Dora Meeson, née le à Hawthorn (Victoria) et morte à Chelsea (Londres) le , est une peintre australienne et militante pour le suffrage féminin.

Formée à Melbourne, Londres et Paris, elle développe un style réaliste, puis moderniste, marqué par le postimpressionnisme et un intérêt pour la lumière et la couleur. Malgré les limites imposées aux femmes de son époque, elle poursuit son activité artistique. En 1919, elle devient la première australienne admise à la Royal Institute of Oil Painters.

Active dans le mouvement pour le droit de vote des femmes, elle rejoint la Women's Social and Political Union et l’Artists' Suffrage League. Elle y réalise des affiches et bannières, dont la célèbre , portée lors de la grande marche de 1911 à Londres. Pendant la Première Guerre mondiale, elle participe à la création du .

Ses œuvres sont conservées dans des collections publiques au Royaume-Uni et en Australie, et sa bannière est exposée au Parlement de Canberra.

Biographie

Origines et éducation Dora Meeson naît le à Hawthorn en Australie. Ses parents sont John Thomas Meeson, directeur du Hawthorn Grammar School puis avocat, et d'Amelia, née KiplingRichard Haese, Meeson, Dora (1869–1955), in Australian Dictionary of Biography, Australian National University, vol. 8, 1981.

Entre 1876 et 1896, avec sa famille, elle vit successivement à Londres, en Nouvelle-Zélande et à Melbourne. Elle reçoit principalement une éducation à domicile. Vers 1879, elle s’installe et grandit à Dunedin. Elle y commence sa formation artistique à la Canterbury College School of Art. Elle y est témoin du mouvement suffragiste et signe la pétition transmise au Parlement néo-zélandais.

À la fin des années 1880, Elle réalise quatre aquarelles simples réparties sur deux pages, représentant des Aborigènes australiens et conservées à la bibliothèque national d'Australie. Ces compositions figurent des scènes de la vie quotidienne et semblent avoir été copiées d’après des photographies.

En 1895, elle obtient une admission exceptionnelle à la National Gallery of Victoria Art School. Bernard Hall l’y accepte comme étudiante avancée, bien qu’elle n’ait pas reçu de formation préalable en dessin. La famille retourne alors à Melbourne, ce qui lui permet d’y poursuivre ses études. Elle complète ensuite sa formation par intermittence à la Slade School of Fine Art de Londres, entre 1896 et 1898, sous la direction de Henry Tonks et aux côtés d’Augustus John.

À la National Gallery School, Dora Meeson rencontre son futur mari, George Coates. Ils participent tous deux à un concours d’affiches sur le thème de « Minerve », remporté par Meeson, puis se présentent pour une bourse d’études à l’Académie Julian de Paris. Coates obtient la bourse, tandis que Meeson n’est pas retenue ; sa famille finance alors ses études à Paris de 1898 à 1899. Elle y travaille auprès de Benjamin Constant et de Jean-Paul Laurens. En 1898, son … est exposé au Salon officiel.

Carrière artistique Dès 1902, Dora Meeson collabore avec son mari comme illustratrice pour de Henry Smith Williams. Installés à Ealing, ils peinent à s’imposer dans le milieu artistique et complètent leurs revenus en réalisant des illustrations en noir et blanc pour cette publication ainsi que pour l’Encyclopaedia Britannica.

De 1903 à 1905, elle reçoit une allocation annuelle de 100 £, donne quelques cours et utilise régulièrement des enfants comme modèles. Elle décrit alors l’Angleterre comme un lieu de plaisir et Paris comme un lieu de travail, attirée par les courants avant-gardistes qui y émergent, tandis que Coates s’y sent étranger.

Meeson choisit de s’affranchir des conventions imposées aux femmes artistes de son époque. En Australie comme en Europe, celles-ci sont généralement encouragées à se limiter à des thèmes jugés appropriés à l’expérience domestique féminine, tels que les fleurs, les enfants ou les scènes mondaines. Elle s’intéresse au contraire à des sujets dits masculins, comme le travail sur les quais de la Tamise ou la navigation fluviale. Elle considère ce choix comme un geste politique, revendiquant le droit des femmes à traiter de sujets traditionnellement réservés aux hommes. Selon l’historienne Victoria Hammond, elle brave parfois la tempête pour peindre sur le fleuve, refusant de se contenter d’un regard à distance depuis la berge. C’est d’ailleurs au cours de ses passages dans les docks londoniens qu'elle se lie avec des familles issues du milieu ouvrier.

Exclue du Chelsea Arts Club, qui prive les femmes de commandes professionnelles compétitives, elle saisit toutes les opportunités qui se présentent. En 1912, elle obtient la participation de femmes artistes au concours de décoration de la mairie de Chelsea.

En 1919, Dora Meeson devient la première artiste australienne élue à la Royal Institute of Oil Painters. Elle se fait connaître par ses nombreuses vues de la Tamise, dont plusieurs furent acquises après 1945 par la . Contrairement à George Coates, dont l’art reste attaché à un style strictement réaliste et représentationnel, elle évolue vers une esthétique moderniste, proche du postimpressionnisme. Dans ses mémoires, elle dit vouloir traduire la lumière et la couleur, ce qui la pousse à peindre en plein air le long de la Tamise.« George ne comprenait pas ma lutte pour exprimer la lumière et la couleur, et voulait toujours que j’assombrisse mes tons, alors que je lui demandais de les éclaircir. Mais nous suivions nos chemins séparés en bonne entente. L’exiguïté de l’atelier me poussa dehors pour étudier le fleuve, ses formes multiples, ses couleurs changeantes et son mouvement, tandis que George se concentrait de plus en plus sur la peinture de figures. »En 1921, ils retournent en Australie, où ils organisent plusieurs expositions à Melbourne et dans d’autres villes. Elle expose à Castlemaine, où elle fait don d’une toile à la galerie municipale. Au cours d’un séjour dans l’État de Victoria, elle peint une série de paysages australiens avant leur retour en Angleterre. Elle découvre alors que ses scènes anglaises de la Tamise se vendent très bien en Australie, tandis que ses paysages australiens rencontrent le même succès en Angleterre.

Après la mort de George Coates en 1930, Dora Meeson continue de peindre et d’exposer durant les années 1930. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle réalise une série d’aquarelles représentant les destructions causées par les bombardements de Chelsea, aujourd’hui conservée au Mémorial australien de la guerre.

Engagements envers les femmes

Suffrage féminin Après la mort de ses parents, Dora Meeson s’engage plus activement dans le mouvement suffragiste. En 1907, elle rejoint la Women's Social and Political Union et se lie d’amitié avec Mary Lowndes et , cofondatrice de la Society of Painters in Tempera. La même année, elle devient l’une des premières membres de l’Artists' Suffrage League et se rallie au socialisme en rejoignant la Women's Freedom League. Elle gagne un concours d’affiches organisé par la National Union of Women's Suffrage Societies et l’, et contribue activement à la production d’affiches, de bannières et de cartes postales politiques dans l’atelier de la ligue sur King’s Road. Elle illustre également des brochures aux côtés de Cicely Hamilton, et C. Hedley Charlton, destinées à promouvoir la cause du suffrage féminin. Ses cartes postales connaissent un grand succès, avec 6 488 exemplaires vendus à un penny l’unité.

En 1908, elle réalise la bannière du grand cortège pour le suffrage féminin à Londres, à laquelle elle participe aux côtés de son époux. Dans ses écrits, Meeson témoigne de leur engagement commun : .

En 1909, elle réalise des dessins au trait pour les publications de l' : .droite|vignette|Dora Meeson (tout à gauche) en tant que cheffe inspectrice du Women's Police Service vers 1916.

En , Vida Goldstein encourage à fonder à Londres le , afin de faire pression en faveur du droit de vote et des droits des femmes. Dora Meeson va la diriger. Le à 17 h 30, lors de la à Londres, Vida Goldstein, et Emily McGowen conduisent le contingent australien. En tête du groupe australien et néo-zélandais, Meeson porte, avec l’aide de George Coates, la bannière qu’elle a réalisée, « ». Women's Police Service Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreuses femmes en Grande-Bretagne se retrouvent dans la pauvreté, les hommes étant partis au front et les allocations tardant à être versées. Pour leur venir en aide, Dora Meeson contribue à la création de la . Le service réunit surtout des femmes instruites de la classe moyenne. Elles soutiennent les réfugiées belges et les Britanniques des milieux ouvriers, souvent plongées dans la misère ou la prostitution.

Vie privée et mort Membre de la Royal Institute of Oil Painters et de l'Artists' Suffrage League, elle rencontre à Paris George James Coates. Elle se fiance à lui secrètement et l’épouse le à Ealing, après avoir assisté au mariage de leurs amis artistes E. Phillips Fox et Ethel Carrick. Ils prennent la décision de ne pas avoir d'enfants afin de se consacrer à leurs carrières artistiques. Ses parents s’étaient montrés sceptiques quant à la possibilité pour le couple de vivre de leur art.

Le couple s’installe à Chelsea, au 52–55 Glebe Place, où leur atelier devient un lieu de rencontre artistique, sociale et politique, accueillant des réceptions et des expositions privées. Ils y fréquentent un cercle d’artistes australiens expatriés, dont Tom Roberts, George Lambert, Ruby Lindsay, Bess Norris et Ola Cohn. Ils font un séjour en Australie en 1921-1922.

Après la mort de son mari en 1930, Dora Meeson poursuit sa carrière artistique jusqu’à son décès le à Chelsea, à l’âge de 86 ans. Elle est enterrée auprès de lui dans le cimetière de Rye.

Reconnaissance et héritage En 1988, la bannière réalisée par Dora Meeson pour la de 1911, est achetée à la Women's Library par le Conseil international des femmes comme cadeau du Bicentenaire aux femmes d’Australie. Elle est aujourd’hui exposée au Parlement à Canberra.

Une représentation d'elle a été utilisée en 2003 sur une pièce de monnaie australienne émise en 2003, pour célébrer le centenaire du droit de vote des femmes en AustralieElizabeth Crawford, The Women's Suffrage Movement: A Reference Guide 1866-1928, 2003, .

La Meeson Street, située dans le quartier de Chisholm à Canberra, a été nommée en son honneur.

Ses œuvres sont conservées dans plusieurs collections britanniques, dont celles de l’Imperial War Museum, du London Museum Docklands et du National Army Museum, ainsi que dans diverses collections australiennes, parmi lesquelles la Galerie d'art de Nouvelle-Galles.

Œuvres principales

Thames at Chelsea Thames at Bankside Embarkation of the Last W.A.A.C.s' Transport of the A.I.F, Wounded Leaving Southampton Charlton Park Members of the QMAAC in the Cookhouse at the RFA Camp, Charlton Park Leaving for the Front Allbourne Manor House Portrait of M'selle M... Peace Celebrations, Indian Troops Marching Down Whitehall, 1919

Expositions

1992 : – . 2013 : – .

Références

Voir aussi Bibliographie Richard Haese, « Meeson, Dora (1869–1955) », in Australian Dictionary of Biography, Australian National University, vol. 8, 1981. Bernard Dolman (ed.), Who's Who in Art (A Dictionary of Contemporary British Artists), UK reprint, Woodbridge, Londres, 1929. Myra Scott, The Art of George James Coates (1869-1930) and Dora Meeson Coates (1869-1955), MA thesis, University of Melbourne, Melbourne, 1992 Bénézit, 2012 Myra Scott, How Australia Led the Way: Dora Meeson Coates and British Suffrage, 2018

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