Léon Pales, né le à Toulouse et mort le à Issy-les-Moulineaux, est un médecin militaire, anthropologue et préhistorien français. Il associe ces trois spécialités en développant la paléopathologie en début de carrière, avant de s'orienter par la suite vers l'anthropologie, puis la préhistoire.

Biographie Prémices d'une vocation Léon Pales naît à Toulouse au domicile de ses parents, 19 rue Saint-Rome, le , de Jean-Baptiste Pales, avocat, et Anne Victorine Déjean. Il passe une grande partie de son enfance en Ariège, terroir auquel il restera toujours fidèle.. C'est là que s'exprime d'abord son goût pour la préhistoire et l'observation. Ainsi en 1920 déjà, il confie au futur professeur Gaston Astre (1896-1975) de Toulouse un épi fossile dans un état exceptionnel qu'il a lui-même récolté. Il explore et fouille plusieurs grottes de la région : Lespiougue, Le Bourdal, et sur la commune de Montseron, Las Boufios, Soulabé, Las Maretas, etc. Beaucoup plus tard, il achètera ces deux dernières grottes situées dans le cirque de Malarnaud sur la rive gauche de l'Arize.. Il est bachelier en 1921 et 1922 en latin, sciences et philosophie ; en 1923, il obtient le PCN et les certificats de zoologie appliquée et d'archéologie préhistorique. à l'université de Toulouse.. Cette précocité lui vaut de fréquenter déjà des célébrités de la paléontologie comme Henri Begouën, l'abbé Henri Breuil, qui l'initie, entre autres, à la lecture des pierres gravées, Marcellin Boule, et à Toulouse Henri Victor Vallois qui le forme à l'anatomie et l'anthropologie..

Il commence pourtant des études de médecine à Toulouse, qu'il poursuit en intégrant à Bordeaux en l'École principale du service de santé de la Marine et des troupes coloniales (matricule 709).. où il devint aide d'anatomie en 1927. Pendant les quatre années passées à Bordeaux, Léon Pales se multiplie : secrétaire de la section préhistorique à la société linnéenne de Bordeaux, membre de la société d'histoire naturelle de Toulouse, de la société préhistorique française, de l'association française pour l'avancement des sciences et de l'institut international d'anthropologie ; toutes sociétés au sein desquelles il prend la parole et publie des textes d'autorité qui préparent sa thèse de médecine., il n'a que et rédige déjà savamment. Paléontologue précoce et désormais médecin, il soutient en 1929 sa thèse de médecine consacrée à la paléopathologie.. Durant la préparation de celle-ci, il est successivement en contact et influencé par Roy Lee Moodie, et Paul Rivet. Le , il épouse Angélina Cayer à Bordeaux .

Une thèse qui marque l'histoire vignette|alt= couverture en noir et blanc de la thèse de Léon Pales en 1929|Couverture de la thèse de Léon Pales.

Ce travail qui fait l'état des lieux de l'ostéo-archéologie est d'une telle valeur qu'il est publié dès l'année suivante. avec une préface de Paul Rivet et fait l'objet de commentaires internationaux..

Dans ce travail, Léon Pales démontre des qualités originales et personnelles. Premièrement par sa méthode qui s'appuie sur l'usage systématique de l'histologie et de la radiographie pour identifier et interpréter la physiopathologie de lésions osseuses anciennes. Ainsi, il peut modifier des diagnostics qui avaient été antérieurement portés (discussion sur le prétendu rachitisme des hommes de Néandertal et de Cro-Magnon, distinction entre lésions osseuses de la maladie de Paget et celles de la syphilis, etc.). Malgré l'évolution des connaissances, nombre de ses observations et conclusions sont considérées comme toujours valides au début du . Ensuite, par l'affirmation que la paléopathologie peut servir la médecine en ce qu'elle procure de connaissance sur l'histoire naturelle des maladies.

Cette thèse, et l'ouvrage qui en découle, fut paradoxalement la dernière synthèse en paléopathologie en langue française avant que cette discipline ne s'enfonce dans un sommeil trentenaire jusqu'aux années 1960. Longtemps, cet ouvrage s'est imposé donc comme le seul traité d'ostéo-archéologie en français. Des décennies plus tard, Pierre L. Thillaud n'hésite pas à écrire en 2002, concernant cette période de la paléopathologie française qu'il s'est agit d'.

Le médecin militaire Brazzaville À l'issue de sa formation initiale à Bordeaux, Léon Pales choisit de servir dans le Corps de santé des troupes coloniales et suit l'enseignement de l'École d'application du service de santé des troupes coloniales au Pharo à Marseille. Il en ressort major de promotion en 1930. Il commence sa carrière de praticien comme médecin-lieutenant en tant que médecin résident et chirurgien à l'hôpital général de Brazzaville entre 1931 et 1933. Durant ce premier séjour, il reste anthropologue dans l'âme et s'intéresse dorénavant à la typologie des ethnies africaines qu'il côtoie, comme le prouve le don de moulages anatomiques au muséum d'histoire naturelle de Toulouse.. Pendant ce séjour, Léon Pales est confronté à l'effroyable mortalité dont sont victimes les travailleurs du chantier du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO). Il est alors sur le territoire de la colonie le seul capable de réaliser des autopsies auxquelles sa formation de pathologiste l'a préparé. De plus, il peut s'appuyer sur les laboratoires de l'Institut Pasteur à Brazzaville pour analyser les pièces anatomiques qu'il prélève. Il réalise ainsi plusieurs dizaines d'autopsies, et il décrit particulièrement celles réalisées chez des travailleurs du CFCO.. Il diagnostique chez eux plusieurs causes infectieuses de décès (tuberculoses et pneumonies disséminées, etc.). Mais surtout, il décrit une série de victimes présentant un état de dénutrition avancé qu'il nomme la du nom du massif montagneux si difficile à franchir par le chantier ferroviaire et si cruel pour les ouvriers forcés d'y travailler. Cette cachexie s'accompagne chez de nombreux patients d'une atrophie cérébrale et de lymphadénopathie, tandis que ces patients dénutris avaient conservé jusqu'au terme de leur agonie un appétit normal. Plus de plus tard, cette description de la cachexie du Mayombé est considérée par plusieurs auteurs comme la possible confirmation de la circulation du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en Afrique centrale dès les années 1920, en concordance avec les estimations phylogénétiques sur l'origine du virus de l'immunodéficience humaine...

Fort-Lamy Léon Pales poursuit sa carrière comme médecin-chef du département sanitaire du Baguirni-Chari et de l'hôpital de Fort-Lamy, conseiller technique du représentant du gouverneur pour la région du Tchad de 1934 à 1936. Durant cette deuxième affectation, sa curiosité pour l'anthropologie ne se dément pas comme le rappelle ses fouilles menées aux environs de Fort-Lamy en .Le , la république du Tchad émet une série de -poste consacrés à des objets de la culture Sao, découverts lors de fouilles archéologiques. Le timbre de CFA (Yvert et Tellier n° TD89) reproduit un masque ancestral en argile découvert par Léon Pales en 1936, le timbre porte la mention « Fouilles Léon Pales »..

Marseille et la guerre vignette|alt= portrait de trois-quart droit d'un médecin des troupes coloniales coiffé du képi à quatre galons et de l'ancre d'or, on note au revers droit la présence de l'insigne de l'école du Pharo|Portrait de Léon Pales au moment où il prend le commandement de l'ACL 222.

Au terme de ses congés de fin de séjour, Léon Pales est affecté en 1937 à Marseille comme assistant du laboratoire d'anatomie de l'école d'application du service de santé des troupes coloniales. Il passe le concours de chirurgien des hôpitaux coloniaux et l'agrégation d'anatomie et clinique chirurgicale en 1938. En 1938, il est chirurgien-chef de l'hôpital embarqué des réfugiés espagnols de Marseille à bord du Providence-Marseille et du Patria-Marseille.. À Marseille, il étudie les caractéristiques d'un bataillon de tirailleurs afin . En 1937-1938, il dispense un cours d'anthropologie et d'ethnologie à la faculté de médecine et de pharmacie de Marseille. En 1939, il est nommé professeur agrégé dans la chaire d'anatomie à l'École du Pharo.

Le médecin-commandant Léon Pales prend à Paris (Caserne Mortier) le commandement de l'ambulance chirurgicale légère 222 (ACL 222), seule ambulance chirurgicale du Corps d'armée colonial lequel est intégré à la armée.. Celle-ci est engagée sur le front face à la Sarre dès le et se déploie au château de Logne (Rurange-lès-Thionville) devant Hagondange à moins de de la frontière de la Sarre.

Le personnel technique (, stomatologiste, radiologiste, , pharmaciens, infirmières, administrateur) est au complet, ce qui n'est pas le cas du personnel d'exploitation ( militaires pour 51 prévus) tandis que les conducteurs de véhicules sont limités aux véhicules présents, c'est-à-dire en nombre insuffisant. Dès les premiers jours, fort de son expérience d'exercice de la chirurgie en situation dégradée connue en Afrique Équatoriale, Léon Pales remet en cause la doctrine d'emploi de son ambulance. Celle-ci édicte qu'une équipe chirurgicale est composée de opérant ensemble dans un bloc opératoire. L'ambulance peut donc mettre en œuvre alors que le principe réglementaire du chantier opératoire est de pouvoir mettre en service travaillant sur le rythme des 3x8. Par ailleurs, Léon Pales prévoit que dans cette guerre qui débute, l'impact des bombardements aériens et des armes automatiques sera important et qu'il faudra aussi prendre en charge de nombreux blessés civils. Dès lors, il décide de sa propre autorité de constituer , chacune avec aidé par un aide-chirurgical en la personne d'un dentiste ou du stomatologiste. Ainsi, ses équipes peuvent opérer en continu, 24h/24, chacune, pendant que la quatrième équipe est de repos et de réserve, ce qui permet un glissement quotidien de la tranche horaire dévolue à chaque équipe et donc la possibilité d'un repos de nuit complet tous les . Outre ses équipes chirurgicales, l'ACL 222 comporte une section de triage essentielle à la bonne répartition des blessés lors de leur arrivée ; cette mission nécessite la plus grande compétence et est toujours réalisée par Léon Pales en personne pendant toute la campagne.

Cette organisation originale est confortée et validée par l'expérience acquise tout au long de la « drôle de guerre » entre le et le . Pendant cette longue période de près de , l'ACL 222 est engagée sur le front en Moselle et son activité chirurgicale est quotidienne et soutenue. Ainsi, au , soit près de d'engagement, l'ACL 222 a réalisé pour de guerre. L'ACL 222 prouve sa capacité à la mobilité en se déployant successivement au château de Logne (Rurange-lès-Thionville), au château de Bertrange (Uckange) et plus durablement au collège de Rombas.