vignette|Matière fécale humaine.
La matière fécale humaine ou les fèces humaines diffèrent grandement d'apparence, en fonction de l'état de l'ensemble de l'appareil digestif, qui subit lui-même l'influence du régime alimentaire et de la santé. Normalement, elles sont semi-solides et enrobées de mucus. De petits morceaux de selles plus dures, moins humides peuvent s'être incrustées dans l'extrémité distale (ce qui est normal lorsqu'un mouvement péristaltique du côlon est incomplet, et que des fèces retournent du rectum vers l'intestin, où l'eau est absorbée).
Les premières selles d'un nouveau-né sont appelées le méconium.
Les selles, leur élimination et leur surveillance constituent l'un des pivots de l’hygiène alimentaire mais aussi de l’hygiène générale. En tant que déchet de l'organisme, elles peuvent être vecteurs de maladies comme le choléra.
Composition La composition des selles varie avec le régime alimentaire. Elles sont composées d'environ 75 % d'eau. Ce pourcentage connaît des variations ; la diarrhée se caractérise par une proportion d'eau plus importante. Plus les intestins sont longs, plus les selles sont pauvres en eau.
Les 25 % restants sont composés de matières organiques comprenant divers nutriments comme les fibres alimentaires ainsi que des bactéries mortes et vivantes dans une proportion variable (de 25 % à 54 %).
Les électrolytes fécaux sont mesurés en rapportant leur concentration à 1 litre d'« eau fécale ». Les selles normales ne contiennent que 20 à 25 % d'eau libre. Le potassium est l'ion principal des selles : toute diarrhée s'accompagne d'une perte de potassium.
L'intestin sécrète de l'albumine mais celle-ci est digérée et ne se retrouve pas dans les selles. On trouve quelques enzymes encore actives dans les selles, comme la chymotrypsine et de nombreuses bactéries de la flore intestinale. Lorsque les graisses fécales dépassent /24 h on parle de stéatorrhée. Lorsque l'azote fécal dépasse /24 h on parle de créatorrhée. Stéatorrhée et créatorrhée sont les signes d'une digestion insuffisante.
La normalité des selles est parfois évaluée selon l'échelle de Bristol, qui classe les selles en sept types selon leur apparence.
Selles dites normales Les selles (en moyenne par jour, plus en cas d'alimentation riche en fibres) sont le résidu de la digestion des aliments après leur passage dans le système digestif (transit digestif) auquel s'ajoutent des bactéries de la flore intestinale ainsi que les cellules épithéliales de la paroi intestinale, en perpétuel renouvellement.
Leur composition est fonction de la pratique alimentaireSource : Rodale, Gotaas composting, cité par François Tanguay, Petit manuel d'auto-construction, , éditions de Mortagne.. Les selles dites normales contiennent 75 à 85 % d'eau et 18 à 22 % de matières sèches.
Ces matières sèches sont elles-mêmes constituées essentiellement de : 85 à 90 % de composés organiques (fibres de cellulose, constituant essentiel des végétaux et des fibres musculaires non digestibles) 5 à 7 % d'azote ; 3 à 5 % de phosphore () ; 1 à 2,5 % de potassium (). À noter que toute diarrhée s'accompagne d'une fuite de potassium ; et les habituels germes saprophytes (non dangereux pour la santé) constituant la flore intestinale.
L'intestin sécrète bien de l'albumine, mais celle-ci est digérée et ne se retrouve pas dans les selles. On y trouve par contre quelques enzymes encore actives, comme la chymotrypsine, et de nombreuses bactéries.
Leur coloration brune est due aux pigments biliaires : stercobiline et urobiline.
Chez une personne dite saine, on n'y trouve que peu de lipides, mais beaucoup de fibres et de graisses non digérables.
Le rapport C/N, qui indique la vitesse à laquelle se dégrade un composé organique, oscille entre 5 et 10.
Selles dites anormales alt=Exemple de selles apparaissant liquides, dites anormales.|vignette|Exemple de selles apparaissant liquides, dites anormales. Chez l'homme ou l'animal, une selle est qualifiée d’anormale quand sa forme, sa couleur ou sa consistance est inhabituelle : quantité anormale ( son poids dépasse par jour chez l'homme) ; elle apparaît « liquide » : diarrhée lorsque l'individu est malade (par exemple lors d'une gastro-entérite) ; elle apparaît « trop graisseuse » (stéatorrhée, ou créatorrhée) ; sa fréquence est trop élevée (plus de trois fois par jour) ; elle contient du sang rouge (doit toujours alarmer, même s'il ne s'agit que de traces) ou du sang « digéré » (selles liquides, noirâtres, nauséabondes). Dans ce dernier cas, une prise en charge médicale urgente est nécessaire ; elle contient des « résidus » ; ce n'est pas grave s'il ne s'agit que de quelques aliments non digérés ; elle contient des parasites (visibles ou suspectés dans le cas d'un prurit de la zone anale). Le parasite est généralement de type tenia. Cette situation nécessite un avis médical pour une éventuelle diagnose. ; elle s'accompagne de douleurs au ventre ou de l'anus. Il est aussi important de ne pas se retenir d'aller à la selle, cela pouvant être cause de constipation.
Selles témoins d'autres pathologies Dans certaines maladies, la présence ou l’absence de selles ainsi que leur consistance renseignent sur le type de pathologie en cause : dans les syndromes de malabsorption (syndrome d'intolérance au gluten par ex.) elles deviennent hyper abondantes et graisseuses ; dans le cancer du pancréas les selles deviennent blanchâtres par l'absence de sels biliaires qui sont déviés vers les urines qui, elles, prennent l'aspect de la « bière brune » ; dans le syndrome de Crohn et la rectocolite hémorragique, elles sont glaireuses et sanglantes ; en cas d'occlusion intestinale : choc + absence totale et prolongée de matières et de gaz ; en cas de fécalome (accumulation de matières fécales dans l'intestin formant obstacle à la progression des selles, trouble du transit fréquent chez les personnes âgées), souvent secondaire à une déshydratation.
Le toucher rectal est donc particulièrement utile pour la mise en évidence d’un fécalome, mais également à partir de 50 ans, au cours des visites médicales de routine à la recherche d’éventuelles lésions de la prostate ou du rectum.
En parasitologie, certaines maladies sont dues au « péril fécal », notamment chez l'enfant. Ce phénomène se déroule lorsqu'une personne se réinfeste (souvent via des œufs émis par les selles), via ses doigts de l'anus à la bouche.
Transplantation de matériel fécal La transplantation de matériel fécal (ou bactériothérapie fécale) consiste en l’introduction du matériel fécal d’un donneur sain dans le tube digestif d’un patient receveur afin de rééquilibrer le microbiote intestinal altéré de l’hôte. En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé recommande l'utilisation médicalement contrôlée de cette technique dans le traitement des infections récidivantes à Clostridioides difficile. Pour les autres affections, les indications sont encore au stade expérimental et doivent faire l'objet d'études scientifiques plus robustes avant d'être recommandées. L'avis du Conseil met en évidence l'absence de contre-indications objectivées à l'heure actuelle et attire l'attention sur plusieurs aspects : ne pas utiliser avant le troisième épisode d'infection à Clostridioides difficile ; multidisciplinarité médicale ; standardisation des procédures dans le cadre d'études scientifiques contrôlées ; critères de sélection du donneur et du receveur ; définition des normes de qualité et de sécurité ; suivi épidémiologique et enregistrement des patients ; sous contrôle médical et à l'hôpital uniquement ; préparation psychosociale du donneur et du receveur ; formation du personnel médical à cette nouvelle technique ; critères pour le choix de la technique d'administration ; centralisation et préparation du matériel au sein de banques spécifiques pour le matériel fécal ; adaptation du cadre législatif belge pour cette technique qui n'est ni un médicament, ni un don de cellules, tissus et organes au sens strict ; remboursement pour les indications scientifiquement démontrées ; préparation des services hospitaliers.
Élimination
Jusqu'à la fin du , le premier problème était le retrait des déchets des lieux habités. Il était alors habituel d'utiliser les cours d'eau ou de grandes quantités d'eau là où ces déchets ne pouvaient pas être neutralisées naturellement. Mais avec la croissance de la population, cette solution n'était plus viable, et des processus spécifiques d'évacuation et de traitement des eaux usées sont devenus un besoin primordial.
C'est encore un problème dans les pays où les ressources en eau sont faibles et dans les pays en voie de développement. Au fil du temps, l'élimination des selles est apparue comme un problème majeur en raison du nombre important de maladies véhiculées notamment dans les pays en voie de développement où l'on parle de péril fécal..
Histoire Le problème de l'élimination efficace des selles se pose avec les premières populations sédentaires, notamment pour des contraintes de propreté et d'odeur. Les toilettes étaient connues dans l'Inde ancienne. Les premiers vestiges datent de 2500 av. J.-C. dans l'Empire romain, en Égypte et en Chine. Ce sont souvent des latrines publiques et communes qui ne disparaissent qu'à partir du Francine Barthe-Deloizy, Géographie de la nudité: être nu quelque part, Éditions Bréal, 2003.
Les châteaux du Moyen Âge possédaient des latrines pour les nobles seigneurs comme pour la garnison et les valets ; ils en possédaient autant qu'il en fallait et très bien disposées. Au château de Coucy, les tours et le donjon du commencement du ont des latrines à chaque étage, construites de manière à éviter l'odeur et tous les inconvénients attachés à cette nécessité. Les latrines du donjon s'épanchent dans une fosse large bien construite et dont la vidange pouvait se faire sans incommoder les habitants. Quant aux latrines des tours, elles étaient établies dans les angles rentrants formés par la rencontre de ces tours et les courtines et rejetaient les matières au dehors dans l'escarpement boisé qui entoure le châteauEugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné architecture française au , Latrines.
La Renaissance française va sacrifier les latrines à l'architecture. À Versailles, les seigneurs de la cour de se trouvaient dans la nécessité de se mettre à leur aise dans les corridors faute de cabinets ; on en déduit en faisant une règle de proportion que chez les ducs de Bourgogne ou d'Orléans au , on ne prenait même pas tant de précautions. Cette négligence à satisfaire aux nécessités de notre nature physique était poussée très loin dans le temps où l'on songeait surtout à faire de l'architecture noble. Non seulement le château de Versailles où résidait la cour pendant le ne renfermait qu'un nombre tellement restreint de privés que tous les personnages de cour devaient avoir des chaises percées dans leurs garde-robes mais des palais moins vastes n'en possédaient pas. Il n'y a pas fort longtemps que tous les appartements des Tuileries étaient dépourvus de cabinets si bien qu'il fallait le matin faire faire une vidange générale par un personnel ad hoc. On se souvient au de l'odeur qui était répandue du temps du roi dans les corridors de Saint-Cloud car les traditions de Versailles s'y étaient conservées scrupuleusement. Ce fait relatif à Versailles n'est point exagéré. Un jour qu'Eugène Viollet-le-Duc visitait très jeune ce palais avec une respectable dame de la cour de , passant dans un couloir empesté, elle ne put retenir cette exclamation de regret « Cette odeur me rappelle un bien beau temps ».
Avec la révolution industrielle du , les constructions d'égouts sont la norme partout, même dans les petits villages. L'exercice des fonctions naturelles devient privé et aseptisé.
Cycles des fèces