Les apparitions mariales de Notre-Dame de Guadalupe désignent les apparitions de la Vierge qui se seraient produites à Mexico en 1531, sur la colline de Tepeyac, à l'Indien Juan Diego. La Vierge, qui serait apparue comme une jeune fille métisse vêtue comme une princesse aztèque, aurait demandé à l'Indien de se rendre auprès de l'évêque pour faire construire un lieu de culte sur cette colline. L'évêque, sceptique, aurait demandé un signe. Le , l'évêque aurait reçu deux : des roses d'Espagne cueillies fraîches en plein hiver à Mexico, et l'impression de l'image de la Vierge sur le manteau, la tilma, de Juan Diego. Après cela, l'évêque aurait reconnu l'authenticité des apparitions.
Ces apparitions n'ont fait l'objet d'une véritable enquête canonique qu'en 1666. À la suite de cette enquête, les autorités du Saint-Siège se sont prononcées favorablement, en 1754, vis-à-vis du culte de Notre-Dame de Guadalupe, et des apparitions de 1531. Avant même cette reconnaissance, une grande dévotion à Notre-Dame de Guadalupe, s'était développée dans toute la Nouvelle-Espagne envers cette . Aujourd'hui, le plus grand pèlerinage chrétien du monde se déroule dans la basilique Notre-Dame-de-Guadalupe de Mexico. Cependant, bien que l’Église catholique ait donnée de multiples signes de reconnaissance envers ce culte et ces apparitions, y compris au niveau papal, les différentes enquêtes canoniques ne se sont jamais conclues par une reconnaissance officielle des apparitions en bonne et due forme. Si bien qu'à ce jour, ces apparitions pourtant très célèbres et vénérées, n'ont toujours pas été canoniquement reconnues comme authentiques.
Ces apparitions font également l'objet de contestations de la part de certains historiens depuis la fin du . Ces derniers s'appuient sur le manque de publications contemporaines ou proches des événements (les premières publications ont eu lieu un siècle plus tard). Cependant, des manuscrits anciens, écrits en langue nahuatl, ainsi que des codex picturaux témoignent de ces événements et sont contemporains des événements (environ vingt à trente ans). Un débat est ouvert sur ce point avec les historiens qui reconnaissent l'historicité de ces sources.
Historique Premiers écrits et publications Les premières publications sont postérieures de plus d'un siècle des événements. Mais les écrits manuscrits les plus anciens sont presque contemporains des apparitions.
Premiers écrits vignette|Copie du Nican mopohua conservé à la bibliothèque de New-York et daté du milieu du . Le récit de référence pour les apparitions est le Nican mopohua, attribué, depuis la fin du , à Antonio Valeriano (1531–1605), un Aztèque autochtone éduqué par les franciscains et qui a beaucoup collaboré avec Bernardino de Sahagún.. Une version manuscrite du Nican mopohua, qui est conservée à la bibliothèque publique de New-York., est datée autour de 1550Yves Chiron donne même la date de 1540 pour ce manuscrit. Voir . (soit après les faits) et serait l'œuvre (de Valeriano) que Lasso a reprise telle qu'elle dans la composition son Huei tlamahuiçoltica un siècle plus tard. La plupart des autorités scientifiques s'accordent sur la datation du manuscrit et sur le fait que Valeriano serait l'auteur du texte original....
Un document manuscrit ancien évoquant les apparitions, daté du milieu du est , est le Codex Escalada. Ce document est une feuille de parchemin manuscrite évoquant les apparitions de la Vierge Marie et la figure de Juan Diego. Le document contient également le glyphe d'Antonio Valeriano et il est accompagné de la signature de Fray Bernardino de Sahagún. Le parchemin contient les gloses suivantes : .....
Le inin huey tlamahuizoltzin (), est un manuscrit considéré comme antérieur au Nican mopohua et donc contemporain des apparitions. Ce texte en nahuatl relate lui aussi les apparitions, même s'il ne cite pas expressément le nom de Guadalupe....
Un autre document manuscrit ancien, daté de 1556, fait référence aux apparitions, sans les citer directement (ni le caractère de la tilma), il s'agit de l'enquête réalisée par l'évêque Montufar concernant des accusations faites par des Indiens dans une chapelle à Tepeyac, concernant l'image de Notre-Dame de Guadalupe. Il s'agit en fait d'un conflit entre l'évêque, qui soutient la dévotion à la Vierge de Guadalupe et le frère franciscain Francisco de BustamanteFrancisco Bustamante, frère franciscain natif de Tolède, arrivé en Nouvelle-Espagne en 1542, élu provincial en 1555. qui la condamne. L'enquête menée par l'évêque (sur les déclarations en chaire du religieux, sera interrompue par la mort de l'évêque. Ce document, oublié, est retrouvé en 1846. Il atteste d'une dévotion à la dans la chapelle de Tepeyac, dès 1556Ce document sera utilisé par les détracteurs de l'image de Guadalupe pour affirmer qu'il s'agit bien d'une (comme l'a affirmé Francisco de Bustamante dans cette enquête). reste cependant prudent sur ce type de conclusion...
Le Codex Saville (ou Codex Tetlapalco) est un calendrier illustré, découvert au Pérou en 1924, et présentant une image de Notre-Dame de Guadalupe. Il est daté du milieu du ... Enfin, le chevalier Lorenzo Boturini, dans son ouvrage Catalogo del Museo Historico Indiano. cite plusieurs manuscrits en nahuatl évoquant la Vierge de Guadalupe (et ses apparitions), mais ceux-ci ne sont pas parvenus jusqu'à nous.Lorenzo Boturini rentrant en Espagne par bateau avec son précieux chargement de manuscrits, a été attaqué par des pirates qui ont dispersé et perdu en partie la précieuse cargaison. Une partie des documents qui a pu être sauvée se trouve à la BnF..
Premières publications L'un des premiers récits imprimés de l'histoire des apparitions de la Vierge de Guadalupe et de l'image sur la tilmatli se trouve dans le livre Imagen de la Vierge Marie, Madre de Dios de Guadalupe, publié en 1648 (soit plus d'un siècle après les faits) par , prêtre diocésain de Mexico..
Un autre récit des apparitions a été publié en langue nahuatl l'année suivante à Mexico : le Huei tlamahuiçoltica (). Ce document contient une section appelée Nican mopohua (), qui relate le récit complet des apparitions. La publication et la rédaction du Huei tlamahuiçoltica sont attribuées par une majorité des historiens à Luis Laso de la Vega, vicaire du sanctuaire de Tepeyac de 1647 à 1657.. Néanmoins, la partie la plus importante de la publication, le Nican mopohua, est beaucoup plus ancienne et elle est datée de 1550 environ (Chiron indique même 1540).
En 1666, l'érudit Luis Becerra Tanco publie au Mexique un livre sur l'histoire des apparitions sous le nom , qui fut republié en Espagne en 1675 sous le titre .Ouvrage généralement connu sous le titre réduit de .. Enfin, en 1688, le père jésuite Francisco de Florencia publia donnant le récit des mêmes apparitions..
Les apparitions Le contexte En 1519, Hernán Cortés débarque sur la cote du Mexique et fonde une première ville : Veracruz. De là il monte jusqu'à Mexico qu'il conquiert définitivement en 1521, mettant fin à l'empire AztèqueVoir Chute de l'Empire aztèque.. Après la conquête définitive de Mexico (en 1521), les Espagnols détruisent les temples aztèques, interdisent les cultes aux anciens dieux et commencent la christianisation des populations indigènes. Les Mexicains commencent à être baptisés et découvrent la foi catholique.
Près de Mexico, sur la colline de Tepeyac, un culte à une divinité aztèque était établi (avant l'arrivée des Espagnols) : une déesse appelée ou y était adorée dans un temple dédié. Différentes sources historiques et archéologiques donnent plusieurs noms à cette divinité comme (la ), () mais elle était également connue sous les noms d' () ou de (littéralement ou , avec les variantes et ..
En 1519, juste avant l'arrivée des conquistadors, on estime à la population au Mexique, dont 1,5 million d'Indiens dans la vallée de Mexico. À la fin du , il ne reste environ que Indiens dans la vallée de Mexico., régulièrement au cours du siècle, les épidémies (peste et autres) ravagent la population, faisant des centaines de milliers de morts.
Apparitions à Tepeyac thumb|Gravure ancienne représentant l'apparition de la Vierge à Juan Diego. Le récit des apparitions nous est parvenu par les premières publications et les premiers écrits en nahuatl rédigés quelques années ou décennies après les événements (Voir le chapitre précédent sur les premiers récits). Ce récit, tel qu'il nous est parvenu peut se résumer ainsi :
La première apparition se produit le , à quelques kilomètres au nord de Mexico. Juan Diego est un Indien aztèque pauvre, converti au christianisme depuis peu (son ancien nom aztèque serait Cuauhtlatoatzin). Alors qu'il se rend à Mexico, de bon matin, Juan Diego âgé de , entend des chants d'oiseaux mélodieux sur la colline qu'il est en train de longer, et du haut de la colline, une voix l'appelle. Il monte alors sur cette colline nommée Tepeyac et y découvre . L'Indien décrit . Cette dame lui dit qu'elle est la Vierge Marie, la Mère de Dieu, et elle lui demande d'aller voir l'évêque de Mexico pour qu'il fasse établir une chapelle sur cette colline. L'homme accède à la requête et se rend immédiatement à l'évêché....
Après avoir attendu longuement à l'évêché, Juan Diego est enfin reçu poliment par l'évêque, qui écoute son récit et le congédie en lui disant qu'il va réfléchir à sa demande. Juan Diego retourne sur la colline et retrouve la Vierge pour lui relater le résultat de son entrevue et l'impression d'échec qu'il a eue. Il lui demande de trouver pour présenter sa requête à l'évêque car lui est trop pauvre pour être pris en considération. La Vierge insiste, très poliment et très respectueusement, et lui demande de retourner voir l'évêque le lendemain en insistant. Juan Diego accepte.
Lors de la seconde visite, le dimanche , l'évêque écoute longuement l'Indien et l'interroge, toujours avec l'aide d'un traducteur (Juan Diego ne parlant pas espagnol, et l'évêque ne parlant pas le nahuatl). Pour répondre positivement à la demande de construction d'un lieu de culte, l'évêque demande authentifiant l'apparition dont Juan Diego lui fait part.. Une troisième fois, Juan Diego retourne sur la colline pour apporter la réponse de l'évêque à la dame qui lui demande de revenir le lendemain pour y recevoir le qu'il donnera à l'évêque... Mais le lendemain, Juan Diego ne se rend pas sur la colline car son oncle est gravement malade.
Dernières apparitions et miracles thumb|Gravure ancienne représentant le miracle de la tilma devant l'évêque.