Frédérique Sophie Dorothée Wilhelmine de Wittelsbach, duchesse de Bavière puis, par mariage, archiduchesse d'Autriche, princesse de Bohème et de Hongrie, née le à Munich et morte le à Vienne, est un membre par alliance de la maison de Habsbourg-Lorraine. Elle est la mère des empereurs François-Joseph d'Autriche et Maximilien du Mexique.
Biographie Maison de Wittelsbach Membres de la maison de Wittelsbach, Sophie et sa sœur jumelle, Marie, sont les filles de l'électeur Maximilien IV de Bavière, futur roi de Bavière sous le nom de Maximilien 1, et de sa seconde épouse, Caroline de Bade.
L'an 1805 qui commence par la naissance des deux princesses bavaroises se termine par la victoire des Français à Austerlitz. Napoléon impose à l'empereur d'Autriche le démantèlement du quasi-millénaire Saint-Empire romain germanique, sur lequel il règne depuis 1792. L'Autriche ne conserve que les possessions patrimoniales de son souverain, et doit céder le Tyrol et le Vorarlberg donnés à la Bavière qui, comme ses voisins Badois, Wurtembergeois et Saxon, choisit le camp français.
L'empereur des Français crée alors de toutes pièces une « confédération du Rhin », dont il s'attribue la fonction de « protecteur », et à laquelle la Bavière et ses voisins adhèrent sans rechigner. La Bavière, le Wurtemberg et la Saxe deviennent également des royaumes tandis que Bade, dont le soutien à la politique française n'a pas été jugé suffisante, n'est fait que grand-duché.
Soucieux d'une véritable union avec les familles royales d'Europe, Napoléon envisage de marier ses proches aux membres de grandes dynasties : tandis qu'une fille du roi de Wurtemberg est mariée à Jérôme Bonaparte, promu par son frère roi d'un royaume de Westphalie créé ex nihilo, le grand-duc héritier de Bade épouse Stéphanie de Beauharnais, une nièce du premier mari de l'impératrice Joséphine, adoptée Napoléon et donc créée princesse impériale. La sœur aînée de Sophie, Augusta-Amélie de Bavière, épouse en 1806 Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine, adopté lui aussi par l'empereur des Français et promu vice-roi d'Italie à Milan. La duchesse Marie-Élisabeth en Bavière, une cousine de la branche cadette, est mariée en 1808 au maréchal Berthier, promu en 1806 au rang de prince (prince de Neuchâtel et de Valangin, puis après la bataille de Wagram en 1809, de Neuchâtel, de Valagin et de Wagram), qui représente l'empereur de Français à Vienne lors des cérémonies du second mariage par procuration du souverain avec l'archiduchesse Marie-Louise. Toutefois, lorsque Napoléon envisage d'unir le prince héritier de Bavière à une de ses parentes, le jeune homme est rapidement marié à une princesse de sang royal, bien que d'une Maison secondaire et protestante.
À la chute de l'Empire français, le roi de Bavière ayant opportunément rallié les Alliés, conserve son royaume et son titre et, pour faire oublier son passé « bonapartiste », marie ses filles cadettes aux vainqueurs du jour. Caroline-Auguste, après un mariage annulé avec le prince héritier de Wurtemberg, épouse en 1816 l'empereur François Ier d'Autriche, veuf pour la troisième fois ; Élisabeth épouse en 1820 le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse ; Marie-Léopoldine et Amélie sont chacune à leur tour reines de Saxe. Seule, la benjamine Ludovica ne porte pas couronne, elle est mariée pour des raisons familiales à un cousin d'une branche cadette, le duc Maximilien en Bavière. .
Ainsi, Sophie est également la tante (et belle-mère) de l'impératrice Élisabeth d'Autriche, la célèbre « Sissi », de la reine Marie des Deux-Siciles et de la duchesse d'Alençon.
Mariage
vignette|L'archiduchesse Sophie présidant la prière du soir de ses enfants, les archiducs François-Joseph, 9 ans, Charles-Louis, 6 ans et Ferdinand-Maximilien, 7 ans ainsi que l'archiduchesse Marie-Anne, 4 ans qui mourra l'année suivante (Fendi, 1839).
, Sophie épouse le à Vienne l'archiduc François-Charles d'Autriche, homme faible, sans beauté et sans charme, mais apparemment promis au trône impérial, son frère Ferdinand en étant visiblement incapable. En revanche, le jeune archiduc, passionné de chasse, est très amoureux de sa très jolie épouse. N'ayant aucun goût pour le pouvoir ni la politique, il est un époux et un père dévoué voire soumis.
La jeune fille est accueillie par son beau-père et en même temps beau-frère, l'empereur François .
Descendance Après six années de tentatives infructueuses, dont quatre fausses-couches (notamment en 1827 et en 1829), – un handicap politique –, le couple en a finalement six : fausse-couche 1827 fausse-couche 1829 François Joseph Charles (1830-1916), épouse en 1854 Élisabeth en Bavière (1837-1898) (Sissi) d'où quatre enfants dont : Sophie (1855-1857), Gisèle, née en 1856, fiancée en 1872 à Léopold de Bavière et décédée en 1932, Rodolphe, né en 1858 et décédé en 1889, Marie-Valérie d'Autriche, née en 1868 et décédée en 1924 ; Ferdinand Maximilien Joseph Marie (1832-1867), épouse en 1857 Charlotte de Belgique (1840-1927), sans postérité ; Charles-Louis d'Autriche, épouse en 1856 Marguerite de Saxe (1840-1858), puis en 1862 Marie de l'Annonciation des Deux-Siciles (1843-1871), puis en 1873 Marie-Thérèse de Bragance (1855-1944), d'où six enfants dont : François-Ferdinand né en 1863 et assassiné en 1914, Othon, né en 1865 et décédé en 1906, Ferdinand-Charles, né en 1868 et décédé en 1915, Marguerite, née en 1870 et décédée en 1902, Marie Annonciade, née en 1876 et décédée en 1961, Élisabeth, née en 1878 et décédée en 1960 ; fausse-couche en 1834 ; Marie Anne Caroline Pia (1835-1840) ; fils mort-né le ; Louis-Victor (1842-1919), sans alliance.
L'archiduchesse est une mère aimante et attentionnée, particulièrement attentive à l'éducation donnée à ses enfants. La mort de sa fille Marie-Anne à l'âge de cinq ans la laisse inconsolable.
Au cœur des rumeurs
Si certains ragots non fondés prétendent que le prince de Vasa serait le père de l'empereur François-Joseph, des propos plus courants affirment que le père de son second fils, Ferdinand-Maximilien, n'était autre que le neveu de son mari, le duc de Reichstadt, fils de NapoléonAndré Castelot, Madame Royale, Perrin 1962, rééd. 1999, . Il n'était que de six ans son cadet, et elle lui était intimement liée : elle fut, dit-on, le grand amour de l'Aiglon et l'assista dans ses derniers jours. Membre à part entière de la Maison d'Autriche par sa mère l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche devenue duchesse régnante de Parme, et traité avec affection par son grand-père l'empereur François, le duc de Reichstadt mais rien ne permet d'affirmer qu'ils furent amants, bien que l'empereur Napoléon III le crut. Avant de partir pour le Mexique, l'archiduc Maximillien prétendait être le petit-fils illégitime de Napoléon . Pourtant, aucune source n'a jamais pu vérifier la véracité de ces déclarations. Dans le journal que Sophie tenait depuis son enfance, on retrouva des déclarations d'amour et une particulière affection envers le jeune duc de Reichstadt, sans, pourtant, aucune affirmation ou mot laissant entendre une possible histoire d'amour entre les deux.
De même, l'archiduchesse sympathisa avec un cousin utérin, le prince de Vasa, fils du roi détrôné Gustave IV de Suède et de Frédérique de Bade. De six ans son aîné, le prince était officier dans l'armée impériale. D'une belle prestance et d'une grande beauté, il l'emportait largement sur l'archiduc François-Charles, quelque peu victime de la consanguinité. Rien ne permet de confirmer les rumeurs qui firent de l'archiduchesse et du . . En revanche, la princesse Amélie de Suède, sœur du prince de Vasa, fut agréée comme dame de compagnie de l'archiduchesse. Les deux femmes tissèrent des liens d'amitié qui durèrent jusqu'à la mort de la princesse en 1853.
Par ailleurs, la famille paternelle de Sophie devait beaucoup à l'ex-empereur des Français ; Sophie ne cacha jamais son admiration pour Napoléon ni son affection pour son beau-frère Beauharnais. Mais elle concevait également la France comme la mère des idées révolutionnaires, et ne cachait pas son mépris pour les différents régimes qui succédèrent à la Restauration. Sophie rend régulièrement visite aux exilés de Frohsdorf (Madame Royale, le dauphin, Henri d’Artois et sa sœur Louise).
Archiduchesse d'Autriche
Cependant, elle trouve en face d'elle, le chancelier de l'empire, le prince de Metternich qui gouverne depuis 1810 : il se méfie de cette jeune archiduchesse ambitieuse à la forte personnalité qui pourrait lui faire de l'ombre si un jour elle était l'épouse de l'empereur. Confronté aux capacités très limitées de son héritier, l'archiduc Ferdinand, homme d'un caractère doux et aimable mais à la limite de la débilité, l'empereur songeait effectivement à transmettre la couronne à son fils cadet l'archiduc François-Charles. Celui-ci aurait dû à la mort de son père devenir empereur d'Autriche et Sophie impératrice. Le chancelier Metternich évoqua alors le principe dynastique pour s'opposer à cette substitution. Le chancelier voyait dans le monarque plus l'institution que l'homme et il craignait aussi d'avoir à compter avec Sophie, dont le mari était à sa dévotion. D'ailleurs le chancelier, après la naissance de l'archiduc François-Joseph, avait incité l'empereur à conserver ses droits à la couronne à l'archiduc Ferdinand et à le marier alors qu’il approchait de la quarantaine, afin de procréer et d'éloigner Sophie du trône. Avec Ferdinand, un empereur faible, marié à une femme sans intérêt pour les affaires politiques comme l'archiduchesse Marie-Anne, Metternich put ainsi conserver la haute main sur la politique autrichienne durant les treize années suivant la mort de l'empereur François , période de l'histoire appelée le Vormärz. Limitée donc dans ses ambitions, l'archiduchesse reporte ses espoirs sur son fils appelé à succéder à son oncle. Reconnaissant la valeur du chancelier, elle se rapproche de lui et lui confie une partie de l'éducation de son fils, François-Joseph, en qui elle voit déjà le futur empereur.
Bien que quatre de ses sœurs soient souveraines (deux reines de Saxe et une reine de Prusse, une impératrice d'Autriche), et que son frère Louis soit roi de Bavière, Sophie est la véritable tête de la famille Wittelsbach. En 1840, l'archiduchesse perd sa seule fille, qui meurt de maladie à l'âge de 5 ans. L'archiduchesse est inconsolable. En octobre de la même annėe, elle fait une fausse couche. En 1841, l'archiduchesse perd sa mère. La reine douairière de Bavière, née Caroline de Bade était un soutien et une confidente pour l'archiduchesse qui ressentit douloureusement cette disparition. Enceinte pour la , elle met au monde un quatrième fils, l'archiduc Louis-Victor d'Autriche son dernier enfant, et commence à tenir un journal.
Durant la période Biedermeier, l'archiduchesse fut une figure éminente du monde viennois. Son salon était réputé ouvert aux artistes et elle y reçut, entre autres Franz Liszt et Johann Strauss qui lui consacra une valse. Une des salles de bals les plus fréquentées de Vienne portait son nom, la Sophiensaal. En 1827, le rosiériste français Jean-Pierre Vibert lui dédie une rose créée en 1824 par Cottin, la rose « princesse Sophie de Bavière ».
Se posant résolument comme la championne de la tradition, elle s'opposa avec succès aux projets de mariage du duc d'Orléans, héritier du « roi des barricades » et petit-fils d'un prince régicide, avec l'archiduchesse Marie-Thérèse, fille de l'archiduc Charles-Louis (qui épouse en 1837 le roi Ferdinand II des Deux-Siciles).
Sophie savait également former autour d'elle un cercle familial chaleureux dans ce monde curial qui l'était si peu.
Révolution de 1848