Yvette Roudy, née le à Pessac (Gironde) et morte le à Cabestany (Pyrénées-Orientales), est une femme politique française ayant notamment soutenu la cause féministe.

Membre du Parti socialiste (PS), elle est députée européenne (1979-1981), ministre des Droits de la femme (1981-1986), puis députée du Calvados et enfin maire de Lisieux (1989-2001).

En 2014, en l'honneur de son mari Pierre Roudy, elle fonde, en collaboration avec la Chancellerie des universités de Paris, le prix Pierre-et-Yvette-Roudy.

Biographie Jeunesse et formation Yvette Roudy, née Saldou, est issue d'un milieu modeste. Son père, ouvrier dans la métallurgie, est employé de la municipalité de Pessac et dispose d'une pension d'invalidité depuis son retour de la Première Guerre mondiale. Elle perd sa mère à l'âge de 12 ans..

À l'âge de 17 ans, elle devient dactylographe dans une conserverie de poissons bordelaise. En 1951, elle épouse Pierre Roudy et le suit pendant trois ans en Écosse. De retour en France en 1955, elle passe son baccalauréat..

Militante féministe Yvette Roudy s'installe par la suite avec son mari à Paris.. Elle fait la connaissance de Colette Audry, ancienne résistante, socialiste et féministe, proche de Pierre Mendès-France, militante à cette époque au Mouvement démocratique féminin (MDF). Ce groupe, qui émerge en 1962, se définit comme un mouvement de gauche communiste. Yvette Roudy va rapidement en devenir, avec Marie-Thérèse Eyquem, la première animatrice. Elle participe à l'adhésion de nouvelles militantes, telle que Renée Broustal, son amie, militante nantaise et future déléguée aux droits des femmes dans les Pays-de-la-Loire, qui intègre le MDF en 1966..

À la demande de Colette Audry, elle traduit en 1963 The Feminine Mystique (La Femme mystifiée) de Betty Friedan qui vient de sortir aux États-Unis.. Ce livre est une révélation pour elle et lui permet de mettre des mots sur ce qu'elle ressent. Elle crée en 1965 La Femme du , journal du MDF dont elle est rédactrice en chef..

Soutien de François Mitterrand et candidate PS En 1965, Yvette Roudy est consciente qu'il faut entrer en politique pour faire bouger le débat sur la cause des femmesÉlodie Bécu et Karine Portrait, Yvette Roudy, madame la ministre, Paris, Danger public, 2006.. Lors de l'élection présidentielle de 1965, elle apporte son soutien à François Mitterrand, qui reprend à son compte certaines revendications du MDF dans son programme, notamment le droit des femmes d’accéder à la contraception...

Avec le MDF, Yvette Roudy participe à la Convention des institutions républicaines, parti créé par François Mitterrand. Lors des élections législatives de 1967, elle se présente sans succès à Meaux en Seine-et-Marne. Lors des élections législatives de 1968, elle se présente dans la circonscription de Paris, couvrant une partie du arrondissement. Elle est battue au premier tour avec un score de 6,22 %.

Yvette Roudy rejoint le Parti socialiste (PS) avec le MDF en 1971, à l'occasion du congrès d'Épinay. La même année, elle signe le manifeste des 343, qui appelle à la légalisation de l'avortement en France« La liste des 343 Françaises qui ont le courage de signer le manifeste "Je me suis fait avorter" » Le Nouvel Observateur , 5 avril 1971, couverture..

En 1977, elle est nommée secrétaire nationale du PS à l’action féminine puis, en 1979, elle crée et prend la présidence de la commission des droits de la femme du parti.

Elle se présente en 1978 aux élections législatives à Lyon, où elle est battue. L'année suivante, elle est élue députée européenne en 1979 sur la liste du PS.

Fonctions ministérielles vignette|left|redresse|Yvette Roudy en 1980. Après la victoire de François Mitterrand lors de l'élection présidentielle de 1981, elle est nommée ministre des Droits de la femme, de jusqu'en . Parmi ses conseillers ministériels figurent le socialiste Dominique Jourdain, futur maire de Château-Thierry, ainsi que Simone Iff, ex-vice-présidente du Mouvement français pour le Planning familial et Jeannette Laot, qui, issue de la CFDT, coprésida le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC)Pascale Le Brouster, « Contribution à l’histoire du Planning familial : le partenariat CFDT-MFPF au cours des années soixante-dix », Genre & Histoire, , printemps 2008, mis en ligne le 13 juillet 2008..

En arrivant au gouvernement en 1981, elle commence par lancer une campagne sur la contraception puis met en place le remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale. En 1981 également, l'Association des femmes journalistes est créée grâce à son soutienOrain Bérénice, L’association des femmes journalistes : un réseau féminin professionnel (mémoire), 2014. Accessible sur HAL (Hal-01070772 )..

Elle est à l'origine de deux lois qui portent son nom : la loi Roudy pour l'IVG, loi sur le remboursement de l'IVG du Éliane Gubin (dir.), Le siècle des féminismes, Paris, les éditions de l'atelier, 2004. ; la loi Roudy pour la parité, loi sur « l'égalité de l'homme et de la femme qui travaillent en entreprise » du La Loi Roudy, Loi 83-635 du 13 juillet 1983..

Mais ses projets ne sont pas tous des succès : la loi anti-sexisme de 1983, alors qu'elle est ministre des Droits de la femme, est un cuisant échec face à l'opposition des publicitaires et des défenseurs de la « liberté de la presse »Christine Bard (dir.), Un siècle d'antiféminisme, Paris, Fayard, 1999..

En 1982, Yvette Roudy célèbre officiellement le dans l'idée de Déclaration d'Yvette Roudy le 9 mars 1983..

En 1984, elle met en place la « commission sur la féminisation des noms de métiers, grades et fonctions », et choisit Benoîte Groult pour la présiderDécret du 29 février 1984 CREATION AUPRES DU MINISTRE DELEGUE AUPRES DU PREMIER MINISTRE, CHARGE DES DROITS DE LA FEMME D'UNE COMMISSION DE TERMINOLOGIE CHARGEE D'ETUDIER LA FEMINISATION DES TITRES ET DES FONCTIONS, ET D'UNE MANIERE GENERALE, LE VOCABULAIRE CONCERNANT LES ACTIVITES DES FEMMES.. Le , elle soutient l'organisation du premier colloque de la Ligue des droits des femmes.

Yvette Roudy s'engage pour la parité. Le déclencheur se situe en 1992, avec la déclaration à Athènes lors du premier sommet européen. Selon cette déclaration, Entretien avec Gardey Delphine, et Laufer Jacqueline, « Yvette Roudy, les femmes sont une force », Travail, genre et sociétés 1/ 2002 (), URL : www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2002-1-page-5.htm. DOI : 10.3917/tgs.007.0005.. Elle crée alors « l'Assemblée des femmes » (1992-1993)Création avec Denise Cacheux, Marie-France Casalis, Françoise Durand, Françoise Laurant, Josy Poueyto, Gisèle Stiévenard, Jeanne Vidal, Wassila Tamzali, Anne Zelensky., dont l'objectif est d'inscrire la parité dans la constitution et les institutions Muséa.. La même année, elle publie son livre Mais de quoi ont-ils peur ? et signe le Manifeste des 577 pour la paritéAnne Chemin, « Rétro controverse : 1992, la parité et l'égalité des sexes », Le Monde, 7 août 2007.. En 1996, elle décide de réunir plusieurs femmes, anciennement ministres, afin de monter une action commune Groupe composé de : Simone Veil, puis Édith Cresson, Michèle Barzach, Catherine Tasca, Monique Pelletier, Véronique Neiertz, Catherine Lalumière, Frédérique Bredin, Hélène Gisserot.. Cela aboutit au Manifeste des dix, publié dans L'Express. Elle propose le non-cumul des mandats, l'introduction à la proportionnelle, jusqu'à parler de quotas s'il le faut.

Députée du Calvados et maire de Lisieux En 1986, elle est parachutée à Lisieux pour devenir députée du Calvados lors de l'élection législative au scrutin proportionnel par liste départementale à un seul tour. Elle surprend en étant élue puis réélue en 1988 malgré le retour au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, face au député gaulliste André Fanton.

Forte de cette réélection, elle se présente aux municipales de 1989 à Lisieux. Sa liste obtient 54,08 % des suffrages et 27 sièges au conseil municipal, contre 8 à la liste de la majorité de droite sortante, conduite par Michel Triqueneaux.

Seule femme maire de cette ville dirigée par la droite depuis la Libération, Yvette Roudy est réélue en 1995, grâce à la division de l'opposition. Elle dote Lisieux d'une médiathèque et du centre aquatique Le Nautile, fait construire la rocade initiée par son prédécesseur, piétonnise la rue Pont-Mortain contre l'avis des commerçants, et installe une antenne de l’IUT de Caen. Elle décide de débaptiser la place Thiers pour lui donner le nom de place François-Mitterrand.

Redevenue députée en 1997 après avoir été battue en 1993 par André Fanton, elle est contestée par son ancien premier adjoint qui se présente face à elle aux élections municipales en 2001. La dispersion des voix de gauche profite au candidat UDF Bernard AubrilEric Aeschimann, « Lisieux. Une dissidence fait perdre la main à Roudy », 19 mars 2001, Libération, ..

Après 2002 Elle est membre du bureau national du PS et anime le courant Rénover maintenant, avec Arnaud Montebourg, après avoir été membre du NPS. Elle soutient la candidature de Ségolène Royal à l'investiture du PS et fait partie de son équipe de campagne pour l'élection présidentielle de , puis elle se prononce en faveur de la candidature de François Hollande en 2011L'ex-ministre des droits de la Femme Yvette Roudy soutient Hollande, Le Point, 13 octobre 2011..

Elle retire son soutien à la candidature de Benoît Hamon pour la primaire citoyenne de 2017, lui reprochant ses propos sur le voile islamique« L'ancienne ministre des droits des femmes, Yvette Roudy, à Benoît Hamon: "Tu as perdu ma voix" », bfmtv.com, 27 janvier 2017..

Franc-maçonne, membre de la Grande Loge féminine de France.., elle reçoit le prix de la Laïcité 2016 du Grand Orient de France..

Elle meurt à l'âge de 97 ans le à Cabestany (Pyrénées-Orientales).. Ses obsèques se déroulent le , puis elle est inhumée en division 6 au cimetière du MontparnasseCimetières de France et d'ailleurs. vignette|redresse|Sépulture d'Yvette Roudy.

Décorations Promue officière le . Cf. . . .

Archives Ses archives sont déposées au Centre des archives du féminisme, hébergé par la bibliothèque universitaire de l'université d'AngersInventaire d'archive 1 et Inventaire d'archive 2.« Complément d'archives d'Yvette Roudy », Archives du féminisme, bulletin n° 27, 2019, p. 24.. Elle a également fait don d'un fonds d'archives aux archives départementales du CalvadosVoir sur archives.calvados.fr..

Prix Pierre-et-Yvette-Roudy Création En 2014, en l'honneur de son mari Pierre RoudyMort le , Pierre Roudy était professeur agrégé d'anglais, inspecteur général et écrivain (romancier et traducteur). Il a été directeur de l'École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt), de 1970 à 1991, et de l'enseignement du théâtre au lycée., elle fonde le prix Pierre-et-Yvette-Roudy.. , explique-t-elle à l'AFP. Elle fait une donation de Arrêté du ministère de l’Éducation nationale autorisant cette donation. à la Chancellerie des universités de Paris avec lequel elle crée ce prix.

Modalités Le prix récompense chaque année deux bacheliers (une femme et un homme), ayant présenté l’option théâtre facultative au baccalauréat. La procédure de dépôt des candidatures se passe entre novembre et mars. Après une sélection des dossiers parmi les élèves ayant suivi l’enseignement de théâtre dans leur lycée, les candidats retenus sont auditionnés en octobre. Selon le nombre de candidats, une audition de présélection peut avoir lieu en juin. Le prix est par la suite décerné en décembre dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Le montant du prix attribué à chaque lauréat est de .