L’accident de Nyonoksa est une explosion survenue le sur un site d’essais militaires situé près du village de Nyonoksa, dans l’oblast d’Arkhangelsk, en Russie. L’incident s’est produit lors d’un test impliquant un système de propulsion expérimental, provoquant plusieurs morts parmi les spécialistes présents sur le site.
À la suite de l’explosion, une brève augmentation du niveau de radiation a été enregistrée dans la ville voisine de Severodvinsk. Les autorités russes ont indiqué que l’accident était lié à des travaux sur un dispositif utilisant une source d’énergie nucléaire.
L’événement a suscité une attention internationale en raison des incertitudes entourant la nature exacte du système testé et de ses implications potentielles dans le domaine des armements stratégiques.
Contexte L’accident semble s'être produit sur un ponton où sont testées de nouvelles armes. Certaines hypothèses évoquent le Burevestnik 9M730 ( « oiseau de tempête », nom russe du pétrel), un missile de croisière qui aurait pu faire partie des tests, et possiblement à l'origine de l'explosion selon certains experts.
Cet accident s’inscrit dans une série d'incidents susceptibles d'avoir des effets géopolitiques : explosion dans un dépôt de munitions à Atchinsk une semaine avant., incendie dans le sous-marin nucléaire Locharik à un moment où des tensions existent entre la Russie et les États-Unis qui s’accusent mutuellement de violer le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF). L'explosion a lieu peu après la confirmation du retrait américain du traité INF annoncé en au motif que les services de renseignement américains soupçonnent les russes de fabriquer de nouvelles armes ne respectant pas le traité (depuis 2013, c'est-à-dire avant l'arrivée de Donald Trump à la présidence)..
De plus, la série télévisée américaine Chernobyl retraçant l'explosion du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl vient d'être diffusée, notamment en Russie, ravivant les souvenirs laissés par le « nuage » de Tchernobyl.
Chronologie vignette|redresse=1.6|Photo satellite de la région de Nyonoksa (au sud de la Mer Blanche) prise le , avec position (à gauche) de 3 navires non-identifié, d'un navire russe identifié : le Serebryanka, spécialisé dans le transport de déchets ou objets radioactifs. L'accident aurait eu lieu le , vers du matin (heure proposée par le journal The Moscow Times, citant un expert ayant interprété les données de radioactivité.), dans le cadre d'un essai d'engin balistique dans la mer Blanche (sur une plate-forme en mer, selon la BBC), mais l'accident aurait pu commencer à bord d'un navire selon l'agence Tass, citant elle-même les services d'urgenceNathan Hodge, A deadly mishap in Russia's Far North, and a nuclear mystery lingers ; Scientists killed employed by state atomic corp, CNN, 12 août 2019.. Le moteur de l'engin aurait soudainement et accidentellement pris feu et explosé, projetant les opérateurs du test à la mer, alors que selon Rosatom, les tests étaient terminés.
Les autorités russes évoquent d'abord une explosion de propergol liquide, mais , expert sur les questions de contrôle des armements à l’Institut d’études internationales (Middlebury College, à Monterey), doute rapidement de cette explication et suggère que l'accident présentait une composante inhabituelle. Il évoque un possible lien avec une photo prise le par une société spécialisée dans l'imagerie satellite (Planet Labs). Cette image montrait la présence du Serebryanka, un navire russe spécialisé dans le transport de combustible nucléaire et d'objets ou déchets radioactifsMarine Traffic, Serebryanka, descriptif et accès au géopositionnement par sa balise d'identification internationale (consulté le 17 août 2019)., au large du polygone d'essai de missiles balistiques, de croisière et anti-aériens de Nyonoksa. Cette coïncidence avec l'explosion et l'incendie évoqués par les médias a fait penser à Lewis que l'essai pouvait concerner des tests sur un « missile de croisière à propulsion nucléaire ». L'hypothèse lui semble d’autant plus crédible que c'est aussi ce navire qui avait été utilisé pour récupérer une unité de propulsion nucléaire perdue après un essai avorté de missile de croisière à propulsion nucléaire en 2018 au large de la Nouvelle-Zemble en mer de Barents, également en Arctique. Huit jours après l'accident (15-), selon sa balise qui peut être suivie en temps réel sur le site Marinetraffic.com, le Serebryanka était à quai à son port d’attache, un peu au nord de Mourmansk, et à ce même moment il y avait une quinzaine de cargos ou navires équipés de balises d'identification automatique dans la mer Blanche, dont plusieurs sont identifiés comme barges ou remorqueurs (). Lewis, relayé par CNN et d’autres, suggère que, plutôt qu'un engin à propergol liquide, l'accident a pu survenir sur un missile Burevestnik 9M730 (aussi dénommé « SSC-X-9 Skyfall » par l’OTAN).
Le , soit deux jours après, Rosatom, dont trois membres de son personnel sont hospitalisés, reconnaît que l'explosion revêtait le caractère d'un accident nucléaire ; selon le directeur scientifique du centre militaire affilié à Rosatom, Vyacheslav Soloviev, lors de l’accident, un petit réacteur nucléaire aurait été endommagé.
Le , un mini sous-marin de Classe Priz (modèle AS-34) de la flotte nordique est signalé dans la zone de l'accident, pour une mission inconnue. Cet engin est conçu pour diverses opérations techniques sous-marines, dont la recherche et sauvetage, disposant même d'une capacité à évacuer des humains enfermés dans un sous-marin ou un bateau couléБатискаф с гидроакустической станцией: в Двинский залив Белого моря пришёл глубоководный аппарат (Bathyscaphe avec station hydroacoustique : véhicule hauturier arrivé dans la baie de Dvina en la Mer Blanche) publié par 29.ru, 14 aout 2019.. Cet appareil a par exemple été utilisé pour l'opération de sauvetage du Koursk en . Il peut opérer jusqu'à de profondeur.
Le , des médias russes font savoir que le commandant de l'unité militaire 09703 (responsable du terrain d'entraînement et d'essais militaires de Nyonoksa) a averti les habitants du danger relatif aux objets projetés à terre par l'explosion, recommandant de ne pas s'en approcherПовисло в воздухе? Зловещая загадка радиации из Нёноксы. Радио Свобода. Дата обращения / svoboda.org, 31 aout 2019.Так выглядит смерть. Фото и видео последствий взрыва в Нёноксе. Радио Свобода. Дата обращения / Svoboda.org 31 aout 2019..
Le , une vidéo du rivage de Nyonoksa publiée par Novaya Gazeta montre les deux pontons radioactifs utilisés dans les tests, échoués à l'embouchure de la rivière Verkhovka sur la grève de sable de la Baie de Dvinskaya, à de la gare de Nyonoksa. Selon les habitants, l’un des pontons s’est échoué là spontanément et l’autre a été apporté par un remorqueur. Le , le rayonnement de fond ne dépasse pas la norme dans le village voisin mais sur le rivage, à des pontons, il atteignait 154 micro-roentgen/heure et des habitants quelques jours plus tôt avaient dit que les dosimètres indiquaient 750 micro-roentgen/heure au même endroit (plus de 10 fois la norme). Dans le même temps, des déchets déposés près des pontons par l’eau sont également radioactifs (150 à 190 micro-roentgen/heure enregistrés ; un dosimètre Radex indique 154 micro-roentgen/heure près de débris et 186 près de la corde de remorquage..
Intensité de l'explosion L'intensité de l'explosion n'a pas été précisée par les rares communiqués officiels russes. Elle a été assez intense pour provoquer des morts et des blessés, et pour être enregistrée sur trois des sismographes de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBO), ainsi que par un capteur d'infrasons. Ces informations ont été données par le CTBO après qu'il a été interrogé par la presse. Le CTBO a aussi émis une alerte sur X dans la nuit du , accompagnée des captures d'écran montrant le signal sismique enregistré correspondanthttps://twitter.com/ctbto_alerts : , 03:05, 10 août 2019.. Les signaux sismiques d'une ou plutôt deux explosion(s)Во время инцидента под Архангельском, вероятно, произошло два.../ Au cours de l'incident près d'Arkhangelsk, deux événements se sont probablement produits, Reuters (23 августа 2019). Дата обращения 27 августа 2019. ont été enregistrés par le centre sismologique NORSAR (Norvège) et par la station de Bardufoss à Troms (Norvège)..
Radioactivité : type, intensité, localisation et origines possibles Le , une première information publique est donnée par le site internet de la mairie de Severodvinsk qui informe que les capteurs disposés en ville ont ..Le lendemain, ce texte est retiré sans explication (le cache de la page a été effacé, mais la page a eu le temps d’être enregistrée par les archives du net)..
Le , une autre légère augmentation du rayonnement gamma (de ) a été signalée plus à l'ouest par une Agence d'information portuaire, dans la petite ville d'Uma et dans les villages Kashkarantsi et Pyatytsa dans le district de Tersky de la région de Mourmansk.. Greenpeace signale de son côté une élévation du niveau ambiant de rayonnement bêta observée les 9, 10 et à Arkhangelsk, avec ici une élévation du rayonnement bêta, mais aussi alpha, et sous forme de précipitations, avec un niveau qui a augmenté le entre 10 et , sans que les médias et le public n’aient été informés «Гринпис»: От россиян скрыли повышение уровня бета-излучения после взрыва в Нёноксе Greenpeace: Les Russes ont caché l'augmentation du rayonnement bêta après l'explosion de Nenoks, consulté dimanche septembre.. Plus à l'ouest, peu après (le ), l'Autorité norvégienne de sécurité nucléaire et de radioprotection signale avoir détecté (du 9 au ) des traces d'iode radioactif dans l'air du nord de la Norvège, en signalant qu'on ne peut pas relier cet iode avec certitude à l'accident d'Arkhangelsk, car de l'iode radioactif, généralement d'origine inconnue, est détecté six à huit fois par an en Norvège..
Les autorités russes n'ont pas caché que l'évènement était couvert par le secret défense. Dmitri Peskov (porte-parole de la présidence) a déclaré après le que les « rapports de sources anonymes » ne seraient pas commentés, et que s'il s'agissait d'un secret d'État, les citoyens seraient tenus de respecter leurs obligations, ce qui a alimenté les spéculations.
Lassina Zerbo (secrétaire exécutive de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires ou CTBT) a signalé que plusieurs stations russes de surveillance de la radioactivité faisant partie du réseau mondial du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires ont été subitement déconnectées du réseau international de suivi. Ces stations sont celles de Doubna et de Kirov, qui ont cessé de communiquer leurs données à l'ONU le , deux jours après l'accident ; puis le , ce sont celles de Bilibino, dans la région des Tchouktches, et du village de Zalesovo, dans l'Altaï qui sont devenues muettesWSJ: уже четыре мониторинговые станции не передают данные после взрыва под Северодвинском (Explosion à Severodvinsk: « Le Kremlin ne cache pas les radiations, mais la technologie »), Коммерсантъ, 20.08.2019].. Lassina Zerbo a déclaré au Wall Street Journal que des responsables russes ont expliqué que le manque d'accès à ces stations était dû à des problèmes de réseau et de communicationsource : dans Повисло в воздухе? Зловещая загадка радиации из Нёноксы. Радио Свобода. Дата обращения / svoboda.org, 31 aout 2019.. De nombreux experts se doutent alors qu'un nuage radioactif a touché ces zones ; Lassina Zerbo a même posté sur X une modélisation de propagation d'un nuage radioactif qui aurait pu se produire à partir du point de l'explosion. Au-delà d'informer sur le niveau de radioactivité dans l'air, les capteurs devenus muets identifient aussi les radionucléides en cause.