Éléonore de Clare ( – ), suo jure dame de Glamorgan, est une femme de la noblesse anglaise du . Issue de la puissante famille de Clare, elle est la fille aînée de Gilbert de Clare, comte de Gloucester et comte de Hertford, et de Jeanne d'Angleterre, ce qui fait d'elle une des petites-filles du roi . Mariée au modeste seigneur Hugues le Despenser, Éléonore n'est pas destinée à détenir de riches possessions et mène une existence discrète au début du règne de son oncle maternel, le roi . À la mort de son frère Gilbert en 1314, en revanche, elle devient cohéritière de la fortune familiale, ce qui permet à son époux d'acquérir la confiance progressive du roi et de devenir son favori. Éléonore elle-même exerce une forte influence auprès du roi Édouard.

La mainmise d'Hugues le Despenser sur les affaires du royaume provoque plusieurs rébellions des barons d'Angleterre. Finalement, en 1326, la reine Isabelle de France renverse son époux , fait exécuter le favori royal et emprisonne Éléonore de Clare. Privée de ses biens, Éléonore est libérée et partiellement restaurée dans ses terres en 1328, mais est enlevée peu après par le baron William la Zouche, qui l'épouse de force. Ce n'est qu'après l'avènement d' qu'elle obtient la pleine restitution de ses possessions, tandis qu'elle se trouve brièvement au cœur d'une querelle matrimoniale. Désormais complètement écartée du pouvoir, Éléonore passe les dernières années de sa vie auprès de son second époux et contribue à embellir profondément l'abbaye de Tewkesbury, où elle est sans doute inhumée à sa mort.

Biographie Origines, jeunesse et premier mariage Éléonore de Clare naît le au château de Caerphilly, dans le Glamorgan. Elle est l'aînée des trois filles de Gilbert de Clare, comte de Gloucester et comte de Hertford, et de Jeanne d'Angleterre, une des filles du roi . Son père Gilbert, l'un des nobles les plus riches et les plus puissants d'Angleterre à la fin du , meurt en , alors qu'Éléonore a trois ans. Elle grandit avec ses sœurs cadettes Marguerite et Élisabeth et son frère aîné Gilbert. Leur mère Jeanne convole secrètement en secondes noces au début de l'année 1297 avec Raoul de Monthermer, un simple chevalier. Ce remariage provoque la fureur du roi , qui avait voulu offrir sa fille en mariage à . Par précaution, Jeanne aurait choisi de plaider sa cause auprès de son père en amenant avec elle ses quatre jeunes enfants, espérant que la présence de ses petits-enfants atténuerait la colère du roi. Toutefois, cette stratégie échoue, même si Édouard est contraint en définitive de reconnaître le mariage de sa fille avec Monthermer. On ignore si les filles du premier lit de Jeanne sont élevées auprès de leur mère ou si, à l'instar de leur frère Gilbert, leur éducation est confiée à la reine Marguerite de France, épouse de leur grand-père . L'enfance d'Éléonore de Clare est effectivement méconnue, tout comme celle de ses deux sœurs.

Le , quatre jours après la tenue d'une cérémonie chevaleresque fastueuse en prévision d'une nouvelle campagne militaire en Écosse, Éléonore de Clare est mariée à l'âge de 13 ans à Hugues le Despenser, fils aîné et héritier de son père homonyme, qui a servi lors de diverses missions diplomatiques. Les noces d'Éléonore se déroulent le lendemain de celles de sa cousine Jeanne de Bar avec John de Warenne, comte de Surrey. Son époux, qui est un peu plus âgé qu'elle, ne représente pas le meilleur parti qu'aurait pu espérer une petite-fille de roi. Même s'il est le neveu de Guy de Beauchamp, comte de Warwick, le petit-fils par alliance de Roger Bigot, comte de Norfolk, et le beau-frère d'Henri de Lancastre, neveu du roi Édouard, Hugues le Despenser ne dispose d'aucune chance d'être l'un de leurs héritiers. Les terres de son père, principalement situées dans les Midlands et le Buckinghamshire, sont étendues, mais jusqu'à la mort de celui-ci, Hugues ne peut s'attendre à en détenir pratiquement aucune. De même, Éléonore n'hérite d'aucune possession de sa mère lorsque cette dernière meurt le , puisque l'héritier de la famille de Clare est son frère Gilbert, comte de Gloucester et comte de Hertford. Pour autant, le mariage d'Éléonore et Hugues semble avoir porté ses fruits, au regard des nombreux enfants qu'ils ont : leur premier fils, Hugues, naît dès 1308.

À la suite de la mort d' le , son fils lui succède sur le trône. Au début de son règne, les attentions du nouveau roi se portent surtout vers Pierre Gaveston, comte de Cornouailles et époux de sa nièce Marguerite de Clare. Les faveurs démesurées qu'accordent le souverain à son favori suscitent la colère du baronnage anglais et, en 1312, Gaveston est sommairement exécuté après avoir bravé l'exil perpétuel que les barons mécontents lui avaient été imposé. Contrairement à son père, Hugues le Despenser semble avoir appuyé, bien que de manière passive, la fronde baronniale à Gaveston. Même s'il n'accorde alors aucune importance à Despenser, se montre attentionné envers sa nièce. Le , Hugues reçoit de la part du roi les terres de Sutton dans le Norfolk, qui appartenaient auparavant à l'ordre du Temple, ainsi qu'un revenu annuel de 200 livres. L'année suivante, son père lui donne d'autres domaines dans le Cambridgeshire, le Suffolk et l'Essex, afin de lui assurer à lui et son épouse un train de vie correct. Par ailleurs, Éléonore commence à être influente à la cour, où elle exerce la charge de dame de parage de la reine Isabelle de France, l'épouse du roi Édouard, et accompagne le couple royal lors de sa visite au roi de France entre mai et . Elle possède par ailleurs sa propre retenue, commandée par son chambellan John de Berkhamsted.

L'héritage de la famille de Clare Le destin d'Éléonore de Clare et de son époux Hugues le Despenser bascule complètement lorsque son frère Gilbert est tué à la bataille de Bannockburn face aux Écossais le . Initialement, la veuve du comte de Gloucester, Maud de Burgh, affirme être enceinte. Cette nouvelle ravit le roi, qui croit ainsi pouvoir disposer de l'héritage de l'enfant posthume de Gilbert de Clare jusqu'à sa majorité. Néanmoins, et bien que Maud de Burgh prétende jusqu'en 1317 que sa grossesse se prolonge, il devient rapidement évident que le comte de Gloucester est mort sans descendant. Dès lors, ses trois sœurs, Éléonore, Marguerite et Élisabeth, sont considérées comme les cohéritières de l'immense fortune de la famille de Clare. En attendant de pouvoir solennellement diviser l'héritage de Clare, le roi Édouard désire laisser ces considérables possessions à des seigneurs qu'il estime lui être d'une loyauté indéfectible. C'est ainsi que ses favoris Hugh Audley et Roger Damory épousent respectivement au printemps 1317 Marguerite et Élisabeth de Clare. Hugues le Despenser le Jeune est pendant cette même période considéré par le roi comme un potentiel allié, ou du moins un seigneur neutre mais loyal à la couronne et digne de confiance (à l'instar de son père Despenser l'Aîné), puisqu'il est convoqué par au Parlement dès le sous le titre de .

Hugues le Despenser est très préoccupé par l'héritage qui lui revient de droit par son épouse. Prétextant de l'impossibilité d'une grossesse de la comtesse de Gloucester en , il se saisit du domaine de Clare à Tonbridge dans le Kent, mais est rapidement contraint par le roi de le restituer. Éléonore elle-même n'est pas en reste en ce qui concerne les affaires de sa famille. Ainsi, jusqu'à la division du patrimoine de Clare, son château natal de Caerphilly est tenu au nom du roi par l'agent Payn de Turberville. En protestation face aux abus de Turberville envers la population galloise locale, le noble Llywelyn Bren et ses partisans lancent une attaque surprise sur Caerphilly le et assiègent le château. Llywelyn capture le connétable de Caerphilly en dehors de la forteresse et s'empare de la basse-cour. Il échoue toutefois à forcer son passage à travers les défenses intérieures et ordonne alors à ses hommes de brûler la ville et fait massacrer quelques habitants. Pendant le siège, le château est vaillamment défendu sous le commandement de la « dame de Clare », terme qui est très certainement une référence à Éléonore. La garnison royale résiste ainsi jusqu'à ce qu'elle soit délivrée par William Montagu, , le . Inquiet face à l'affaiblissement de son autorité en Galles, Hugues le Despenser s'assurera en 1318 d'obtenir d' la garde de Llywelyn Bren et le fera sommairement exécuter.

Enfin, le , procède en pleine session parlementaire à la partition de l'héritage de Clare. Éléonore de Clare reçoit un tiers du patrimoine de son frère. Elle acquiert le domaine de Tewkesbury et l'honneur de Gloucester dans les Marches galloises, le domaine de Rotherfield dans le Sussex, d'autres possessions dans le Devon et le Somerset, et un tiers de la seigneurie irlandaise de Kilkenny. Mais c'est surtout l'acquisition de la seigneurie de Glamorgan, qui est la plus importante et la plus riche, qui rend la part d'Éléonore considérable. Effectivement, cette seigneurie jalonne l'essentiel des Marches galloises et permet à Éléonore d'exercer certains droits propres seulement aux barons qui détiennent des terres dans les Marches et non aux autres seigneurs du reste du royaume d'Angleterre. Par ailleurs, Éléonore hérite en 1320 d'un tiers des terres établies dans le douaire de Maud de Burgh. Grâce à ce partage qui lui est fort avantageux, Hugues le Despenser devient un puissant magnat : ses rentes annuelles s'élèvent à environ . Il est désormais de jure uxoris seigneur du Glamorgan, ce qui lui permet d'avoir des privilèges aussi importants que les barons des Marches galloises. En outre, sa nouvelle position d'importance au sein du baronnage d'Angleterre lui permet véritablement de revendiquer une position prépondérante à la cour d'.

L'épouse du favori d' En , en raison du climat politique instable en Angleterre, accepte de nommer Lord Chambellan Hugues le Despenser le Jeune. Cette nomination résulte sans doute d'un compromis entre le roi Édouard, les barons modérés conduits par Aymar de Valence, comte de Pembroke, et la fronde baronniale conduite par Thomas de Lancastre, comte de Lancastre. À l'inverse de son père, Hugues le Jeune bénéficie de la confiance des deux dernières factions et, profitant de la mise à l'écart de la cour des favoris royaux Roger Damory et Hugh Audley, acquiert très rapidement les faveurs royales. L'ascension de l'époux d'Éléonore de Clare est qualifié par l'historien J. R. S. Phillips comme « l'exemple classique d'un homme en devenir qui a réussi à l'accomplir ». De nombreux historiens pensent que la relation entre et Hugues le Despenser avait un caractère sexuel. Si c'est le cas, les relations conjugales entre Éléonore et son époux n'en ont en aucun cas pâti, puisqu'Éléonore a donné naissance à d'autres enfants pendant la période où son mari est devenu le favori effectif de son oncle. De même, plusieurs écrits ont prêté à Édouard et sa nièce une relation sexuelle, comme la chronique Chronographia Regum Francorum. Aucune preuve ne permet cependant de corroborer cette allégation, bien que le roi ait offert à Éléonore d'importantes sommes d'argent ainsi que de nombreux présents.