L’occupation japonaise des îles Andaman a eu lieu en 1942, durant la Seconde Guerre mondiale. Elle s'est prolongée jusqu'en .
Les îles Andaman-et-Nicobar (139 îles représentant ) se trouvent dans le golfe du Bengale à environ de Calcuta, de Madras et du cap Nargis en Birmanie. Jusqu'en 1938 elles étaient utilisées par le gouvernement britannique comme colonie pénitentiaire pour les prisonniers politiques indiens et africains, principalement dans la prison de à Port Blair, la principale ville portuaire de l'archipel. Aujourd'hui, elles forment un territoire de l'Union indienne.
Le seul objectif militaire de l'archipel était la ville de Port Blair. Sa garnison était constituée de 300 miliciens sikhs commandés par 23 officiers britanniques, augmentés à partir de d'un détachement de Gurkhas du quatrième bataillon du de la . Après la chute de Rangoun le , cependant, les Britanniques ont jugé que Port Blair était devenu indéfendable et le les Gurkhas ont été transférés dans la péninsule d'Arakan.
Force d'invasion
Les Japonais, désirant protéger leur flanc maritime, envoyèrent une force s'emparer des îles. Cette force était composée des unités et des navires suivants :
Protection à distance croiseur (flagship) Chōkai Quatrième Division de porte-avions porte-avion Ryūjō (il n'a pas mené d'opérations aériennes) Septième division de croiseurs – croiseurs lourds Kumano Suzuya Mikuma Mogami Onzième division de destroyers Fubuki Hatsuyuki Shirayuki Murakami
Protection rapprochée Troisième escadron de destroyers croiseur léger Sendai Dix-neuvième division de destroyers Isonami Uranami Ayanami Vingtième division de destroyers Amagiri Asagiri Yugiri Shirakumo
Force d'invasion croiseur léger Yura – unité d'escorte 9 navires de transport bataillon de la 18 division d'infanterie 9 Base Force croiseur-école Kashii navire d'escorte Shumushu poseur de mines Hatsutaka canonière convertie Eiko Maru
Première division de dragueur de mines dragueurs de mines W1, W3, W4
Division 91 de dragueurs de mines spéciaux
dragueurs de mines Choko Maru, Shonan Maru #7, Shonan Maru #5
Unité aérienne porte-hydravions Sagara Maru (à l'est des îles Nicobar)
Occupation japonaise Port Blair a été occupée le . La garnison n'a pas opposé de résistance au débarquement et a été désarmée et emprisonnée ; beaucoup des miliciens sikhs se sont plus tard engagés dans l'armée nationale indienne. Leurs chefs britanniques ont été envoyés à Singapour comme prisonniers de guerre, tandis que le commissaire en chef Waterfall, le vice-commissaire A.G. Bird et les autres administrateurs britanniques étaient emprisonnés. Les Japonais ont relâché les détenus de la prison, dont un, Pushkar Bakshi, est devenu leur principal collaborateur. Les îles ont été placées sous l'autorité du colonel Bucho, un certain nombre de fonctionnaires indiens étant promus à des postes de responsabilité. La défense des îles a été confiée au nouvel escadron de chasseurs du kōkūtai Kanoya, basé à Tavoy, dans le sud de la Birmanie. Cet escadron était l'ancienne du vingt-deuxième Koku Sentai, basé à cette époque à Penang. Six hydravions du kōkūtai Toko sont arrivés le , plus douze peu après. Sur les îles elles-mêmes, une garnison japonaise d'environ 600 hommes était responsable du maintien de l'ordre, ainsi que la police désormais sous contrôle japonais.
Atrocités japonaises Les événements des trois années suivantes sont difficiles à établir, car les Japonais ont détruit tous leurs dossiers en s'en allant. Les principales sources à ce sujet sont le rapport non-publié d'un habitant, Rama Krishna, , le récit non-publié de l'officier britannique D. McCarthy, (il avait été envoyé sur les îles en mission secrète en 1944), ainsi que les souvenirs des habitants âgés interrogés par les historiens. Toutes s'accordent avec les travaux qui y font appel pour affirmer que les Japonais ont commis de nombreuses atrocités contre la population locale durant leur occupation N. Iqbal Singh The Andaman Story (Delhi: Vikas Publ.) 1978 Jayant Dasgupta Japanese in Andaman & Nicobar Islands. Red Sun over Black Water (Delhi: Manas Publications) 2002 pp. 42, 88–91 L.P. Mathur Kala Pani. History of the Andaman & Nicobar Islands with a study of India's Freedom Struggle (Delhi: Eastern Book Corporation) 1985 pp. 247–55.
La première victime de l'occupation est survenue quatre jours après le débarquement japonais. Furieux contre des soldats qui avaient pourchassé des poulets dans sa maison, un jeune homme du nom de Zulfiqar Ali leur a tiré dessus avec une carabine à air comprimé. Il n'y a pas eu de victime, mais il a été obligé de se cacher. Retrouvé après vingt-quatre heures, il a été conduit sur la place devant le Browning Club, où on lui a tordu les bras jusqu'à ce qu'ils se cassent avant de l'abattre. Un monument en ciment marque aujourd'hui cet endroit Dasgupta Red Sun over Black Water pp. 44–45. Dans les premiers jours de l'occupation, les intellectuels locaux (pour la plupart fonctionnaires ou médecins) ont été encouragés à rejoindre l'Indian Independence League de et un « comité de paix » a été formé parmi ses membres, dirigé par le docteur . Au cours des mois suivants, ils ont fait ce qu'ils pouvaient pour diminuer les souffrances de la population des mains des Japonais, mais sans grand effet ; de fait, beaucoup d'entre eux allaient en être victimes à leur tour. Dans tous les cas, ils ne pouvaient rien faire pour sauver le major A.G. Bird, qui n'avait pas été envoyé à Rangoun ou à Singapour comme les autres Britanniques et dont les Japonais étaient déterminés à faire un exemple. Pushkar Bakshi a convaincu un autre prisonnier, Sarup Ram, de témoigner au de Bird qu'il était un espion (des moyens de transmissions avaient été dissimulés dans la maison où il était détenu). Selon des témoins oculaires, un homme populaire connu sous le nom de (oiseau en hindi) a eu les bras et les jambes brisés avant d'être décapité au sabre par le colonel Bucho Dasgupta Red Sun over Black Water pp. 50–51Mathur Kala Pani p. 248; Iqbal Singh The Andaman Story pp. 241–42.
Des Coréennes et des Malaises ont été amenées pour servir de femmes de réconfort à la garnison japonaise. Le travail forcé a été utilisé pour construire un nouvel aéroport et en des arrestations de masse ont eu lieu : 300 personnes ont été enfermées dans la prison de , ou certaines ont été torturées. Sept ont été fusillées, dont Narayan Rao, qui avait été surintendant de la police sous commandement japonais, le vice-superintendant Itter Singh, le policier militaire Subedar Sube Singh et le docteur Surinder Nag. Réalisant que les japonais ciblaient des personnalités influentes, les membres de l'Indian Independence League ont commencé à être inquiets et ont cessé leurs activités les plus nationalistes Dasgupta Red Sun over Black Water pp. 52–60. En 1943, une seconde vague de terreur a été lancée par le nouveau commandant de la garnison, le colonel Jochi Renusakai, et le chef de la police Mitsubashi, qui avaient tous deux participé au massacre de Nankin en 1937-1938. 600 personnes ont été arrêtées et torturées, notamment le docteur , qui est mort de ses blessures. À ce stade, les Japonais ont décidé que Pushkar Bakshi ne leur était plus utile et l'ont mis en prison Dasgupta Red Sun over Black Water pp. 63–67.
Gouvernement provisoire de l'Inde libre Le , le contrôle politique de l'archipel a été passé au gouvernement provisoire de l'Inde libre de Subhas Chandra Bose (en hindi ). Bose est venu à Port Blair pour hisser le drapeau tricolore de l'armée nationale indienne. Durant cette visite, sa seule aux îles Andaman, il a été soigneusement tenu à l'écart de la population par les autorités japonaises. Des tentatives variées ont été faites pour l'informer des souffrances des habitants, et du fait que de nombreux nationalistes indiens étaient au même moment torturés à . Bose ne semble pas avoir été au courant de cela et certains considèrent qu'il Iqbal Singh The Andaman Story p. 249. Après le départ de Bose les Japonais ont conservé le contrôle réel des îles Andaman, la souveraineté de l’ restant largement fictive C. A. Bayly & T. Harper Forgotten Armies. The Fall of British Asia 1941–5 (London) 2004 p. 325. Les îles elles-mêmes ont été renommées et , signifiant respectivement « martyr » et « autonomie ». Bose a nommé le général gouverneur de l'archipel et s'est peu impliqué dans l'administration du territoire. Au cours de son interrogatoire après la guerre, Loganathan a admis que la seule chose qu'il y contrôlait vraiment était le minuscule département de l'éducation : comme les Japonais avaient conservé celui des forces de police, il avait protesté en refusant d'accepter la responsabilité pour tout le reste. Il a été impuissant à empêcher la pire atrocité de l'occupation, le massacre d'Homfreyganj du , au cours duquel 44 Indiens suspectés d'espionnage ont été abattus par les Japonais. Beaucoup d'entre eux étaient membres de l'Indian Independence League Dasgupta Red Sun over Black Water pp. 67, 87, 91–95 ; Mathur Kala Pani pp. 249–51. Le gouvernement provisoire de l'Inde libre a officiellement continué à administrer l'archipel, quasiment le seul territoire sous sa juridiction, jusqu'au retour des Britanniques en 1945, mais dans les faits cela ne changeait presque rien.
Dernière année
En 1945, comme la nourriture devenait rare, les Japonais ont eu recours à des mesures désespérées. Entre 250 et 700 personnes (les estimations varient) de la région d'Aberdeen, sur Andaman du Sud, ont été déportées sur une île inhabitée pour y cultiver de la nourriture. Selon un survivant, un prisonnier libéré du nom de Saudagar Ali, au moins la moitié d'entre eux se noyèrent ou furent dévorés par des requins au moment où on les faisait descendre des navires dans l'obscurité, les autres moururent de faim ou furent tués par des pirates birmans. Une mission de secours envoyée sur l'île après la fin de l'occupation ne trouva que douze survivants et plus d'une centaine de squelettes sur la plage.
Au total, environ sont mortes aux îles Andaman du fait de l'occupation japonaise, et au moins 501 ont été torturées par les Japonais. Le premier chiffre représente 10% de la population de Port Blair avant la guerre. Les pertes aux îles Nicobar, moins densément peuplées, ont été plus faibles, les Japonais n'y ayant pas établi de garnison, même si 1943 a été marqué par une courte période de terreur sur Car Nicobar, durant laquelle ils ont raflé des habitants pour le travail forcé. Parmi les personnes qui l'ont vécue, l'occupation a laissé une amertume durable à l'égard des Japonais, et dans une certaine mesure de leurs collaborateurs du gouvernement provisoire de l'Inde libre Dasgupta Red Sun over Black Water pp. 101, 131, 133; Mathur Kala Pani pp. 254–55
Le vice-amiral Hara Teizo et le général major Tamenori Sato ont rendu les îles au brigadier J. A. Salomons, commandant de la , et à l'administrateur en chef Noel K. Patterson, de l'Indian Civil Service, le , lors d'une cérémonie sur le champ de courses de Port Blair.
Notes et références
Bibliographie
Catégorie:Îles Andaman-et-Nicobar Catégorie:Histoire de l'Inde Catégorie:Front Asie-Pacifique de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Relations entre l'Inde et le Japon Catégorie:Relations entre le Japon et le Royaume-Uni Catégorie:Raj britannique