L'École nationale vétérinaire d'Alfort (EnvA) est un établissement public français d'enseignement supérieur et de recherche, placé sous la tutelle du ministère chargé de l'Agriculture. Son site principal et historique est situé à Maisons-Alfort (Val-de-Marne). L'EnvA est également présente en Normandie (Goustranville, 14) avec Alfort Normandie, pôle d'activité dédié à la santé du cheval (soin, recherche, formation).
Installée sur le site d'Alfort depuis 1766, elle est la plus ancienne école vétérinaire au monde encore sur son site d'origine.
Ce site est desservi par la ligne 8 à la station de métro École vétérinaire de Maisons-Alfort.
L'école accueille 970 étudiants vétérinaires, 130 apprentis auxiliaires spécialisés vétérinaires et 370 membres du personnel (enseignants-chercheurs, chercheurs appartenant à des laboratoires de recherche associés, ainsi que le personnel administratif et technique).
C'est l'une des quatre grandes écoles assurant la formation des vétérinaires en France avec les Écoles nationales vétérinaires de Lyon, de Nantes et de Toulouse. À elles quatre, elles forment les Écoles nationales vétérinaires de France (ENVF).
Historique Création et implantation vignette|gauche|École vétérinaire d'Alfort sur la carte des Chasses du Roi, fin du . Cette école fut créée au printemps 1765, quatre années après celle de Lyon. C'est Claude Bourgelat avocat et écuyer tenant l'Académie d'équitation de Lyon, qui sollicita Henri Léonard Jean Baptiste Bertin, ex-intendant de la généralité de Lyon, contrôleur général des finances de , en pour déplacer l'école, de Lyon à Paris. Ceci fut refusé par Bertin qui signala par un courrier de la volonté du roi de créer une école dans chaque intendance et de débuter par Paris.
D'abord installée au nord de Paris, paroisse de La Chapelle (en l'actuelle rue Philippe-de-Girard, ), l'école se révéla dotée de locaux trop exigus. De plus, l'environnement semblait mettre en péril la « bonne moralité » des étudiants. La propriété du château d'Alfort, achetée au baron de Bormes, correspondit mieux à un enseignement rural par son emplacement et la surface de ses terrains. L'acte de vente fut signé le et l'enseignement y commença en .
Débuts de l'enseignement thumb|360x360px|La statue du fondateur des écoles vétérinaires de Lyon et d'Alfort, Claude Bourgelat, dans la cour d'honneur de l'École nationale vétérinaire d'Alfort. Bourgelat fonda son enseignement sur l'état des connaissances du moment, particulièrement l'anatomie, la ferrure, la thérapeutique et la chirurgie. Il amena avec lui, de Lyon, l'anatomiste Honoré Fragonard, le maréchal Philibert Chabert et plusieurs de ses meilleurs élèves. L'anatomie était, en 1766, la science à l'honneur et à la mode. Partisan de l'anatomie naturelle, Fragonard utilisa avec talent la méthode traditionnelle de conservation utilisée au . Il passa cinq ans à préparer des milliers de pièces anatomiques, à visée didactique et pédagogique. En plus d’une dissection minutieuse de ses cadavres, Fragonard savait les injecter et les conserver. Ce génie n’a laissé aucune trace écrite de sa technique.
L'enseignement était gratuit, mais les élèves n'étaient pas nourris. La fin des études était validée par un « brevet de privilégié du roi en l'art vétérinaire ». Les premiers diplômés, qualifiés d'« artistes vétérinaires », de retour dans leurs provinces pour faire face aux maladies du bétail, eurent une action efficace.
Le , pendant la Campagne de France, l'école fournit le bataillon d'Alfort, formé d'élèves vétérinaires. Soutenus par quelques troupes régulières napoléoniennes et des canons, ils défendirent le passage du pont de Charenton contre les forces européennes alliées. En 1893, Marie Kapsevitch, une Russe d'origine ukrainienne, est la première femme à obtenir l'autorisation d'entrer officiellement comme élève à l'école. Elle obtient son diplôme le , devenant ainsi la première femme diplômée de l'école et la première femme diplômée en médecine vétérinaire en France.
Alfort à l'âge d'or de la carte postale thumb|Étudiants en 1898-99 (collection Jules Beau). Une importante collection de cartes postales réunies par le professeur Bernard Toma a été numérisée pour être placée dans Commons. Elles proviennent pour la plupart de la période allant de 1895 à 1914, âge d'or de la carte postaleL'École d'Alfort à l'âge d'or de la carte postale 1900-1918, Recueil de médecine vétérinaire numéro hors série, 131 pp, A.P.R.M.V. éditeur, Maisons-Alfort, consultable à la bibliothèque de l'école vétérinaire d'Alfort voir : L'école nationale vétérinaire d'Alfort à l'âge d'or de la carte postale . Le conservateur de la bibliothèque à partir de 1914 est le vétérinaire et dessinateur Ernest Thélem, spécialiste des chevaux« Thélem Ernest Barthélémy », in: .
Histoire récente En 2007, l'EnvA s'est rapprochée de l'Université ; elle a été un des membres fondateurs du PRES université Paris-Est puis est devenue école externe de l'université Paris-Est Créteil Val-de-Marne en . Elle fut membre de la ComUE université Paris-Est de juillet 2014 à septembre 2025, date de sa dissolution. Un rapprochement avec l'Université Paris Cité se dessine.
Si les trois autres écoles nationales vétérinaires sont de structure assez récente, 1964 pour l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse (déménagement), 1976 pour l'Ecole nationale vétérinaire de Lyon - aujourd'hui VetAgro Sup (déménagement), 1979 pour l’École nationale vétérinaire de Nantes - aujourd'hui Oniris (construction de novo)], l’École nationale vétérinaire d'Alfort n'a connu que très peu d'investissements dans la deuxième moitié du , si bien que son état matériel est devenu très préoccupant à partir du début des années 1990. La création du statut des enseignants-chercheurs en 1992, en institutionnalisant la recherche dans les écoles nationales vétérinaires, a mis en exergue les limites induites par un parc immobilier dégradé et dont le coût de maintenance pesait durement sur les finances de l'établissement. Sept bâtiments sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiquesInventaire général du patrimoine culturel, Fiche de l'ENVA ce qui augmente considérablement le coût des travaux de réhabilitation. Par ailleurs, la création de l'Association européenne des établissements d'enseignement vétérinaire (AEEEV) en 1988 devait induire la mise en place d'une accréditation européenne à laquelle l'EnvA a dû se conformer.
Réhabilitation Les directions successives ont conduit, essentiellement avec la tutelle ministérielle et le Conseil régional d'Ile-de-France, des réhabilitations et des constructions : construction d'une nouvelle cité universitaire en 1999, réhabilitation de la cité ouverte en 1936, en 2002, rénovation complète du Musée Fragonard et ouverture d'un Centre de recherche biomédicale en 2008, ouverture d'un hôpital des animaux de compagnie en 2009 (Centre hospitalier universitaire vétérinaire d'Alfort des animaux de compagnie).
En , le ministre de l'agriculture, Michel Barnier, visitant l'EnvA, décidait d'engager une vaste réflexion visant à rénover le site. Le projet qui en a été issu, nommé « Grand projet Alfort », visait à assurer la mutation du domaine de l'école en un campus structuré, rassemblant des institutions thématiquement proches de celle de l'EnvA. Les activités de l'EnvA, alors dispersées sur tout le domaine, sans cohérence thématique, devaient être regroupées dans des bâtiments neufs ou rénovés; l'accent était mis sur le nécessaire renforcement des liens de l'EnvA avec les établissements d'enseignement supérieur et de recherche, particulièrement l'Université. Était également prévu que le siège social de l'Agence nationale de sécurité de l'alimentation, de l'environnement et du travail (alors AFSSA et AFSET, devenue depuis ANSES) rejoigne le campus. La volonté ministérielle était réaffirmée lors d'une visite commune de Michel Barnier et Valérie Pécresse, alors ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ; les deux ministres annonçaient un premier financement conjoint des deux ministères d'un montant de 15 millions d'euros. Le , une convention était signée entre le ministère de l'agriculture et la Caisse des dépôts et consignations pour une réalisation rapide et conjointe du plan de rénovation, ceci peu avant que Michel Barnier ne quitte son ministère. Des moyens importants furent engagés qui servirent à générer un schéma directeur immobilier du campus ainsi qu'un cahier des prescriptions architecturales, urbanistiques et paysagères. Malheureusement pour la communauté éducative de l'EnvA, le projet devait être mis en dormance au début de 2011.
Les fonds octroyés lors de la visite d' devaient servir en premier lieu à la construction d'un bâtiment destiné aux activités d'enseignement et d'analyse utilisant des matières animales, sachant que l’École ne répondait pas aux critères exigésMaisons-Alfort : l'école vétérinaire dans une mauvaise passe, Le Parisien. et que ceci devait conduire à reporter la visite de l'AEEEV, une association chargée de certifier la qualité des écoles vétérinaires en EuropeQuestion orale sans débat n°0389S publiée dans le JO Sénat du 07/03/2013 - page 731 créée en 1988 à l'initiative du directeur de l'EnvA à cette époque (Professeur Bernard Toma) et qui eut sa première domiciliation dans l'institution ; l’École perdit alors son accréditation européenne de l'AEEEV.
Dans le même temps, le déficit de fonctionnement, en grande partie lié à sa situation immobilière, s'est accru jusqu'à placer l'École dans une situation difficile. Une restructuration financière a été conduite qui a permis d'assainir les finances et l’État a attribué fin 2013 à l'EnvA une dotation exceptionnelle de cinq millions d'euros destinée à apurer les déficits cumulés. Le ministre Stéphane Le Foll s'est rendu sur le site de l'EnvA le pour annoncer la mise en œuvre d'un nouveau plan de rénovation du site d'ores et déjà doté de d'euros.
Le siège de l'Anses a été livré à la fin de l'année 2014 tandis que le bâtiment Camille Guérin, rassemblant les salles accueillant des activités nécropsiques, a été mis en service en et inauguré par Stéphane Le Foll et Valérie Pécresse le , jour anniversaire des 250 ans de l'EnvA. L'ouverture de ce bâtiment a permis à l'EnvA de recevoir les experts européens de l'AEEEV en ; l'établissement a été approuvé de manière conditionnelle, c'est-à-dire qu'il devait encore lever des réserves en matière de biosécurité. Les travaux de rénovation du site lui ont permis de se resoumettre à la visite en , avec succès dans la mesure où les experts européens ont proposé à l'instance décisionnaire, en , que l'EnvA soit non seulement approuvée - le niveau qu'elle sollicitait en et qui certifie la qualité de l'enseignement et des moyens mis en œuvre pour l'assurer - mais aussi qu'elle soit accréditée au titre de sa politique de qualité. Depuis , elle est entrée dans le cercle encore étroit des établissements européens bénéficiant de ce niveau de certification. L'accréditation a été renouvelée en juin 2025, sans carence majeure ni mineure.
2025 : accusations de harcèlement moral et sexuel En , Radio France indique que le parquet de Créteil a saisi la Brigade de répression de la délinquance contre les personnes (BRDP) d’une enquête préliminaire visant l’École nationale vétérinaire d’Alfort. L’établissement est soupçonné de harcèlement moral et de discrimination sexiste à la suite de la plainte déposée, en , par Valérie Freiche, vétérinaire. Elle accuse directement le directeur de propos humiliants et d'un management brutal avec de mauvaises conditions de travail.
Pour chaque accusation, les concernés démentent formellement les faits.
Missions
Enseignement Cursus thumb|293x293px|Amphithéâtre d'anatomie du bâtiment Fragonard en 1930, le plus ancien de l'école (1885).