonne marche du réseau d’information du pays. On utilisa les systèmes de transmission radio existant du Sud-est asiatique pour diffuser des programmes éducatifs et des nouvelles auprès de la population. Un bulletin d’actualités de l’ a également été mis en place.

Boutros Boutros-Ghali visita le Cambodge du 18 au et, le , il présente un rapport au conseil de sécurité des Nations unies où il estime que les débuts de la mission sont encourageants.

Les premières difficultés

Par la résolution 766 du , le conseil de sécurité approuve les efforts du secrétaire général pour mettre en place les accords de Paris mais déplore toutefois que le Parti du Kampuchéa démocratique (PKD) entrave le déploiement des forces de l’ dans les zones sous son contrôle ; il demande que la direction khmère rouge accepte de mettre en œuvre la seconde phase du désarmement et les autres aspects de l’accord dans les plus brefs délais. Il appelle aussi le secrétaire général à veiller à ce que l’aide internationale déployée au Cambodge ne se fasse qu’au seul bénéfice des parties qui tiendraient leurs engagements.

Cette réserve montre qu’en cette fin de juillet, alors que avaient été déployés et que le dernier contingent de était en cours d’acheminement, la situation s’était dégradée. Alors que la conjoncture économique restait précaire et que l’hyperinflation menaçait, les délégués du avaient également entamé des manœuvres dilatoires en vue de se soustraire à leurs engagements. Des actions violentes de leur part étaient signalées un peu partout dans le pays. Ainsi, le , un troisième hélicoptère de l’ONU avait essuyé des tirs près de Pailin. Préférant privilégier le dialogue plutôt que le rapport de force, l’ se contenta alors d’une lettre de protestation à l’officier de liaison khmer rouge lui et commanda mille gilets pare-balles pour protéger ses troupes.

Les perspectives n’étaient pas très encourageantes, mais le représentant spécial restait optimiste. Il comptait sur le désir d’un retour à la paix ardemment exprimé par la majeure partie de la population cambodgienne. En dépit du refus continuel du de permettre à l’ d’accéder aux zones qu’il contrôlait et d’autoriser le cantonnement de ses militaires, le secrétaire général affirmait dans son bilan du au conseil de sécurité, que le personnel international aurait acquis un certain pouvoir au Cambodge. Ses troupes avaient été déployées sur la majeure partie du territoire et une présence policière serait perceptible dans la plupart des villages et les Cambodgiens étaient formés aux problèmes de droits de l'homme. Enfin, plus de réfugiés et personnes déplacées avaient été rapatriés. L’ pressait pour que la porte reste ouverte à une participation pleine et entière des membres du au processus de paix. Toutefois, leur volonté persistante de ne pas remplir leurs engagements des accords de Paris constituait une entrave à la bonne marche des opérations.

Les tentatives de négociation